Église du Moûtier de Thiers

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CulteCatholique
TypeÉglise paroissiale
Début de la constructionXIe – XIIe siècle
Style dominantRoman
Église du Moûtier de Thiers ou église Saint-Symphorien de Thiers
Église du Moûtier de Thiers.
Église du Moûtier de Thiers.
Présentation
Culte Catholique
Type Église paroissiale
Début de la construction XIe – XIIe siècle
Style dominant Roman
Protection Logo monument historique Inscrite MH (2006)
Géographie
Pays Drapeau de la France France
Région Auvergne-Rhône-Alpes
Département Puy-de-Dôme
Ville Thiers
Coordonnées 45° 51′ 02″ nord, 3° 32′ 41″ est
Géolocalisation sur la carte : Puy-de-Dôme
(Voir situation sur carte : Puy-de-Dôme)
Église du Moûtier de Thiers
Géolocalisation sur la carte : France
(Voir situation sur carte : France)
Église du Moûtier de Thiers

L’église du Moûtier est une église chrétienne, en grande partie de style roman, située dans la ville basse de Thiers dans le département du Puy-de-Dôme. La fondation de cette église est considérée comme la plus ancienne de la ville notamment parce qu’elle est mentionnée par Grégoire de Tours au VIe siècle dans un de ses ouvrages hagiographiques[1].

L’église du Moûtier est dédiée à Symphorien d'Autun, martyr chrétien romain exécuté à la fin du IIe siècle, c’est pourquoi on la retrouve aussi sous le vocable d’église Saint-Symphorien de Thiers.

De style roman, l’édifice a subi de nombreuses modifications et réparations au cours du temps dont l’une des plus significatives s’est déroulée à la fin du XIXe siècle ce qui l’a amputée de son ancien chœur primitif.

Aujourd’hui entièrement restaurée et classée Monument historique en 2006, elle est le dernier édifice de la ville à obtenir ce titre.

L'église est localisée dans le département français du Puy-de-Dôme, sur la commune de Thiers. Elle se situe au cœur du quartier du Moûtier, accolée à l’abbaye dont elle est liée depuis au moins l’an mil[2]. Cette zone correspond au passage et débouché de la rivière Durolle depuis les contreforts du Forez dans la plaine de la Limagne. Le quartier du Moûtier a été considéré, par les historiens et depuis le début du XIXe siècle, comme le secteur originel de l’implantation humaine à Thiers. Aujourd’hui ceci est fortement remis en cause, voire infirmé, suite à la découverte archéologique du castrum primitif de Thiers en hauteur, dans les Margerides, secteur escarpé à l'est de la ville de Thiers[3]. Le Moûtier n’en demeure pas moins un haut lieu de l’histoire thiernoise depuis le début du XIe siècle, voire dès l’époque carolingienne. Le nom « Moûtier » est issu de l’ancien monastère appelé « Moustier » au Moyen Âge[4].

Histoire

Origines

Vue générale du quartier du Moûtier à Thiers (ville basse)

Jusqu’à 2022, tous les historiens locaux et chercheurs universitaires situaient l’origine de Thiers à l’emplacement de l’église et de l’abbaye du Moûtier[5]. Ceci était dû au fait que l’église Saint-Symphorien est mentionnée dans un ancien texte de Grégoire de Tours, écrit vers 580, indiquant que l’église primitive, en bois, fut brulée par les troupes franques du roi Thierry Ier vers 530 et ceci à l’intérieur du Thigernum Castrum, la forteresse primitive de Thiers. La position actuelle de l’église romane (XIe – XIIe siècle) a donc cristallisé celle du castrum mérovingien dans l’emprise de l’église et de l’abbaye du Moûtier. Aucun reste archéologique n'était venu jusque-là étayer cette théorie très largement reprise dans divers ouvrages.

En 2022, la présence d’un établissement fortifié de hauteur a été mise en lumière dans les Margerides, à l’est de la ville haute, sur le site des Millières[3]. Les sondages archéologiques et les prospections au sol réalisés en 2023[6] et 2024[7] ont permis de confirmer que le site des Millières abrite le Thigernum castrum (traduisible en château, forteresse ou place-forte de Thiers) mentionné par Grégoire de Tours. Cette confirmation scientifique indique également que l’église primitive de Saint-Symphorien se trouve, par déduction, intra-muros aux Millières et non dans l’emprise du secteur du Moûtier qui était admise jusque-là.

Le texte originel de Grégoire de Tours, écrit vers 580, mentionnant l’église de Saint-Symphorien est le suivant (La Gloire des martyrs[8]) :

Site archéologique abritant le "Thigernum castrum" mentionné par Grégoire de Tours au VIe siècle
Site des Millières à Thiers dans les Margerides.

« 51. Des reliques du saint martyr Symphorien.

Quant au martyr Symphorien, il souffrit le martyre dans la ville d’Autun. A l’endroit où il fut frappé par le glaive et où son sang se répandit, un religieux ramassa trois petites pierres imprégnées de ce même sang et les ayant enfermées dans un coffret en argent, il déposa celui-ci dans le saint autel d’une église qui avait été construite avec des planches de bois à Thiers, une place-forte de la cité Arverne. A l’époque où le roi des Francs Thierry dévasta cette région, cette place-forte fut entièrement ravagée par un incendie allumé par les ennemis. Comme depuis les autres maisons en flammes, le feu s’était communiqué à la maison de Dieu - qui, comme nous l’avons dit, était faite de planches de bois – et la réduisait en cendres, les habitants en larmes disaient : « Plaise au ciel qu’au moins les bienheureuses reliques n’aient point été détruites ! ». Entre temps, comme l’incendie avait produit un grand monceau de braises, tout à coup le vent du nord se mit à souffler avec rage et d’un coup dispersa de tous côtés les dernières cendres chaudes provenant de l’incendie. Et voici qu’apparut le coffret en argent qui, demeuré intact au milieu d’un feu intense, brillait tel un astre resplendissant et, après examen, constatèrent que les bienheureux gages n’avaient nullement été endommagés ; que ce dépôt si fragile ait été épargné de la violence d’un incendie qui aurait pu, pour ainsi dire, faire fondre en peu de temps, outre celui-ci, jusqu’à mille livres d’argent ou de fer, ce fut-là, véritablement un grand miracle qui, manifesté en ce lieu, conforta le peuple dans le culte de Dieu et la révérence due à son nom. Au même endroit fut ensuite construite une autre basilique, dans l’autel de laquelle les saintes reliques furent déposées. »

