Édouard Sorin
From Wikipedia, the free encyclopedia
Édouard Sorin (en anglais : Edward Frederick Sorin, C.S.C), né le à Ahuillé et mort le à South Bend, est un prêtre catholique et éducateur français qui fut missionnaire aux États-Unis, fondateur de l'université Notre-Dame-du-Lac dans l'Indiana[1] et de l'Université Saint Édouard à Austin dans le Texas. Il est le premier président de l'université Notre-Dame du lac (1844-1865). Le père Sorin est l'un des fondateurs de l'université Saint Édouard à Austin au Texas.
| Président de l'université Notre-Dame-du-Lac | |
|---|---|
| - | |
Patrick Dillon (en) |
| Naissance | |
|---|---|
| Décès | |
| Sépulture |
Holy Cross Cemetery (d) |
| Nationalité | |
| Activité |
| Ordre religieux |
|---|
Biographie
Jeunesse
Édouard Sorin voit le jour le à Ahuillé, près de Laval dans le département de la Mayenne, au sein d’une famille bourgeoise aisée dont trois membres au moins furent chanoines de la Collégiale Saint-Tugal de Laval[2]. Fils de Julien Sorin de la Gaulterie (1781-1853), propriétaire et de Marie Anne Louise Gresland de la Margalerie, il est le septième d’une fratrie de neuf enfants. Son patronyme et très répandu dans le pays depuis le XIVe siècle.
Il grandit dans un manoir de trois étages, entouré de sept ares de terre, connu sous le nom de Château de la Roche. Sa famille, profondément religieuse, avait accueilli deux prêtres réfractaires durant les persécutions de la Révolution française. Son éducation commence à la maison, puis se poursuit à l’école du village et auprès du curé de la paroisse[3].
Il commença ses classes de latin chez le sieur Bouvet, instituteur à Ahuillé, qui tenait un petit pensionnat, les continua à Haute-Follie à Laval à l’École du Couvent de l'Adoration du Saint-Sacrement de Laval, mais après une année, il décide de se consacrer à la prêtrise. Soutenu par sa famille, il rejoint le séminaire diocésain de Précigné, où il achève ses études de lettres. Il poursuit sa formation théologique au grand séminaire du Mans, aux côtés de futurs cardinaux comme Benoît-Marie Langénieux et Guillaume-René Meignan[4]. Il fut ordonné prêtre diocésain en 1838 et nommé vicaire à Parcé. Mais sa vocation de missionnaire était déjà forte. En 1840, il vint au Mans se joindre à Basile Moreau, missionna quelque temps, puis alla étudier l'anglais à Paris. C'est avec la rencontre de Basile Moreau, vice-recteur et professeur d’Écriture sainte, qu’il s’intéresse à l’œuvre missionnaire, notamment après avoir entendu les appels de Simon Bruté de Rémur, évêque de Vincennes dans l’Indiana, venu en France recruter des missionnaires[3].
Départ pour la mission en Amérique
En 1839, Simon Bruté de Rémur, qui avait recruté des prêtres et des missionnaires pour son diocèse nouvellement établi à Vincennes, dans l’Indiana, décède. Son successeur, Célestin Guynemer de la Hailandière, relance l’appel à l’aide. Basile Moreau décide alors d’envoyer des renforts. Impressionné par les qualités de leader, la détermination et la jeunesse énergique d’Édouard Sorin, Basile Moreau le choisit pour diriger cette mission[5],[3].
À cette époque, les missions à l’étranger, notamment en Chine, au Japon ou en Amérique, suscitent un grand enthousiasme parmi le clergé français et inspirent de nombreuses vocations[4]. À l'automne 1841, Edouard Sorin part accompagné de six frères de la Congrégation de Sainte-Croix : les frères Vincent (Jean Pieau), Joachim (William Michael André), Lawrence (Jean Ménage), François Xavier (René Patois), Anselme (Pierre Caillot) et Gratien (Urban Mosimer)[3].
