Œdipe en Médoc
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| Œdipe en Médoc | ||||||||
| Auteur | Hubert Monteilhet | |||||||
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| Pays | ||||||||
| Genre | Roman policier | |||||||
| Éditeur | Éditions de Fallois | |||||||
| Lieu de parution | Paris | |||||||
| Date de parution | 1993 | |||||||
| Type de média | livre papier (132 × 200 mm) | |||||||
| Nombre de pages | 175 | |||||||
| ISBN | 2-87706-192-2 | |||||||
| Chronologie | ||||||||
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Œdipe en Médoc est un roman policier d'Hubert Monteilhet, paru en 1993. Il est le deuxième volume d'une tétratologie consacrée à l'univers de la gastronomie, quatre récits où l'enquête est menée par Peter Rössli, inspecteur d'assurances suisse.
Le roman est essentiellement épistolaire (échanges de lettres entre les personnages), avec des extraits de journaux intimes et d'articles de presse. L'intrigue met en scène une situation familiale compliquée : à 19 ans, avant son mariage avec Philippe Bourré, Christine est jadis tombée enceinte de Claude du Plessis-Longueville. Après la rupture avec Claude, elle a donc épousé Philippe. Les deux hommes ignorent que l'enfant qui est née, Claudine, est la fille biologique de Claude. Seize ans après, quelques jours avant de mourir d'un cancer à l'âge de 36 ans, Christine révèle par lettre la vérité à son époux Philippe. Or Claude, 40 ans, est tombé amoureux de Claudine, 16 ans, et les deux ont entamé une liaison sentimentale sur fond d'activité économique dans le Médoc en pleins bouleversements. Il y a donc inceste involontaire entre le père et la fille dans la région du Médoc (d'où le titre du roman). La mourante charge son mari de révéler à Claude le degré de parenté. Le problème est que Philippe, loin de révéler la vérité à Claude après le décès de Christine, favorise la liaison sentimentale.
Confronté à un cas de conscience, Rössli renonce à son devoir professionnel et fait perdre à sa compagnie deux millions de francs en se refusant à divulguer le secret de famille qu'il vient de découvrir.
Longtemps chroniqueur gastronomique de Sud Ouest dimanche[1], Hubert Monteilhet consacre, de 1990 à 1996, une tétralogie romanesque au monde de la table et de la boisson :
- La Part des anges (1990) prend place dans l'univers du cognac ;
- Œdipe en Médoc (1993) dans celui du vignoble bordelais ;
- Étoiles filantes (1994) dans celui de la restauration ;
- Le Taureau par les cornes (1996) dans celui de la viande.
Chacun des quatre récits peut être lu indépendamment. La narration y est principalement confiée à Peter Rössli, un inspecteur de l'Union suisse d'assurances. Par lettres, il tient informée son épouse Silvia des progrès de son enquête. Silvia l'aide à chaque fois à débrouiller les énigmes.
Œdipe en Médoc, deuxième roman de la série, paraît aux Éditions de Fallois en 1993. C'est le 33e livre d'Hubert Monteilhet, et son 18e roman criminel[2].
Dates et lieux du récit
Le roman étant de type épistolaire, les lettres sont toutes datées, ce qui permet de connaître les périodes durant lesquelles l’action se déroule.
Ainsi le roman commence par la séparation entre Christine et Claude et le mariage de Christine et Philippe en 1974, puis par la naissance de leur fille Claudine en 1975.
Le récit se déroule d'avril à septembre 1991. Christine Bourré meurt en avril et Philippe Bourré découvre son infortune conjugale peu de temps après.
Claude et Claudine se marient le . Peter Rössli arrive sur les lieux le et y reste jusqu'au 1er octobre 1991.
L'action se déroule dans l'arrondissement de Lesparre-Médoc et plus précisément au sein du vignoble du Médoc, principalement dans la propriété viticole des Bourré à Saint-Estèphe, et dans celle, voisine, des Plessis-Longueville à Pauillac.
Personnages
Enquêteurs et alliés
- Capitaine Guéret : commandant la compagnie de gendarmerie de Lesparre. Grand, brun, mince, distingué. Des lunettes cerclées d'or lui donnent « un petit air intellectuel[3] ». Catholique pratiquant, il a quatre enfants, et en attend un cinquième.
