Alfredo Cabanillas Blanco
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Club de presse de Madrid (d) |
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Alfredo Cabanillas Blanco (Madrid, 1894 – Cordoue, 1979) est un poète, journaliste, essayiste et homme politique espagnol.
Issu d’un milieu très catholique, il se voua d’abord à la poésie et fréquenta l’Ateneo de Madrid, où il lia connaissance avec nombre d’écrivains et d’intellectuels, dont aussi Manuel Azaña, pour qui il éprouvait amitié et admiration, et de qui il allait plus tard diriger le service de presse. Sa vocation journalistique trouva à s’exprimer dans les colonnes du journal libéral Heraldo de Madrid, dont il devint en 1921 membre à part entière de l’équipe rédactionnelle et pour le compte duquel il couvrit les opérations militaires dans le Maroc espagnol de juillet-août 1921. Il milita parallèlement dans le parti libéral et républicain Union républicaine, et en assuma la vice-présidence sous la République. Ayant acquis des attaches avec Cordoue à la suite de son mariage avec une cantatrice cordouane, il fut désigné « ambassadeur de Cordoue à Madrid », chargé de défendre les intérêts de sa ville d’adoption auprès du pouvoir central.
Hostile au putsch militaire de juillet 1936, et resté fidèle à la République, il s’aliéna cependant le camp républicain dans les premiers mois de la guerre civile en raison de son opposition aux exécutions extra-judiciaires et à ses réticences contre la décision d’armer le peuple. Ces prises de position, et le secours qu’il apportait aux personnes persécutées appartenant au camp adverse, le firent exclure de son journal d’abord, de son parti ensuite, et objet de menaces, préféra quitter l’Espagne pour trouver havre en Argentine.
Installé en exil à Buenos Aires, il reprit son activité journalistique, en particulier comme collaborateur, puis directeur du journal pro-franquiste El Diario Español, où il s’efforçait de justifier le coup d’État de 1936, notamment en invoquant l’imminence d’une révolution bolchevique en Espagne. Avide de retourner dans son pays, il vit sa requête en ce sens finalement agréée en 1964 et put revenir en Espagne, où il poursuivit sa carrière de journaliste, cette fois au journal ABC, tout en continuant de publier des poésies.
Formation et jeunes années

Né à Madrid en 1894 au sein d’une fratrie de sept enfants, Alfredo Cabanillas Blanco accomplit sa formation secondaire au collège catholique des Pères du Cœur-de-Marie (Colegio de los Padres del Corazón de María) à Alagón, à 25 km (à vol d’oiseau) au nord-ouest de Saragosse, suivie de deux années d’études au Séminaire conciliaire de Madrid[1],[2].
À l’âge de 14 ans, il obtint son premier emploi, dans la banque Crédit Lyonnais. En 1915, il fut embauché comme collaborateur au quotidien conservateur La Correspondencia de España. La même année, après avoir fait la connaissance de Rodrigo Soriano, journaliste et homme politique, fondateur du journal España Nueva, il se vit proposer par celui-ci de travailler comme son secrétaire[1].
Cabanillas Blanco s’était lié d’amitié avec l’écrivain Arturo Barea et se voua dans un premier temps entièrement à la poésie, fréquentant alors le cercle (tertulia) de l’ancien café madrilène Café de Fornos[3]. Vers le milieu de l’année 1915, il faisait paraître son premier livre, intitulé Ocaso de Sangre (littér. Déclin de sang), lequel, inspiré par les événements sanglants de la Première Guerre mondiale, lui valut en 1936 d’être décoré des Palmes académiques par le gouvernement français, dans les locaux de l’ambassade de France[4].
Son penchant pour les belles-lettres et pour le théâtre porta Cabanillas à fréquenter l’Athénée de Madrid (Ateneo en espagnol), où il fit la rencontre de Manuel Azaña, alors secrétaire général de cette institution, et sympathisa avec le républicanisme[2],[5]. Il y entra aussi en contact avec les écrivains Valle-Inclán, Gómez de Baquero (« Andrenio »), Ricardo Baeza et avec les jeunes poètes Juan José Llovet et Xavier Bóveda[4].
Débuts dans la carrière journalistique et guerre du Rif

Dans le même temps, Cabanillas Blanco était en rapport depuis ses jeunes années avec le journal libéral Heraldo de Madrid, géré par la Sociedad Editora Universal des frères Juan et Manuel Busquets[3], et ne cessait de solliciter auprès du directeur du journal José Rocamora de faire partie de l’équipe de rédaction. Cependant, l’élément déclencheur de son admission définitive fut la série d’articles rédigés par Cabanillas au sujet du Congrès syndicaliste tenu en 1921 au théâtre de la Comedia à Madrid[4],[2].
Après la débâcle militaire espagnole d’Anoual de juillet à , dans le Maroc espagnol, Cabanillas Blanco fut dépêché sur les lieux au titre de correspondant de guerre pour couvrir les événements du front[3],[6], ses reportages paraissant dès le lendemain dans les colonnes de Heraldo de Madrid. Moyennant l’autorisation du haut-commissaire au Maroc, le général Dámaso Berenguer, Cabanillas Blanco réalisa l’entretien le plus mémorable et le plus risqué de sa carrière, à savoir celui avec le chef rifain Abdelkader Belhadj Tieb, alors ami indéfectible de l’Espagne et ennemi d’Abdelkrim el-Khattabi[6]. Abdelkader Belhadj Tieb avait été contraint de se réfugier dans le douar de Souk El-Had de Béni Chiker, au côté du 33e régiment Sevilla, que commandait le général Neila. Pour le rejoindre, Cabanillas dut traverser, à bord d’un camion blindé, une portion de territoire encore sous domination des kabilas rifaines insurgées. Les informations qu’il avait pu obtenir auraient indiqué qu’Abdelkader connaissait les motifs du soulèvement d’Abdelkrim[7],[note 1]. C’est à cette époque aussi qu’il lui fut donné de connaître de très près la plupart des futurs généraux dits africanistes, dont notamment Franco, Sanjurjo, Berenguer, Millán-Astray, etc.[13]

