Élection présidentielle abkhaze de 2004

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Typed’électionÉlection présidentielle
Candidats5
Campagne au
Débat(s) Grand débat entre les cinq candidats
Élection présidentielle abkhaze de 2004
Président de la république d'Abkhazie
(élection invalidée)
Type d’élection Élection présidentielle
Candidats 5
Campagne au
Débat(s) Grand débat entre les cinq candidats
Corps électoral et résultats
Inscrits 137 564
Votants 86 861
63,14% en diminution 24,8
Votes exprimés 84 457
Blancs et nuls 2 404
Sergueï Bagapch Abkhazie unie
Colistier : Stanislav Lakoba (en)
Voix 43 336
51,31%
Raul Khajimba Forum pour l'unité nationale de l'Abkhazie
Colistier : Vitali Smyr
36,49%
Président de la république d'Abkhazie
Sortant Élu
Vladislav Ardzinba Scrutin annulée

L'élection présidentielle abkhaze de 2004 a lieu le afin d'élire le président de la république d'Abkhazie, une république sécessionniste de la Géorgie non reconnue par la majorité de la communauté internationale, pour un mandat de cinq ans. Première élection avec plusieurs candidats, elle se voit finalement annulée. La Constitution interdit au président sortant Vladislav Ardzinba de briguer un troisième mandat après ses élections de 1999 et de 1994 ; il soutient donc son Premier ministre Raoul Khadjimba, qui bénéficie également de l'appui des autorités russes. Le principal adversaire de Khadjimba est Sergueï Bagapch, soutenu par les deux principaux partis d'opposition, Abkhazie unie et Amtsakhara, puis par Aitaira, dont le candidat initial Alexandre Ankvab est écarté par une décision de la Commission électorale du pays.

Bagapch remporte le premier tour avec un peu plus de 50 % des voix. Cependant, les résultats sont vivement contestés. Khadjimba affirme avoir obtenu la majorité et qu'un second tour doit avoir lieu. La Commission électorale publie plusieurs décisions contradictoires, et l'impasse dure deux mois jusqu'au , lorsque les deux candidats conviennent de disputer une nouvelle élection.

Système électoral

Le , lors d'une session présidée par le vice-président Valery Arshba (en) et le Premier ministre Raul Khadjimba, le Parlement fixe la date de la prochaine élection présidentielle au [1].

Le président est élu au suffrage universel direct uninominal majoritaire à deux tours pour un mandat de cinq ans. Les votes blancs étant pris en compte dans les votes valides sous la forme de bulletin « aucun d'entre eux », les candidats peuvent être élus au second tour sans avoir atteint la majorité absolue. La participation doit cependant obligatoirement franchir le quorum de 25 % des inscrits pour que le scrutin soit reconnu valide ; à défaut, une nouvelle élection est organisée[2],[3],[4].

L'Abkhazie étant une république séparatiste de Géorgie, non reconnue par la plupart des pays à l'exception de la Russie notamment, son élection présidentielle est considérée comme nulle et invalide par les autorités géorgiennes[5].

Contexte

L'Abkhazie jouit d'une indépendance de facto depuis sa sécession d'avec la Géorgie à l'issue de la guerre civile de 1992-1993[6], un conflit remporté grâce à l'intervention russe. Depuis cette période, la république séparatiste n'a connu qu'un seul président, Vladislav Ardzinba, arrivé au pouvoir avant même la fin de la guerre et élu lors des deux premières élections présidentielles, en 1994 et 1999. La Constitution de l'Abkhazie limite le mandat présidentiel à deux termes, ce qui signifie qu'un nouveau président doit désormais diriger le pays[7].

Sous la présidence d'Ardzinba, une importante communauté géorgienne vient s'installer dans le district de Gali, en Abkhazie[8]. Ce district devient alors le principal foyer de tensions lors des élections récentes. Sergueï Bagapch, marié à une Géorgienne, y est considéré comme le grand favori, tandis que Raoul Khadjimba affirme que de nombreux votes proviennent de personnes détentrices d'un passeport géorgien, et non du passeport russe ou soviétique exigé par la loi pour pouvoir voter. Le futur président abkhaze doit ainsi composer avec une population géorgienne croissante malgré la séparation entre les deux pays. De surcroît, il doit satisfaire le régime géorgien pro-occidental soutenu par Washington, et une Russie aux ambitions régionales accrues depuis la tragédie de Beslan, tout en préservant les intérêts souverains de la république séparatiste[7].

