Élections législatives seychelloises de 1974
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| Élections législatives seychelloises de 1974 | ||||||||||||||
| 15 sièges de l'Assemblée législative (majorité absolue : 8 sièges) | ||||||||||||||
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| Corps électoral et résultats | ||||||||||||||
| Votants | 25 415 | |||||||||||||
| 84,00 % | ||||||||||||||
| Parti démocratique des Seychelles – James Mancham | ||||||||||||||
| Voix | 21 902 | |||||||||||||
| 52,36 % | ||||||||||||||
| Sièges obtenus | 13 | |||||||||||||
| Parti populaire uni seychellois – France-Albert René | ||||||||||||||
| Voix | 19 920 | |||||||||||||
| 47,61 % | ||||||||||||||
| Sièges obtenus | 2 | |||||||||||||
| Premier ministre | ||||||||||||||
| Sortant | Élu | |||||||||||||
| James Mancham SDP |
James Mancham SDP | |||||||||||||
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Les élections législatives seychelloises de 1974 ont lieu le afin de renouveler les 15 sièges de l'Assemblée législatives des Seychelles, alors colonie du Royaume-Uni. Il s'agit du dernier scrutin organisé dans l'archipel avant l'indépendance de l'actuelle république des Seychelles ainsi que les dernières élections multipartites avant celles de 1992.
Seuls deux partis présentent des candidats : le Parti démocratique des Seychelles (SDP) au pouvoir, dirigé par le Premier ministre James Mancham, premier chef de gouvernement démocratiquement élu du pays, et le Parti populaire uni seychellois (SPUP) dans l'opposition, mené par France-Albert René, ce qui fait des élections une confrontation fortement polarisée. Bien que le SDP maintienne jusque-là une orientation ouvertement colonialiste, la perception croissante que le Royaume-Uni ne souhaite plus conserver l'archipel sous son contrôle, ainsi que la montée en popularité de l'indépendance revendiquée par René et le SPUP — un parti socialiste et nationaliste de gauche — conduisent le gouvernement de Mancham à adopter une position indépendantiste modérée et progressive, sans pour autant empêcher le déclin de sa popularité. René exige la fin immédiate du statut colonial et l'indépendance des Seychelles sous la forme d'une république présidentielle, tandis que Mancham propose la transformation des Seychelles en un royaume du Commonwealth, en maintenant la reine Élisabeth II du Royaume-Uni comme cheffe d'État.
Malgré la campagne bruyante menée par René, le SDP remporte une victoire serrée avec 52,36 % des voix contre 47,61 % pour le SPUP, ce qui entraîne la réélection de Mancham pour un second mandat. En raison du système de scrutin majoritaire plurinominal, le SDP obtint treize des quinze sièges en jeux, contre seulement deux pour le SPUP, bien que l'écart dans le vote populaire est bien moins important. Cela déclenche des accusations de fraude électorale et de manipulation du découpage des circonscriptions de la part de René, qui refuse de reconnaître les résultats et organise de vastes manifestations dans tout le pays. Les protestations — particulièrement fortes à Praslin et à La Digue — sont réprimées par la police, ce qui met en doute la stabilité du pays dont l'indépendance est imminente.
Finalement, René et Mancham conviennent à la formation d'un gouvernement de coalition instable et négocient une Constitution pour les Seychelles en tant qu'État souverain. Le , les Seychelles accèdent à l'indépendance en tant que république parlementaire, avec Mancham comme président et chef de l'État, et René comme Premier ministre et chef du gouvernement. L'accord entre le SDP et le SPUP prévoit que la coalition dure jusqu'aux élections suivantes, en 1979, mais le , le SPUP mène un coup d'État qui renverse Mancham et porte René à la présidence, transformant les Seychelles en un État socialiste présidentiel à parti unique. Le multipartisme n'est réintroduit qu'en 1992.