Édifices antérieurs

Le témoignage écrit de Grégoire de Tours nous permet de savoir qu’une église en bois, probablement le premier édifice chrétien de la région, a été construite à l’intérieur du castrum de Thiers, avant 530, peut-être dès la fin du Ve siècle. Ceci indique que la religion chrétienne est officiellement reconnue par l’autorité locale, celle du castrum, dès le début du VIe siècle. Une fois brulée et le miracle de la cassette des reliques constaté, une nouvelle église est reconstruite au même emplacement. On s’accorde généralement à déduire que le second édifice est cette fois réalisé en dur avec des murs maçonnés.

Enceinte défensive ouest de l'établissement fortifié de hauteur identifié comme de Thigernum castrum
Le mur de fortification ouest du castrum des Millières

La deuxième église Saint-Symphorien, positionnée dans le castrum des Margerides est donc, durant cette période, le seul et le principal lieu de culte chrétien de la région thiernoise et ce jusqu’à la construction de l’église Saint-Genès vers 570-580 sur une hauteur voisine (noyau médiéval actuel de la ville). Cette dernière a été fondée par Avitus de Clermont, évêque et mentor de Grégoire de Tours. Ce fait est aussi décrit par un texte hagiographique de Grégoire de Tours (66. De saint Genès d’Auvergne[9]). Les premières données archéologiques, qui restent à confirmer, semblent indiquer que le castrum n’a pas été exploité au-delà du VIIe siècle. Le transfert des reliques de Symphorien d’Autun de l’église du castrum vers une nouvelle église au Moûtier s’est vraisemblablement déroulé durant la période carolingienne mais aucune date n’est aujourd’hui connue.

Les auteurs locaux ont indiqué que l’église est à nouveau détruite en partie vers 732-733 par les sarrasins, puis reconstruite dans la foulée. On peut lire également qu’un monastère se serait installé à proximité de l’église à une période indéterminée entre le VIe et le VIIIe siècle[4]. D’autres sources écrites indiquent parfois que l'abbaye du Moûtier est fondée en 765 par Aldebert, évêque de Clermont et placée sous l'égide de saint Benoît. Les sources sur l’attaque des sarrasins et l’installation d’un monastère à Thiers, durant la période carolingienne, sont discutables et peu fiables. C’est surtout par déduction que les historiens ont considéré que les méfaits des troupes sarrasines sur l’Auvergne et ses lieux cultuels chrétiens ont concerné logiquement Thiers, zone de peuplement et de culte importante, sans preuve ni trace écrite probante.

Édifice actuel

Quartier du Moûtier : église et ancienne abbaye
Vue générale de l'église du Moûtier

L’église du Moûtier actuelle est en grande partie datée des XIe et XIIe siècles. Les structures architecturales romanes sont en adéquation avec les premières mentions écrites de l’église et de l’abbaye entre 1011 et 1016[2]. L’église de Saint-Genès et celle de Saint-Jean-du-Passet sont également mentionnées à cette période de l’an mil. C’est à partir de 1011 que l’église Saint-Symphorien de Thiers passe en donation à l’ordre de Cluny et donc adopte la règle bénédictine[10].

Maintes fois modifiée, reconstruite, l’église du Moûtier présente des vestiges qui, probablement, sont issus de deux campagnes principales de travaux, au milieu de XIe siècle (anciens chœur et transept) puis au XIIe siècle (nef, narthex et bas-côtés)[11]. L’hypothèse émise, sans preuve, est que c’est la donation de Cluny en 1011 qui serait à l’origine de la construction du chœur, donc de la première église romane, voire préromane, comme le suggèrent certains auteurs du XIXe et du début du XXe siècle[12].

Carte postale ancienne vers 1900 : église et abbaye du Moûtier
Vue générale de l'abbaye et de l'église du Moûtier

Le complexe religieux formé par le monastère et l’église a permis, vraisemblablement dès l’an mil, la mise en place d’une grande foire ou marché dans un pré voisin appartenant aux moines : le pré du Breuil (Brolium). Cette foire qui se déroulait tous les ans en septembre, autour du 14, pour fêter l’exaltation de la croix, est toujours pratiquée aujourd’hui et se nomme encore la « Foire au pré ». Un acte de pariage daté de 1251 en fait mention mais on s’accorde à admettre son existence depuis au moins la mise en place de l’église romane et de son monastère dès le XIe siècle.

Évolution monumentale

Abbaye du Moutier et église sur le dessin de Revel (armorial de Revel vers 1450)
Abbaye du Moutier et église sur le dessin de Revel (milieu XVe siècle).