Fondation de l'Université Notre-Dame
Voyage en Amérique et séjour à Saint-Pierre
Accompagné de ses six frères, Édouard Sorin quitta Le Mans le et quitta Le Havre à bord du navire « Iowa ». Ils arrivèrent à New York le . L'un des premiers gestes d'Édouard Sorin à son arrivée en Amérique fut de s'agenouiller et d'embrasser le sol, en signe d'adoption de son nouveau pays. Ils passèrent trois jours dans la ville, accueillis par Samuel Byerley, un riche commerçant converti au catholicisme, et rencontrèrent l'évêque de New York, Jean Dubois. Le , ils remontèrent l'Hudson en bateau à aubes jusqu'à Albany, puis atteignirent Buffalo par le canal Érié, avec un court détour pour admirer les chutes du Niagara. Ils traversèrent le lac Érié en bateau à vapeur et atteignirent Toledo, puis descendirent jusqu'à la rivière Maumee, puis Maumee, puis Napoleon, Defiance, Fort Wayne, Lafayette, Terre Haute, et, suivant la rivière Wabash, ils atteignirent finalement Vincennes dans l'Indiana, le [3].

L’évêque Célestin Guynemer de la Hailandière accueillit chaleureusement la congrégation et leur proposa d’abord une propriété et une mission à Francesville, dans l’Indiana. Édouard Sorin refusa cette première offre, mais accepta la seconde proposition de l’évêque : s’installer dans la paroisse Saint-Pierre de Montgomery. Sur place, ils trouvèrent quelques bâtiments, une modeste chapelle en bois et une école rudimentaire accueillant déjà quelques élèves.
L’école fut rapidement placée sous la direction de Charles Rother, un immigrant allemand qui, souhaitant rejoindre la congrégation, devint le premier frère aux États-Unis sous le nom de frère Joseph. D’autres frères, principalement des immigrants irlandais et allemands, se joignirent bientôt à eux, même si certains quittèrent rapidement la communauté. Les débuts furent marqués par des défis, notamment l’adaptation à des pratiques agricoles inconnues et à la culture du maïs. Grâce à l’aide des habitants, ils parvinrent cependant à s’acclimater. Édouard Sorin, de son côté, célébrait la messe et apportait un soutien spirituel à une trentaine de familles catholiques de la région. Il prêchait en français, et parfois en anglais, une langue qu’il commençait tout juste à maîtriser[3],[4].
Bientôt, de nouvelles tensions apparurent au sein de la communauté[3]. Édouard Sorin et l’évêque Célestin Guynemer de la Hailandière se trouvèrent en désaccord sur des questions financières : Édouard Sorin attendait de l’évêque qu’il leur verse 3 000 francs pour couvrir leurs dépenses, mais l’évêque, qui les attendait depuis 1839, avait déjà utilisé ces fonds ailleurs. Bien qu’il accepte finalement de soutenir financièrement la communauté, il posa une condition : celle-ci devrait lui rendre des comptes directement, et non plus dépendre de Basile Moreau. Édouard Sorin refusa catégoriquement cette exigence.
Le père Juliane Delaune parvint à apaiser temporairement le conflit en recueillant des dons et des fonds s’élevant à 15 000 francs, qu’il répartit entre Édouard Sorin et l’évêque. Cependant, un second différend, plus fondamental, éclata lorsqu'Édouard Sorin exprima son projet de fonder un collège. L’évêque s’y opposa fermement, invoquant l’existence du collège catholique Saint-Gabriel à Vincennes, géré par les Eudistes, et la promesse qu’il leur avait faite d’éviter toute concurrence pour les ressources et les élèves[4].
À la place, l’évêque proposa à Édouard Sorin un terrain situé dans le nord de l’Indiana, près de South Bend, qu’il avait reçu de Stephen Badin. Ce dernier l’avait acquis dans les années 1830 dans l’intention d’y établir une école, mais son projet n’avait pas abouti. Après en avoir discuté avec les frères, Édouard Sorin accepta la proposition. Il quitta Saint-Pierre avec sept d’entre eux le pour s’y installer[3].
Fondation de Notre Dame
Le Père Édouard Sorin et ses sept frères, trois Français et quatre Irlandais, entreprirent un voyage de 400 kilomètres vers le nord lors de l’un des hivers les plus rigoureux de l’Indiana. Ils suivirent la rivière Wabash, passant par Terre Haute, avant de se séparer. Édouard Sorin et le premier groupe arrivèrent à South Bend dans l’après-midi du [6],[7].
