Alain Guionnet
antisémite et négationniste français
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Alain Guionnet, né le à Paris, est un militant négationniste français né en 1954.
| Président Association contre la mutilation des enfants (d) | |
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| - |
| Naissance | |
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| Pseudonymes |
L'Aigle noir, Attila Lemage, Jacques Moulin |
| Nationalité | |
| Formation | |
| Activité |
Auteur négationniste |
| Idéologie |
Négationnisme |
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| Membre de |
Association contre la mutilation des enfants (d) |
| Condamné pour |
Contestation de crimes contre l'humanité |
| Site web |
Après plusieurs années passées à l'ultra-gauche, il crée en 1989 la revue Revision, où il fait preuve d'un négationnisme et d'un antisémitisme exacerbés.
Biographie
Jeunesse et études
En , Alain Guionnet est impliqué dans une rixe avec des militants d'extrême droite alors qu'il est élève du lycée Jean-Baptiste-Say. Il est brièvement incarcéré à la maison d'arrêt de Fleury-Mérogis, ce qui provoque des protestations[1] : après la réunion de deux mille lycéens réclamant sa libération et l'organisation de « diverses réunions de protestation »[2], plusieurs établissements scolaires parisiens se mettent en grève[3],[4] ; il est relâché après dix jours derrière les barreaux[2],[5] ; l'année suivante, son exclusion définitive du lycée entraîne de nouvelles contestations[6].
Il obtient par la suite une licence en administration économique et sociale et une maîtrise en histoire[7].
Militant d'ultra-gauche dans sa jeunesse, il dirige un groupe appelé Oser lutter, oser vaincre, basé à Issy-les-Moulineaux[8] ; il collabore à la revue King-Kong international[9], et fonde, avec Pierre Guillaume, le journal gauchiste La Guerre sociale[10]. Il écrit également un courrier à Guy Debord, archivé dans ses Lettres reçues[11].
Alors qu'il est étudiant à l'École des hautes études en sciences sociales, son cursus est interrompu par un grave accident de la route, qui le laisse invalide à 70 %[7]. Il reprend une scolarité chaotique, étudiant le hongrois et suivant en auditeur libre des cours d'assyrien et de langue chaldéenne[7].
Revision et militantisme négationniste
Au début des années 1980[7], il entre en contact avec Robert Faurisson, avec qui il correspond[12]. En 1986, il diffuse à l'université Paris-VI son premier tract, contre la circoncision, signé « Aigle noir »[7]. En , il fonde, avec Xavier Valla (secrétaire) et Didier Diers (trésorier), l'Association contre la mutilation des enfants (AME)[13] L'AME se propose d'exposer les conséquences « néfastes de la circoncision sur les nouveaux-nés [sic] » et diffuse régulièrement une feuille, Article 312[14],[15]. Gérard Zwang serait son éminence grise (c'est lui qui décerne les prix littéraires de l'AME).[réf. nécessaire] Guionnet quitte la présidence de l'association en 1991.[réf. souhaitée]
En mars de la même année[16], après avoir participé aux Annales d'histoire révisionniste[17], il fonde le mensuel négationniste Revision[18],[19] qui, outre les textes de son directeur, accueille des articles signés notamment par Claude Courouve[20], Robert Faurisson, Pierre Marais[21], Xavier Valla ou Olivier Mathieu[17],[22], ou encore un entretien avec Michel Lajoye[23]. Il y republie Les Protocoles des Sages de Sion en feuilleton[24] et y diffuse des théories antimaçonniques[25] et conspirationnistes[26],[27]. Il y loue aussi les travaux d'Henry Coston[28]. La revue est imprimée par Les Presses bretonnes, alors contrôlées par Fernand Le Rachinel[29],[30].
Dans le même temps, il continue ses distributions de tracts, toujours signés « L'Aigle noir » mais à présent négationnistes, notamment dans la périphérie de Lyon à l'occasion du procès de Klaus Barbie[31],[24]. Il présente Revision lors de fêtes du Front national[32], ainsi celle des Bleu-blanc-rouge 1990, où il salue Jean-Marie Le Pen[33]. Cette même année, à l'occasion de sa première condamnation judiciaire en mars, il reçoit le soutien de François Brigneau dans National-Hebdo[34],[35],[28],[12] — journal qui accueille par ailleurs des encarts publicitaires pour Revision[12].
En 1991, il est interrogé par Serge Moati dans son documentaire La Haine antisémite, diffusé sur TF1[36],[37]. S'éloignant de Robert Faurisson et Henri Roques, il commence à cette époque à se réclamer avec Olivier Mathieu du « post-révisionnisme »[38],[39],[40], qui devient « une nouvelle génération » de négationnistes, « plus virulente »[16] et se revendiquant ouvertement du néofascisme[41].
