Enrico Baj

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Décès
(à 78 ans)
Vergiate, Italie
Nationalité
Italienne
Enrico Baj
Enrico Baj en 1964.
Naissance
Décès
(à 78 ans)
Vergiate, Italie
Nationalité
Italienne
Activité
Formation
Mouvement
Influencé par
signature d'Enrico Baj
Signature.

Enrico Baj, né le à Milan et mort le à Vergiate, est un peintre, graveur et sculpteur italien. Figure de l'art contemporain d'après-guerre, il est cofondateur du Mouvement nucléaire (1951) avec Sergio Dangelo et du Mouvement international pour un Bauhaus imaginiste (1952-1953) avec Asger Jorn. Son œuvre associe collage, assemblage et détournement d'objets hétéroclites, créant un langage plastique à la frontière entre peinture, sculpture et installation.

Il est principalement connu pour ses séries satiriques des Généraux et des Dames, personnages surchargés de décorations militaires et d'ornements bourgeois, exposées notamment à la Biennale de Venise (1964) où elles provoquent une censure. En 1972, il réalise Les Funérailles de l'anarchiste Pinelli, installation monumentale inspirée du Guernica de Picasso, longtemps interdite d'exposition et finalement installée au Museo del Novecento de Milan en 2025. Proche du surréalisme tardif, il collabore avec André Breton, Marcel Duchamp, Raymond Queneau et Umberto Eco.

Anarchiste convaincu et satrape du Collège de 'Pataphysique au titre d'Imperator Analogico, il lie constamment création artistique et engagement politique. Ses œuvres sont conservées dans de nombreuses institutions internationales, dont le Musée national d'art moderne (Centre Pompidou), le Museo del Novecento de Milan et le MAMAC de Nice.

Issu d'un milieu bourgeois milanais, Enrico Baj peint et dessine dès l'âge de quatorze ans[1]. Très jeune, il manifeste son opposition au régime en se moquant de dignitaires fascistes en visite à Milan, ce qui lui vaut des ennuis avec la police[1],[2].

En 1944, il se réfugie à Genève pour échapper à la conscription dans l'Armée royale italienne[1],[2].

Après la guerre, il fréquente l'Académie des beaux-arts de Brera de 1945 à 1948 et poursuit parallèlement des études de droit à l'Université de Milan[1],[3]. Il obtient son diplôme juridique mais se consacre entièrement à l'art à partir de 1950[1].

Enrico Baj en 1955, photographie de Paolo Monti.

En 1950, avec le peintre Sergio Dangelo, il fonde le Mouvement nucléaire (Movimento Arte Nucleare), considéré comme l'équivalent italien du mouvement CoBrA.

En 1953, il se rapproche du peintre Asger Jorn pour fonder le Mouvement international pour un Bauhaus imaginiste et organise les Rencontres internationales de céramique d'Albisola, auxquelles participent Matta et Roland Giguère[4]. À la même période, il se lie d'amitié avec le peintre néerlandais Guillaume Corneille.

À partir de 1955, il compose ses tableaux avec des éléments hétéroclites : morceaux de verre, écheveaux de laine, toile à matelas, cadrans de montre. La même année, avec l'écrivain Édouard Jaguer, il crée la revue italienne Il Gesto[4].

Après avoir rencontré Mesens à Londres, Marcel Duchamp et Arturo Schwarz à New York, il fait la connaissance d'André Breton à Paris en 1962[5].

À partir de 1965, il crée une série de collages représentant des Dames et des Généraux en costume d'apparat surchargé de décorations militaires.

En 1970, il réalise Les Funérailles de l'anarchiste Pinelli, installation inspirée du Guernica de Picasso, longtemps interdite d'exposition[6]. En 2025, l'installation est exposée au Museo del Novecento de Milan[7].

En 1991, sa rencontre avec le peintre Régis Deparis est à l'origine d'une longue amitié. En 1993, un ensemble de quarante-cinq tableaux réalisés à quatre mains, intitulé Le Moi divisé d'après l'ouvrage du psychanalyste Ronald Laing, est présenté à Paris.