Ils furent accueillis par Alexis Coquillard, avec qui l’évêque Célestin Guynemer de la Hailandière les avait mis en contact. Après avoir visité la propriété, ils passèrent la nuit chez les invités d'Alexis Coquillard. Le lendemain, ils visitèrent le site à la lumière du jour et prirent officiellement possession de la propriété[8].
Le lieu est situé au nord de l'Indiana à 3 milles du lac Michigan. Édouard Sorin décrivit son arrivée sur le campus dans une lettre[9] à Basile Moreau :
« Nous étions à Notre-Dame- du-Lac […]. Tout y était glacé, et cependant tout y semblait beau ; le lac surtout, avec son ample tapis de neige éclatante de blancheur […]. Bien qu’il fît assez froid, nous sommes allés jusqu’à l’extrémité (oui, comme des enfants) d’où nous sommes revenus enchantés des merveilleuses beautés de notre nouveau séjour[1]. »
À l’époque, la propriété ne comptait que trois bâtiments : Une cabane en rondins construite par Étienne Badin (l’originale a brûlé en 1856, mais une réplique a été construite en 1906) ; Un petit bâtiment en bardeaux de deux étages qui était la maison de l’interprète potawatomi Charon ; Un petit hangar. Sur les 524 ares, seulement 10 étaient défrichés et prêts à être cultivés, mais Édouard Sorin déclara que le sol était propice à la culture du blé et du maïs. Bien que le terrain comportait deux petits lacs, la zone enneigée et marécageuse aurait pu donner à Édouard Sorin l’apparence d’un seul lac plus grand, d’où le nom de la mission naissante Notre Dame du Lac[10],[8].
La préoccupation la plus immédiate était de fournir un logement convenable et chaleureux à Édouard Sorin et aux sept frères présents et à ceux de Saint Pierre qui n’étaient pas encore venus dans le nord[8]. Pour construire une deuxième cabane en rondins, et faute de fonds, ils firent appel aux habitants de South Bend pour qu’ils donnent de l’argent ou de leur temps. Grâce à l’aide des habitants, ils purent assembler la charpente et ériger les murs. Édouard Sorin et les frères s’occupèrent du toit à leur retour en ville. La cabane fut achevée le , juste à temps pour accueillir les frères et novices supplémentaires arrivés de Saint-Pierre le mois précédent[10].
Édouard Sorin se consacra ensuite à la construction d’un véritable collège, la fondation de celui-ci en deux ans étant la condition à laquelle l’évêque Célestin Guynemer de la Hailandière lui avait donné le terrain. Lors de son passage à Vincennes, Sorin avait envisagé avec un architecte local, Jean-Marie Marsile, de le faire venir à South Bend cet été pour commencer la construction d’un bâtiment principal. Cependant, l’architecte ne se présenta pas. Édouard Sorin et les frères construisirent donc le Old College, un bâtiment en briques de deux étages servant de dortoir, de boulangerie et de salles de classe. Le bâtiment étant prêt à l’automne, le collège a officiellement ouvert ses portes à ses premiers étudiants[3].
Les premiers résidents à recevoir une éducation à Notre Dame étaient des orphelins d’un foyer établi par les Frères de Saint-Joseph pour éduquer les enfants de plus de 12 et 13 ans[11]. Lorsque Jean-Marie Marsilee est finalement arrivé en août, Sorin a procédé à la construction du premier bâtiment principal (à l’emplacement du troisième et bâtiment principal actuel). Le bâtiment, achevé en 1844 et agrandi en 1853, constituait l’ensemble du collège jusqu’à la construction du deuxième bâtiment principal, plus grand, en 1865[12]. Cette période marque le début de la construction du campus de l'université Notre-Dame du Lac et l’implantation de la Congrégation de Sainte-Croix dans la région.
Suivant l’exemple de Basile Moreau, Édouard Sorin envoya des prêtres et des frères fonder d’autres écoles et paroisses à travers les États-Unis et le Canada. Le , l'assemblée législative de l'Indiana a officiellement accordé une charte à l'Université Notre-Dame[13].