Sur le dessin de l’armorial de Revel datant du milieu du XVe siècle, l’église du Moûtier est dessinée d’une manière qui laisse penser qu’elle a déjà été profondément remaniée à la fin du Moyen Âge[13]. En effet, sur la représentation, elle ne possède déjà plus sa tour de croisée (traditionnellement octogonale) qui, si les bâtisseurs ont respecté les codes de construction romane du XIe – XIIe siècle, devait exister et être placée au-dessus de la croix du transept. Or, sur le dessin de Revel, le clocher semble carré et placé au-dessus du narthex (entrée). Idem pour le narthex, il montre une entrée avec une porte avec arc brisé finement décorée de sculpture gothique. Si le dessin reflète la réalité, l’église romane a été remaniée entre le XIIIe et le milieu du XVe siècle. Aucune trace écrite ne décrit ces travaux ou modifications. Sur le dessin de Revel, l’église et les bâtiments de l’abbaye sont liés et forment un tout, englobé intra-muros, la route actuelle (avenue Joseph Claussat) qui sépare l’église du châtelet et de l’abbaye n’a été créée que lors des travaux de 1882-83. L’armorial de Revel présente également le blason de la puissante famille De Lalière, ayant fourni deux abbés du Moûtier de Thiers au XVe siècle. Le blason indique le nom de l’abbé, De Laliere abbé de Tihert, l’écusson est le suivant : d’azur au lion d’argent – l’écu posé sur une crosse[13].

Blason de l'abbé du Moutier - armorial de Revel (extrait) - vers 1450
Blason de l'abbé du Moutier (De Lalière) - armorial de Revel.

Plusieurs mentions écrites des diverses états et réparations de l’édifice ont été retrouvées dans les diverses archives et permettent de connaitre quelques bribes de l’histoire de l’édifice du XVIe siècle jusqu’à nos jours. Après des siècles de relative prospérité durant le second Moyen Âge, l’église du Moûtier et son Abbaye entrent dans une longue phase de déchéance et de difficultés dès le XVIe siècle et ce jusqu’à l’époque moderne. Il semblerait que le déclin de l’abbaye et de l’église du Moûtier commence même dès 1301, lorsque Thiers (château-fort, ville et domaine) est cédée par Guy de Thiers au comte du Forez. Ce dernier et ses successeurs, à l’exception de Louis II de Bourbon, ne feront que contester et grignoter les droits, privilèges et subventions envers les membres religieux du monastère du Moûtier. D’après l’historien Alexandre Bigay[4], l’abbaye comptait 24 moines et un abbé en 1332, 8 en 1618, en 1751, ils ne sont plus que deux et à après l’année 1767, l’abbaye semble complètement désertée.

Début 1568, lors de l’attaque des Huguenots sur la ville, l’abbaye est pillée et semble-t-il incendiée[14]. On suppose que des réparations ont dû être effectuées une fois le conflit terminé mais peut être qu’en partie, car en 1624, le grand vicaire de l’abbé de Cluny décrit l’église du Moûtier comme étant « grandement ruinée pour n'y avoir aucun pavé, la plus grande partie des vitres brisées, les cloîtres démolis et ruynés. »

CPA : Eglise du Moûtier - face sud - vers 1900
Église du Moûtier - façade sud - vers 1900.

En 1679, des textes la décrivent comme en ruine notamment la nef et le clocher, de nouveaux travaux sont alors mis en œuvre à une date non connue. C’est suite à un procès engagé à la demande du procureur général de Cluny, que les luminiers sont contraints aux travaux de réparation de l’édifice. L’église est alors menacée de fermeture par l’évêque si les travaux ne sont pas exécutés. Les réparations sont alors réalisées sous la contrainte mais elles vont plonger la communauté religieuse locale dans les dettes, ce qui entrainera la dispersion inéluctable des membres du monastère.

Vue église du Moutier avant les travaux de 1882-83 (photo E Brassard)
Vue de l'église du Moutier avant les travaux de 1882-83.

En octobre 1707, une crue catastrophique de la Durolle ravage les bâtiments de l’abbaye et d’une partie de l’église (sol de la nef ainsi qu’une chapelle). Un procès-verbal de décembre 1707 dressé devant notaire indique les dégâts causés par la crue de la Durolle : « il paraît encore que l'église quoique éloignée de 50 pas de la rivière a toujours restée mouillée depuis l'inondation. La force de l'eau qui venait avec impétuosité par dessous, a enlevé une grande et grosse pierre qui était un tombeau d'un particulier dans la nef de l'église ; et dans une chapelle qui est à côté du chœur, élevée d'un demi-pied plus que la nef, elle a aussi enlevé un autre tombeau. » Les écrits de cette époque indiquent que très peu de travaux de réparation, suite à cette inondation catastrophique, sont réalisés au niveau des bâtiments de l’abbaye et de l’église. Si bien que le complexe religieux est en grande partie abandonné et en ruine, d’autant plus que seulement deux moines sont signalés au XVIIIe siècle. Après 1767, plus aucun religieux ne semble habiter l’abbaye.

En 1782, le pape Pie VI supprime l’abbaye du Moûtier[15], et à la Révolution, les biens sont vendus comme biens nationaux et les moines sont rendus à la vie civile.

Intérieur de église l'église du Moûtier - collatéral nord écroulé (photo E Brassard)
Intérieur de l'église du Moûtier - collatéral nord écroulé avant 1880.

Suite au concordat de 1801, l’église du Moûtier devient paroissiale et ne semble pas faire l’objet de travaux de réfection. En 1838, d’importants travaux sont menés sur la face ouest qui lui donneront son aspect d’aujourd’hui avec un clocher carré massif et austère. Cette même année, Prosper Mérimée visite l’église et en fait une description détaillée et la fait classer au titre des Monuments historiques (la première liste de classement d'édifices date de 1840). Pour une raison aujourd’hui inconnue, elle sera déclassée quelques années plus tard.