Il aide le mouvement anarchiste en Italie et ailleurs, faisant des dons d'œuvres au Centre international de recherches sur l'anarchisme de Lausanne[8].

Enrico Baj est satrape au titre d'Imperator Analogico du Collège de 'Pataphysique de Milan.

Œuvre et style artistique

Les débuts et l'Art nucléaire

Au début des années 1950, Baj pratique une peinture abstracto-gestuelle proche du tachisme[3].

En 1951, il cofonde avec Sergio Dangelo le Mouvement nucléaire, qui oppose l'art à la menace nucléaire[1],[2].

En 1952-1953, il fonde avec Asger Jorn le Mouvement international pour un Bauhaus imaginiste, en opposition à la rationalisation formelle de l'Hochschule für Gestaltung Ulm de Max Bill[1],[9].

Le collage et l'assemblage

À partir de 1955, Baj développe le collage et l'assemblage de matériaux hétéroclites (étoffes, passementeries, boutons, galons militaires, cadrans, verre, toile à matelas, plastiques), créant un langage à la frontière entre peinture, sculpture et objet[10],[1].

Les séries « Généraux » et « Dames »

Au milieu des années 1950, Baj crée la série des Généraux, personnages surchargés de décorations militaires. Exposés à la Biennale de Venise en 1964, certains tableaux font l'objet d'une censure, les décorations étant recouvertes de ruban adhésif noir[6],[9].

André Breton décrit cet aspect ironique comme un masque couvrant un engagement contre l'oppression[6].

Parallèlement, il élabore la série des Dames, figures féminines surchargées d'ornements[1].

La dimension littéraire et éditoriale

Proche de cercles littéraires, Baj collabore avec André Breton, Marcel Duchamp, Raymond Queneau, Edoardo Sanguineti et Umberto Eco. En 1955, il crée avec Édouard Jaguer et Sergio Dangelo la revue Il Gesto[1],[3].

Il publie plusieurs ouvrages : Patafisica (1982), Automitobiografia (1983), Ecologia dell'arte (1990)[9].

Les Funérailles de l'anarchiste Pinelli

En 1972, Baj réalise Les Funérailles de l'anarchiste Pinelli, installation de 3 mètres de haut et 10 mètres de long, inspirée du Guernica de Picasso, dénonçant la mort de Giuseppe Pinelli en 1969. Longtemps interdite, elle est installée en 2025 au Museo del Novecento de Milan[7].

L'univers pataphysique et Ubu

À partir des années 1960, Baj explore la pataphysique d'Alfred Jarry. Satrape du Collège de 'Pataphysique, il crée des créatures grotesques inspirées d'Ubu. En 1989, il conçoit des marionnettes en Meccano pour l'opéra Le Bleu-blanc-rouge et le noir de Lorenzo Ferrero sur livret d'Anthony Burgess[1],[2].

L'engagement politique

En 1960, il participe au Grand Tableau antifasciste collectif avec Jean-Jacques Lebel et d'autres artistes ; l'œuvre reste sous séquestre pendant vingt-cinq ans[11].

Dans les années 1990, il crée un monument ironique à Bakounine (Berlin, Ascona) et réalise la série Berluskaiser satirisant Silvio Berlusconi[1].

Collections publiques

Les œuvres d'Enrico Baj sont conservées dans de nombreux musées en Italie, en France et en Suisse[3].

France

Italie

Suisse

Archives

L'archive de l'artiste est conservée à l'Archivio del '900 du MART de Rovereto[10].

Expositions

Expositions personnelles

  • 1951 : exposition personnelle, Galleria San Fedele, Milan[1].
  • 1957 : exposition personnelle, Gallery One, Londres[9].
  • 1971 : rétrospective, Palazzo Grassi, Venise[1].
  • 1998-1999 : Enrico Baj, monstres, figures, histoires d'Ubu, MAMAC, Nice[13].
  • 2000 : Baj chez Proust, les Guermantes[15].
  • 2024-2025 : rétrospective pour le centenaire de la naissance, Palazzo Reale, Milan[10].

