École d'horlogerie de Paris
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| Fondation | |
|---|---|
| Type | École |
| Ville | 19e arrondissement de Paris |
|---|---|
| Pays | France |
| Coordonnées | 48° 53′ 02″ nord, 2° 23′ 25″ est |
|---|---|
L'École d'horlogerie de Paris, puis École d'horlogerie et de mécanique de précision de la Ville de Paris, est fondée en 1880 au 99, rue du Faubourg-du-Temple à Paris, sous le patronage de la Chambre syndicale d'horlogerie de Paris. Son président Auguste Hilaire Rodanet, issu d'une dynastie horlogère, joue un rôle central dans cette création. Il devient un membre actif et influent, secrétaire d'abord, puis président en 1880 pour créer à Paris une école d'horlogerie d'excellence. Ses collègues renouvellent son mandat à l'unanimité jusqu'à son décès en 1907[1]. Elle est la première école née de l'initiative privée reconnue d'utilité publique par un décret du président de la République Jules Grévy, le 12 juillet 1883[2].

La réorganisation de l'apprentissage, par la création d'écoles techniques et professionnelles est devenue l'une des grandes préoccupations des syndicats pour l'avenir commercial et industriel de la France. En effet, l'horlogerie est pendant longtemps, un art difficilement accessible à ceux qui ne font pas partie du cercle privilégié des corporations horlogères. Après la Révolution française et l'abolition des corporations par Turgot, l'industrie prit un grand développement. Il faut adapter le système d'apprentissage, autrefois basé sur la servitude. Les Expositions universelles jouèrent un rôle déterminant dans la promotion de l’enseignement technique, en mettant en valeur les progrès réalisés par chaque nation[3]. Dans ce contexte, La Revue chronométrique : Journal de l’Horlogerie Française, fondée en 1855 par Claudius Saunier, s’imposa comme une source d’information majeure sur les techniques horlogères. Elle est un classique fondamental et la plus ancienne revue d'horlogerie. Par ailleurs, les syndicats encouragèrent l’émulation entre horlogers et ouvriers d'art en attribuant des prix.
En 1880, lors de son discours au théâtre du Châtelet, Auguste Rodanet défend la nécessite de créer une école à Paris[4] : « Nous reportant vers d'autres époques, glorieuses pour notre art, nos cœurs se sont émus aux souvenirs de la vieille réputation de l'horlogerie à Paris, et nos désirs les plus vifs, notre volonté la plus ferme, sont de lui rendre le grand renom qu'elle avait au XVIIIᵉ siècle. » Les membres de la Chambre syndicale s'émeuvent de ce manque d'enseignement, de son éloignement de Paris et des conditions déplorables dans lesquelles se trouvaient les apprentis horlogers. Auguste Rodanet évoquera lors de sa conférence sur l'enseignement technique les temps difficiles de l'apprentissage : « Autrefois, l'apprentissage fort long était basé sur la servitude. Si, poussé par l'esprit d'indépendance, l'apprenti voulait briser sa chaîne, il était traqué comme un fugitif. Les gardes du métier avaient le droit de le faire arrêter, même sur la voie publique. Les années de compagnonnage accomplies, il fallait, pour devenir maître, non seulement faire un chef-d'œuvre, mais encore payer à l'État une grosse redevance. »
Pour fonder l’École d’horlogerie de Paris, un travail considérable est accompli, au prix d’efforts et de sacrifices importants. De multiples démarches auprès des pouvoirs publics ont été nécessaires afin de faire connaître et reconnaître l’institution, obtenir soutiens et subventions, et surmonter les préjugés à l’égard de l’initiative privée et de l’enseignement professionnel[5]. Lors de son discours au palais du Trocadéro en 1906, Auguste Rodanet rappelle que ses débuts à la présidence furent marqués par de nombreuses difficultés. Le projet d’une école d’horlogerie, porté par un syndicat, était considéré comme irréalisable, qualifié d’« illusion » ou d’« utopie », en raison des difficultés antérieures et du manque de moyens financiers.
Une mobilisation exceptionnelle fut portée par les membres de la Chambre syndicale. L’initiative bénéficia d’un large soutien interne : le nombre d’adhérents doubla rapidement, renforçant la capacité d’action du groupe. Le projet reçut par ailleurs l’appui de plusieurs responsables politiques et municipaux, ce qui lui donna une légitimité morale importante. Afin de réunir les fonds nécessaires, différentes manifestations furent organisées, en l'occurrence deux bals à l'Hôtel Continental, une quête lors d'une exposition aux Champs-Élysées, une fête au théâtre du Châtelet et une loterie de 40 000 billets. Ces initiatives permirent de constituer un important capital portant les fonds disponibles de l’école à 60 000 francs[6].
L'École d'horlogerie de Paris forme des ouvriers dans la construction, l'entretien et la réparation des appareils d'horlogerie, des instruments de précision et d’électricité. Cette école globalise la formation des jeunes horlogers pour les faire sortir de spécialités trop étroites et leur garantir un avenir. Auguste Rodanet constate tout comme son père, que les jeunes qui sortent des apprentissages et des écoles n'ont qu'une seule spécialité notamment celles de pivoteur ou de finisseur et par conséquent ils ne connaissent pas toutes les étapes de création d'une montre[7]. Il s'inspire donc de la formation reçue à l'École d'horlogerie de Rochefort-sur-Mer fondée en 1839 par son père Julien Hilaire Rodanet, chronométrier et fournisseur de la Marine de l'État.
L'enseignement repose sur une pédagogie novatrice alliant pratique en atelier, assurée par des horlogers expérimentés, et cours théoriques dispensés par des professeurs de la Ville de Paris et de l’Université[8].
Membres Fondateurs