Candidats

Les candidats doivent être désignés par un groupe d'initiative populaire ou un parti politique durant le mois d'août 2004 afin de pouvoir prétendre à une candidature officielle. Les personnes désignées doivent ensuite enregistrer officiellement leur volonté de se présenter auprès de la Commission électorale centrale, en soumettant les documents requis ainsi qu'environ deux milliers de signatures de soutien. Pour que leur candidature soit acceptée, les postulants doivent réussir un test de langue abkhaze et répondre à une condition de résidence : ils doivent avoir vécu en Abkhazie au cours des cinq années précédant la date de l'élection.

Au total, neuf personnes sont proposées, dont sept enregistrent leur candidature. Le , la Commission électorale centrale annonce avoir validé l'enregistrement de six candidats[9]. Cependant, le , l'un d'eux se retire. Les cinq candidats finalement en lice pour l'élection sont Anri Jergenia, Raoul Khadjimba, Sergueï Bagapch, Sergueï Champa et Iakoub Laboka[10],[11],[12].

Candidats officiellement reconnus

Candidat (nom et âge)

et parti politique

Candidature Détails
Anri Jergenia
(63 ans)
Indépendant
Jergenia est le premier à se porter candidat à l'élection, le . Il n'est pas soutenu par un parti mais par un groupe d'initiative populaire[10]. Premier ministre de l'Abkhazie entre 2001 et 2002, Jergenia est un homme politique spécialiste des relations internationales et de la diplomatie. Il est responsable de la politique étrangère abkhaze depuis sa proclamation en 1992, et des négociations qu'elle engendre.
Raoul Khadjimba
(46 ans)
Forum pour l'unité nationale de l'Abkhazie (en)
Khadjimba annonce se présenter le [13] ; il officialise sa candidature quelques jours plus tard[14] en recevant le soutien de plusieurs groupes et partis politiques[11],[15]. Premier ministre en fonction au moment de l'élection, il est le candidat soutenu par le président sortant et la Russie[5].
Sergueï Bagapch
(55 ans)
Abkhazie unie
Bagapch est nommé le par le parti Abkhazie unie pour le représenter durant l'élection[16]. Il remet officiellement sa candidature le [14],[12]. Premier ministre abkhaze de 1997 à 1999, Bagapch est un homme d'affaires de formation et actuel directeur de la compagnie nationale d'électricité[5].
Sergueï Chamba
Indépendant
Soutenu par un groupe d'initiative populaire, il annonce sa candidature le puis l'enregistre auprès de la Commission centrale le [17]. Ancien ministre des Affaires étrangères, Chamba est un diplomate de formation.
Iakub Lakoba (en)
Parti populaire d'Abkhazie (en)
Soutenu par le Parti populaire d'Abkhazie à partir du [18], il officialise sa demande le [14]. Comparé à Vladimir Jirinovski[19], il participe activement à la guerre d'Abkhazie de 1992, puis s'engage en politique au conseil municipal de Soukhoumi.

Candidatures avortés

Candidat

et parti politique

Candidature Détails
Alexandre Ankvab
Aitaira
Soutenu à partir du par son parti politique pour cette élection[20], il remet sa candidature officielle le . Cependant, sa candidature est invalidée le par la Commission électorale[13]. Homme d'affaires et ancien ministre de l'Intérieur abkhaze, il est au Conseil suprême du pays et proche des élites russes[20].
Valery Arshba (en) Initialement annoncé candidat le , il renonce finalement à se présenter le [21]. Vice-président de l'Assemblée du peuple, le parlement abkhaze, il est de facto le vice-président du pays depuis 1995.
Nodar Khashba (en) Désigné le par un groupe d'initiative populaire pour le représenter, il ne fait finalement jamais la démarche pour se présenter officiellement[22]. Ancien maire de Soukhoumi, la capitale abkhaze, Khashba est alors membre d'un cabinet ministériel russe[15].
Anatoly Otyrba Porté candidat, il ne parvient finalement pas à rassembler assez de soutiens pour se présenter officiellement[23].

