Éliane Jeannin-Garreau

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Éliane Jeannin-Garreau, née Éliane Jeannin le à Bayonne et décédée le à Châtillon (Hauts-de-Seine), est une résistante et déportée française, rescapée des camps de Ravensbrück et Holleischen.

Jeunesse

Éliane Jeannin-Garreau est née à Bayonne le . Après des études à l’École nationale supérieure des beaux-arts à Paris, elle entre dans une banque, où elle participe à la rédaction du journal de l’entreprise.

Résistance

La Résistance, dessin d'Eliane Jeannin-Garreau.

En , elle adhère à l’appel du Général de Gaulle. Deux ans plus tard, elle entre dans la Résistance, au sein de l’Organisation civile et militaire des Jeunes (OCMJ) créée par Charles Verny, son ami d'enfance. Elle s’occupe de la presse clandestine, de la fabrication de faux papiers, et vient en aide aux juifs et aux personnes traquées par la police. Son appartement d’Issy-les-Moulineaux constitue alors un lieu de réunions, un refuge pour les résistants et un dépôt d’armes ou de tracts. À propos de cette période, elle écrit : «Nous étions au meilleur de nous-mêmes. Dans une harmonisation de nos forces physiques, morales, mentales, spirituelles pour quelques-uns, mises sans réserve au service d’une cause indubitablement juste. Lorsque j’ai vu la première étoile jaune sur une poitrine juive, j’ai su que de ma vie entière, je ne douterai pas de la justesse de mon engagement[1]

Arrestation, internement et déportation

Le , elle est arrêtée et conduite au siège de la Gestapo, rue des Saussaies, où elle sera interrogée et torturée. Elle ne livrera jamais les noms de ses camarades. Transférée à la prison de Fresnes, elle est mise au secret pendant quarante-cinq jours. Elle noue alors une profonde amitié avec Renée Metté, sa camarade de cellule : « Elle était étudiante en philosophie, j'avais fait les Beaux-arts. Elle était plutôt matheuse, j'étais plutôt littéraire. Elle était marxiste, j'étais gaulliste. Elle était athée, j'étais croyante. Et pourtant nous avions les mêmes valeurs en profondeur[2] ».

Le , elle est déportée au camp de Ravensbrück par le convoi I.175, dit « convoi des 27 000 ». Elle se voit attribuer le matricule 27 492[3]. C’est à cette époque qu’elle fait la connaissance de Geneviève de Gaulle, nièce du Général de Gaulle, déportée dans le même convoi.

Malgré un système qui favorise l'affrontement entre les déportées, une profonde solidarité se met spontanément en place entre la plupart des détenues, par delà les clivages politiques, religieux et sociaux[4]. « Au-dessus de la faim, du froid, du manque de sommeil, écrit-elle, nous avons connu que la plus grande misère est la solitude […] N'est-ce pas la fraternité des camps qui nous a permis de nous réchauffer un peu, et la possibilité de s’oublier parfois pour les autres qui nous a mutuellement préservés de la dégradation[5] ? ».

La Solidarité, dessin d'Eliane Jeannin-Garreau.

En , transférée au Kommando de Holleischen dépendant du camp de concentration de Flossenbürg, elle prend une part active au sabotage du travail imposé par les usines d’armement Skoda.

Elle trouve dans sa foi chrétienne la force d'affronter les épreuves qu'elle traverse. « Il ne m’arrivera, écrit-elle, que ce que le Maître du destin a choisi pour moi. Tout est bien. Il fallait à la fois essayer de s’abandonner et essayer de tenir. Mourir debout moralement s’il fallait mourir[6]

Le , le camp où elle est internée est libéré. Elle rentre à Paris et sera reçue à l'Hôtel Lutétia le 20 mai 1945, avant de retrouver sa mère et sa sœur. Elle décrit ce bonheur du retour : « Tout est à redécouvrir. La nourriture, en particulier, prend son vrai sens de nourriture. Les saveurs, les odeurs, les sons... Je ne savais pas, avant, que je vivais au milieu de merveilles. Il me fallait donc être privée de tout pour éprouver la juste valeur des choses[7] ? ».

Malgré la joie du retour, elle éprouve cependant un sentiment de vide : « Peu à peu, il s’est creusé en moi quelque chose comme un manque de l’essentiel. Comme si, au milieu de cette vie apparemment si remplie, une dimension m’échappait, cette dimension pressentie au camp dans les pires moments de détresse, lorsque par éclairs je me sentais mystérieusement comblée, mystérieusement libre, mystérieusement "ailleurs", dans ma vraie patrie[8] ».

Portrait d'Eliane Jeannin-Garreau en 1945, par Antoinette Trébuchet.

Après-guerre

Dans les années 1990, face à la montée du négationnisme et dans le contexte de la guerre de Yougoslavie qui voit la résurgence des camps en Europe, elle ressent fortement le besoin de témoigner.

En 1991, elle publie « Ombre parmi les ombres, Chronique d’une Résistance ». Le livre obtient le prix d'histoire générale de l’Académie française le . Elle publie également en 1994 un recueil de dessins publié à compte d'auteur sous le titre « Les Cris de la Mémoire ». Ces dessins seront le fil conducteur d'une cassette vidéo réalisée par son gendre, Gilles Alféra, qui sera remastérisée par le CRDP de l'Académie de Créteil en 2003 pour une diffusion scolaire.

Elle témoigne de ce dont l'expérience concentrationnaire lui a fait prendre conscience :

« Dans le plus total dénuement, au seuil du néant et du désespoir, il m’a été donné de sentir avec une lumineuse évidence que ma vie participait à une vie infinie. J'avais touché là quelque chose en moi d’indestructible que même la fureur dévastatrice des nazis ne pouvait entamer. C’était bien au-delà d’une consolation, c’était une Promesse[9] ».

Elle meurt le à Châtillon (Hauts-de-Seine).

Vie privée

Elle épouse Roger Garreau (1923-2012)[10].

Elle est mère d’Anne Garreau, psychologue clinicienne née le 15 juin 1954, et grand-mère de Diane et Guillaume, à qui elle dédie son livre Ombre parmi les ombres.

Elle vit à Issy-les-Moulineaux jusqu'à son décès en 1999.

Œuvres

Galerie

Distinctions

Décorations

Reconnaissance

Liens externes

Notes et références

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