- Peter Rössli : personnage récurrent de l'auteur, il est Suisse alémanique, protestant, avec un « caractère formaliste », selon son épouse. Inspecteur de l'Union suisse d'assurances.
- Silvia Rössli, épouse de Peter : Suissesse francophone originaire du Tessin, catholique. Enseignait la littérature française à l'université de Genève. Une lucidité exceptionnelle, selon son époux : « une Miss Marple pour l'intuition, un Hercule Poirot pour le raisonnement ». Au cours du romank, ayant contracté la tuberculose, elle effectue un long séjour au sanatorium de Beatenberg.
Protagonistes
- Christine Bourré, née Fabrichon : fille d'un éminent maître de chai du château Montrose, élevée dans le sérail. « Femme sensuelle et sans grande instruction », juge le faussaire Mazara au vu de son écriture. Maîtresse de Claude, qui lui refuse le mariage. N'a jamais aimé Philippe Bourré. Elle l'épouse faute de mieux, sans savoir qu'elle est enceinte de Claude. Elle reste encore seize ans la maîtresse de ce dernier, sans lui révéler sa paternité. Au château Tailloir, elle joue un rôle prépondérant en matière de viticulture, de vinification et de commercialisation. Elle gère et supervise l'activité hôtelière du château, qui fournit un complément de revenus.
- Claude du Plessis-Longueville, 40 ans : propriétaire d'un deuxième cru de pauillac de près de 100 hectares, aux « épaisses graves günziennes[4] », parfaitement géré, extrêmement coté, dont les quelque 25 000 caisses s'exportent aux trois quarts. Séduisant. Calme, réfléchi, maître de lui. « Des amis, des appuis partout. Premier adjoint au maire. Membre éminent du CIVB avec voix délibérative. Légion d'honneur. Mérite agricole. » Intelligent, élégant, plein d'esprit, bienveillant, toujours de bonne humeur. Une « vie privée exemplaire » : il n'affiche pas ses maîtresses.
- Philippe Bourré, 40 ans : propriétaire à Saint-Estèphe d'un modeste cru bourgeois d'une douzaine d'hectares, le château Tailloir, qui « souffre par endroits d'un excès de calcaire[4] », cru « sans intérêt[5] », qui a « toujours comme un défaut » et qui n'excite pas la clientèle. Petit et rondouillard, Philippe a pour modèle son camarade de collège et voisin, son meilleur ami, Claude, qui l'aide financièrement.
- Claudine Bourré : fille de Christine, 16 ans, son père biologique n'est pas Philippe, qu'elle méprise, mais Claude. Elle ignore tout du secret de famille de sa mère Christine.
Personnages secondaires
- Comtesse du Plessis-Longueville : mère de Claude, elle a obtenu le domaine par son divorce, puis a fait donation entre vifs à son fils du plus clair de ses biens.
- Maître Leverrier : avocat et ami de Philippe.
- Finet : cuisinier ivrogne et négligent du Tailloir. « Fourbe fripouille » selon Bourré.
- Gaston : onctueux maître d'hôtel écossais des Plessis-Longueville. Porte perruque. Distant, « une étonnante manière de vous fixer sans paraître vous voir ».
- Madame Lambert : vieille pensionnaire du Tailloir, insomniaque et somnambule. « Tel un fantôme d'Hamlet, elle rôde la nuit à la recherche d'eau fraîche et de recoins pour faire pipi. »
- John Peter Gray, marquis de Killany : Anglais, propriétaire d'un troisième cru de margaux. Amant de la comtesse du Plessis-Longueville.
- Kopf : sous-directeur de l'Union suisse d'assurances, supérieur de Rössli.
- Mademoiselle Pitre : infirmière de la clinique du Bon Secours, où Christine Bourré a fini ses jours. La trentaine passée. Ni beauté ni charme. « Son long visage jaune encadré de cheveux filasse en désordre faisait songer à un hareng saur sur un plat de nouilles ».
