Étienne Cleirac

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Décès
(à 74 ans)
Bordeaux
Activité
Avocat au Parlement de Bordeaux, Jurisconsulte
Étienne Cleirac
Manuscrit de l'ouvrage d'Etienne Cleirac (date : avant 1647) « Ordonnances et coutumes de la mer colligées par M. Estienne Clairac avocat à la cour »
Biographie
Naissance
Décès
(à 74 ans)
Bordeaux
Activité
Avocat au Parlement de Bordeaux, Jurisconsulte

Étienne Cleirac (parfois orthographié Estienne pour le prénom et Clairac pour le nom), né le à Bordeaux, mort le (à 74 ans) dans la même ville, est un jurisconsulte du XVIIe siècle, avocat au Parlement de Bordeaux, spécialisé en droit maritime, auteur du premier dictionnaire maritime, de plusieurs traités et de l'un des premiers recueils complets de règles régissant les usages maritimes de son temps.

Étienne Cleirac nait à Bordeaux le dans une famille de juristes. Son père, Hélies Cleyrac, est procureur à la Cour[1], compatriote et ami de Montaigne et La Boétie[2]. Après des études au collège de la Madeleine et au collège de Guyenne, (fréquenté par Montaigne un demi siècle auparavant), le jeune Étienne Cleirac étudie le droit. Employé à l'Amirauté de Guyenne (1628), "procureur du Roi pour les naufrages", il travaille à ce titre pour le compte des maîtres des requêtes Fortia[3] puis Abel Servien[4], envoyés par le roi Louis XIII pour résoudre différents litiges de droit maritime opposant Richelieu au duc d'Épernon[5] à la suite du naufrage de sept navires portugais, lors d'une tempête en janvier 1627[5].

Cleirac, avocat au Parlement de Bordeaux, demeure dans le quartier Saint-Siméon.

Sa vie est peu connue, à l'exception des faits qu'ils mentionne dans trois testaments, qui ont été conservés[6]. Il y fait état de sa brouille avec son fils Raymond (né en 1622), lui aussi devenu avocat à la Cour, engagé, vers 1652, au service du roi d'Espagne contre le roi de France. Raymond est déshérité par son père, pour cette raison, en 1653. La province de Guyenne connait de graves troubles, de 1649 à 1653 : révolte contre le Duc d'Epernon, Fronde, Ormée.

À la différence de son fils Raymond, impliqué dans l'Ormée[7] et exclu de l'amnistie royale[8], Étienne Cleirac dit vouloir s'en tenir à l'écart : «Pendant les paroxismes, ou les gros accez des mouvemens en desordre de la Province de Guyenne, je mesprisay de prendre party d'inconstance (quoy qu'en apparence j'en eusse l'occasion bien parée) et preferant la Paix intérieure ou le repos de l'Âme, à l'embroüillement des turbulens, et des fourbes; Pour cét effet, j'entrepris d'employer le grand loisir des vaccations, et le peu de repos des vacarmes en la composition de trois Traités gemeaux, dressez à la mode sur des matières bien ordinaires et fort communes, toutefois peu connües : l'un du Négoce de la Banque des Lettres de change; l'autre du Droict de Coste; et par occasion de sa plus noble et plus naturelle pièce, le Royal Ambre-gris, que le seul rivage de l'Océan de Guyenne, produit par privilège spécial à l'exclusion de tout le reste de l'Europe, du commerce clandestin d'iceluy à la première & seconde main»[9].

Étienne Cleirac meurt le 30 octobre 1657 à Bordeaux, ville qu'il n'a jamais quittée. Il est enterré en l'église Saint-Siméon dans un caveau de famille qui n'existe plus aujourd'hui[10].

L'inventaire de sa bibliothèque recense 671 livres, témoignant d'une vaste culture[11].

Publications

L'Explication des termes de Marine

En 1636, Cleirac publie à Paris un opuscule de 52 pages intitulé « Explication des termes de Marine, employez dans les Edicts, Ordonnances & Reglemens de l'Admirauté »[12]. Il y collationne les termes spécialisés du droit maritime utilisés dans les textes juridiques. Il en recherche l'étymologie, le sens, les correspondances dans d'autres langues (grec, latin, espagnol, italien, levantin...), ce qui fait de son glossaire l'embryon d'un dictionnaire multilingue. Il insère des citations d'auteurs anciens et de jurisprudence avec leurs références. Il recense aussi les termes techniques relatifs aux navires (gréement, accastillage, artillerie), à la météo, aux périls de la navigation (pirates, écueils, maladies...) et aux pavillons. Ce glossaire, qui précède de sept ans l'Hydrographie[13] du père Fournier constitue le premier répertoire uniquement consacré aux termes maritimes de la langue française[14]. Son dictionnaire accompagne nombre de rééditions de son ouvrage « Us et coutumes ».

Les Us et Coutumes de la mer

Page de garde de l'exemplaire de 1647

Son œuvre majeure est les Us et coustumes de la mer, publiée la première fois en 1647 (réimprimée en 1661 avec une table des marées).

L'ouvrage rassemble les textes, usages, jurisprudences, constituant le droit maritime antérieur au XVIIe siècle, à la source de la grande ordonnance de la marine d'août 1681[15].

Il se présente, matériellement, comme un code annoté.

Le titre complet de l'ouvrage ( Us, et coustumes de la mer, divisées en trois parties : I De la Navigation. II Du Commerce naval et contracts maritimes. III. De la juridiction de la Marine. Avec un traicté des termes de marine, et règlements de la Navigation des fleuves et rivières) annonce son plan.

