Élection présidentielle roumaine de 2024

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Typed’électionÉlection présidentielle
Inscrits18 008 480
Votants9 465 257
Élection présidentielle roumaine de 2024
(1er tour invalidé)
(2d tour annulé)
Type d’élection Élection présidentielle
Corps électoral et résultats
Inscrits 18 008 480
Votants 9 465 257
52,56% en augmentation 1,4
Călin Georgescu Indépendant[a]
Voix 2 120 404
22,94%
Elena Lasconi USR
Voix 1 772 503
19,18%
Marcel Ciolacu PSD
Voix 1 769 761
19,15%
George Simion AUR
Voix 1 281 327
13,86%
Nicolae Ciucă PNL
Voix 811 952
8,79%
Mircea Geoană Indépendant
Voix 583 900
6,32%
Président
Sortant Élu
Klaus Iohannis
PNL
Scrutin annulé

L'élection présidentielle roumaine de 2024 a lieu une première fois le 24 novembre 2024 avec un second tour prévu le 8 décembre suivant. Ce dernier est cependant annulé du fait de l'invalidation des résultats du premier tour. Un nouveau scrutin a lieu les et [1].

L'élection vise à élire le président de la Roumanie. Le chef de l'État sortant, Klaus Iohannis, issu du Parti national libéral (PNL), n'est pas éligible à un nouveau mandat, la Constitution de 1991 limitant à deux le nombre de mandats présidentiels. L'annulation du premier tour de novembre 2024 le conduit néanmoins à prolonger son mandat de plusieurs semaines, avant la prestation de serment de son successeur.

L'élection voit la qualification surprise du candidat indépendant pro-russe Călin Georgescu, qui arrive en tête du premier tour. Il est alors prévu qu'il affronte la candidate europhile de l'Union sauvez la Roumanie (USR), Elena Lasconi. Premier ministre et dirigeant du Parti social-démocrate (PSD), Marcel Ciolacu, favori des sondages, est éliminé de justesse. Des élections parlementaires ont lieu la semaine suivante, avec une percée des partis nationalistes.

À deux jours du second tour, la Cour constitutionnelle annule le processus électoral, invoquant l'usage du réseau social TikTok comme outil de campagne en faveur de Georgescu. Cette décision inédite est dénoncée par ce dernier – en tête dans les intentions de vote –, qui parle de coup d'État, ainsi que par son adversaire Elena Lasconi, mais est saluée par le président sortant Iohannis et par le Premier ministre Ciolacu. La controverse et la menace d'une destitution pousse le président Iohannis à démissionner en février 2025. Une nouvelle élection présidentielle se tient en mai 2025 remportée par Nicușor Dan.

Fonction présidentielle

La Constitution roumaine de 1991 donne à son président une place essentielle dans la cadre d'un régime semi-présidentiel.

Élu au suffrage universel direct dans un scrutin uninominal majoritaire à deux tours, il nomme aux fonctions civiles et militaires, est le chef des armées et le représentant de la Roumanie à l'international, désigne le Premier ministre, peut dissoudre la Chambre des députés, qui en retour ne peut, si elle veut le destituer, que provoquer un référendum (ce qui a été tenté deux fois contre Traian Băsescu mais a échoué). Le Parlement (Chambre des députés et Sénat) peut également l'accuser de haute trahison et le faire renvoyer devant la Haute cour de cassation et de justice.

Réélection de Klaus Iohannis et gouvernement Orban

Klaus Iohannis

Bénéficiant du rejet du Parti social-démocrate (PSD), empêtré dans des scandales de corruption, le président sortant Klaus Iohannis, candidat du Parti national libéral, remporte haut la main le second tour de l'élection présidentielle roumaine de 2019 face à l'ancienne Première ministre Viorica Dăncilă. Cette réélection a lieu près d'un mois après l'entrée en fonction du nouveau Premier ministre libéral Ludovic Orban[2].

Le gouvernement Orban I est renversé le par une motion de censure déposée par l'opposition sociale-démocrate, qui s'oppose au projet de loi de réforme du Code électoral prévoyant le rétablissement du scrutin à deux tours pour l'élection des maires. La motion recueille 261 suffrages favorables, soit 28 de plus que le minimum requis[3].

