Élections législatives grecques de 1936
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| Élections législatives grecques de 1936 | ||||||||||||||
| 300 sièges du Parlement grec (Majorité absolue : 150 sièges) | ||||||||||||||
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Type d’élection | Élection législative | |||||||||||||
| Corps électoral et résultats | ||||||||||||||
| Votants | 1 278 085 | |||||||||||||
| Votes exprimés | 1 274 002 | |||||||||||||
| Votes blancs | 4 083 | |||||||||||||
| Parti libéral – Themistoklís Sofoúlis | ||||||||||||||
| Voix | 474 651 | |||||||||||||
| 37,26 % | ||||||||||||||
| Sièges obtenus | 126 | |||||||||||||
| Parti du Peuple – Panagís Tsaldáris | ||||||||||||||
| Voix | 281 597 | |||||||||||||
| 22,10 % | ||||||||||||||
| Sièges obtenus | 72 | |||||||||||||
| Union Générale Radical-Populaire – Geórgios Kondýlis | ||||||||||||||
Liste
Parti national-radical
Parti des indépendants du Parti populaire Parti national populaire | ||||||||||||||
| Voix | 253 384 | |||||||||||||
| 19,89 % | ||||||||||||||
| Sièges obtenus | 60 | |||||||||||||
| Front de tous les Peuples Colistier : Níkos Zachariádis | ||||||||||||||
Liste
Front commun des Travailleurs, Agriculteurs et Professionnels
Front uni des Travailleurs et des Paysans Parti communiste de Grèce | ||||||||||||||
| Voix | 73 411 | |||||||||||||
| 5,76 % | ||||||||||||||
| Sièges obtenus | 15 | |||||||||||||
| Coalition démocratique – Geórgios Kaphantáris | ||||||||||||||
Liste
Parti Progressiste
Parti Socialiste Démocratique de Grèce Parti Agricole et Ouvrier | ||||||||||||||
| Voix | 53 693 | |||||||||||||
| 4,21 % | ||||||||||||||
| Sièges obtenus | 11 | |||||||||||||
| Parti des Libres Penseurs Colistier : Ioánnis Metaxás | ||||||||||||||
| Voix | 50 137 | |||||||||||||
| 3,9 % | ||||||||||||||
| Sièges obtenus | 7 | |||||||||||||
| Représentation de l'assemblée | ||||||||||||||
| Premier ministre de Grèce | ||||||||||||||
| Sortant | Élu | |||||||||||||
| Konstantínos Demertzís Indépendant |
Konstantínos Demertzís Indépendant | |||||||||||||
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Les élections législatives grecques du 30 janvier 1936 furent les élections législatives anticipées, faisant suite au référendum controversé sur la restauration de la monarchie du 10 octobre 1935 et le retour subséquent du roi Georges II des Hellènes et l'abolition de la république. Le changement de régime nécessitant une révision de la Constitution, la chambre élue en juin 1935 est dissoute et des élections convoquées à l'hiver 1936. Aucun parti n'obtient la majorité suffisante pour obtenir la confiance et le cabinet sortant, dirigé par l'indépendant Constantin Demertzis, est reconduit dans ses fonctions.
Les élections ont rassemblé 1 278 085 électeurs, soit 20,86 % de la population légale du pays (6 127 593 habitants). Le Parti Libéral, qui avait boycotté le précédent scrutin, arrive en tête mais loin de la majorité absolue, avec 126 sièges sur 300. Pour la première fois dans l'histoire politique de la Grèce, la gauche fait son entrée au Parlement : la gauche rassemblée autour de Níkos Zachariádis du Parti Communiste, obtient 5, 76 % des suffrages et 15 sièges. La Coalition démocratique libéral-démocrate, dirigée par Geórgios Kaphantáris, obtient elle 4, 21 % des suffrages et 11 sièges.
La République hellénique, proclamée en 1924, est un régime politique instable qui a alors connu cinq coups d'État dont deux ont réussi : le général Theódoros Pángalos établit un régime personnel entre 1925 et 1926 après être renversé par un autre militaire, le général Geórgios Kondýlis qui rétablit provisoirement les institutions républicaines. Les Libéraux, menés par Eleftherios Venizélos reviennent au pouvoir entre 1928 et 1932, dans le contexte de la crise économique de 1929. Très dépendante du commerce avec l'Europe de l'Ouest et les États-Unis d'Amérique, leurs politiques protectionnistes portent un coup d'arrêt aux importations grecques et le pays s'enfonce dans l'instabilité économique[1].