La première partie étudie et restitue les Rôles d'Oléron, les ordonnances de Wisby[16] et de la Hanse teutonique[17]. Pour ce qui concerne les Rôles d'Oléron, « le texte en est conçu en vieux termes françois ressentant le gascon et nullement le normand ou l'anglais » précise Cleirac[18].

La deuxième partie est constituée par le Guidon[19], l'une des premières études sur l'assurance maritimes parue à Rouen au XVIe siècle, d'auteur inconnu, avec des modèles de police d'assurance et les assurances d'Anvers et d'Amsterdam[20].

La troisième partie contient la Juridiction de la Marine[21] et rassemble les règles antérieures, dont une ordonnance de Philippe II roi d'Espagne, sur l'armement des navires

En appendice, se trouve une sorte d'encyclopédie de la marine, avec un lexique des termes techniques relatif aux navires (gréement, accastillage, artillerie), à la météo, aux périls de la navigation (pirates écueils, maladies...) et aux pavillons[22]. Ce texte, initialement publié en 1636, "constitue le premier répertoire uniquement consacré aux termes maritimes de la langue française"[23].

Son ouvrage est traduit dans différentes langues et repris comme le texte de référence par les grandes nations maritimes de son temps.

Le livre de Cleirac est cité comme référence par l'Encyclopédie de 1765 dans son article Us, signé (A)[24],[25] : « Les us & coutumes de la mer sont les usages & maximes que l’on suit pour la police de la navigation & pour le commerce maritime. C’est le titre d’un traité juridique de la marine, fait par Etienne Cleirac. Ces us & coutumes ont servi de modèle pour former les ordonnances & règlements de la marine »

Jean-Marie Pardessus, qui a étudié au milieu du XIXe siècle les Rooles ou Jugemens d'Oleron, évoque l'apport de Cleirac : « Le texte le plus connu et le plus généralement cité, soit en France soit en pays étranger, est celui que Cleirac a donné dans son ouvrage intitulé Us et Coutumes de la mer, imprimé pour la première fois en 1647. Il a pris ce texte dans un livre aujourd'hui moins connu que le sien, composé par Garcie dit Ferrande, sous le nom de Grand Routier de la mer[26], et l'a adopté avec quelques légers changements dans les mots et dans l'ordre des articles[27]». Cleirac cite en effet ses prédécesseurs (Garcie de Ferrande[28], et le Capitaine Jean Alfonce Saintongeois), mais enrichit considérablement la matière. Il est le premier à commenter le texte, article par article, de manière méthodique et récapitulative, "en posant des problèmes de droit maritime général"[29] Son livre connait un grand succès. À l'édition bordelaise de 1661 est ajouté en épigraphe un sonnet, de la plume du prêtre frondeur et activiste Geoffroy Gay[30] :

«Pour voir de l'Océan les merveilleux abymes
Nous n'avons jamais eu qu'un chemin obscurcy
Mais ton phare, Cleirac, nous manifeste icy
De ce vaste élément les effets plus sublimes.»

L'ouvrage est réimprimé à Rouen en 1671[31],[32].

The ancient sea laws of Oleron (Guy Miège, trad.)

On en trouve une traduction anglaise par Guy Miège, en 1686, sans mention de l'auteur, sous le tire The ancient sea-laws of Oleron, Wisby, and the Hanse-towns, still in force, taken out of a French Book , Intitled Les Us & Coutumes de la Mer, and rendred into English, for the Use of Navigation, by Guy Miege, Gent.

Thomas Jefferson, qui possède l'exemplaire de 1661 dans la bibliothèque de Monticello[33], le considère comme un ouvrage de référence[34]. Le célèbre juriste anglais Lord Mansfield consulte l'édition de 1671 et s'en inspire[35]. Les tribunaux américains, y compris la Cour Suprême, s'y réfèrent plus d'une douzaine de fois entre 1839 et 1970[36].

Outre son intérêt juridique, le texte de Cleirac, l'un des premiers rédigés en français et non en latin comme les ouvrages savants de son époque, contient des informations sur l'état social de son temps[1], la situation des étrangers et le rôle des juifs, auxquels il prête l'invention de la lettre de change[37],[38], les crises viticoles en Guyenne, la pêche des baleines dans le golfe de Gascogne, les coutumes locales, la vie parlementaire de la Province, l'activité du port de Bordeaux[1]...

L'Usance du négoce

Sols Bourdales (ancienne monnaie de Bordeaux), in «L'usance du négoce ou commerce de la banque des lettres de change» (1656) -Bibliothèque de Bordeaux-

En 1656, Cleirac publie, à Bordeaux chez l'imprimeur Guillaume Da Court[39] et à Paris chez Charles Angot[40] : « L'usance du négoce ou commerce de la banque des lettres de change. Ensemble les Figures des Ducats de Guyenne, & des Anciennes Monnoyes Bourgeoises de Bourdeaux ». La préface évoque les troubles de l'Ormée auxquels il dit avoir été injustement mêlé. L'ouvrage, rédigé en français, traite, en 200 pages, principalement de la lettre de change, vue sous l'angle historique et juridique. Il contient, en annexe, une des rares représentations des anciennes monnaies de l’Aquitaine.

Postérité

Une rue de Bordeaux, près de la place Simiot, porte le nom de Cleirac.

Œuvres

Notes et références

Annexes

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