Invalidation de la candidature d'Alexandre Ankvab

Le candidat à la présidence du parti Aitaira est Alexandre Ankvab. Cependant, Ankvab refuse de passer l'examen écrit de langue abkhaze exigé par la loi, estimant que cette règle n'est pas constitutionnelle. De plus le , le chef du Service de sécurité d'État, Mikhaïl Tarba, accuse le président d'Aitaira, Leonid Lakerbaïa, d'avoir enfreint la loi en appelant à un renversement du pouvoir. Lakerbaïa dément ces propos et annonce qu'il engagera une action en diffamation contre Tarba[24].

Le , la Commission électorale centrale (CEC) rejette la candidature d'Ankvab, arguant qu'il n'a pas résidé en Abkhazie pendant les cinq dernières années et que sa maîtrise de la langue abkhaze ne peut être pleinement établie. Le lendemain, Aitaira saisit la CEC pour faire annuler cette décision[25], puis fait appel auprès du Conseil suprême, affirmant qu'Ankvab parle parfaitement abkhaze et que l'épreuve écrite viole la Constitution. Le parti soutient également qu'Ankvab a bien résidé en Abkhazie, mais que la CEC s'est fondée uniquement sur des documents russes indiquant qu'il payait aussi des impôts en Russie[26].

Le alors que la campagne est déjà bien avancée, Aitaira convoque un congrès extraordinaire pour discuter de la situation. Il y est envisagé de soutenir Sergueï Bagapch si la Cour suprême ne statue pas en faveur d'Ankvab[27],[28]. Le lendemain de la réunion, la Cour suprême confirme la décision de la CEC d'écarter Ankvab de la présidentielle[29]. Elle reconnaît que la CEC n'a pas prouvé qu'il ne remplissait pas les conditions de résidence, mais estime qu'elle a eu raison de l'exclure pour ne pas avoir passé l'examen écrit de langue abkhaze. Même si cette exigence est contraire à la Constitution, la Cour conclut qu'Ankvab aurait dû s'y soumettre[26].

Pendant les audiences, Kaslandzia témoigne qu'Ankvab maîtrise parfaitement la langue : il a conversé avec la Commission en abkhaze pendant plus de deux heures, alors que l'entretien dure habituellement une demi-heure. Il n'a pas lu les textes proposés mais a commenté un article du journal Respublika Abkhazia, jugé d'un niveau de difficulté bien supérieur. Le premier rapport de la Commission linguistique, qui constatait qu'Ankvab avait « une excellente maîtrise de l'abkhaze », disparaît mystérieusement. Sergueï Smyr, président de la CEC, exige alors qu'un second rapport indique que la compétence linguistique d'Ankvab « ne peut être établie »[26].

Après la décision de la Cour suprême, Aitaira forme une alliance électorale avec Abkhazie Unie, et Amtsakhara, pour soutenir la candidature de Sergueï Bagapch et Stanislav Lakoba. Selon leur accord, Alexandre Ankvab doit devenir Premier ministre en cas de victoire, un poste initialement destiné à Nodar Khashba.

Favoris

Bien que cinq candidats soient officiellement enregistrés pour cette élection, seuls Raoul Khadjimba et Sergueï Bagapch sont considérés comme de véritables prétendants. Khadjimba parce qu'il bénéficie du soutien du président sortant Ardzinba et du Kremlin, et Bagapch parce qu'il est appuyé par les deux principaux mouvements d'opposition, Amtsakhara et Abkhazie unie[7]. Néanmoins ces deux hommes voient tous deux l'avenir de l'Abkhazie dans le rapprochement avec la Russie[5].