- Amedeo Mazara, dit « Paluches dorées », dit « Doigts de fée », dit « l'Artiste » : Sicilien, faussaire réputé. Il est reconnaissant à Rössli de n'avoir pas surchargé son dossier dans deux affaires anciennes. À présent retiré à Aix-en-Provence.
Résumé
Le roman est composé formellement de deux parties de tailles différentes.
Première partie : « Les prodromes »
Nota : un « prodrome » est un signe annonciateur d'un événement futur.
Cette première partie, qui ne compte qu'une cinquantaine de pages dans l'édition originale[6], se compose de lettres (lettres de Claude, de l'avocat de Philippe, de Christine, de l'Union suisse d'assurances), de coupures de presse et d'extraits du journal intime de Claudine.
Alors qu'elle est sur le point de mourir d'un cancer, Christine Bourré, âgée de 36 ans, révèle par lettre un secret à son époux Philippe Bourré. À 19 ans, avant son mariage avec Philippe, Christine était jadis tombée enceinte de Claude du Plessis-Longueville, aujourd'hui un proche ami et un voisin, propriétaire d'un second grand cru de Pauillac. Après la rupture avec Claude, elle avait donc épousé Philippe. Les deux hommes ont toujours ignoré que l'enfant, Claudine, née le 24 août 1975, est la fille biologique de Claude. Seize ans après, Christine craint une liaison entre Claude et Claudine et l'existence d'un inceste involontaire entre le père et la fille. Elle charge son mari de révéler à Claude le degré de parenté.
Philippe découvre son infortune conjugale le 8 avril 1991 et s'en trouve extrêmement blessé. Mais à l'inverse de la demande de son épouse, il n'informe pas Claude de sa paternité. Au contraire, il favorise l'intimité des cours de maths que Claude donne à Claudine dans l'optique de l'épreuve du baccalauréat qui aura lieu dans deux mois. Claudine, attirée par la prestance de Claude, cède bientôt à ses avances. Pendant ce temps, Philippe se trouve dans une situation financière délicate : on vient de lui dérober dans sa cave 6000 bouteilles de vieux millésimes. Il pense que les voleurs ont bénéficié d'une complicité interne, en l'occurrence le cuisinier Finet, ivrogne et perclus de dettes. Au surplus son assureur, l'Union suisse d'assurances, craint une escroquerie à l’assurance et refuse de l'indemniser (courrier du 20 mai 1991).
La liaison sentimentale entre Claudine et Claude a une conséquence directe : la jeune fille apprend le 23 juillet qu'elle est enceinte. Claude, qui avait jadis refusé d'épouser la mère, est contraint, sous la pression de Philippe, d'épouser la fille. Philippe est bien sûr animé par un esprit de vengeance, et le secret de ce mariage incestueux représente pour lui une source inespérée de revenus potentiels futurs.
Bien que le contrat de mariage soit assorti d'une séparation de biens, Philippe obtient en compensation que Claude signe un testament instituant Claudine son héritière universelle et qu'il souscrive à son profit une assurance-décès pour un montant de deux millions de francs auprès de l'Union suisse d'assurances.
Le mariage a lieu le 12 septembre 1991. Ce n'est que le lendemain du mariage que Philippe informe Claude de son degré de parenté avec Claudine et de l'inceste consommé. Claude tombe en dépression et consomme de l’alcool en grandes quantités.
Seconde partie : « Le drame »
Cette seconde partie représente les deux tiers du roman[7] ; elle est essentiellement composée de deux longs rapports de Rössli à son épouse, d'un rapport du capitaine Guéret à Rössli et d'une réponse de Silvia Rössli à son mari. Le narrateur est donc essentiellement Peter Rössli qui donne son avis sur les caractères des personnages et les événements dont il a été le témoin.
L'Union suisse d'assurances, craignant une escroquerie à l'assurance pour le vol des 6000 bouteilles de vieux crus, a envoyé Peter Rössli enquêter chez Philippe. Pour prouver qu'il peut désormais compter sur de confortables rentrées d'argent, et déclarant qu'il renonce désormais à l'indemnisation de la compagnie d'assurance, Philippe a le tort de présenter à Rössli la lettre de sa défunte épouse, seule preuve de la paternité de Claude. Rössli, qui déteste les maîtres chanteurs, parvient à dérober la lettre.
