Études de Chopin

études pour piano composées par Frédéric Chopin From Wikipedia, the free encyclopedia

Les Études de Chopin sont deux cahiers chacun de douze études pour le piano que le compositeur franco-polonais Frédéric Chopin publia dans les années 1830 : le premier, l'opus 10, dédié « à son ami F. Liszt » et le deuxième, l'opus 25, dédié « à Madame la Comtesse d'Agoult ». Mais on doit encore ajouter à cela, pour faire le tour de toutes les études proprement dites de Chopin, les Trois nouvelles études, sans numéro d'opus, que le compositeur écrivit pour la Méthode des méthodes de piano de Ignaz Moscheles et François-Joseph Fétis. Cet article a donc pour tâche de traiter de ces vingt-sept études pour piano seul.

Étude op. 10, no 2, partition avec le doigté annoté par Chopin.

Premières études à être aussi de véritables morceaux de concert, elles sont pourtant rarement jouées en public dans leur intégralité, étant réputées pour leur très grande difficulté.

Impact

Bien que les ensembles d'exercices pour piano aient été courants dès la fin du XVIIIe siècle (Muzio Clementi, Johann Baptist Cramer, Ignaz Moscheles et Carl Czerny sont les compositeurs des plus importants), les Études de Chopin ont non seulement présenté un ensemble entièrement nouveau de défis techniques, mais ont été les premières à faire partie intégrante du répertoire de concert. Ses études combinent substance musicale et défi technique pour former une forme artistique complète[1]. Ils sont souvent tenus en haute estime comme le produit de la maîtrise de la combinaison des deux.

Son effet sur des contemporains tels que Franz Liszt était évident, si l'on en croit la révision que Liszt a apportée à sa série d'études de concert après avoir rencontré Chopin. D'autres grands compositeurs après lui, tels que Schumann, Debussy, Rachmaninov, Scriabine, voire, plus modestement, Mendelssohn, Prokofiev et Stravinsky, ont écrit des études dans le même style que celles de Chopin[2].

Le musicologue polonais contemporain Tadeusz A. Zielinski a écrit, à propos de l'opus 10, qu'il s'agissait « non seulement d'une démonstration ordonnée d'un nouveau style pianistique et des formules qui lui sont propres, mais aussi d'un anoblissement artistique de ce style »[3]. Les Études de Chopin ne sont pas non plus sans influence moderne. Plusieurs de ces études ont été intégrées dans la musique populaire, les films ou les émissions de télévision.

Opus 10

Elles ont été composées de 1829 (Chopin avait 19 ans) à 1832, puis publiées en 1833.

No 1 en do majeur

Étude op. 10, no 1 interprétée par Edward Neeman.

Le virtuose Vladimir Horowitz explique à propos des études de Chopin : « Pour moi, l'étude la plus difficile est celle en ut majeur, la première, op. 10, no 1 »[4].

Cette étude, aussi appelée « La cascade », a pour but le travail des extensions de la main droite, celle-ci alternant très rapidement d'une position ouverte de la main à une position plus fermée. D'une écriture à la fois très simple et harmoniquement très virtuose, cette étude se joue dans la nuance forte. Tandis que la main gauche ponctue chaque mesure par de profondes basses en octaves, la main droite parcourt tout le clavier, en montant et en descendant, avec toujours le même type d'articulation, en variant progressivement la tonalité des arpèges, laissant l'impression d'entendre des vagues. La difficulté principale de cette étude réside dans la détente de la main droite, très difficile à réaliser[5].

No 2 en la mineur

Étude op. 10, no 2 interprétée par Edward Neeman.

Cette étude, aussi appelée « Étude chromatique », a pour but le travail des doigts faibles de la main droite, le majeur, l'annulaire, et l'auriculaire[5].

Cette étude réclame à la main droite la plus haute agilité, ses doigts faibles se chevauchant dans une position très inconfortable et surtout très inhabituelle pour effectuer ces chromatismes.

No 3 en mi majeur « Tristesse »

Étude op. 10, no 3 interprétée par Edward Neeman.

L'Étude op. 10, no 3 en mi majeur, appelée « Tristesse » ou « L'Adieu »[réf. nécessaire] par la critique, est composée en . Il s'agit d'une étude cantabile lente et expressive, en legato. C'est une étude avant tout mélodique. Elle implique un grand travail sur l'indépendance des doigts, chaque main devant jouer deux voix distinctes[6].