Déroulé

Campagne

Les candidats peuvent officiellement commencer leur campagne électorale après l'enregistrement de leur candidature[30]. Le , comme l'exige la constitution abkhaze, le président Ardzinba suspend temporairement le mandat de Premier ministre de Khadjimba, puisqu'il est en campagne ; ses fonctions sont alors assurées par le premier vice-Premier ministre, Astamur Tarba[31]. Conformément à la Constitution, chaque candidat dispose de cinq passages à la télévision nationale : quatre en direct et un préenregistré. L'ordre de diffusion de ces interventions est tiré au sort par la Commission électorale centrale[32]. Le , l'Assemblée invite une commission russe à observer l'élection et la régularité de la campagne[33].

Le , les cinq candidats à la présidence débattent en direct à la télévision nationale, et conviennent de ne pas faire campagne le lendemain, veille du scrutin, mettant donc fin à la campagne qui aura durée un mois[34].

Journée de vote

Les quelque 190 bureaux de vote ouvrent à 8 heures du matin. Dans l'après-midi, le président de la Commission électorale centrale, Sergueï Smyr, annonce que plus de 120 000 électeurs sont inscrits et qu'à 13 heures, plus de 40% d'entre eux ont déjà voté[35]. Le chef de l'administration du district de Gali, Iouri Kvekveskiri, déclare pour sa part qu'il n'y a pas plus de 15 000 électeurs dans ce district[8].

Le président de la commission russe d'observation de l'élection, Nikolai Timakov, affirme lors d'une conférence de presse que l'élection est globalement bien organisée et que les infractions mineures constatées ne sauraient influencer les résultats du scrutin. Timakov indique que, dans les bureaux de vote inspectés par son organisation, les forces de l'ordre assurent la sécurité des électeurs, et que les listes électorales, les extraits de la loi électorale ainsi que les affiches de tous les candidats sont affichés sur les murs[36].

Résultats

Première annonce

Premiers résultats de l'élection
présidentielle abkhaze de 2004[37],[38]
Candidats Partis Premier tour
Voix %
Raul Khadjimba FNUA 101 500 52,84
Sergueï Bagapch AbU 64 500 33,58
Sergueï Chamba SE 19 050 9,52
Iakub Lakoba (en) PPA (en) 5 250 2,73
Anri Jergenia SE 1 800 0,94
Total 192 100 100

Le 4 octobre, soit le lendemain du vote, la CEC déclare Khadjimba vainqueur, avec plus d'une centaine de milliers de voix[8],[39]. Disposant déjà de la majorité absolue, le second tour n'aura pas lieu. Néanmoins, Bagapch ne reconnaît pas la victoire de son opposant[38]. Cependant, les autorités affirment que tous les votes n'ont pas encore été dépouillés, notamment dans la région de Gali où une forte communauté soutient Bagapch[8]. Après plusieurs jours d'incertitude, la CEC annonce l'invalidation du premier scrutin et la tenu d'un nouveau vote dans le district de Gali, où des irrégularités ont été décelés[39]. En effet, Khadjimba dénonce la pression exercée sur certains partisans dans cette région, où ces derniers auraient été contraints de voter pour son rival[8].

Ces résultats sont largement remis en cause et dénoncés par les observateurs. Sur presque 140 000 inscrits initialement, les premiers résultats recensent près de 190 000 votes différents, laissant présager de lourdes irrégularités[40].

Seconde annonce

La CEC publie de nouveaux résultats durant la journée, actualisés. Cette fois, Bagapch est déclaré vainqueur[39].

Résultats définitifs de l'élection
présidentielle abkhaze de 2004[41]
Candidats Partis Premier tour
Voix %
Sergueï Bagapch AbU 43 336 51,31
Raul Khadjimba FNUA 30 815 36,49
Sergueï Chamba SE 5 993 7,1
Anri Jergenia SE 2 277 2,7
Iakub Lakoba (en) PPA (en) 806 0,94
Aucun d'entre eux 1 230 1,46
Votes valides 84 457 97,23
Votes blancs et nuls 2 404 2,77
Total 86 861 100
Abstention 51 039 37,1
Participation 86 525 62,9
Inscrits 137 564 100

Conséquences et analyse

Notes et références

Bibliographie

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