Philippe l'entraîne au Plessis-Longueville. Là, au cours d'une réunion, Claude et Philippe boivent plus que de raison. Rössli remet en cachette à Claude la lettre qui prouve sa paternité. La beuverie continue. Vers minuit, Claudine, qui avait été envoyée par Claude à Bordeaux, revient au domaine. Elle trouve Claude et Philippe avinés et fait la connaissance de Rössli. Elle va se coucher.
D'emblée, Rössli a pris Philippe en aversion. Il voit en lui un « individu » d'une « méchante vulgarité » et surtout un maître chanteur. L'aquarelliste du dimanche s'est transformé en « une bête malfaisante », un cynique, une hyène, un sadique. Philippe se vante de tenir à la gorge Claude. Pour Rössli, pas question de circonstances atténuantes : il ne prend pas en compte l'abîme de désespoir dans lequel Philippe s'est retrouvé précipité. S'il juge compréhensible son amertume, il est choqué par sa haine, par sa préméditation et par son « chantage satanique ». À l'inverse, Rössli a tout de suite un préjugé favorable pour Claude, qu'il trouve digne, d'une « élégance innée » et d'un « caractère sympathique ». Il considère que Claude, au contraire de Philippe, n'a jamais haï personne. Sa chair a failli mais nul n'est à l'abri de faiblesses du désir.
Au petit matin, Claude est retrouvé mort dans la cour d'honneur. La balustrade de fer forgé de son balcon situé au deuxième étage semble avoir cédé sous son poids. S'agit-il d'un accident ? Philippe est lui-aussi retrouvé mort dans son lit de la chambre d'ami. Morts naturelles dues à l'alcool ? Meurtre suivi d'un suicide ? Double suicide ou morts accidentelles ? Les deux cadavres sont confiés au médecin légiste pour une autopsie.
La gendarmerie enquête. Un premier constat : les deux hommes avaient fermé leur porte à clef, et on ne leur connaissait aucun ennemi déclaré. Tous deux avaient plus de 2 grammes d'alcool par litre de sang. Quatre personnes avaient dormi dans le château le soir du drame : outre Philippe et Claude, il n'y avait que Claudine et Rössli. Claudine est écartée de tous soupçons : le drame s'est produit quelques jours après son mariage, elle ne détestait pas son père, et son état de femme enceinte l'empêchait de maîtriser les poids de deux hommes bien plus grands et lourds qu'elle. Quant à Rössli, il était arrivé la veille et n'avait aucun mobile pour attenter à la vie des deux hommes. S'agissant du vieux majordome Gaston, son logement se situait à l'extérieur du château, dans une dépendance de la propriété.
Les résultats de l’autopsie sont bientôt connus : Philippe est mort asphyxié, peut-être étouffé par un sac poubelle en plastique. Philippe est mort en premier, entre 1 h 30 et 2 h 30 du matin, environ une heure ou une heure et demie avant Claude, mort vers 3 h 30. Pour Rössli, Claude avait de fortes raisons de se suicider, après le choc de la révélation de l'inceste. Il pourrait avoir maquillé son suicide en accident, après avoir tué Philippe. Pour l'Union suisse d'assurances, il importe de savoir si, dans le cas de Claude, il s'agit d'un suicide : le risque de suicide étant exclu du contrat d'assurance-décès, la compagnie éviterait ainsi d'avoir à verser deux millions de francs à la veuve. Mais Rössli se refuse à dévoiler l'inceste ainsi que le chantage de Philippe. En l'absence de ces informations capitales, les gendarmes ne voient donc en Claude ni un meurtrier potentiel ni un suicidaire.
Reste à comprendre comment l'éventuel meurtrier a pu accéder à la chambre de Philippe, puis en ressortir. Seul un occupant du château, sportif aguerri, parfaitement lucide, peut l'avoir fait, par une toiture que rendait glissante la pluie diluvienne. Ivre-mort comme l'a confirmé l'autopsie, Claude n'était absolument pas en état d'effectuer le dangereux cheminement.