Issu du séminaire français, Édouard Sorin était, par tempérament, davantage un administrateur qu'un universitaire ou un intellectuel[14]. Il dirigea Notre-Dame sur le modèle d'un pensionnat français, qui comprenait des programmes élémentaires (les « minimes »), préparatoires et collégiaux, ainsi qu'une école de formation manuelle. Au fil des ans, il accepta les recommandations d'autres personnes, dont John Augustine Zahm, pour renforcer le programme scolaire de Notre-[15].

En 1850, Édouard Sorin adressa une requête au gouvernement fédéral afin qu’un bureau de poste soit créé à Notre-Dame. Sa demande aboutit : en 1851, le premier assistant du ministre des Postes, Fitz Henry Warren, notifia au député Graham N. Fitch l’ouverture officielle du bureau de poste de Notre-Dame, ainsi que la nomination d’Édouard Sorin au poste de maître de poste. Si les revenus générés par ce bureau restaient minimes, son existence présentait surtout l’avantage d’accroître la notoriété de l’institution et de contribuer à l’amélioration des voies de communication et des routes desservant le campus[17].
En 1865, Édouard Sorin devint le premier supérieur provincial américain de la congrégation de Sainte-Croix, laissant la présidence de l’université à Patrick Dillon. Malgré ce changement, il continua de s’impliquer activement dans la gestion de l’établissement et maintint sa résidence sur le campus.
Supérieur provincial de la congrégation de Sainte-Croix
Au-delà de l’Indiana, jusqu’en Inde, la mission prospère du Bengale oriental, placée sous la responsabilité de la congrégation de Sainte-Croix, doit beaucoup à l’engagement et à la détermination du Père Édouard Sorin. Il y dépêcha son ancien évêque ainsi que plusieurs prêtres, accompagnés d’un groupe de sœurs qu’il décrivit comme particulièrement courageuses. Aux États-Unis, la création de la Congrégation des Sœurs de la Sainte-Croix figure parmi les contributions majeures d'Édouard Sorin à la vie religieuse. Sous son impulsion et sa vigilance, cette communauté, d’abord modeste, s’étendit pour s’implanter dans une douzaine d’États.
Durant la Guerre de Sécession, la clairvoyance d'Édouard Sorin permit à la congrégation de mobiliser près de quatre-vingts infirmières, qui vinrent en aide aux soldats malades et blessés, tant dans les transports que dans les hôpitaux. Plusieurs prêtres de la Congrégation de Sainte-Croix, parmi lesquels William Corby, exercèrent en tant qu’aumôniers sur le front. En 1865, Édouard Sorin fonda également la compagnie d'édition Ave Maria Press[5].
Incendie du bâtiment principal en 1879
Le , la force de caractère d'Édouard Sorin se révéla avec éclat, lorsque le bâtiment principal de l’université, qui abritait presque tous ses locaux, fut ravagé par un incendie[18]. Malgré l’ampleur de la catastrophe, l’engagement du président de l’université, William Corby, permit à Notre-Dame de rouvrir ses portes dès le trimestre d’automne suivant[19]. Édouard Sorin, loin de se laisser abattre, affirma sa volonté de reconstruire et de poursuivre le développement de l’institution. Comme le relate l'ouvrage Notre-Dame : 100 ans de 1942 :
« L’homme de soixante-cinq ans arpentait les ruines, et ceux qui le suivaient furent surpris par son attitude. Au lieu de s’affaisser, il se redressa, le visage marqué par une détermination inflexible. Il leur fit signe de le suivre à l’intérieur de l’église[20]. »
. Timothy Edward Howard, témoin direct, rapporta ce qu'Édouard Sorin déclara dans l’église du Sacré-Cœur :
« J’étais présent lorsque le père Sorin, après avoir constaté la destruction de l’œuvre de sa vie, se tint sur les marches de l’autel du seul bâtiment encore debout et s’adressa à la communauté. Ses paroles, empreintes d’une foi, d’une confiance et d’une résolution absolues, furent pour moi les plus sublimes que j’aie jamais entendues. “Si TOUT était perdu, je n’abandonnerais pas !” conclut-il. L’effet fut immédiat. Ce jour-là, un groupe abattu entra dans l’église ; en ressortirent des héros chrétiens, déterminés. Plus aucun doute ne subsista quant à l’avenir de Notre-Dame. »
. Une autre version de ce discours, devenue populaire, affirme qu'Édouard Sorin aurait déclaré que la Vierge Marie avait incendié le bâtiment parce qu’il était trop petit, et qu’il le reconstruirait plus grand et meilleur que jamais[21]. Cette version, cependant, semble apocryphe : elle n’apparaît dans aucun récit contemporain ni dans les écrits d'Édouard Sorin. Celui-ci, tout en voyant dans l’incendie une intervention divine, l’attribuait à la colère de Dieu face à l’infidélité et à la négligence, et non à la taille du bâtiment[22].