En , l'adoption d'une modification de la Constitution pour les Seychelles de , alors colonie du Royaume-Uni conduit aux élections législatives de novembre 1970. Cette Constitution prévoit pour la première fois dans l'histoire du territoire un gouvernement ministériel élu, situation issue de la négociation entre le Parti démocratique des Seychelles (SDP), dirigé par James Mancham et favorable au maintien des liens avec le Royaume-Uni le plus longtemps possible, et le Parti populaire uni seychellois (SPUP), conduit par le chef indépendantiste et socialiste France-Albert René, qui exige la fin immédiate du statut colonial. Malgré le soutien populaire croissant à l'indépendance au sein de la population, le SDP remporte largement les élections bénéficiant du système de scrutin majoritaire plurinominal et obtenant 10 des 15 sièges de l'Assemblée législative. Mancham devient ainsi le premier chef de gouvernement démocratiquement élu de l'histoire seychelloise[1]. Le SPUP remporte les cinq derniers sièges et accepte les résultats mais critique néanmoins le système électoral comme étant « injuste »[2],[3].
Le gouvernement nouvellement installé de Mancham s'attache à transformer les Seychelles en une destination touristique de premier plan, s'appuyant sur l'aide économique britannique et sur les investissements étrangers[1]. La construction puis l'inauguration de l'aéroport international des Seychelles en juin 1972 facilite la connexion de l'archipel avec le reste du monde et entraînèrent une augmentation exponentielle du nombre de visiteurs annuels : la colonie passa de 3 175 touristes en 1971 à environ 15 000 en , puis à 26 000 en [1]. Toutefois, la concentration des richesses demeura largement entre les mains des grands propriétaires fonciers et des commerçants, laissant une majorité de la population dans la pauvreté, ce qui contribue à l'érosion de la popularité du gouvernement[2],[1]. Une large part de la classe ouvrière se rallie alors à la cause indépendantiste et participe massivement à la « Marche pour la liberté », organisée par le SPUP le , laquelle rassemble plusieurs milliers de personnes à travers l'ensemble de l’archipel[3].

Au cours des années suivantes, le contexte politique international et local évolua sensiblement, affaiblissant la cause colonialiste[2]. L'Organisation de l'unité africaine (OUA) manifeste un rejet ouvert du gouvernement de Mancham, qu'elle qualifie de colonialiste et de droite. Le SPUP jusque-là vaguement défini comme « socialiste », adopta alors une orientation nettement africaniste et commence à conclure des accords avec les pays membres de l'OUA — pour la plupart des États à parti unique — tandis que le SDP vient à dépendre de plus en plus du soutien britannique[1],[4]. Toutefois, en 1974, il devient manifeste que le Royaume-Uni n'a pas l'intention de conserver les Seychelles en tant que colonie ou territoire d'outre-mer, ce qui contraint le SDP à reconnaître que l'indépendance du territoire est inévitable à court ou moyen terme. Le , Mancham annonce la dissolution de l'Assemblée législative et la convocation d'élections pour le 25 avril[4]. Quelques jours plus tard, le SDP confirme un changement de ligne politique et déclare désormais soutenir l'indépendance des Seychelles, neutralisant ainsi la revendication du SPUP d'être le seul parti indépendantiste et polarisant la campagne électorale entre la gauche et la droite[2].
Système électoral
L'Assemblée législative est le parlement monocaméral de la colonie des Seychelles. Elle est composée de 15 sièges pourvus au suffrage universel direct et secret selon un système de scrutin majoritaire plurinominal. Le pays est divisé en huit circonscriptions : six pour l'île de Mahé, une pour l'île de Praslin et une pour l'île de La Digue[5]. Sept circonscriptions sont représentées par deux sièges, tandis que La Digue n'en dispose que d'un seul. Dans les sept circonscriptions plurinominales, les électeurs peuvent exprimer deux voix, les deux candidats arrivés en tête étant élus députés. À La Digue, qui constitue une circonscription uninominale, le candidat recueillant le plus grand nombre de suffrages est élu. La durée du mandat de l'Assemblée législative est de cinq ans, celle-ci pouvant être dissoute par le gouvernement colonial afin de convoquer des élections anticipées. Les membres du parlement peuvent être réélus sans limitation du nombre de mandats[5].
