Östen Sjöstrand

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Décès
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StockholmVoir et modifier les données sur Wikidata
Sépulture
Cimetière catholique de Stockholm (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Östen Sjöstrand
Östen Sjöstrand, en 1960.
Fonction
Fauteuil 8 de l'Académie suédoise
-
Biographie
Naissance
Décès
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StockholmVoir et modifier les données sur Wikidata
Sépulture
Cimetière catholique de Stockholm (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Activités
Fratrie
Maria Sjöstrand-Pettersson (d)
Larsinge Sjöstrand (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Conjoints
Ella Hillbäck (d) (à partir de )
Eva Sjöstrand (d) (à partir de )Voir et modifier les données sur Wikidata
Autres informations
A travaillé pour
Artes (en) (à partir de )Voir et modifier les données sur Wikidata
Membre de
Distinctions
Prix de littérature Eckerstein (d) ()
Prix littéraire Aftonbladet ()
Prix Bellman ()Voir et modifier les données sur Wikidata
Vue de la sépulture.

Östen Sjöstrand, né le à Göteborg, décédé le , est un poète et traducteur suédois, membre de l’Académie suédoise depuis 1975, rédacteur en chef du magazine culturel Artes (1975-1988).

Östen Sjöstrand fait ses débuts en 1949 avec le recueil Unio, dont l’étymon latin signifie « en union avec Dieu ». Cette œuvre, marquée par l'angoisse du temps, s'inscrit dans la rupture du Senmodernismen ou « modernisme tardif[1] » avec la tendance plus matérialiste qui l'a précédé. En réalité, comme l'affirme un spécialiste de la période :

« Dans les années 1950, la littérature suédoise semble entrer dans une période de réflexion et de refus. Si la conscience des problèmes sociaux forme encore la base de l'esthétique militante de poètes [...] ou de romanciers comme Sara Lidman (née en 1923), Stig Claesson (né en 1928), c'est un refus de l'idéologie qui se manifeste. [...] La tradition symboliste ou surréaliste nourrit l'inspiration d'une nouvelle école avec Tomas Tranströmer (né en 1931) »[2].

Si, en poésie, ce mouvement de rupture est surtout représenté par Lars Forssell et Tomas Tranströmer, prix Nobel de littérature en 2011, la conversion de Sjöstrand à la religion catholique en 1953, — en un pays où « le luthéranisme demeure solidement enraciné dans la vie courante, les usages, la culture », où « littérature et actes lui sont intimement associés[3] » —, contribue à donner une direction nouvelle à son inspiration. Pour lui, il s'agit moins de refuser une idéologie imposée que d'embrasser une nouvelle forme de pensée et un nouvel éventail de symboles fondés sur une dogmatique originale et minoritaire volontairement adoptée.

En 1975, il fonde la revue Artes[4] dont il devient rédacteur en chef. Revue littéraire, artistique et musicale, Artes est soutenue par l'Académie royale de Musique, par l'Académie des arts et l'Académie suédoise qui ont collaboré à sa création. On lui reconnaît le sérieux, la profondeur analytique et un rôle culturel éminent sur le plan international, notamment dans les pays anglo-saxons. Éditée par Horace Engdahl, secrétaire perpétuel de l'Académie suédoise, elle disparaît en 2005 à cause de graves difficultés économiques.

Tout particulièrement inspiré par la poésie française, en collaboration avec Gunnar Ekelöf[5] Östen Sjöstrand a publié une Berömda Franska berättare, (Anthologie des prosateurs français célèbres). En compagnie du poète chilien Sergio Badilla Castillo il écrit sur la littérature latino-américaine. Il est aussi traducteur de poésie en langue suédoise[6], comme le sont la plupart des poètes suédois, souvent linguistes hors pair[7].

Sjöstrand a également écrit quelques opéras mis en musique par Sven-Erik Bäck, dont le livret de Gästabudet en 1962, ainsi que le livret de Vid havets yttersta gräns[8] dont la première a été donnée en à l'occasion de l'inauguration de la nouvelle salle Berwald[9] sous la direction de Herbert Blomstedt.

Il a obtenu de grandes distinctions : en 1963, alors marié à Ella Hillbäck (sv)[10], il reçoit le prix de littérature Aftonbladet (sv), décerné chaque année depuis 1957 à des poètes suédois. En 1967, il est lauréat du prix Bellman[11]. Puis, en 1975, Östen Sjöstrand succède au fauteuil de Pär Lagerkvist dont il a fait l'éloge dans son discours d'entrée à l'Académie suédoise. Jesper Svenbro lui a succédé au fauteuil 8. En 1978, il obtient le grand prix ou Litteraturfrämjandets stora pris[12].

