La nuit s'achève.... Les étoiles, l'une après l'une, se perdent dans l'aube naissante....Des brumes flottent, puis s'effacent... Et sur la Mer, et sur la Plaine, et sur la Forêt, le ciel s'éclaire, le Soleil parait et son éclatante lumière embrase la nature en joie !
Nature, nature, que t'importe, en ta joie, la détresse des cœurs humains? O Mer calme, tes calmes flots, parcils à des moires changeantes, frôlent les grèves mollement de leur caresse insoucieuse... Et pourtant les frêles vaisseaux, bercés sur tes vagues tranquilles, sont porteurs de détresse humaine!....
O Plaine, sous les brises tièdes, tu frissonnes de volupté dans ta chevelure d'épis qu'alourdit le grain dejà mûr.... Et pourtant les larmes des hommes, aux heures du labour pénible, ont fécondé ton sol aride!....
O Forêt, ton âme joyeuse joyeusement palpite et chante dans les feuillages qui bruissent et dans la chanson des oiseaux.... Et pourtant l'ombre de tes chênes s'étendit sur les vains autels où lhomme implorait des dieux sourds!...
Soleil, tu resplendis... Mais ta lumière est impuissante à percer la nuit de nos cœurs!... Qui nous dira la raison de vivre?... Souffrir!... Souffrir!... en nos corps, en nos cours!... Pour-
quoi?
L'homme foule aux pieds l'homme, d'incessants combats nous épuisent. Opprimés sous des lois qu' imposent les plus forts, asservis par des rois, écrasés par des maîtres, nous pleurons, nul ne nous console, nous crions, nul ne nous écoute et nos yeux sont las de regarder au ciel, dans l'attente vaine et le vain espoir qu'un Dieu se montre enfin!...
Pauvres humains, cours misérables, votre mal est en vous.
Chacun gémit sur sa propre détresse, chacun se cherche en soi, chacun s'aime soi-même et
cet amour n'engendre que la haine.
Aimez-vous les uns les autres, et vous pénétrerez la vie; aimez-vous les uns les autres, c'est l'unique loi, c'est la toute science; aimez-vous les uns les autres!
Pour que votre souffrance vous soit douce, soulagez la souffrance des autres. Que votre labeur, librement accepté, s'efforce au bonheur de vos frères, il vous sera léger. Revêtez-vous d'amour et de justice, ouvrez votre âme à la bonté!
Verbe divin, verbe consolateur! La nuit où nous marchions s'eclaire; le voile d'ombre se dé-
chire, et voici qu'au soir de l'humanité une aurore nouvelle apparait sur le monde! Aimons-nous les uns les autres! La justice et la vérité, la paix et la bonté se partagent la terre. Aimons-nous les uns les autres! L'humanité transformée monte vers la cité de joie et d'idéale liberté ou les rois ne sont plus, ni les maitres, où l'unique loi d'amour a remplacé les lois désormais inutiles! O nature, maintenant sois en fête! O nature, mêle ta joie a la joie immense des hommes!... O Mer calme, sur tes flots calmes balance les vaisseaux heureux qui portent l'allégresse humaine! O Plaine, offre au désir des hommes la splendeur de tes épis d'or qui s'alourdissent de grain mûr!
O Forêt, que ton âme chante dans les feuillages qui bruissent et dans la chanson des oiseaux à la gloire des nouveaux autels!
Et toi, Soleil, lève-toi radieux! unis ta lumière éclatante aux feux de l'idéal Soleil de Vérité, de Justice et d' Amour!