Surgit un événement qui déstabilise Claudine : une femme réclame une forte somme d'argent, prétextant qu'elle connaît un secret sur Claude. Rössli découvre l'identité de cette maître-chanteur : il s'agit de Mademoiselle Pitre, infirmière dans la clinique où l'on soignait Christine pour son cancer. Il parvient à lui prendre la copie de la lettre que Christine avait envoyée à Philippe pour lui révéler la paternité de Claude. Rössli a fait faire une fausse lettre par un faussaire qui a contrefait l'écriture de Christine, et la présente ensuite à Claudine. Cette fausse lettre laisse à penser que Christine avait effectivement eu une liaison avec Claude avant le mariage avec Philippe, mais que par la suite elle avait été fidèle à son époux. La paternité de Claude disparaît de cette lettre. Lisant cette fausse lettre, Claudine est rassérénée. L'enquête de Rössli et sa manœuvre ont été réalisées en quatre jours, avec un déplacement à Aix-en-Provence, où réside le faussaire.
Le capitaine de gendarmerie apprend à Rössli que Claude a inséré une carte dans une édition ancienne d'une bible, offrant ce livre à Rössli en remerciement de son humanité. Un verset de l'Évangile selon saint Jean, mis en exergue dans une page de la bible contenant un marque-page, conforte Rössli dans son hypothèse que Claude a tué Philippe : « Il n'est pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu'on aime »[8].
Claude, dit Silvia Rössli à son époux, était « homme de plaisir, mais aussi homme religieux ». Il a pu voir dans le sacrifice de sa vie « l'expiation possible de ses fautes, et la seule possible, peut-être. ». Sylvia révèle la clef de l'énigme. Toute la soirée, Claude a fait semblant de s'enivrer. Il a régulièrement versé le contenu de ses verres dans le terreau de plantes d'intérieur et a simulé l'ébriété. Sportif aguerri, parfaitement lucide, Claude s'était effectivement rendu vers 1 h dans la chambre de Philippe, l'avait étouffé avec un sachet en plastique, puis était sorti de la chambre par toiture rendue glissante par la pluie diluvienne. Par la suite il avait ingurgité plusieurs litres d'alcools forts afin de pour présenter une alcoolémie convaincante à l'autopsie. Il s'était enfin suicidé en se jetant de la terrasse.
Rössli veut éviter que les gendarmes ne découvrent que Claude a versé pendant la soirée le contenu de ses verres dans le terreau de plantes d'intérieur. Aussi, prétendant que c'est lui-même qui, par sobriété, avait effectué cette opération, demande-t-il à Claudine de faire changer le terreau.
« La petite Claudine, dit Rössli à son épouse, n'est responsable ni des trahisons ni des agissements de son véritable père. » Il considère par ailleurs que « l'honneur d'une femme et d'un enfant » vaut plus de deux millions. Rössli se refuse donc à divulguer le secret de l'inceste et du chantage, qui aurait permis d'établir que Claude est le meurtrier et qu'il s'est suicidé. Silvia approuve entièrement son mari : « Ce serait assassiner notre Claudine pour le plaisir stérile de résoudre officiellement une énigme ».
Mais le capitaine de gendarmerie vient à apprendre la manipulation de Rössli.
Le capitaine Guéret a parlé à son épouse de la découverte des deux cadavres. Concernant la mort de Claude, l'épouse, plus intuitive que son mari, a compris qu'un homme comme Claude ne boit pas. S'il l'a fait, c'était dans un but précis. Soupçonnant Rössli d'avoir été payé par Claude pour défendre ses intérêts posthumes, et soupçonnant Claude d'avoir simulé l'ébriété, le gendarme place Rössli en garde à vue. Pour éviter que la vérité n'apparaisse aux yeux de Claudine, Rössli n'a d'autre solution que de tout raconter au capitaine. Puis il lui fait remarquer que le maître chanteur et son meurtrier sont morts ; qu'il n'y a aucun assassin en liberté et que la sûreté publique n'est donc plus en cause ; que faire jaillir la lumière pour le principe n'apporterait qu'un scandale et l'éventualité d'un suicide d'une femme enceinte. Rössli fait appel au sens des responsabilités humaines et chrétiennes du gendarme. Celui-ci se laisse convaincre et renonce lui aussi à son devoir professionnel. On est le 1er octobre 1991.