Église Saint-Pierre de Rucqueville
église située dans le Calvados, en France
From Wikipedia, the free encyclopedia
L'église Saint-Pierre de Rucqueville est une église catholique située près de Bayeux dans le Calvados, datant du XIe siècle. Sous un aspect anodin elle cache des chapiteaux historiés remarquables qui attirent l'attention des historiens depuis le passage d'Arcisse de Caumont au début du XIXe siècle.
| Type | |
|---|---|
| Diocèse | |
| Paroisse |
Paroisse Saint-Vital-de-la-Seulles (d) |
| Religion | |
| Patrimonialité |
| Département | |
|---|---|
| Commune |
| Coordonnées |
|---|
Localisation
L'église est située dans le département français du Calvados, sur le territoire de la commune nouvelle de Moulins-en-Bessin, dans le bourg de l'ancienne commune de Rucqueville.
Historique
La paroisse apparaît successivement sous les noms de Ruschivilla ou Ruschavilla en 1082 ; Rucheville ou Ruscavilla au XIIe siècle ; Ruskevilla au XIIIe siècle ; Rusquevilla ; Rusqueville en 1371 ; Rouxeville en 1460 ; Ruqueville en 1674 ; Rugville en 1716 [1]. Sous la plume d'Arcisse de Caumont elle redevient Ruqueville[2] et l'orthographe est finalement fixée au XXe siècle en Rucqueville.
À l'époque de Guillaume le Conquérant, quatre grandes familles normandes se partagent des terres à Rucqueville. La famille de Turstin Haldulp fonde l'abbaye de Lessay, les vicomtes d'Avranches font élever celle de Saint-Sever, tandis que les seigneurs de Creully font bâtir le prieuré de Saint-Gabriel. La quatrième grande famille est celle de Renouf, vicomte du Bessin. Le fait rare en Normandie, que plusieurs puissants seigneurs possèdent des terres dans la même localité, peut selon les historiens, expliquer la présence inattendue des chapiteaux richement sculptés et d'une facture inhabituelle dans cette petite église de campagne[3].
Avant la Révolution, Rucqueville dépendait, avec 31 autres paroisses, du doyenné de Maltot dans le diocèse de Bayeux. Le patron[4] de l'église était le seigneur du lieu, un laïc, comme souvent en Normandie[5],[6].
En 1356, Robert de Brucourt, seigneur de Maisy et autres lieux, possède la seigneurie et le patronage de l'église de Rucqueville. En 1376, prisonnier des Anglais, il vend tous ses biens à Bertrand du Guesclin pour payer sa rançon[7].
Au XVIe siècle, les Le Sens rendent aveu pour des terres à Rucqueville, leur blason est peint sur un des murs du transept nord. En 1640, Jacques de Thioult, chevalier, seigneur et patron de Rucqueville et de plusieurs paroisses avoisinantes, dont celle de Vaussieux, « nomme à la cure » c'est-à-dire désigne un curé de son choix pour l'église[4]. La seigneurie est encore dans la famille en 1679. Au XVIIIe siècle, c'est le curé d'une autre paroisse qui détient le patronat et le passe à son neveu Henri-François-Guillaume de Chyvré en 1766[8].
Après la Révolution, l'église n'a plus de desservant[9] et la paroisse est réunie à Martragny pour la célébration du culte[5].
En 1841 le curé de Martragny, commune avoisinante, adresse à la Société française pour la conservation des monuments une « notice sur les chapiteaux bizantins de l'église de Ruqueville »[10]. L'édifice est classé au titre des monuments historiques le [11].
Description
En forme de croix latine, l'église est de petite taille et son aspect extérieur semble banal[9], mais les chapiteaux historiés de son transept intriguent et suscitent l'admiration des historiens d'art[12] depuis le XIXe siècle[13]. L'édifice est composé d'une courte nef, d'un transept flanqué d'une tour centrale et d'un chœur à chevet plat[13].