Le , Orban est chargé de former un nouveau gouvernement[4]. Le projet de réforme du système électoral et la reconduction d'Orban sont une stratégie du président Iohannis pour obtenir des législatives anticipées[5],[6]. Le 24 février, la Cour constitutionnelle demande à Iohannis de nommer un autre Premier ministre[7].

Dans le cadre de la pandémie de Covid-19, les différents partis rallient la proposition de ne pas tenir d'élections anticipées et privilégient la mise en place d'un gouvernement de plein exercice[8]. Le 13 mars, Ludovic Orban est de nouveau chargé de former un gouvernement[9]. Le Parlement, réuni en séance commune le 14 mars, vote la confiance au gouvernement Orban II. Cette investiture, à peine 24 h après la désignation d'Orban, constitue un record depuis la chute du communisme. L'assermentation des ministres, prévue le soir même au palais Cotroceni, est soumise à des mesures sanitaires particulières dans la mesure où la plupart des ministres se sont placés en confinement après qu'un député du PNL a été testé positif à la Covid-19[10].

Gouvernement Cîțu

Le PSD arrive en tête des élections parlementaires roumaines de 2020, mais sans majorité absolue ni de partenaire pour former un gouvernement[11],[12].

Le Premier ministre Ludovic Orban démissionne dès le lendemain du scrutin au vu de l'échec de son parti à décrocher la première place[13]. Cristian Ghinea, un des ténors de l'USR-PLUS, invite le PNL à des discussions pour la formation d'un gouvernement, mais indique également que son parti n'acceptera pas n'importe quels ministères[14].

Le PNL, après une rencontre entre Ludovic Orban et le président de la République Klaus Iohannis, choisit le ministre des Finances publiques Florin Cîțu comme candidat au poste de Premier ministre, tandis qu'Orban est proposé pour occuper la présidence de la Chambre des députés. Il est ainsi préféré au Premier ministre par intérim Nicolae Ciucă  l'alliance USR-PLUS s'opposant au choix d'un militaire pour conduire le gouvernement  et au ministre des Fonds européens Ioan-Marcel Boloș[15]. Le PSD décide pour sa part de proposer la candidature du technocrate Alexandru Rafila, candidat sur ses listes et expert en santé, tandis qu'USR-PLUS confie ce rôle à Dacian Cioloș[16]. L'USR-PLUS se montre disposé à accepter la candidature de Cîțu, en échange de la présidence de la Chambre pour Dan Barna[17].

Cependant, le , les trois partis se mettent d'accord sur un gouvernement de coalition dirigé par Cîțu, avec huit ministre pour le PNL, sept pour l'USR-PLUS et trois pour l'UDMR. Orban obtient comme prévu la présidence de la Chambre des députés, et l'USR-PLUS celle du Sénat pour Anca Paliu Dragu[18]. Le , le nouveau gouvernement est investi avec 260 voix pour et 186 contre[19].

Coalition PNL-PSD

Une motion de censure, déposée par le PSD, est votée à l'encontre du gouvernement Cîțu le suivant par le Parlement, avec le soutien de l'Union sauvez la Roumanie (USR)  précédemment membre de la coalition gouvernementale  et de l'Alliance pour l'unité des Roumains (AUR)[20].

Le 12 novembre, après plusieurs semaines de négociations, le PNL, le PSD et l'UDMR concluent une entente de base pour la formation d'un gouvernement de coalition, alors que des questions restent à résoudre, comme le nom du Premier ministre ou le principe d'une rotation à la tête du gouvernement[21]. Un accord de coalition est obtenu le 21 novembre sur le principe d'une rotation entre les deux partis après 18 mois entre Nicolae Ciucă et le président du PSD, Marcel Ciolacu, ainsi que sur la répartition des ministères[22].

Le lendemain, Ciucă est désigné Premier ministre, recevant le soutien du PNL, du PSD et de l'UDMR lors des consultations présidentielles[23],[24]. Le 23 novembre, conformément à l'accord de coalition, Ciolacu est élu président de la Chambre des députés, tandis que Cîțu devient président du Sénat[25]. Présenté aux députés et sénateurs réunis le , le gouvernement remporte le vote de confiance du Parlement par 318 voix pour et 126 contre, la majorité requise étant d'au moins 234 voix[26], puis prête serment dans la foulée[27].