Conformément à la Constitution de 1970, le chef du parti obtenant la majorité des sièges à l'Assemblée législative accédait au poste de ministre en chef et nomme un cabinet de ministres parmi les autres parlementaires. Le gouvernement autonome de la colonie exerce ses compétences sur l'ensemble des domaines, à l'exception de la sécurité, des relations extérieures et des médias publics radiophoniques ou imprimés, qui demeurent sous l'autorité du gouverneur colonial. Le chef parlementaire du parti d'opposition disposant du plus grand nombre de sièges se voyait attribuer la fonction de chef de l'opposition. À compter du , au cours de la législature suivante, les pouvoirs de l'institution législative sont encore renforcés, et le titre du chef du gouvernement élu est modifié pour devenir celui de « Premier ministre des Seychelles », dans le cadre de la transition vers l'indépendance complète en juin 1976[1].
Campagne

Dans le but d'empêcher une victoire du SPUP, le SDP opère un revirement de position à l'égard du statut colonial, et Mancham déclare publiquement lors de l'annonce de la date du scrutin que l'indépendance est « nécessaire » et que son parti « disputera les élections sur cette base[4]. » Le SDP mène une campagne modérée en défendant la promotion de l'industrie touristique et l'indépendance de l'archipel sous la forme d'une monarchie du Commonwealth, ce qui implique le maintien d'Élisabeth II du Royaume-Uni comme cheffe de l'État ainsi que la poursuite de relations étroites avec la Grande-Bretagne[6]. Le SPUP dénonce le fait que le SDP cherche à effrayer l'électorat quant au danger potentiel que représente selon lui une victoire socialiste pour l'archipel. Le parti au pouvoir est également accusé d'avoir recours aux ressources de l'État ainsi qu'à l'intimidation policière directe des électeurs afin de se favoriser lors du scrutin[7],[8].
Quelques jours après l'annonce de la date des élections, Guy Sinon, secrétaire général du SPUP et numéro deux du parti aux côtés de France-Albert René, rencontre des dirigeants de l'Organisation de l'unité africaine (OUA) à Nairobi au Kenya, et sollicite un soutien financier afin de mener la campagne électorale. Lors de cette réunion, Sinon déclare craindre que le SDP ne parvienne à capter l'électorat souverainiste modéré désormais qu'il soutien l'indépendance, et affirme que le SPUP peut être contraint de « recourir à la violence » afin « d'attirer l'attention de la population » sur la corruption et la mauvaise gouvernance du gouvernement Mancham[4]. La campagne du SPUP est effectivement financée par le Comité de libération de l'OUA lequel reconnaît le parti comme un « mouvement de libération » en contrepoids au SDP, ce dernier ayant rejeté catégoriquement toute perspective d'adhésion des Seychelles à la future Union africaine[1].
Bien qu'il menace d'un éventuel boycott du scrutin si le gouvernement ne procède pas à une nouvelle délimitation des circonscriptions électorales, le SPUP participe finalement aux élections et mena une campagne agressive, sous le slogan « Seychelles pour les Seychellois », dénonçant le caractère prétendument factice de l'indépendance prônée par le SDP et affirmant qu'il est impossible de considérer les Seychelles comme une nation véritablement indépendante sans la correction des injustices sociales imputées au gouvernement de Mancham[3],[9]. Sous l'avertissement « souvenez-vous de ce que disait le Parti démocratique au sujet de l'indépendance », le SPUP republie plusieurs annonces électorales antérieures du SDP issues des campagnes de 1967 et 1970, mettant en avant des slogans tels que « Longue vie à la domination » (en anglais : Long Live the Rule)[10], ainsi qu’une affiche de campagne dans laquelle le SDP affirmait que « l'indépendance équivaut à la faim » et défend le maintien des Seychelles sous domination britannique au moyen de photographies de la famine provoquée par la guerre du Biafra au Nigeria, déclenchée peu après l'émancipation de ce pays vis-à-vis du Royaume-Uni[11].