Guy Birenbaum cite sa revue Revision parmi les publications négationnistes importantes[35]. Pour Jean-Yves Camus, il s'agit du « plus extrême des organes négationnistes antisémites », qui « témoigne surtout des obsessions de son fondateur »[42]. Le même auteur souligne que la revue « se caractérise par un antisémitisme obsessionnel et ordurier » et que sa lecture « suscite des doutes sur l'équilibre mental des collaborateurs »[23]. Le psychiatre Michel Erlich a parlé à son propos d'« antisémitisme délirant »[43]. Stéphane François range Guionnet dans la catégorie des complotistes paranoïaques qui « expliquent leurs malheurs par l'existence d’un complot juif visant à les faire taire », et souligne que dans son cas « l'aspect pathologique n’est pas à négliger »[44].
Les écrits de Guionnet repoussent régulièrement les limites de la provocation, et Revision, qui se proclame « seul journal antijuif »[22], multiplie les titres du type « Les coupeurs de verge à la grande vergue ! », « Salut Hitler ! », « L'argent n'a pas d'odeur... Mais le juif en a une ! »[28] ou les articles consacrés à la circoncision[12]. La revue tourne essentiellement autour de la figure de son fondateur, allant jusqu'à publier une interview d'« Attila Lemage » par « Jacques Moulin », l'un et l'autre étant des pseudonymes de Guionnet[45]. Elle est initialement diffusée en kiosque[28] dans les grandes villes, à deux mille exemplaires[46]. En , un an après sa création, elle est interdite de vente aux mineurs, d'affichage et de toute forme de publicité[46]. Elle n'est plus ensuite diffusée que par abonnements et dans certaines librairies d'extrême droite[46], comme L'Æncre[47] ou la librairie Ogmios[22]. Roland Gaucher et Philippe Randa écrivent en 2001 que chaque numéro du journal « fait en général l'objet d'une mise en examen » d'Alain Guionnet[48].
Diverses figures du négationnisme, comme Robert Faurisson ou Henri Roques, prennent assez rapidement leurs distances avec lui ; Roques dit le considérer comme un « cas un peu pathologique »[12] et Faurisson, dans un entretien accordé à Valérie Igounet, se contente de déclarer : « Alain Guionnet, c’est un alcoolique. Je n’ai rien à ajouter »[49]. Le dernier numéro de Revision paraît en 2009[50].
Le , il organise à Paris, avec Jean Plantin, une manifestation « pour la défense de la liberté d'expression », en soutien aux négationnistes allemands, belges et suisses poursuivis dans leur pays ; il s'agit selon Jacques Leclercq d'« une première en Europe », mais elle est interdite et ne se tient finalement pas[51].
Condamnations
Alain Guionnet fait l'objet de multiples poursuites et condamnations, tant pour ses articles que pour les autocollants à caractère négationniste et/ou antisémite qu'il appose dans des lieux publics[28]. Après avoir été relaxé des chefs de « diffamation » et d'« injures raciales » en 1989[52], il est condamné à trois reprises (1990, jugement confirmé l'année suivante[53],[54],[55],[56], 1993[57] et 1994) à des peines de prison ferme pour « contestation de crimes contre l'humanité », et « provocation à la discrimination, à la haine ou à la violence raciales et diffamation raciale »[58]. En 1997, il est condamné pour « diffamation envers la mémoire des morts »[59].
Selon Jean-Yves Camus, il est jusqu'à Vincent Reynouard la seule personne incarcérée en France après une condamnation pour négationnisme[60].
Ouvrages
- « Jacques Moulin », Le Mode de production des hommes-plantes, Issy-les-Moulineaux, A. Guionnet, , 177 p. (BNF 36601252).
- « L'Aigle noir », Josef Kramer contre Josef Kramer : mémoire en défense, Paris, Polémiques, , 151 p. (ISBN 2-906407-02-X).
- « Attila Lemage », Manifeste antijuif : du 10e siècle avant notre ère à nos jours, le combat des Titans, Issy-les-Moulineaux, Libre parole-A. Lemage, , 73 p. (BNF 35476667).
Préfaces
- Friedrich Engels (trad. de l'allemand, préf. « Jacques Moulin »), La Campagne pour la constitution du Reich allemand : 1850 [« Die Deutsche Reichsverfassungskampagne »], Paris, J. Moulin, , 147 p. (BNF 34690626).
- Maurice Joly (préf. « Jacques Moulin »), Dialogue aux enfers entre Machiavel et Montesquieu : 1864, Issy-les-Moulineaux, Libre parole, , 180 p. (BNF 35485556).