Expositions collectives

Réception critique

La reconnaissance par les surréalistes

Dès les années 1960, l'œuvre de Baj est accueillie dans le cercle du surréalisme tardif. André Breton décrit l'aspect ironique de son travail comme un masque couvrant un engagement contre l'oppression[4],[1].

Alain Jouffroy lui consacre en 1972 la première monographie de référence[16].

Le regard des philosophes

Dans les années 1980-2000, plusieurs penseurs s'intéressent à son œuvre. Jean Baudrillard signe en 1987 un essai analysant la dimension simulacrale des assemblages de médailles et de décorations[1]. Umberto Eco publie en 1991 Il giardino delle delizie, consacré à Baj, où il examine le jeu entre le monstrueux et l'humain[1]. Paul Virilio engage avec lui un dialogue publié en 2003, Discours sur l'horreur de l'art, sur la marchandisation de la création artistique[6].

Un artiste difficile à classer

Le Dictionnaire de la peinture Larousse situe Baj aux confins du tachisme, de l'art nucléaire et du surréalisme, soulignant l'originalité de sa technique d'assemblage[3]. L'Enciclopedia Treccani insiste sur la cohérence d'une démarche confrontant l'art à la réalité politique et sociale[10]. L'historienne de l'art Gabriele Huber, dans sa monographie de 2003, le replace dans les avant-gardes italiennes de l'après-guerre (1945-1964), analysant ses liens avec le groupe CoBrA, le lettrisme et l'Internationale situationniste[17].

La critique politique

Bernard Hennequin, dans la revue Réfractions (2003), forge le mot « anartiste » pour qualifier Baj[11]. Les scandales provoqués par les Généraux à la Biennale de Venise (1964) et à la Biennale de São Paulo (1963), ainsi que la censure des Les Funérailles de l'anarchiste Pinelli|Funérailles de l'anarchiste Pinelli, sont interprétés par une partie de la critique comme la conséquence d'un art de combat[11],[9].

Réception posthume

À la mort de Baj en 2003, le quotidien Le Monde le qualifie de « peintre libertaire anarcho-pataphysicien »[18]. Nick Heath (libcom.org) note que la nécrologie du Guardian omet la dimension anarchiste de son œuvre[2].

En 2025, l'installation des Les Funérailles de l'anarchiste Pinelli|Funérailles de l'anarchiste Pinelli au Museo del Novecento de Milan et la rétrospective au Palazzo Reale pour le centenaire de sa naissance (2024-2025) marquent sa reconnaissance institutionnelle en Italie[7],[10].

Distinctions et prix

Anarchiste convaincu, Baj entretient tout au long de sa carrière un rapport distant avec les honneurs institutionnels, préférant les reconnaissances émanant de milieux proches de sa sensibilité artistique et politique[19].

Sa distinction la plus notable lui vient du Collège de 'Pataphysique : il est élu Satrape le , puis reçoit en 1997 le titre d'Imperator Analogico pour l'Italie, la Padanie, l'Albanie et le campanile de San Marco, qu'il considérait comme son honneur le plus prestigieux[19].

Sur le plan institutionnel, Baj obtient en 1964 une salle personnelle à la XXXIIe Biennale de Venise, présentée en catalogue par Raymond Queneau, ainsi qu'une invitation à la XIIIe Triennale de Milan. La même année, il participe à l'exposition « Nieuwe Realisme » au Gemeentemuseum de La Haye[20].

En 1974, il fait don de collections complètes de ses estampes à la Bibliothèque nationale de France, au Musée Boijmans Van Beuningen de Rotterdam et au Cabinet des estampes de Genève ; l'année suivante, il lègue l'intégralité de son corpus graphique à la Ville de Milan, donation présentée au Château des Sforza en décembre 1975[20].

À titre posthume, une salle monographique permanente est inaugurée en février 2025 au Museo del Novecento de Milan, abritant notamment l'installation Les Funérailles de l'anarchiste Pinelli[7].

Citation

« L'anarchisme est la meilleure piste de lancement vers l'implosion créative. »[21]

Écrits

Notes et références

Annexes

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