Plus de quatre-vingts maîtres horlogers et industriels parmi les plus influents de la profession participent à la fondation de l'École d’horlogerie de Paris : Paul Garnier, Onésime Dumas, Théodore-Marie Leroy, Gustave Sandoz, Robert-Houdin fils, les familles Japy et Diette-Hour, ainsi que des représentants d’ateliers de précision renommés. Cette mobilisation collective donne naissance à un établissement unique en son genre, soutenu dès l’origine par le ministère du Commerce, le ministère de l'Instruction publique et le Conseil municipal de Paris[9].
Développement et installation rue Manin
Le développement progressif de l’École d'horlogerie de Paris et de l'augmentation du nombre de ses élèves rendent insuffisant le local de sa première installation. Confiante dans le succès d'une organisation définitive, et assuré du patronage de l'État et de la Ville de Paris qui subventionnent chaque année cette école, la Chambre syndicale d'horlogerie de Paris conçoit un projet d'installation sur un vaste terrain acquis 30, rue Manin à Paris pour y construire un établissement[10] par l'architecte Abel Chancel.
Les ateliers sont outillés pour l'instruction de quatre-vingt-dix élèves. Elle possède : quatre ateliers, trois salles de cours, un amphithéâtre pour les démonstrations techniques, un riche Musée-Bibliothèque, un internat ainsi que des bureaux administratifs[11]. Sous réserve de la réussite aux concours d'admission, la durée d'apprentissage est de quatre ans. Chaque année, les élèves sortants subissent des concours généraux avec un jury composé d'horlogers et de savants.
L'école forme des générations de maîtres horlogers, dont beaucoup rejoignent les plus grandes maisons horlogères. Ils sont également recherchés par différentes branches de l'industrie où se développe la microtechnique comme l'aviation ou l'automobile.
Musée-Bibliothèque
Ce patrimoine est constitué de nombreux dons d'horlogers réputés avec des objets remontant jusqu'au XVe siècle[12]. Un ensemble sans équivalent fondé avec l'école en 1880. Il sert d'inspiration et d'exemple permettant aux élèves d'enrichir leur connaissances. La plupart des dons sont répertoriés dans la Revue chronométrique. Cette collection vaste et variée couvre plusieurs siècles d'histoire horlogère. Beaucoup proviennent de figures historiques majeures comme Ferdinand Berthoud, Abraham Breguet, Antide Janvier, ou Garnier, ce qui augmente leur valeur historique. Il s'agit de précieux livres, manuscrits, outils anciens, mouvements horlogers, chronomètres, pendules, portraits, bustes d’horlogers célèbres, et autres objets liés à l’horlogerie. Certains objets sont rares ou uniques (ex : autographes, outils d’époque, mouvements signés, manuscrits introuvables) et un certain nombre de pièces témoignent des débuts de la production mécanisée en horlogerie.
En 1909, ce patrimoine d'exception ainsi que l'école sont achetés par la Ville de Paris. Le Conseil municipal le qualifie d’unique au monde.
Le musée de l'École d'horlogerie de Paris expose au musée Galliera en 1921[13]. Deux ans plus tard, à l'occasion du centenaire de Breguet en 1923, douze horloges marines Breguet issues des collections de l'école y sont également présentées[14].
En 1929, le conservateur du Musée-Bibliothèque de l'École d'horlogerie de Paris indique que la collection renferme 5.000 volumes et 1 500 pièces de collection[15]. Son contenu représente des biens culturels avec un intérêt majeur au point de vue de l’histoire de l’horlogerie et de son art. Ces biens font partie du patrimoine horloger français et témoignent de son rayonnement.

