Élections générales guyaniennes de 2025

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Inscrits718 715
Votants442 550
Blancs et nuls4 083
Élections générales guyaniennes de 2025
65 sièges de l'Assemblée nationale
Président de la république coopérative du Guyana
Corps électoral et résultats
Inscrits 718 715
Votants 442 550
61,52% en diminution 8,7
Blancs et nuls 4 083
Irfaan Ali PPP/C
Voix 242 498
55,31%
en augmentation 4,6
Sièges obtenus 36 en augmentation 3
Azruddin Mohamed WIN
Voix 109 066
24,87%
en augmentation 24,9
Sièges obtenus 16 en augmentation 16
Aubrey Norton APNU
Voix 77 998
17,79%
Sièges obtenus 12 en diminution 10
Président de la République
Sortant Élu
Irfaan Ali
PPP/C
Irfaan Ali
PPP/C

Les élections générales guyaniennes de 2025 ont lieu le afin d'élire simultanément les 65 membres de l'Assemblée nationale ainsi que le président de la république coopérative du Guyana.

Le scrutin voit principalement s'affronter le Parti populaire progressiste (PPP/C) du président sortant Irfaan Ali, candidat à sa réélection, et la coalition Un partenariat pour l'unité nationale (APNU) menée par Aubrey Norton, du Congrès national du peuple (PNCR).

Les élections sont une large victoire pour Irfaan Ali et le PPP/C, qui réunissent plus de 55 % des voix, assurant la réélection du président sortant et l'obtention d'une solide majorité parlementaire.

À la surprise générale, l'APNU d'Aubrey Norton arrive troisième derrière Nous investissons dans la nation (WIN) de l'homme d'affaires Azruddin Mohamed. L'échec de la coalition menée par le PNCR à se placer dans le duo de tête représente un séisme politique historique dans le pays, jusqu'alors dominé par un bipartisme entre PPP/C et PNCR remontant à 1961, cinq ans avant l'indépendance du pays.

Élections précédentes

Irfaan Ali.

Les précédentes élections organisées en provoquent une alternance avec la victoire du Parti populaire progressiste/civique (PPP/C) menée par Irfaan Ali, qui l'emporte sur la coalition Un partenariat pour l'unité nationale (APNU) - Alliance pour le changement (AFC) du président de la République sortant, David Granger. Le PPP/C et l'APNU dominent historiquement la vie politique guyanienne, le premier représentant généralement les intérêts de la population d'origine indienne, tandis que l'APNU-AFC représente généralement ceux de la population d'origine africaine[1],[2].

Le scrutin de 2020 est profondément marqué par une grave crise constitutionnelle l'ayant précédée, puis par une crise post-électorale. Le gouvernement sortant de David Granger est en effet l'objet d'une motion de censure votée à l'assemblée par 33 voix contre 32 courant . La constitution impose alors la tenue de nouvelles élections législatives, doublée d'une présidentielle[3],[4]. Une crise constitutionnelle retarde cependant la tenue du scrutin pendant plus d'un an, les partisans du gouvernement arguant que la majorité absolue s'établissant à 50 % + 1, soit 32,5 + 1, il est nécessaire pour l'obtenir de réunir trente-quatre votes, le 32,5 s'arrondissant selon eux au chiffre supérieur. La voix décisive du député dissident de l'AFC, Charrandas Persaud, en faveur de la censure, est également remise en cause, celui ci ayant la double nationalité guyanienne et canadienne, ce que la constitution interdit aux députés[5],[6]. L'affaire est en premier lieu portée devant la Haute Cour de justice, qui démet Persaud de son mandat, mais juge valide la motion de censure, le député n'ayant pas encore été démis de ses fonctions par son jugement au moment du vote. Ce jugement est ensuite portée devant la Cour d'appel, qui donne raison au gouvernement et annule ainsi la motion de censure, puis devant la cour caribéenne de justice (CCJ), qui revient sur la décision de la Cour d'appel et juge valide la motion de censure le [5],[7]. Cette longue procédure cause un délai considérable dans l'organisation des élections, si bien que le mandat de l'assemblée sortante expire le avant que de nouvelles élections n'aient finalement lieu le [8].