En 1870, Aymon Mallay, architecte diocésain et membre de la commission départementale pour la conservation des Monuments historiques, demande le reclassement de l'église au titre des Monuments historiques, en vain.

D’après les photographies prises par Éleuthère Brassart de la société savante Diana (Montbrison), les vestiges décrits par Mérimée en 1838 sont encore visibles dans les années 1870-1880. A cette période, l’accès à la nef de l’église et au collatéral nord est interdit au public car la voute centrale présente une inquiétante fissure et le bas-côté nord est en partie effondré.

CPA : église du Moutier vers 1900 : ancien chevet primitif
Église du Moutier vers 1900 : ancien chevet primitif.

Les travaux de restauration sont réalisés de 1882 à 1883 en suivant le projet le moins couteux mais le plus amputant pour l’édifice : la voute en berceau de la nef est détruite et reconstruite à une hauteur moindre (2 à 3 mètres plus bas), les fenêtres hautes qui éclairaient les trois premières travées sont également supprimées. Fort heureusement, les anciens chapiteaux et les arcs doubleaux longitudinaux sont conservés. Toutes les parties orientales de l’église (deux travées de chœur avec leurs collatéraux, sanctuaire carré, chapelle de Montboissier), considérées comme les plus anciennes, sont définitivement abandonnées et se retrouvent à l’état de ruine à l’extérieur de l’église sans couverture. Un nouveau chœur est reconstitué dans la partie est de la nef. Ces travaux réalisés à la fin du XIXe siècle sont aujourd’hui considérés comme une erreur irréversible sur la structure et le style de cet édifice unique que certains historiens et auteurs jugeaient préroman.

Vue du tympan de l'église du Moûtier - fresque du XV-XVIe siècles
Vue du tympan - entrée principale.

Divers travaux de restauration sont exécutés tout au long du XXe siècle. En 1951, une réfection menée sur la façade ouest met au jour les vestiges de peintures murales sur le tympan et de l’intrados du portail. Bien que très abimée, cette peinture du XVIe siècle met en scène le martyre de Symphorien d’Autun. La peinture du tympan recouvrait une autre plus ancienne vraisemblablement du XVe siècle[16].

Dans le début des années 2000, l’église a fait l’objet d’un remarquable travail de restauration globale tant intérieure qu’extérieure lui redonnant un aspect coloré et mettant en évidence la beauté et l’originalité de cette église d’Auvergne.

En 2006, elle est enfin classée au titre des Monuments historiques, après tant de déboires, de catastrophes et d’abandons depuis le XVIe siècle.

Classement

Eglise du Moûtier vue du sud-est, avec son jardin potager et depuis la cure
Église du Moûtier vue du sud-est, depuis la cure

Depuis le 27 septembre 2006, l'église, mais aussi le châtelet et le logis abbatial sont inscrits au titre des Monuments historiques.

Le tableau « Le Vœu de Louis XIII » (XVIIe siècle) restauré en 2010 est classé et inscrit au titre des Monuments historiques, il est visible dans le bas-côté sud.

Le coq de clocher daté de 1717 est classé au titre objet Monuments historiques.

Un christ en croix du dernier quart du XVIe siècle est classé au titre objet Monuments historiques depuis le 20 octobre 1913.

Utilisation actuelle

L'église est ouverte au public toute l'année et des visites touristiques de l'office de tourisme de Thiers sont organisées dans celle-ci.

Elle accueille des messes en semaine et le week-end ainsi que les jours fériés religieux. L'édifice est également le siège de la Paroisse Saint-Roch en Durolle.

Architecture

Plan et dimensions de l’église

Plan de l'église dessiné au crayon (après travaux de 1882-83) (1911 ?)
Plan de l'église dessiné au crayon (après travaux de 1882-83).

Depuis sa construction dès le XIe siècle, l’aspect de l’église du Moûtier a profondément changé au cours des siècles. L’apparence austère et sans style de son entrée ouest tranche pourtant avec son intérieur coloré, esthétique et soigné. Le bâtiment actuel mesure environ 35 mètres de longueur pour 18 mètres de largeur, il occupe un peu plus de 600 m2 au sol. À l’origine (XIe – XIIe siècle), l’église mesurait 44,5 mètres de long pour sensiblement la même largeur et sa surface au sol devait être voisine de 950 m2. Une photographie prise depuis le sud vers 1880, avant les grands travaux de 1882-83, permet de voir l’aspect général de l’église du Moûtier, avant l’amputation irréversible de son chœur primitif et l’abaissement de la voute de sa nef. L'église est de plan allongé, avec une nef centrale et deux bas-côtés. L'essentiel des maçonneries est en appareil mixte de moellons d'arkose et de granite. Les encadrements de baies anciennes sont en pierre de taille d'arkose, celles du XIXe siècle (du clocher en particulier) sont en pierre de taille d'andésite (pierre de Volvic). Les dessous des toits des côté sud, est et nord possèdent des corniches à modillons.

Élévation

Plan église du Moûtier - ancien et nouveau chœur
Plan de l'église du Moûtier - ancien et nouveau chœur.
Eglise du Moutier et vieux Thiers en arrière plan (église Saint-Genès au sommet)
Église du Moutier et vieux Thiers en arrière plan.