Expositions universelles, expositions internationales et autres récompenses
Récompenses reçues
Elle reçoit de multiples récompenses aux Expositions universelles : un diplôme d'honneur et une médaille d'or à l'Exposition universelle de 1889 et remporte à celle de 1900 la plus haute récompense décernée à l'unanimité par le jury international. Auguste Hilaire Rodanet devient alors le premier horloger élevé au grade de commandeur de la Légion d’honneur[16], récompense de son engagement exceptionnel envers l’industrie. Elle reçoit en 1881, une médaille d'argent à l'Exposition internationale de d'Électricité, une médaille d'or en 1883 à Amsterdam et une médaille d'or à Anvers en 1885. Deux diplômes d'honneur en 1885-1886. La Société d'encouragement pour l'industrie nationale décerne, en 1899, sous le rapport de M. Lavollée[17], une médaille d'or. Également, elle obtient treize médailles de collaborateurs. Ces distinctions contribuent à affirmer et à conserver la place prééminente de l’horlogerie française.
Denis Roussialle, délégué rapporteur de l’Exposition universelle de 1889 :
« Cette belle réussite n’est-elle pas due à la foi inébranlable de son directeur, M. Rodanet, que les difficultés incessantes qu’il a eues à surmonter, loin de le décourager, ne faisaient qu’exciter son ardeur, qu’animer son courage ? C’est lui, d’après l’aveu même de ses collaborateurs, c’est lui qui a fondé l’École d’Horlogerie de Paris, comme Eiffel a construit sa tour ; c’est-à-dire qu’il a su s’entourer de collaborateurs de mérite, comme Eiffel d’ingénieurs distingués ; qu’il a fait passer ses convictions ardentes dans le cœur de son entourage, qu’il a su se choisir. Tous alors, ne faisant qu’un, la lutte devenait plus facile et le triomphe plus certain.[18]»
Le rapport du jury international à l'Exposition universelle de 1900 souligne :
« Chacune des expositions de cette école se faisait remarquer par l’exécution franche et consciencieuse de chaque produit de son enseignement technique et professionnel : outillage, montres simples et compliquées, chronographes, répétitions, chronomètres de poche et de marine, régulateurs astronomiques et de cheminée, etc.[19] »

En 1910, l'École d'horlogerie de Paris remporte une médaille à l'Exposition universelle de Bruxelles et en 1913, une médaille à l'Exposition universelle de Gand.
Distribution des récompenses au Palais du Trocadéro


La distribution des récompenses est célébrée chaque année depuis 1881 au Palais du Trocadéro. À la fin de chaque cérémonie, des prix sont accordés aux élèves les plus méritants. L'école devient le sujet d'admiration de la part de nombreux représentants de l'État, ministres, députés, préfets...
Antonin Proust, Félix Faure, Gustave Mesureur, Paul Doumer, Henri Brisson, Léon Bourgeois, Eugène Spuller, Paul Delombre, Fernand Chapsal, Alfred Picard et de nombreuses autres personnalités politiques, prononcent d'élogieux discours sur l'École d'horlogerie de Paris.
Extrait du discours de Charles Hérisson, en 1883[20] :
« J’ai été frappé, non seulement des résultats obtenus, mais aussi de la promptitude avec laquelle ils étaient souvent atteints, grâce à une méthode d’enseignement bien raisonnée et sagement progressive. J’avais devant moi un vrai modèle d’école d’apprentissage, un modèle exclusivement dû à l’initiative privée, qui méritait d’être encouragé et surtout imité. En prenant congé du Conseil de direction, j’exprimai l’intention de revenir, et c’est sans doute, Mesdames et Messieurs, à ce désir de retour que je dois aujourd’hui l’honneur d’être appelé à présider cette brillante assemblée. (Applaudissements) »
Extrait du discours de Georges Trouillot, en 1903[21] :
« Vous venez, mon cher Président, conformément à une tradition ancienne et qui remonte à vingt-trois ans – car votre école, votre fille, comme vous dites, a aujourd’hui vingt-trois années d’existence – vous venez, dis-je, de m’offrir non pas seulement un instrument de précision, mais un très bel objet d’art qui est en ce moment, devant les yeux de tous. Je vous en remercie très vivement. Votre pensée, sans doute, quand vous offrez ce régulateur traditionnel à tous les présidents de ces cérémonies, c’est d’empêcher qu’ils puissent vous oublier jamais. Comment vous oublier, quand la marche même des aiguilles évoque constamment devant l’esprit le souvenir et l’image de l’œuvre admirable que vous avez accomplie. »
Transmission de l'école et du musée à la Ville de Paris
L'École d'horlogerie de Paris avec son musée et sa bibliothèque sont achetés en 1909[22] par la Ville de Paris. Adrien Oudin, vice-président du Conseil municipal de Paris cite en 1910[23] : « Nous avons voulu non seulement acheter votre école comme le disait, il y a un instant, M. Tournier, faisant une excellente affaire, acheter également votre bibliothèque, votre musée unique au monde, qui renferme des richesses inappréciables que l’on vous envie partout. Nous les avons achetés pour exercer notre continuelle surveillance sur ces trésors, pour les garder dans l’avenir et nous vous donnons l’assurance que la Ville de Paris conservera le précieux patrimoine que vous lui avez légué. »