Chopin lui-même considérait cette mélodie comme la plus belle qu'il ait jamais composée, et il était, de plus, convaincu qu'il n'écrirait jamais quelque chose de plus beau[7]. De nombreux arrangements la font passer dans la culture populaire ; en francophonie, elle est connue pour être reprise dans la chanson Lemon Incest de Serge Gainsbourg.

No 4 en ut dièse mineur

Étude op. 10, no 4 interprétée par Edward Neeman.

Il s'agit là d'une étude de vélocité pure où mains droite et gauche se répondent un peu à la manière d'un prélude de Bach[8], et ce dans un mouvement extrêmement rapide (« 88 à la blanche »). Chaque main semble vouloir rattraper l'autre sans jamais y parvenir. Cette étude est parfois surnommée d'après ses premières notes (sol fa mi ré do), ou bien parfois encore appelée « Torrent ».

No 5 en sol bémol majeur

Étude op. 10, no 5 interprétée par Edward Neeman.

Surnommée parfois « Sur les touches noires ». En effet, durant toute la durée de la pièce, la main droite joue uniquement sur les touches noires, à l'exception d'une note faisant partie d'un accord à la 66ème mesure. C'est une étude très aérienne et scintillante[9].

No 6 en mi bémol mineur

Étude op. 10, no 6 interprétée par Edward Neeman.

Cette étude, second morceau lent du cycle, demande une parfaite maitrise de la polyphonie avec un chant plein de gravité à la main droite accompagné d'un mouvement constant de doubles croches. C'est une étude avant tout consacrée à la maîtrise du legato[9].

No 7 en ut majeur

Étude op. 10, no 7 interprétée par Edward Neeman.

C'est une brillante toccata[10] dont le but est d'obtenir la précision dans l'attaque des tierces et des sixtes et de maîtriser les notes répétées entre le pouce et l'index de la main droite.

No 8 en fa majeur

Étude op. 10, no 8 interprétée par Edward Neeman.

Cette étude, parfois appelée « Le soleil », est consacrée au passage du pouce. Extrêmement rapide (blanche à 88), la principale difficulté est de garder à la fois un caractère léger et dansant à la main gauche et une clarté et précision à la main droite. L'étude se termine en apogée sur des arpèges en fortissimo.

No 9 en fa mineur

Étude op. 10, no 9 interprétée par Edward Neeman.

Cette étude, parfois appelée « La tempête », est utile pour travailler l'extension de la main gauche qui accompagne le chant haletant de la main droite.

No 10 en la bémol majeur

Étude op. 10, no 10 interprétée par Edward Neeman.

Cette étude, parfois appelée « La harpe », requiert une agilité et une souplesse au niveau de la main, du poignet et du bras.

Le premier thème utilise trois techniques différentes (chant au 5e, chant au pouce, tous piqués avec chant au 5e) permettant de mettre en valeur le thème sous plusieurs formes.

Le thème est posé sur une main gauche en arpèges brisés.

No 11 en mi bémol majeur

Étude op. 10, no 11 interprétée par Edward Neeman.

Parfois dite « en arpèges ».

No 12 en ut mineur « Révolutionnaire »

Étude op. 10, no 12 interprétée par Edward Neeman.

Surnommée « La révolutionnaire » en raison de son caractère tempétueux et de son contexte historique : Chopin l'aurait composée à Stuttgart juste après avoir appris la reconquête de Varsovie par les troupes russes pendant l'insurrection de novembre 1830.

Il apprend avec douleur la prise de Varsovie le  ; agité de ces événements, il écrit à sa famille restée en Pologne[11].

Cette étude, probablement l'une des plus connues, est l'une des rares entièrement consacrée à la main gauche.

Opus 25

Composées de 1832 à 1836, publiées en 1837, les études de l'opus 25 sont dédiées à la maîtresse de Liszt, la comtesse Marie d'Agoult.

No 1 en la bémol majeur

Étude op. 25, no 1 interprétée par Edward Neeman.

Surnommée « La harpe éolienne » en citant Schumann[12], ou parfois « Le petit berger » en citant Chopin[13].

Cette étude présente certaines difficultés polyrythmiques[14].

No 2 en fa mineur

Étude op. 25, no 2 interprétée par Edward Neeman.

Parfois surnommée « Les abeilles » ou « Le baume ». Schumann l'a qualifiée de « douce comme la chanson d'un enfant endormi »[12].