Édouard Sorin nourrissait une ambition démesurée pour le nouveau bâtiment administratif, érigé durant l’été 1879 : il devait incarner un véritable monument au catholicisme[23]. Pendant près de 135 ans, ce bâtiment, couronné de son dôme doré, a effectivement joué ce rôle emblématique. Il est devenu une source d’inspiration pour le catholicisme dans son ensemble, et surtout pour des millions de catholiques américains issus de la classe ouvrière, souvent immigrants de première ou deuxième génération. Grâce à lui, leurs enfants — d’abord leurs fils, puis leurs filles — ont pu accéder à l’enseignement supérieur, s’ouvrant ainsi les portes de la vie sociale, économique et politique américaine. Près de cent-cinquante ans plus tard, l’université Notre-Dame est la plus importante institution d’études catholiques des États-Unis avec un budget annuel de 250 millions de dollars.
Supérieur général
En 1868, Édouard Sorin fut élu supérieur général de la congrégation de Sainte-Croix, un poste qu’il occupa jusqu’à la fin de ses jours. Tout au long de son mandat, il effectua une cinquantaine de traversées de l’Atlantique pour gérer les affaires de l’ordre en France et à Rome. Afin d’assainir les finances de la Congrégation et de réduire sa dette, il organisa la vente de l’Église Notre-Dame-de-Sainte-Croix au Mans, ainsi que de son pensionnat et des autres biens locaux, qui abritaient jusqu’alors le siège de la communauté[24]. Le centre administratif fut alors transféré à Notre-Dame, dans l’Indiana. Édouard Sorin participa également au Concile provincial de Cincinnati en 1882 et au Concile plénier des évêques américains à Baltimore en 1884[3].
Fondation de l’Université Saint Édouard
Édouard Sorin fut aussi à l’origine de la création de l’Université Saint Édouard située au sud du Lac Lady Bird à Austin, au Texas. L’évêque Claude-Marie Dubuis, de l'Archidiocèse de Galveston-Houston, l’informa du legs de Mme Mary Doyle, qui souhaitait que sa grande propriété de South Austin soit utilisée pour fonder un établissement d’enseignement catholique. À l’invitation de l’évêque, Édouard Sorinn se rendit sur place en 1872 et fut séduit par le paysage de collines et de lacs.
Un an après le décès de Mme Doyle, en 1878, il y fonda l’Académie Saint-Édouard, nommée en l’honneur de son saint patron, Édouard le Confesseur. Les premiers cours furent dispensés dans un bâtiment provisoire à trois élèves, tous jeunes fermiers. L’académie obtint le statut de collège en 1885. Aujourd’hui, le Hall Sorin et le célèbre Sorin Oak — le plus grand chêne d’Austin — perpétuent son souvenir sur le campus[25]. L’Université Saint Édouard connaît un grand essor sous la présidence de Pierre-Joseph Hurth, plus tard évêque de Dacca au Bengale oriental.
Vie personnelle
Bien qu'Édouard Sorin restât profondément attaché à ses origines françaises, il cultiva une véritable passion pour son pays d’adoption. Son attachement aux États-Unis se manifestait de multiples façons[3] : dès 1845, la première cérémonie de fin d’année à Notre-Dame s’ouvrit par la lecture solennelle de la Déclaration d'indépendance des États-Unis. Naturalisé américain en 1850, il fut rapidement nommé maître de poste local et surintendant des routes. L’un des premiers édifices du campus, le Washington Hall, fut baptisé en l’honneur du premier président des États-Unis, plutôt que d’un saint catholique, symbole fort de son intégration[3].