La face ouest, fortement remaniée lors des travaux de 1838 présente un porche avec tympan sur voute plein-cintre. Le clocher imposant et austère est positionné au sud et posé sur l’ancienne tour romane d’origine et on suppose l’existence d’une deuxième au nord à l’origine, aujourd’hui engloutie dans le narthex (mentionnée par Mérimée en 1838). La façade ouest montre une grande hétérogénéité dans les blocs de construction utilisés parfois en appareil régulier de grandes tailles, parfois irrégulier et de petites tailles. Ceci met en évidence les divers travaux de réfection, réparation et reconstruction. Une ouverture romane du clocher est murée à mi-hauteur. La pierre majoritaire que l’on retrouve sur cette face, et également sur l’ensemble de la construction, est l’arkose claire avec des nuances jaune-orangé. Le granite, vraisemblablement d’origine locale, est également présent mais plus dans les parties ayant subi des réparations et des modifications (par exemple pour l’obturation des ouvertures). La façade ouest présente un aspect de surface mosaïquée du fait que les joints de mortier ont été mis en surépaisseur sur toutes les faces du narthex et du clocher. Ce traitement des joints est à rapporter aux travaux de 1951.

La façade sud présente quatre fenêtres étroites éclairant le bas-côté ou collatéral sud. Cette façade est soutenue par trois contreforts romans d’origine. Sur ce côté, sont présents les jardins potagers de l’ancienne cure toujours entretenus par la communauté de religieuses occupant l’établissement voisin.

La façade nord, longeant l’avenue Joseph Claussat, possède également quatre fenêtres avec sourcil et quatre contreforts de style roman. Cette façade a été entièrement reconstruite ainsi que tout le collatéral nord, dans le style roman, durant les travaux de 1882-83, comme le prouvent les photographies prises durant la reconstruction.

L'ancien chœur primitif de l'église est à ciel ouvert depuis 1883
L'ancien chœur de l'église est à ciel ouvert depuis 1883.

L’arrière de l’église à l’est, présente les parties les plus anciennes du bâtiment qui ont été abandonnées lors des travaux de la fin du XIXe siècle. Cette partie était couverte lorsque Prosper Mérimée l’a visitée en 1838. Le petit sanctuaire, aujourd’hui encore sous toiture, a abrité jusqu’à la fin des années 1960, une salle de catéchisme et une estrade pour les spectacles ou cérémonies. À l’arrière de ce dernier, sur le mur extérieur, deux fenêtres romanes ouvertes surplombent trois ouvertures anciennement obturées. Ce mur montre une grande hétérogénéité des structures maçonnées indiquant les nombreuses réparations et modifications qui ont eu lieu sur un millénaire d’existence. Une ancienne crypte toujours accessible (fermée à clé) est présente en dessous du petit sanctuaire. Elle a servi de cave durant de longues années.

L’ancien transept et la croisée d’origine (XIe – XIIe siècle), aujourd’hui à ciel ouvert, possèdent encore leurs colonnes, piliers, voutes plein-cintre, contreforts, fenêtres sur colonnettes… Côté sud, la chapelle de Montboissier (ancien transept sud), toujours couverte et hors d’eau, possède des voutes à croisée d'ogives et est datée du XIVe siècle (le blason de la clé de voute est exposé dans le chœur actuel). De ce secteur, on peut observer l’arrière de l’église reconstruit en 1882-83, où le nouveau chœur et l’abside ont été créés dans la nef principale, en perçant trois fenêtres à l’est et deux de chaque côté sud et nord pour y implanter les vitraux. Les façades nord, est et sud ont été entièrement restaurées en 2005-2006 avec un enduit épais de couleur ocre-jaunâtre, tout en laissant apparaitre la face des modules de construction (arkose, granite…), donnant cet aspect clair et coloré à l’église.

La pierre sculptée mérovingienne ou carolingienne

La pierre sculptée à entrelacs.

À l’arrière de l’église, côté nord et dans la partie très ancienne proche de l‘avenue Joseph Claussat, juste après le portail de la cure, on peut voir une pierre sculptée aux formes cursives et entrelacées. Cette pierre d’environ 50 cm de longueur est un bloc de remploi dont la partie de gauche est presque entièrement effacée. Le motif présente deux arcades jumelées dont l’arc est formé de deux brins, inférieurs à la demi-circonférence, qui reposent sur deux colonnes stylisées. Chaque colonne offre, de face, une cannelure verticale, d’où partent deux séries de cinq feuilles stylisées et alternées. La décoration est en deux registres, celui du bas qui occupe environ le tiers de la hauteur est composé de trois arceaux, à deux brins entrecroisés. Le motif le plus important est formé par la répétition du même motif, avec la particularité de la continuité et de l’entrelac. La sculpture est faite en méplat, dans une dalle vraisemblablement en arkose, la technique de taille peu profonde assure un équilibre entre les parties en bourrelets, éclairées et les cuvettes d’ombre donnant l’impression d’un décor harmonieux et équilibré.

Le chevet primitif où se trouve la pierre à entrelacs à l'extérieur
Le chevet primitif où se trouve la pierre à entrelacs à l'extérieur.

Cette pierre sculptée de remploi, a soulevé bien des interrogations par les divers historiens thiernois[17]. Souvent décrite comme étant un morceau de sarcophage mérovingien, il est plutôt admis aujourd’hui qu’elle correspond à un morceau de chancel, ou d’une dalle funéraire, ou d’un reste d’autel ou de baptistère de l’époque carolingienne. En effet, le style de la gravure correspond mieux à cette période (VIIIe – Xe siècle) même s’il est également encore utilisé à l’époque romane (XIe – XIIe siècle). Cette pierre sculptée est peut-être un témoin d’une église antérieure au XIe siècle.

Tympan

La peinture du martyre de Symphorien d'Autun (XVIe siècle)
La peinture du martyre de Symphorien d'Autun (XVIe siècle).