Les élections de septembre 1932 n'avaient donné la majorité à aucun parti ; celles de mars 1933 placent les Libéraux de Venizélos au coude-à-coude avec les Conservateurs du Parti du Peuple. Finalement, alors que les Vénizélistes sont défaits, n'obtenant que 110 sièges à la chambre contre 136 pour la coalition conservatrice, le général Nikólaos Plastíras tente un coup d'État pour maintenir Venizélos au pouvoir, qui échoue : le chef des Conservateurs, Panagís Tsaldáris, est investi Premier Ministre. En mars 1935, un second coup d'État fomenté par Plastíras et Venizélos échoue à le renverser.
Figure modérée au sein de son parti, il est renversé le 10 octobre 1935 par le coup d'État de Kondýlis qui renverse les institutions républicaines, force la Chambre à voter la restauration de la Constitution monarchique de 1911 et appelle officiellement au retour du roi Georges II, alors en exil en Grande-Bretagne. Le référendum du 3 novembre suivant entérine, en dépit du caractère frauduleux du scrutin, la restauration de la monarchie[2].
Une amnistie politique est déclarée par Georges II, qui appelle à la tenue de nouvelles élections.
Résultat
La gauche communiste réunie au sein de la coalition du Front de tous les Peuples (Παλλαϊκόν Μέτωπον) obtient 5, 76 % et 15 sièges : pour la première fois, des députés communistes vont siéger au Parlement grec. La coalition de la gauche libérale-démocrate et agrarienne, la Coalition Démocratique (Δημοκρατικός Συνασπισμός), réunissant les libéraux-démocrates de Geórgios Kaphantáris et les républicains agrariens d'Alexandre Papanastasiou, obtient elle 4, 21 % des voix et 11 sièges. Ensemble, la gauche communiste et libérale-démocrate pèse 9, 97 % des voix et représente 25 sièges sur 300[3]. À droite, le Parti du Peuple (Λαϊκὸν Κόμμα), avec ses 72 sièges, se positionne comme le deuxième parti à la Chambre, même si le Parti Libéral (Κόμμα Φιλελευθέρων) des vénizélistes le devancent avec quinze points d'écart en nombre de suffrages et 126 sièges. À l'extrême-droite, la coalition de l'Union Nationale radical-populaire (Γενική Λαϊκή Ριζοσπαστική Ένωσις) menée par l'artisan de la restauration de la monarchie, Kondýlis, obtient 19, 89 % des voix.
Le Parti des Libres Penseurs (Κόμμα των Ελευθεροφρόνων), fondée quelques années plus tôt par l'ancien général Ioannis Metaxás, a récolté cinquante mille voix et gagné 7 sièges. Le Parti prônait, lorsqu'il est fondé en 1922, le rejet de l'absolutisme politique (« Nous rejetons absolument les méthodes de gouvernement et d'administration du passé, qui ont été depuis longtemps condamnées par la conscience publique. »), la liberté individuelle (« Nous rejetons toute réduction des libertés populaires, considérant qu'il est impossible pour le peuple grec de se développer et de prospérer sans une liberté individuelle et politique totale. »), en faveur d'un compromis de classe (« Nous cherchons à servir les intérêts et l'idéologie des classes agricoles et moyennes, ainsi que les intérêts de la classe ouvrière qui ne sont pas en conflit avec l'ordre social représenté par la majorité. ») et se montre en faveur de la monarchie constitutionnelle : « ...cherchant à renforcer l'influence du "facteur populaire" au sein de la charte constitutionnelle afin de consolider le caractère démocratique du régime. »)[4]. Cette synthèse politique ne fera en tout cas pas du Parti une structure politique de masse : représentant 15, 78 % des voix aux élections législatives de 1926, le Parti n'obtient plus que 5, 8 % deux ans plus tard aux élections de 1928 et n'avait obtenu aux précédentes élections de 1935 que 2, 3 % et 6 députés.

Pacte Sofoulis-Sklavenas
Aucun parti ne réussit à obtenir la majorité absolue : la rivalité féroce entre le Parti Libéral et le Parti du Peuple rendait toute coalition parlementaire impossible, en dépit du fait qu'ils étaient les deux forces politiques avec le plus de sièges. La coalition de gauche adopta une position conciliante avec les Libéraux, qu'elle voyait moins intolérante que le Parti du Peuple farouchement anticommuniste. En échange du soutien de la gauche au candidat libéral à la présidence du Parlement, le Parti libéral s'engageait à satisfaire, dans les délais impartis, aux exigences spécifiques figurant dans l'accord et relatives aux questions politiques et économiques. Le 19 février 1936, dans le plus grand secret, fut signé cet accord d'entente, dit « pacte Sofoulis-Sklavenas » (Σύμφωνο Σοφούλη-Σκλάβαινα), du nom du chef de groupe de la coalition de gauche Stelios Sklavenas et du chef de groupe du Parti Libéral, Themistoklís Sofoúlis.