Outre la controverse constitutionnelle qui précède, les élections de 2020 sont marquées par une controverse électorale. Les résultats préliminaires donnent initialement gagnante la coalition APNU-AFC du président David Granger, qui conserve sa très courte majorité absolue des sièges. Elle devance alors d'un seul siège le PPP/C d'Irfaan Ali[9],[10],[11]. Des incidents au cours du dépouillement amène cependant l'opposition à accuser le gouvernement de fraude électorale, tandis que les observateurs étrangers jugent peu crédibles les résultats. Devant la pression internationale, le gouvernement sortant met fin à sa tentative de faire prêter serment à Granger pour un nouveau mandat, et finit par accepter un nouveau décompte des suffrages par une équipe de la Communauté caribéenne (CARICOM)[12],[13],[14],[15]. Le décompte s'achève le , et donne le PPP/C vainqueur avec 33 sièges sur 65, permettant l'alternance à l'assemblée. En tant que candidat présidentiel du parti arrivé en tête, Irfaan Ali remporte par conséquent la présidence du Guyana. Il prête serment le en même temps que son Premier ministre Mark Phillips[16].

Essor économique

Champs pétrolifères guyaniens

Le Guyana connaît depuis une décennie un essor économique très rapide du fait de l'exploitation par Exxon Mobil d'un énorme champ pétrolifère off-shore de 11 à 16 milliards de barils. Découvert en 2015, celui ci porte la production du pays à 770 000 Barils par jour en 2025 et propulse le Guyana dans le top 20 des pays producteurs de pétroles. L'« or noir » a ainsi permis une croissance annuelle moyenne d'environ 35 %, soit la plus forte enregistrée dans le monde. L'année précédant les élections, la croissance s'établit à 43,6 %. Selon le Fonds monétaire international, cette croissance effrénée devrait même se poursuivre jusqu'en 2028, provoquant une mutation en profondeur de l'économie de la population guyanienne, jusqu'alors la deuxième plus pauvre d'Amérique du sud. En théorie, le produit intérieur brut (PIB) passe de 5 576 dollars par habitants en 2013, soit un niveau équivalent à la Namibie ou la Jamaïque, à 20 540 dix ans plus tard, dépassant ainsi ceux de la Pologne et de la Hongrie[17],[18].

Le niveau de vie peine cependant à suivre la croissance du PIB et du budget de l'État, qui quadruple en cinq ans. La moitié de la population demeure en effet sous le seuil de pauvreté, tout en faisant face à une forte inflation, qui atteint 6,6 % en 2023. S'il finance d'important programmes sociaux et des investissements dans de grand travaux d'infrastructures tout en imposant depuis 2021 aux entreprises du secteur pétrolier d'employer au moins 90 % de main d’œuvre locale, le gouvernement d'Irfaan Ali peine à sortir une partie de la population de la précarité, et se voit accusé de négliger les secteurs de la santé et de l'éducation au profit des projets d'« infrastructures prestigieuses ». Face au risque de voir le pays sombrer dans le syndrome de la « maladie hollandaise » à l'exemple du voisin vénézuélien, le Parti populaire progressiste met en avant sa volonté d'établir une économie diversifié et multiplie les chantiers de ponts, zones résidentielles, écoles et hôpitaux, tout en reconnaissant la lenteur du processus[17],[18],[19],[20].

Crise frontalière avec le Venezuela

Partie du pays revendiquée par le Venezuela.