Sur le tympan de la porte ouest (entrée principale) de l’église du Moûtier est présente une peinture ancienne découverte en 1951. La fresque de gauche encore visible montre le jeune Symphorien priant devant le billot, son bourreau s’apprêtant à lui trancher la tête avec sa grande épée. La date de réalisation de cette fresque est estimée aujourd’hui au XVe – XVIe siècle. Il est évident, en observant les détails, que l’inspiration et le style est médiévale notamment par les habits du soldat – bourreau, très loin du style romain Haut-Empire que voudrait la chronologie des faits. L’étude a démontré qu’il y a une superposition de deux peintures différentes : l’initiale du XVe siècle, couverte par une nouvelle couche au XVIe siècle. La peinture centrale fortement dégradée montre plusieurs personnages debout sans qu’on puisse les identifier ou donner une interprétation.

Décoration intérieure

Nef et voute berceaux plein-cintre à arcs-doubleaux (XIIe siècle)
Nef et voute en berceau plein-cintre avec arcs-doubleaux (XIIe siècle).

L’intérieur de l’église du Moûtier a fait l’objet d’une réfection complète juste avant le classement de l’édifice au titre des Monuments Historiques en 2006. Les travaux de restauration et de décoration ont redonné les couleurs issues des traces des polychromies d’origine retrouvées sur les modules de la décoration romane. Les couleurs (polychromie d'ocres rouges, jaunes et gris) ont aussi été appliquées sur les parties créées et reconstruites de 1882-83 donnant un aspect uniforme et harmonieux à l’ensemble de la décoration intérieure du bâtiment.

Une lithographie de 1840[18], contemporaine au passage de Mérimée (1838) et de la première tentative de classement au titre des Monuments Historiques, permet de mieux connaitre son agencement intérieur. L’église telle qu’elle était au début du XIXe siècle, montre qu’elle ne correspondait pas totalement aux standards des églises romanes d’Auvergne (Saint-Genès, Notre Dame-du-Port, Saint-Nectaire…). Les arcs brisés de style gothique de la croisée du transept indiquent également qu’une reconstruction a eu lieu après le XIIe siècle. On peut supposer que cette reconstruction du chœur est liée à l’écroulement de la tour de croisée déjà absente au milieu du XVe siècle (armorial de Revel).

Lithographie de l'intérieur église du Moûtier vers 1840
Lithographie de l'intérieur de l'église du Moûtier vers 1840.

D’après les études des parties anciennes, le chevet originel possédait une abside semi-circulaire avec deux absidioles[19]. Pourtant sur la lithographie de 1840, l’abside semble carrée, tout comme le montrent les restes actuels du petit sanctuaire. Un grand vitrail en hauteur éclairait le chœur à l’est.

La nef vers 1900 (carte postale ancienne)
La nef vers 1900 (carte postale ancienne).

Concernant l’édifice actuel, la nef centrale est couverte d'une voûte en berceau plein-cintre abaissée en 1882-83, avec arcs-doubleaux, le tout sous un toit à longs-pans. Les bas-côtés, ou collatéraux sud et nord, sont voûtés d'arêtes, sous des toits en appentis. Les arcs plein-cintre de la nef et des collatéraux reposent sur des piliers à colonnes engagés décorés de chapiteaux.

L’église du Moûtier possède 41 chapiteaux romans remarquables dont :

  • 10 chapiteaux de petites dimensions coiffant les colonnettes du nouveau chœur de 1882-83. Ces chapiteaux de remploi sont datés du XIe siècle.
  • 31 chapiteaux de plus grande taille coiffant les colonnes des quatre travées de la nef et des bas-côtés. Ces derniers ont été sculptés au XIIe siècle.
  • 2 chapiteaux localisés vers l’entrée ouest ont été réalisés au XVIe siècle vraisemblablement lors d’une campagne de restauration

Ces chapiteaux présentent un programme iconographique remarquable tant sur leur thème que sur leur exécution. Basé sur des variations de feuilles d’acanthe et de palmettes, des figures fantastiques (sirènes ou atlantes), des oiseaux, des enfants jouant à la balle, des visages zoomorphiques, des grappes de raisin… ornent les chapiteaux dominant les travées de l’église. Certains ont fait l’objet de travaux de restauration notamment par l’apport de polychromie de tons ocre rouge.

Au niveau du mur est de l’abside actuel, on peut observer deux haut-relief du XVe – XVIe siècles réemployés lors de la reconstruction de 1882-83. Le premier situé en dessous du triptyque vitré de Symphorien d’Autun, montre l’Enterrement de la Vierge. Le second, de la même époque, met en scène le Couronnement de la Vierge et se situe dans la partie haute de l’abside, au-dessus des vitraux. L’église du Moûtier possède également une cuve baptismale en pierre de Volvic proche du chœur et deux bénitiers à l’entrée ouest. Dans le chœur est exposé le blason qui décorait la clé de voute de la chapelle de Montboissier (ancien chœur). Guillaume Montboissier fut abbé de l’église du Moûtier de 1499 à 1533 et a donc donné son nom à la chapelle (ancien transept sud). Le tableau du XVIIe siècle, « Le Vœu de Louis XIII », restauré en 2010, est présent depuis 2011 à l’est du bas-côté sud (objet MH). Un christ en croix daté du dernier quart du XVIe siècle est présent dans le chœur de l'église[20] (objet MH).

Vitraux

Le Martyre de saint Symphorien de Jean-Auguste-Dominique Ingres (1834), cathédrale Saint-Lazare d'Autun
Le Martyre de saint Symphorien de Jean-Auguste-Dominique Ingres (1834), cathédrale Saint-Lazare d'Autun.
Vitraux du martyre de Symphorien d'Autun (1883).