Les revendications du Pacte portaient sur l'amélioration des conditions de vie des ouvriers et des paysans, la consolidation et l'élargissement des libertés populaires, ainsi que le bon déroulement du processus démocratique. Le pacte proposait d'instaurer un scrutin proportionnel aux élections. Sur le plan économique, l'accord prévoyait un moratoire inconditionnel de cinq ans sur les dettes des agriculteurs envers les particuliers et les banques ainsi que la réduction des prix pour les denrées de première nécessité : le prix du pain devait être, dans un délai de deux mois, baissé de deux drachmes. L'accord négocié prévoyait surtout l'abrogation de la loi concernant les mesures de sécurité pour l'établissement social et la protection de la liberté de 1929 (loi 4229/1929 ou ιδιώνυμο), mise en place par les Libéraux sous Venizélos, utilisée pour censurer et restreindre les activités des militants du Parti Communiste[5].
La coalition de gauche remplit sa part de l'accord en apportant, le 6 mars 1936, ses voix à l'élection de Sofoúlis à la présidence du Parlement. Mais les Libéraux demeuraient profondément divisés sur le maintien d'une telle alliance avec la coalition de gauche : lorsque le contenu de l'accord de gouvernement fut rendu public, il suscita de profondes indignations à droite. La presse athénienne fustige le compromis qu'elle associe à de la compromission : « La Grèce est livrée par Sofoulis, prisonnière aux mains des communistes. » ("Η Ελλάς παραδίδεται υπό του Σοφούλη αιχμάλωτος εις τους κομμουνιστάς")[6]. Les opposants au pacte parlent alors de vénizelo-communisme (Βενιζελοκομμουνισμός) de manière péjorative. Le chef d'état-major de l'époque, Alexandros Papagos, informa le roi Georges II que l'armée n'était pas disposée à tolérer un gouvernement libéral fondé sur les votes ou la tolérance des communistes. Les Libéraux n'accédèrent pas au pouvoir et l'accord ne fut jamais appliqué[7].
Metaxás Premier Ministre
Le 13 avril 1936, le Premier Ministre Constantin Demertzis décéda subitement d'une crise cardiaque. Au cours du printemps, d'autres figures importantes de la vie politique grecque disparurent : Kondylis le 31 janvier, Venizélos qui s'était éteint le 18 mars dans son exil à Paris, Tsaldaris le 17 mai, et Papanastasiou le 17 novembre. La disparition de Tsaldaris laisse le Parti du Peuple désorganisé et sans chef de parti. Ioannis Metaxás, vice Premier Ministre du cabinet Demertzis, est chargé par le roi de former un gouvernement en remplacement de celui-ci. Le 25 avril suivant, Metaxás obtient la confiance de la Chambre par 241 votes favorables, 16 contre et 4 abstentions. Libéraux et Conservateurs lui apportent leur soutien, d'autant plus que Metaxás cherchait alors à se montrer conciliant. Sa légitimité restait alors fragile : il n'était pas membre des deux grands partis (Libéral et Populaire), était à la tête d'une formation politique marginale, le Parti des Libres Penseurs, qui ne pesait que 7 députés.

La grande grève ouvrière de mai 1936 et la répression des grévistes de Thessalonique accélèrent la prise du pouvoir personnel par Metaxás : alors que la Chambre est en vacance, il organise avec le soutien du Palais un coup d'État le 4 août 1936 suspendant la Constitution, les libertés fondamentales et les réunions politiques. En réaction au coup d'État, un soulèvement des agriculteurs de la région de Serrès en Macédoine se produit deux jours plus tard, le 6 août 1936 : il est réprimé dans le sang. Une prise de pouvoir que résume ainsi Jean Hugonnot :
« Le 28 avril il se faisait donner les pleins pouvoirs pour parer aux grèves qui se multipliaient dans le pays, en invoquant la menace d'une insurrection communiste. Et le 4 août, il déclarait dissoute la Chambre des députés et décretait la loi martiale. C'est ainsi que le roi Georges avait montré le peu de cas qu'il faisait de ses décisions en principe souveraines. »[8]