Poétique d'Östen Sjöstrand

Avec celles de Majken Johansson (en), de Bo Setterlind (sv), de Birgitta Trotzig et de Tomas Tranströmer, la poésie d'Östen Sjöstrand[13] se développe autour d'une métaphysique de la Création avec pour point d'orgue l'énigme du créé. Cependant, si les écrits d'Östen Sjöstrand sont puisés dans la pensée mystique chrétienne, il ne manque jamais de distinguer poésie et mystère[14]. Pour lui, le mysticisme s'accompagne d'abandon et de silence, seules voies capables de nous élever à la Transcendance ; la poésie, elle, doit être un moyen d'expression efficace, précis et intelligible[15]. Dans ces conditions, le poète dirige son lecteur avec douceur mais ténacité. Poète empreint de gravité, il a toujours refusé d'être considéré comme le plus ésotérique des poètes suédois. Il devient guide par l'usage de mots appropriés sans doute trop peu signifiants, trop peu forts pour décrire l'indicible. Imprégné de thomisme, l'essentiel pour lui est dans l'aide, le secours, l'accompagnement et l'engagement[16].

Éloge d'Östen Sjöstrand par son successeur Jesper Svenbro

L'Académie royale de Suède en 2006.

Carl Otto Werkelid, auteur du sommaire de ce discours de réception[17] commence par rappeler l'importance de l'apport lyrique d'Östen Sjöstrand à la poésie suédoise contemporaine. Puis il retrace les temps forts de l'éloge du poète prononcé par son successeur lors de sa réception à l'Académie suédoise.

Jesper Svenbro débute par l'évocation des liens qui unissent Östen Sjöstrand à Paris. Chercheur comme lui au CNRS, il se demande pourquoi cette capitale au « cœur rugissant », décrite dans le poème Route dès 1953 est devenue l'objet de son « immense vénération ». Pour l'Académicien, Östen Sjöstrand considérait la France comme une anti-Suède dont il s'est éloigné pour échapper à la claustrophobie due à la rigueur du climat et aussi à l'ostracisme dont le fit souffrir une patrie rationaliste opposée à son catholicisme[18]. Sjöstrand pendant 25 des 50 dernières années du siècle adopta Paris pour devenir, par lui-même[19], un érudit achevé. Outre Mauriac, Bernanos, Camus et Céline, il s'imprégna des poètes catholiques comme Pierre Jean Jouve et Pierre Emmanuel qui imprimèrent fortement son esprit. Mais c'est surtout la découverte de Paul Valéry — et la musique de Debussy — qui s'est avérée cruciale dans le parcours lyrique de Sjöstrand.

Sjöstrand se met en quête de l'idéal de Valéry. Nourri de sciences environnementales pendant ses études secondaires, Svenbro rappelle que dans ses recueils figurent des textes sur les fossiles, sur les mouvements planétaires, sur les météores et sur les baleines. En fait, selon Sjöstrand, il n'est pas de vraie culture sans consentement personnel, loin des carcans institutionnels :

« Bildning är inte bokstavsvärld
inte boklig förhävelse
Bildning är att andas fritt »
Hemlöshet och hem, 1958[20].

Comme Valéry, Sjöstrand a longtemps hésité entre deux cultures : les sciences naturelles et les sciences humaines[21]. Soucieux d'écologie, il a posé l'exigence d'une responsabilité à la fois personnelle, sociale et universelle vis-à-vis du Tiers monde. Dans son poème « Chaque atome contient l'activité terrestre tout entière », il adopte une posture volontariste qui ressemble à un défi que Svenbro traduit par « la rencontre des deux cultures, la situation écologique, la pauvreté dans les pays sous-développés, la construction d'une société nouvelle ». Et il ajoute : « Sa poésie devient ainsi le condensé de son christianisme dans lequel s'enracine son optimisme[22]. L'humaniste Sjöstrand fait ici l'apologie des poètes autodidactes, suédois ou non, issus des classes populaires et qui lancèrent le Sunmodernism : Erik Asklund (sv), Artur Lundkvist et Gustav Sandgren (sv), tous venus du monde paysan ou ouvrier, comme plus tard Tomas Tranströmer. Tous, poètes et savants, restent socialement et politiquement engagés, l'engagement social faisant partie intégrante de leur univers littéraire[23]. »

Est-ce pour cette raison que, nommé au fauteuil 8 de l'Académie, Östen Sjöstrand a eu tant de mal à s’accoutumer aux travaux académiques ? Toujours est-il, rappelle Jesper Svenbro, que le nouvel élu de 1975, tout comme Lars Gyllensten, pourtant secrétaire perpétuel, se mit volontairement à l'écart, notamment à partir de « la ligne Rushdie[24] de 1989[25] ».

Bibliographie

Références et notes

Liens externes

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