De l'église du XIe siècle les baies romanes ont presque toutes disparu[9], remplacées dans le transept sud, le mur est du chevet et le pignon ouest, par de plus grandes ouvertures en arc-brisé et par des fenêtres en plein-cintre dans le mur sud du chœur. Le collatéral nord rajouté postérieurement a été supprimé au XVIIIe siècle[14]
La nef
Soutenue par quatre contreforts, la nef est éclairée côté sud par une unique fenêtre sous laquelle subsiste la trace d'une porte bouchée. Le portail occidental en lancette est orné d'un simple cordon à retour d'équerre qui court jusqu'aux contreforts [5]. Douze petites pierres ornées de motifs géométriques sont incrustées dans la maçonnerie du pignon[15]. Dans le mur nord deux arcades bouchées, qui sont décorées sur leur face interne d'un liséré de têtes de clous[2], témoignent de l'existence de l'ancien collatéral disparu[9].
Vue du nord-ouest Mur est du chevet Façade nord
Le chœur
Le chœur du XIIIe siècle comporte deux travées. Le mur plat du chevet est percé d'une grande baie en arc-brisé. A l'ouest d'un des contreforts la petite porte qui permettait d'accéder au chœur sans passer par l'intérieur de l'église a été bouchée. Les traces des deux arcades qui s'ouvraient sur le bas-côté sont visibles dans le mur nord. La voûte d'ogives du XIIIe siècle et les deux clefs de voûte ainsi que les murs conservent des vestiges du décor peint gothique[15]. Trois pierres tombales du XVIIIe siècle sont insérées dans le sol de la première travée.
Vue du transept vers le chœur Croisillon nord du transept percé d'une petite fenêtre romane
La tour et le transept
Une tour centrale carrée coiffée d'un toit en bâtière surplombe la croisée du transept. La partie supérieure du clocher, reconstruite vers le XVIe siècle[5] est percée sur ses quatre faces de fenêtres qui contiennent deux baies jumelées trilobées. Mais la cloche, fondue en 1403 est « l'une des plus anciennes de la région »[16].
Le contrefort du croisillon nord est percé en son milieu d'une ouverture très étroite similaire à celles de l'église d'Écajeul, dispositif qu'on ne peut voir qu'en Normandie. A l'intérieur, La croisée est supportée par huit demi-colonnes engagées dont les chapiteaux historiés[note 1] sont exceptionnels en Normandie[13].
La fuite en Egypte Le salut d'une âme La visite des Rois Mages
Les chapiteaux
Les seuls chapiteaux historiés qui existent en Normandie sont ceux de Rucqueville et ceux qui proviennent des vestiges du XIe siècle retrouvés en 1855[17] dans la cathédrale de Bayeux. À Rucqueville le traitement iconographique des sujets présente des analogies avec celui des chapiteaux du clocher-porche de Saint-benoît-sur-Loire ou de Saint-Sernin de Toulouse. La sculpture romane normande étant essentiellement géométrique ou à sujets végétaux, animaliers ou humains sans effort de mise en scène[18], cela confirme l'idée que l'auteur de ces sculptures provient de régions étrangères à la Normandie [19],[13].
Cinq chapiteaux représentent des scènes de la vie de Jésus ou autres sujets de la religion Chrétienne[20] :
- La fuite en Egypte: Un ange montre une étoile pendant que Marie, assise sur un âne mené par Joseph, porte l'enfant Jésus.
- L'adoration des mages : Marie, entourée par un ange et deux rois mages, tient l'enfant sur ses genoux.
- L'incrédulité de Saint-Thomas : Saint-Thomas, voulant s'assurer que le Christ qui a été cloué sur la croix est bien ressussité, met le doigt dans une de ses plaies.
- Le salut de l'âme : l'âme est représentée sous la forme d'un petit personnage nu porté sur une mandorle par deux anges . Deux diables qui montrent les dents sont postés de chaque côté.
- Personnages debout sous des arcades, un ange et un homme en prière vêtu d'un manteau à gros boutons. Le troisième personnage a été bûché lors de l'édification de la chaire.
Deux autres chapiteaux sont figurés :
- Une scène de combat : deux hommes en armes entrechoquent leurs boucliers.
- Deux lions affrontés, la sculpture est très abimée.
Un seul chapiteau porte un décor de feuilles d'acanthes sans personnages ni animaux.