La richesse pétrolifère du pays ravive par ailleurs le différend territorial avec le Venezuela, qui continue de revendiquer la possession de plus des deux tiers du Guyana par ses prétentions sur la région du Guayana Esequiba, internationalement reconnue comme faisant partie du Guyana. Début décembre 2023, le Venezuela organise ainsi un référendum destiné à appuyer ses revendications par un soutien populaire. La frontière entre le Guyana et le Venezuela fait en effet l'objet d'un litige depuis plus de deux siècles. Le Venezuela réclame la souveraineté sur la partie occidentale du Guyana située entre le fleuve Essequibo et la frontière internationalement reconnue entre les deux pays. Ce territoire, d'une superficie de 159 500 km2, représente environ les sept dixièmes du territoire du Guyana et un sixième de la population. Le Venezuela en réclame la souveraineté en se fondant notamment sur l'accord de Genève du , tandis que le Guyana affirme que la frontière a été fixée en 1899 par une cour d'arbitrage américano-anglo-russe organisée à Paris[21],[22].

La crise de la Guayana Esequiba de 2023 voit le Venezuela tenter d'intimider le gouvernement guyanien par des déclarations de souveraineté et la menace d'une invasion militaire, qui restent cependant dépourvus d'effets, le Guyana bénéficiant du soutien affiché de la Communauté caribéenne (CARICOM) et du Gouvernement fédéral des États-Unis, qui déploie une partie de la flotte américaine dans la zone et dont l'armée entreprend des exercices conjoints avec l'armée guyanienne[23]. La crise finit par s’essouffler une fois passée l'élection présidentielle vénézuélienne de 2024, tandis que le Guyana reste dans l'attente d'un jugement après sa saisie de la Cour internationale de justice[17],[24]. Des tensions subsistent néanmoins le long de la frontière. La veille des élections de 2025, un bateau transportant du matériel et du personnel de plusieurs bureaux de votes est victime de tirs d'une patrouille venezuelienne sur le Río Cuyuní, provoquant un échange de tirs sans toutefois faire de blessés[25].

Système électoral

Le siège du Parlement à Georgetown.

Le Guyana est doté d'un parlement monocaméral appelée Assemblée nationale dont les 65 membres sont élus pour cinq ans selon un système proportionnel plurinominal. 25 sièges sont ainsi à pourvoir au scrutin proportionnel avec liste fermée dans dix circonscriptions plurinominales, tandis que les quarante autres le sont selon le même système mais au niveau d'une unique circonscription nationale. Après décomptes des voix, les différents sièges sont répartis selon la méthode de Hare sur la base du quotient simple[26].

Lors de chaque élection législative, les partis présentent chacun un candidat à la présidence de la République, et le candidat du parti ayant reçu le plus de suffrages devient le président du Guyana pour la durée du mandat de l'assemblée, soit cinq ans. Depuis 2000, un président n'est rééligible qu'une seule fois. Le mandat du président est intimement lié à celui des membres de l'assemblée : en cas d'élections anticipés, le candidat à la présidence du parti nouvellement élu remplace le précédent et met ainsi fin à son mandat[27]. Le rôle du président est de premier plan dans le cadre d'un système présidentiel.

Forces en présence

Partis Idéologie Candidat
présidentiel
Résultats
en 2020
Parti populaire progressiste
People's Progressive Party/Civic
PPP/C Centre gauche à gauche
Socialisme démocratique, nationalisme de gauche, populisme de gauche
Irfaan Ali 50,69 % des voix
33 députés
Un partenariat pour l'unité nationale
A Partnership for National Unity
APNU Centre gauche à gauche
Social-démocratie
socialisme démocratique
Aubrey Norton 47,34 % des voix
31 députés
Alliance pour le changement
Alliance for Change
AFC Centre à centre gauche
Social-libéralisme, progressisme
Nigel Hughes
Nous investissons dans la nation
We Invest in Nationhood
WIN Attrape-tout
Populisme, Anti-intellectualisme
Azruddin Mohamed Nouveau
Mouvement En Avant Guyana
Forward Guyana Movement
FGM Centrisme
Réformisme, lutte contre la corruption
Amanza Walton Desir Nouveau

Campagne

Aubrey Norton

Le président sortant Irfaan Ali, se présente à sa réélection comme candidat présidentiel du Parti populaire progressiste (PPP/C). Il fait campagne sur les réalisations de son gouvernement dans le domaine économique, porté par les importants revenus pétroliers, et présente sa réélection comme un vote pour l'avenir du pays, sa souveraineté et sa sécurité nationale face aux menaces extérieures[24]. Assurant qu'il y a encore « plus à faire », il promet de poursuivre sa politique d'investissement dans les infrastructures tout en procédant à des hausses de salaires et des pensions de retraites et une réduction des prix de l'électricité[28],[29].