No 3 en fa majeur

Étude op. 25, no 3 interprétée par Edward Neeman.

Cette étude, parfois appelée « Le cavalier », évoque le galop d'un cheval. Elle mobilise des deux mains simultanément des trios rapides et différents des deux mains.

No 4 en la mineur

Étude op. 25, no 4 interprétée par Edward Neeman.

Cette étude, parfois appelée « Paganini », est destinée à l'étude du staccato et aux sauts de la main gauche.

No 5 en mi mineur

Étude op. 25, no 5 interprétée par Edward Neeman.

Parfois surnommée « La fausse note » en raison des nombreuses dissonances volontairement glissées dans chaque harmonie par Chopin. La partie centrale introduit un grand contraste avec le reste de l'œuvre (disparition temporaire des dissonances et tonalité de mi majeur).

No 6 en sol dièse mineur

Étude op. 25, no 6 interprétée par Edward Neeman. Erreur mesure 7 : le la (note la plus haute des trilles) est bécarre, et non dièse.

Parfois dite « En tierces ».

Durant tout le morceau, la main droite joue des tierces legato, tantôt en gamme chromatique, tantôt en gamme harmonique. La difficulté réside donc dans l'exécution de deux gammes distinctes, l'une avec les doigts 1-2 et l'autre avec les doigts 3-4-5. La main gauche donne la mélodie de l'étude.

No 7 en ut dièse mineur

Étude op. 25, no 7 interprétée par Edward Neeman.

Cette étude, parfois appelée « Au violoncelle », permet à l'interprète de développer sa technique polyphonique. L'œuvre est d'un caractère très sombre et lent, entrecoupée de quelques traits virtuoses.

No 8 en ré bémol majeur

Étude op. 25, no 8 interprétée par Edward Neeman.

Parfois dite « En sixtes ». Ses redoutables sixtes ont fait dire à Hans von Bülow que c'était l'exercice le plus utile de toute la littérature des études[réf. souhaitée].

No 9 en sol bémol majeur

Étude op. 25, no 9 interprétée par Edward Neeman.

Parfois surnommée « Le papillon », cette pièce légère et rapide fait partie des études les plus connues. La difficulté technique se cache au détour de mesures à 2/4, dans lesquelles la main droite enchaîne incessamment un accord et quelques octaves sur un thème aérien, dans un jeu tour à tour lié et détaché. La main gauche ponctue le chant d'accords piqués discrets tout d'abord, puis de plus en plus marqués. La force du morceau atteint son apogée dans un appassionato retentissant, avant qu'il ne s'achève sur une poignée de notes scintillantes.

Cette étude permet entre autres de développer la souplesse du poignet pour la main droite, tout en offrant des exemples de liaisons difficiles (par exemple, d'une touche noire à une autre).

No 10 en si mineur

Étude op. 25, no 10 interprétée par Edward Neeman.

Cette étude, parfois surnommée « Aux octaves », permet de travailler les octaves. Les octaves de la première partie, que le pianiste Hans von Bülow comparait à une « sauvagerie asiatique », contrastent fortement avec les octaves douces de la deuxième partie, en si majeur.

No 11 en la mineur

Étude op. 25, no 11 interprétée par Edward Neeman.

Souvent surnommée « Le vent d'hiver », en raison de son ton vif et subit et de sa rapidité. Elle requiert une dextérité et un doigté de qualité[15].

Elle permet de développer un chromatisme tourbillonnant pour la main droite. La mélodie principale est exposée par la main gauche.

No 12 en ut mineur

Étude op. 25, no 12 interprétée par Edward Neeman.

Cette pièce, surnommée « L'océan »[16], clôt à la fois l'opus 25 de Chopin et l'ensemble des opus 10 et 25, en cela qu'elle peut être vue comme l'étude « symétrique » à l'opus 10 no 1[15]. En effet, il s'agit du même ton (ut), transposé au mode mineur, et la technique employée est similaire, à ceci près que, cette fois-ci, ce sont les deux mains qui tracent, sur l'étendue du clavier, de lourds arpèges à opposer avec ceux, légers et aériens, de l'opus 10.

Trois nouvelles études

Composées en 1839, elles furent publiées en 1840.

Discographie

Les Trois nouvelles études figurent rarement dans les albums intitulés Études.

Notes et références

Liens externes

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