Comme convenu dans l'accord de coalition, Nicolae Ciucă démissionne le 12 juin 2023[28]. Le 13 juin, Marcel Ciolacu est chargé de former un gouvernement[29]. Il présente sa composition le jour même[30]. Présenté aux députés et sénateurs le 15 juin, le gouvernement remporte le vote de confiance[31] par 290 voix pour et 95 contre[32], puis est assermenté le jour même[33].

Invalidation de la candidature de Diana Iovanovici-Șoșoacă

Le 6 octobre 2024, la Cour constitutionnelle invalide par cinq avis sur neuf la candidature de l'ancienne sénatrice puis députée européenne d'extrême droite Diana Iovanovici-Șoșoacă. Celle-ci, controversée pour ses propos conspirationnistes, ultranationalistes, antivax, pro-russes, anti-américains, anti-ukrainiens, antisionistes et antisémites, et son style « excentrique » agressif et vulgaire, se pose en défenseure du peuple roumain face aux « élites ». Elle prône la création d'une Grande Roumanie, en annexant notamment des territoires ukrainiens. Elle est longtemps classée troisième dans les sondages de la présidentielle[34],[35].

Le 8 octobre, alors que la décision est contestée par de nombreuses personnalités politiques de part et d'autre de l'échiquier politique, qui craignent que cette décision ne crée un précédent, la Cour constitutionnelle la motive par le fait qu'elle « remet en question et ignore l'obligation de respecter la Constitution par son discours public appelant à la suppression des valeurs et des choix fondamentaux de l'État, à savoir l'adhésion à l'UE et à l'OTAN ». Pour sa part, le président du PNL et candidat à la présidentielle Nicolae Ciucă annonce retirer son soutien au gouvernement de coalition formé avec le PSD. Il accuse celui-ci d'avoir influencé la décision de la Cour, quatre des juges ayant voté en faveur de l'exclusion ayant été nommés par le PSD[36].

Mode de scrutin

Le président de la Roumanie est élu au scrutin uninominal majoritaire à deux tours pour un mandat de cinq ans renouvelable une seule fois. Est élu le candidat qui réunit la majorité absolue des suffrages du total des électeurs inscrits sur les listes électorales. À défaut, un second tour est organisé entre les deux candidats arrivés en tête, et celui recueillant le plus de suffrages est déclaré élu[37],[38].

Les résultats sont validés par la Cour constitutionnelle[39]. Le président élu prête ensuite serment devant la Chambre des députés et le Sénat, réunis en séance commune[40].

Candidatures

Officielles

Candidats à l’élection présidentielle roumaine de 2024
Candidat Fonctions Parti

Ana Birchall
(51 ans)
Députée (2012–2020)
Ministre de la Justice (2017 ; 2019)
Indépendante

Marcel Ciolacu
(56 ans)
Premier ministre (depuis 2023)
Député (depuis 2012)
Président de la Chambre des députés (2019-2020 ; 2021-2023)
Vice-Premier ministre (2017-2018)
PSD

Nicolae Ciucă
(57 ans)
Président du Sénat (depuis 2023)
Sénateur (depuis 2020)
Premier ministre (2020 ; 2021-2023)
Ministre de la Défense (2019-2021)
Chef d'état-major de l'armée (2015-2019)
PNL

Cristian Diaconescu
(65 ans)
Ministre des Affaires étrangères (2008-2019 ; 2012)
Sénateur (2004-2012)
Ministre de la Justice (2004)
Indépendant

Mircea Geoană
(66 ans)
Secrétaire général délégué de l'OTAN (2019-2024)
Sénateur (2004-2016)
Président du Sénat (2008-2011)
Ministre des Affaires étrangères (2000-2004)
Indépendant

Călin Georgescu
(62 ans)
Indépendant

Hunor Kelemen
(57 ans)
Député (depuis 2000)
Vice-Premier ministre (2020-2023)
Ministre de la Culture (2009-2012 ; 2014)
UDMR/RMDSZ

Elena Lasconi
(52 ans)
Maire de Câmpulung (depuis 2020) USR

Alexandra Păcuraru
(38 ans)
ADN

Sebastian Popescu
(42 ans)
NRP

Silviu Predoiu
(66 ans)
Chef du Serviciul de Informații Externe (2006-2007) PLAN

George Simion
(38 ans)
Député (depuis 2020) AUR

Cristian Terheș
(45 ans)
Député européen (depuis 2019) PNCR

Retirée

Candidat Fonctions Parti

Ludovic Orban
(61 ans)
Député (2012-2016 ; depuis 2020)
Président de la Chambre des députés (2020-2021)
Premier ministre (2019-2020)
Ministre des Transports (2007-2008)
FD

Campagne

Durant la campagne, morose, un seul débat a lieu entre les candidats, à l'exception de Nicolae Ciucă et Marcel Ciolacu, qui n'y participent pas. Des sujets d'importance pour les citoyens, comme la santé, l'éducation ou encore la lutte contre la corruption, n'ont pas été traités[41].