La coalition Un partenariat pour l'unité nationale (APNU), dominée par le Congrès national du peuple réforme (PNCR), se présente contre lui sous l'égide de son candidat, Aubrey Norton. Ce dernier fait campagne sur la promesse de créations d'emplois et la lutte contre la corruption, dont il accuse le gouvernement sortant, qualifié de « régime corrompu » restant inactif devant le problème du pouvoir d'achat[24].

Si le scrutin reste dominé par un très fort bipartisme doublé d'un communautarisme entre d'un coté un PPP/C réunissant traditionnellement le soutien des populations indo-guyanienne hindouistes, et de l'autre l'APNU/PNCR qui réunit celui des populations afro-guyanienne chrétiennes, le scrutin de 2025 voit la scission de l'Alliance pour le changement qui rompt son alliance avec l'APNU pour présenter la candidature de Nigel Hughes[24].

Le milliardaire Azruddin Mohamed se fait par ailleurs remarquer par sa candidature soutenue par le parti Nous investissons dans la nation (WIN) dont il est le fondateur. Qualifié de « Trump guyanien », ce dernier se révèle rapidement l'élément perturbateur de la campagne dans un pays habitué au bipartisme, une partie de la population le jugeant moins prompt à être corrompu en raison de sa richesse déjà acquise dans le secteur aurifère. Le candidat est soumis à des sanctions des États-Unis pour évasion fiscale en raison d'accusations de contrebande d'un total de 10 tonnes d'or aux États-Unis, de 2019 à 2023, ayant évité le paiement d'environ 50 millions de dollars de taxes. Promettant de mettre fin à la corruption et de reverser son salaire de président à des associations caritatives, Azruddin Mohamed multiplie les promesses populistes de redistribution d'argent public, et met en avant un discours très critique à l'encontre des élites traditionnelles[30],[28],[24],[31]. Il reçoit notamment le soutien du parti Un Guyana nouveau et uni (ANUG), l'un des petit partis ayant réussi à obtenir une représentation au parlement lors des précédentes élections, et qui incorpore de facto le WIN[32]. Par la voix de leur ambassadrice Nicole Theriot, les États-Unis avertissent qu'ils couperaient tout lien officiel et économique avec le Guyana dans le cas de l'avènement d'une administration dirigée par Azruddin Mohamed[33].

A la tête du Mouvement En Avant Guyana (FGM) récemment créé après son départ du PNCR, l'opposante Amanza Walton Desir fait campagne en dénonçant la mauvaise redistribution des richesses du pays et en accusant le gouvernement de corruption[28].

Résultats

Résultats nationaux[34],[35]
Parti ou coalition Candidat
présidentiel
Voix % +/- Sièges +/-
Parti populaire progressiste (PPP/C) Irfaan Ali 242 498 55,31 en augmentation 4,62 36 en augmentation 3
Nous investissons dans la nation (WIN) Azruddin Mohamed 109 066 24,87 Nv 16 en augmentation 16
Un partenariat pour l'unité nationale (APNU) Aubrey Norton 77 998 17,79 N/a 12 en diminution 10
Mouvement En Avant Guyana (FGM) Amanza Walton Desir 4 326 0,99 Nv 1 en augmentation 1
Alliance pour le changement (AFC) Nigel Hughes 3 610 0,82 N/a 0 en diminution 9
Assemblée pour la liberté et la prospérité (ALP) Simona Broomes 969 0,22 Nv 0 en stagnation
Suffrages exprimés 438 467 99,08
Votes blancs et invalides 4 083 0,92
Total 442 550 100 65 en stagnation
Abstentions 276 165 38,42
Inscrits / participation 718 715 61,52

Analyse et conséquences

Notes et références

Voir aussi

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