Durant la guerre de Sécession, Édouard Sorin encouragea plusieurs prêtres et quatre-vingts sœurs à s’engager comme aumôniers et infirmières, malgré les répercussions de leur absence sur la vie universitaire. Son américanisme sincère, son patriotisme et son attachement aux institutions américaines furent salués par l’évêque John Ireland. En 1888, la France reconnut ses contributions à l’éducation en lui décernant le titre d’Officier de l’Instruction publique.
Dernières années

En 1888, un Jubilé d'or fut organisé pour célébrer les cinquante ans de prêtrise d'Édouard Sorin, ordonné en 1838. Les festivités débutèrent dès l’année scolaire, le jour anniversaire de son ordination. Le , le campus tout entier fut pavoisé de drapeaux et de bannières. Au programme : une réception réunissant étudiants, professeurs et administration, ponctuée de discours, de poèmes, de récitals et de concerts. Après le dîner, Sorin et les enseignants assistèrent, depuis le porche du bâtiment principal, au concert du Band of the Fighting Irish et aux salves d’honneur des unités militaires étudiantes lors du Salut au canon. Les étudiants, les professeurs et les anciens élèves offrirent à Édouard Sorin une calèche tirée par deux chevaux noirs. La soirée s’acheva en apothéose avec des feux d’artifice, des lanternes en papier et d’autres réjouissances[26].
Le lendemain, , jour anniversaire de son ordination, Édouard Sorin célébra une grand-messe solennelle, suivie d’un sermon prononcé par William Corby. Il bénit ensuite la première pierre d’une nouvelle résidence universitaire, qui porterait plus tard son nom : le Sorin Hall. Les matchs de baseball et les courses de bateaux, initialement prévus, furent reportés en raison de la pluie.
Quelques mois plus tard, le , une seconde célébration, plus officielle et ouverte au public, fut organisée. Des invitations furent diffusées dans la presse nationale via l’Associated Press. Des milliers de personnes affluèrent à Notre-Dame pour l’occasion, tandis que d’autres adressèrent leurs félicitations par lettres ou télégrammes. Parmi les invités de marque figurait le cardinal James Gibbons, alors prélat le plus éminent de l’Église catholique américaine. Son arrivée à la gare de South Bend, le , fut saluée par une foule immense. William Corby l’accompagna jusqu’à Notre-Dame dans la calèche de'Édouard Sorin, au milieu des fanfares, du carillon des cloches et d’une profusion de décorations et d’illuminations. Le chapitre local de l’ Ancient Order of Hibernians assura l’escorte[27].
D’autres dignitaires ecclésiastiques participèrent au jubilé, dont deux archevêques (William Henry Elder et John Ireland) et douze évêques. Les festivités du s’ouvrirent par la consécration de l’église du Sacré-Cœur, présidée par l’évêque Joseph Dwenger, suivie de la bénédiction de la grande cloche par l’évêque Burke. Le cardinal Gibbons célébra ensuite une grand-messe, avec un sermon de l’archevêque Ireland et une chorale de Chicago interprétant la messe impériale de Joseph Haydn[27] Un somptueux banquet dans les réfectoires du bâtiment principal clôtura la journée.
Le jubilé d’or d'Édouard Sorin marqua l’aboutissement d’un demi-siècle d’expansion et de réussite pour la Congrégation, l’université de Notre-Dame et, plus largement, pour l’Église catholique en Amérique. Comme l’écrit O’Connell[28],
« ce qui avait été réalisé à Notre-Dame sous la direction de Sorin apparaissait, aux yeux du grand public, comme le symbole même de la croissance et de l’affirmation de l’Église catholique américaine. Rendre hommage au fondateur de Notre-Dame, c’était aussi célébrer la place désormais incontestée et légitime que l’Église, après tant d’épreuves, avait conquise au sein de la société américaine. Fidèle à l’esprit des grandes célébrations de la fin du XIXe siècle, avec leurs fanfares, leurs banquets, leurs feux d’artifice et leurs discours vibrants, l’organisation de ce jubilé fut pensée, dès le début de l’année 1888, comme un triomphe à la fois national et personnel. »
Peu après ces festivités, Édouard Sorin entra dans une longue période de souffrances, tant physiques que mentales. Il s’éteignit paisiblement, sans douleur, des suites d'une Néphrite, à l’université de Notre-Dame, à la veille de la Toussaint, le . Ses funérailles, célébrées le en l’église du Sacré-Cœur, rassemblèrent une foule nombreuse. L’archevêque William Henry Elder prononça l’homélie funèbre[29]. Conformément à la tradition de la Congrégation, il fut inhumé au cimetière de la Sainte-Croix, sur le campus de l’université.