Tous les vitraux présents dans l’église du Moûtier ne sont pas antérieurs à 1883. L’abside de l’église du Moûtier possède un triptyque de vitraux représentant la passion de Symphorien. Cette verrière, réalisée lors des grands travaux de 1882-1883, reprend de façon fidèle le tableau d’Ingres (passion de Symphorien, peinte en 1834 - Jean-Auguste-Dominique Ingres) dans sa composition, son décor et aussi ses personnages. Symphorien est représenté en jeune homme (il a 20 ans) tête tournée en direction de sa mère (elle s’appelait Augusta d’après le texte hagiographique) présente sur le haut de la fortification à gauche. Il a les bras levés vers le ciel sur le tableau et les mains liées dans le dos sur le vitrail, son bourreau tenant la corde. Il est le seul personnage vêtu de blanc sur le tableau, symbole de son jeune âge et de sa pureté. Dans l’église du Moûtier, il porte une cape rouge-sang par-dessus sa robe blanche. Ses deux bourreaux l’entourent et celui de droite porte une hache. Quelques personnages du tableau sont repris au niveau des vitraux notamment des soldats romains dont un tient une bannière avec les lettres SPQR, abréviation en latin de « Senatus populusque Romanus ». Cette devise qui se traduit par « le sénat et le peuple romain » est l’emblème de la république romaine, donc le symbole du pouvoir et de l’autorité dans cette scène. Sur le tableau, comme sur le vitrail, un personnage important et central, monté sur un cheval, montre une direction de la main, vraisemblablement le lieu de l’exécution. Ce personnage est le magistrat Héraclius qui fit condamner à mort Symphorien. En arrière-plan, est présente l’enceinte fortifiée de la ville de Augustodunum (Autun) dont la porte de Langres, aujourd’hui porte de Saint André toujours debout.

Ce triptyque, ainsi que les quatre autres vitraux des saints (st Paul, st Jean, st François et st Pierre) qui entourent l’abside, très colorés et de belle facture, ont été réalisés en 1883 par la société Mailhot de Clermont-Ferrand. Ces vitraux ont été offerts par plusieurs donateurs, essentiellement des familles de couteliers, en 1883 dont on retrouve les noms en bas des vitraux, (Melle Marie Coutaret, Famille Courcon, Famille Anglade…) et sont à mettre en parallèle des travaux de restauration et de reconstruction du chœur réalisés à partir de 1882 à la demande de la municipalité thiernoise et du Département.

Huit autres vitraux décorent les fenêtres des façades sud et nord des bas-côtés de l’église. Ces derniers représentent des saints (saint Michel, saint Joseph, saint Eloi…) ou personnages historiques (Jésus, Jeanne d’Arc, Marie, Jean-Marie Vianney…). La plupart sont signés par la même société que celle ayant réalisé le triptyque (Mailhot) et sont datés de 1883. D’autres sont plus récents (1923) avec d’autres donateurs et réalisés par la société F. Taureilles (maître-verrier de Clermont-Ferrand).

Passage de Prosper Mérimée

Prosper Mérimée, inspecteur général des Monuments historiques
Prosper Mérimée, inspecteur général des Monuments historiques.

En 1838, Prosper Mérimée, alors inspecteur général des Monuments historiques depuis 1834, publie un article intéressant sur l’église du Moûtier dans un de ces ouvrages[21]. Il décrit notamment l’intérieur de l’édifice tel qu’il le découvre et il signale les restes d'une abside sur crypte « à hauteur de l'avant pilier du chœur », cette crypte ancienne communiquant avec celle d'alors, sous le sanctuaire. Mérimée en conclut qu’il aurait existé une église plus grande dont l’ancien transept correspondait avec l’emplacement du chœur qu’il voit. Il indique que des murs sont venus fermer les côtés est, nord et sud et la sacristie aurait été posée sur le bras sud du transept et le collatéral nord aurait été entièrement rebâti. Mérimée pense que deux tours flanquaient la façade ouest, seule celle du sud ayant survécu partiellement et servant de base au clocher de 1838.

Lors de son inspection des parties les plus anciennes du chœur en compagnie du curé, Mérimée découvre une tête féminine en marbre blanc (échelle 1 - taille humaine) sous l’enduit d’un mur. Il analyse cette statue et en déduit qu’elle représente vraisemblablement le portrait d’une femme importante de la région et que le style est caractéristique du Bas-Empire romain. Actuellement, aucune trace de cette statue de marbre n’a été retrouvée depuis le témoignage écrit de Prosper Mérimée.

Travaux de la fin du XIXe siècle

Vue prise du sud-est au début du XXe siècle
Vue prise du sud-est au début du XXe siècle.

Entre 1875 et 1880, une série de photos de l’église du Moûtier est réalisée par Éleuthère Brassart (photographe, historien et archéologue – 1850-1920) et montre l’aspect étonnant de l’église du Moûtier. Ces clichés sont réalisés avant les grands travaux de 1882-1883 qui vont considérablement changer l’aspect de l’édifice. Ce sera même une véritable amputation que subira l’église et de façon irréversible. Les photos montrent l’église de Saint-Symphorien dans un très mauvais état. Certaines parties se sont écroulées (collatéral nord), l’intérieur est décrépi et détérioré. Le bâtiment était même interdit d’entrée en raison de fissures menaçantes dans la voute de la nef.

La municipalité a fait appel à une entreprise de restauration qui a proposé deux projets. L’église n’étant pas classée au titre des Monuments historiques, aucune contrainte architecturale ou historique n’est venue s’immiscer dans les discussions sur les travaux.

Vue prise de l'est montrant l'ancien chœur et celui reconstruit à la fin du XIXe siècle
Vue prise de l'est montrant l'ancien chœur et celui reconstruit à la fin du XIXe siècle.