Călin Georgescu

Călin Georgescu.

Călin Georgescu participe au scrutin comme candidat indépendant après avoir réussi à obtenir les 100 000 parrainages nécessaires, alors qu'il n'est soutenu par aucun parti politique[42]. Il fait alors campagne sur TikTok[43], où son compte possède 3,4 millions d'abonnés[44]. À l'instar de Vladimir Poutine, il apparaît dans des vidéos où il se met en scène en train de pratiquer du judo, dont il est ceinture noire, la natation, l'équitation, le marathon, en costume traditionnel, ou encore à l'église[45],[46],[47],[48]. À quelques jours du scrutin, alors que des publications soutenant sa candidature inondent les réseaux sociaux, la commission électorale fait supprimer une bonne partie d'entre elles du fait de l'absence du code d'identification réglementaire[42].

Il mène une campagne centrée sur la nécessité de mettre fin aux aides militaires pour l'Ukraine, victime d'une invasion russe depuis 2022[49]. En politique intérieure, il propose un soutien aux agriculteurs et une réduction de la dépendance de la Roumanie aux importations pour augmenter la production nationale de produits alimentaires et énergétique[44]. Il axe également sa campagne sur la défense des valeurs familiales traditionnelles et de l'Église orthodoxe[46].

Mircea Geoană

Mircea Geoană

Initialement favori des sondages, voire au coude-à-coude avec le Premier ministre Marcel Ciolacu[50],[51],[52],[53], l'ancien secrétaire général délégué de l'OTAN Mircea Geoană est d'abord accusé, en juillet 2024, d'avoir plagié sa thèse de doctorat[54].

Il connaît une importante chute dans les enquêtes d'opinion après des révélations, en octobre 2024, du site d'investigation context.ro sur les liens de Rareș Mănescu, qui fait campagne pour Geoană, et la Russie. En réaction, Geoană accuse à tort context.ro d'être financé par l'homme d'affaires et opposant russe Mikhaïl Khodorkovski, qui a dénoncé ces liens. Le média est en fait subventionné par des fonds de l'Union européenne[55].

Par la suite, dans le cadre d'autres controverses, il est accusé d'avoir payé les services de Tal Hanan pour mettre en place une ferme à trolls[56], tandis que sa fille est accusée d'avoir imité le discours de campagne de la nièce de Donald Trump[57]. Enfin, il fait l'objet de suspicions de financement illégal de sa campagne électorale[58].

À la fin de la campagne, il déclare que l'Ukraine devrait faire des concessions territoriales à la Russie[41].

George Simion

Par ailleurs, alors que Georges Simion prône l'union avec la Moldavie et la fin de l'aide à l'Ukraine, ces deux pays lui ont interdit d'entrer sur leur territoire. Outre ses positions pro-russes, qui lui ont valu d'être accusé d'être un espion à la solde de Moscou, ce fervent orthodoxe se montre hostile aux LGBT, aux migrants et aux minorités en général[41].

Elena Lasconi

Bien qu'issue d'un parti libéral, Elena Lasconi se compare à l'ancien président américain Ronald Reagan. Durant la campagne, elle commet des approximations sur le fonctionnement de l'OTAN, les membres du Conseil de sécurité de l'ONU, ou encore sur les positions géopolitiques de la Roumanie au Proche-Orient[41].

Sondages

Scrutin de 2024

Premier tour

Évolution des sondages en vue du premier tour.

Second tour

Date Institut/
Demandeur
Échantillon Indécis ou
abstention
Georgescu Lasconi
2-4 décembre 2024 AtlasIntel 3 102 47,0 % 43,0 % 9,2 %
Curs 2 4629 57,8 % 42,2 % -
27-29 novembre 2024 Sociopol 1 000 60,0 % 40,0 % -
26-28 novembre 2024 AtlasIntel 2 116 45,3 % 47,5 % 7,3 %

Résultats

Analyse et conséquences

Notes et références

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