Héritage
En 1880, Édouard Sorin a évoqué ses souvenirs. Les gens le connaissaient comme un aîné vénérable avec une longue barbe blanche, un homme qui aimait les enfants et que les enfants aimaient. Le campus de l’université de Notre-Dame compte plusieurs hommages à la mémoire d’Édouard Sorin. Une statue le représentant, située à la croisée des cours principales et sud, figure parmi les monuments les plus emblématiques de l’établissement[30],[31],[32]. Le Sorin Hall, inauguré en 1888 en sa présence, perpétue également son souvenir[33],[34], tout comme la Sorin Court, une voie derrière le bâtiment principal, et le restaurant Sorin’s, installé au sein du Morris Inn[35].
Son nom a aussi été donné à divers programmes universitaires, tels que les Sorin Fellows et les Sorin Scholars[36],[37]. Au-delà du campus, la ville de South Bend lui rend hommage avec la Sorin Street et le Sorin Park, tandis qu’à Austin, une rue porte également son nom[35],[38]. À South Bend, le quartier historique de Sorinsville[39], autrefois peuplé d’immigrants irlandais, témoigne de son influence durable.
Sur le campus de l’université Saint-Édouard, au Texas, le Sorin Hall et le célèbre chêne Sorin — le plus grand de la ville — rappellent son passage[25]. Enfin, les universités de Notre-Dame et de Saint-Édouard célèbrent chaque année la Journée du Fondateur en son honneur[40],[41]. À l’initiative d’Édouard Sorin, les célébrations de la Journée du Fondateur furent fixées au , jour de la fête de son saint patron, Édouard le Confesseur, plutôt qu’à la date de son anniversaire. Les étudiants de Notre-Dame et du Collège Sainte-Marie marquaient traditionnellement cet événement par des spectacles, des concerts, des feux d’artifice, des compétitions sportives, un grand banquet dans les réfectoires, et en adressant des cartes et des messages à Édouard Sorin[41],[42].
Avec le temps, l’ampleur des festivités s’est réduite. Dans les années 1960, la tradition se limitait au dépôt d’une couronne au pied de sa statue. Aujourd’hui, la journée est commémorée sobrement par une messe spéciale en la basilique du Sacré-Cœur[43]. En 2014, pour marquer le bicentenaire de sa naissance, Notre-Dame organisa une année de célébrations. Celles-ci débutèrent par une messe solennelle et un repas festif inspiré de la cuisine française. Tout au long de l’année, les Archives de l’université numérisèrent ses documents, la bibliothèque Hesburgh accueillit une exposition en son honneur, et plusieurs conférences furent organisées pour évoquer son héritage[44]. Régulièrement, des étudiants de étudiants américains reviennent sur les pas du père Édouard Sorin[45], dont par exemple Kamala Harris[46]. L'Église Notre-Dame-de-l'Assomption d'Ahuillé conserve un tableau sur l’action de l’abbé Édouard Sorin[46].
Bibliographie
- Édouard Sorin (1882). The minims of Notre Dame: a serio-comic drama. Notre Dame, Ind.: (OCLC 18713760).
- Édouard Sorin (1883). The angel of the schools: a manual of devotion for the use of Catholic youth. New York: Sadlier. (OCLC 22369619).
- Édouard Sorin (1879). Bells at Notre Dame. Notre Dame, Ind.: (OCLC 953978788).
- Édouard Sorin (1885). Circular letters of the Very Rev. Edward Sorin, Superior general of the Congregation of the Holy Cross and founder of Notre Dame. Notre Dame, Ind. (OCLC 4275356).
- Édouard Sorin (2001). Chronicles of Notre Dame du Lac. James T. Connelly, John M. Toohey. Notre Dame: University of Notre Dame Press. (ISBN 0-268-02270-4). (OCLC 50094714).