Le premier projet consistait à conserver la structure de l’église telle qu’elle était en 1880. Le deuxième projet consistait à supprimer les trois fenêtres hautes qui éclairaient les 3 premières travées, détruire la voute de la nef et la reconstruire plus basse (environ 2 à 3 mètres). Le projet 2 est retenu car moins cher (6000 Francs d’écart soit une somme dérisoire) malgré les protestations de la municipalité et du département. À la suite des travaux de 1882-1883, les parties est de l’église les plus anciennes sont définitivement abandonnées et laissées à l’état de ruine (transept sud et nord, travées de chœur, sanctuaire carré, crypte et chapelle de Montboissier). Une salle de catéchisme y a été maintenue jusqu’aux années 1960, toujours visible aujourd’hui. C’est durant ces travaux que la route qui sépare l’église de l’abbaye est construite (avenue Joseph Claussat).

En 1924, Louis Bréhier publie un rapport sur l’église du Moûtier (Société d’Archéologie de France) dans lequel il fait un bilan des conséquences désastreuses des travaux de 1882-1883[22].

« … Elle menaçait ruine, et des travaux urgents étaient nécessaires. Cependant, il faut attendre 1882 pour voir l’attention des pouvoirs publics attirés sur elle ; et ce fut malheureusement à son grand dommage.

À ce moment, des fissures s’étaient produites dans la maîtresse voûte, et le danger devint tel qu’on dut interdire au public l’accès de la nef et du collatéral nord. Deux projets de restauration étaient en présence : l’un supprimait le chœur, la partie la plus ancienne de l’édifice, l’autre le conservait dans son intégrité, moyennant un accroissement de dépense d’environ six mille francs. On a peine à croire que ce fut faute de trouver cette somme qui nous parait aujourd’hui misérable, que le premier parti, le plus néfaste, fut adopté. Le Conseil municipal de Thiers, le Conseil général du Puy-de-Dôme avaient cependant insisté pour que l’église fût conservée intacte, et sur la dépense qui, dans cette hypothèse devait s’élever à 27 000 francs, la fabrique de l’église en avait offert 11 000. Tous les efforts furent inutiles : l’église fut amputée de ses deux travées du chœur avec ses collatéraux, de son sanctuaire carré, de la chapelle de Montboissier. On laisse tomber en ruine les parties abandonnées, et c’est grâce au zèle éclairé du curé actuel, M. l’abbé Courtine, que ces ruines elles-mêmes n’ont pas péri.

Par un acte de vandalisme, qui n’est malheureusement sans exemple, on mutila un des plus curieux édifices de l’Auvergne, et on fit disparaitre un des témoins les plus décisifs de la période des origines de son art roman.

Pour savoir ce qu’était l’église du Moûtier avant 1882, nous ne disposons en dehors du témoignage des ruines du chœur que d’une lithographie ancienne datant de 1840. Fort heureusement, avant que l’œuvre de destruction fût accomplie, M Eleuthère Brassart, le dévoué président de la Diana (Montbrison) avait pris une série de photographies du monument…

Enfin, le plan de l’église dressé en 1882 par Mally avant la restauration qu’il a accomplie est conservé au presbytère…

L’ancienne église dont la superficie est encore visible mesurait en longueur 44,50 m et comptait parmi les plus grandes églises d’Auvergne.

Un fragment de pierre encastré dans la maçonnerie du mur septentrional présente, sculpté en méplat, un joli nœud d’entrelacs terminé par quatre enroulements symétriques et inscrits dans le carré. Cette pierre est un témoin isolé d’une église mérovingienne : l’édifice dans lequel on l’a remployé a dû la suivre de très près.

Ainsi, on avait exécuté dans l’église du Moûtier dès le premier quart du XIe siècle, une construction dans laquelle s’affirmaient déjà les traits essentiels de l’art roman auvergnat. La disparation de ce témoignage d’une époque de transition, où les principes d’une architecture nouvelle se dégageaient peu à peu des traditions carolingiennes, est une perte véritablement irréparable, et l’on se demande comment un pays, qui comptait en 1882 des archéologues éminents, a pu laisser détruire, faute d’une somme insignifiante, un des monuments les plus précieux de son passé artistique. »

Le coq du clocher

Le coq de cloché fabriqué en 1717 (classé MH)
Le coq du clocher fabriqué en 1717 (classé MH).

Le clocher de l’église du Moûtier possède un coq en bronze fondu de 1717. Il est classé au titre d’objet MH depuis 1913. Sous le jabot est gravée l'inscription et les dates suivantes : G de Bombourg à Thier 1717, et autour de la queue d'un côté : Jean Bertrit Pierre Dargon belle, et de l'autre : Annet Malliard Simon Maugez 1740.

Don de guérison de maladie des yeux

Alexandre Bigay (1881-1968)

L’historien thiernois Alexandre Bigay (1881-1968) indique, dans un de ces ouvrages, que les curés de la paroisse de Saint-Symphorien héritaient du don de guérison de la « maille », maladie des yeux (cornée)[23]. Des traces de ces pratiques, qui se sont arrêtées vraisemblablement vers la fin du XIXe siècle, ont été retrouvées dans les archives de la cure. Elles indiquent que les habitants atteints de maladies des yeux, notamment les couteliers soumis aux poussières et éclats des meules et du métal, venaient consulter régulièrement le curé de l’église du Moûtier pour se faire soigner par la simple prière. Les curés perdaient ce pouvoir dès qu’ils quittaient la paroisse de Saint-Symphorien de Thiers. Dans d’autres églises dédiées à Saint-Symphorien, on retrouve souvent ce lien entre le saint autunois et le pouvoir de guérison des maladies oculaires.

Galerie

Références

Annexes

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