Il apporta son concours à une opération de sauvetage à Casabona (position fortifiée non loin de Melilla), aidant à évacuer huit soldats vers l’hôpital, action en reconnaissance de laquelle le ministère de la Guerre lui octroya la croix du Mérite militaire (division blanche), encore qu’il ait dû y renoncer, car incapable de s’acquitter des droits attachés à cette distinction, qui s’élevait à 700 pesetas[13].
La dernière chronique de guerre de Cabanillas au Maroc traitait du carnage de Mont-Aroui[14]. En 1922, ses reportages furent réunis et édités sous forme d’ouvrage, avec pour titre La epopeya del soldado[3],[14], livre dans lequel l’auteur non seulement met en cause le gouvernement et plusieurs haut gradés, exigeant qu’ils répondent de leurs décisions et comportements dans la débâcle d’Anoual[15],[note 2], mais encore accuse — certes à la dérobée — le roi lui-même[17],[note 3].
À son retour à Madrid, il lui fut rendu un hommage public dans l’hôtel Palace, auquel assistaient quelque 400 personnes, représentants de la presse et militaires. Il reprit par la suite ses visites à l’Ateneo et renoua ses relations avec l’intelligentsia espagnole du moment, dont Valle-Inclán, Jacinto Benavente, José Ortega y Gasset, Eduardo Marquina, Ramón Pérez de Ayala, entre autres, et également avec le milieu journalistique, en les personnes de : Juan Ignacio Luca de Tena Herrera, directeur de La Tribuna ; de Manuel Aznar, directeur de El Sol ; de Manuel Bueno, écrivain et journaliste ; de Mariano de Cavia, journaliste au quotidien El Imparcial, etc. De même, il resserra ses rapports avec le secrétaire de l’Ateneo, Manuel Azaña, qu’il affirmait respecter comme intellectuel et écrivain, et dont il évoqua la figure dans ses mémoires, en ces termes[20] :
« Combien de fois sommes-nous sortis ensemble, Azaña et moi, bras dessus bras dessous, et nous sommes-nous arrêtés devant le Café del Prado, surpris de voir un homme de science, aussi illustre que l’était Santiago Ramón y Cajal, récent lauréat du prix Nobel (1922), passer le temps, son précieux temps, à converser avec le garçon de café qui le servait ! »
De tendance libérale, Cabanillas Blanco milita dans le parti Union républicaine, dirigé par Diego Martínez Barrio, et allait être désigné vice-président de ce parti sous la Seconde République[2].
Sous la dictature de Primo de Rivera

En 1923, au lendemain de l’instauration de la dictature de Primo de Rivera, Cabanillas assista comme délégué de son journal à la conférence de presse convoquée par le dictateur au ministère de la Guerre[21].
En , il contracta mariage à Cordoue avec la cantatrice mezzo-soprano cordouane Graciela Fernández Vergara, qui se produisait au Teatro Real de Madrid et dont il avait fait la rencontre l’année d’auparavant[22],[21]. Vu que Cabanillas Blanco combinait son emploi de rédacteur à Heraldo de Madrid avec sa fonction de secrétaire du Teatro Real, le couple choisit de fixer sa résidence à Madrid, quoique dans un continuel va-et-vient entre cette ville et Cordoue[23].

Membre éminent de l’Asociación de la Prensa de Madrid (APM), Cabanillas Blanco mit à contribution tout son entregent pour se voir accorder une entrevue avec le roi Alphonse XIII, dans le but d’obtenir le soutien de celui-ci au premier projet en date d’une « Colonie de la Presse » (faubourg pavillonnaire habité par gens de presse et écrivains) à Madrid, conformément à la Ley de Casas Baratas (± loi sur les logements à prix abordable). La première pierre en fut posée en , sous les auspices d’Alphonse XIII, suivie de l’édification de 55 villas de un à deux étages[3],[21],[2].
De même que nombre d’intellectuels de l’époque, comme Unamuno, Ortega y Gasset et Alcalá-Zamora, Cabanillas rendait Primo de Rivera responsable de la chute d’Alphonse XIII, pour avoir voulu se maintenir au pouvoir et avoir mis à mal les libertés civiques, ce qui avait fini par profiter à l’option républicaine. En conséquence, arguait Cabanillas, la République ne surgit ni à la suite d’un coup d’État, ni par la force, mais comme le résultat d’élections démocratiques et de la volonté populaire. En effet[24] :
« Une preuve de plus de l’action subversive de Primo de Rivera contre l’institution monarchique est fournie par le fait que la charge de premier président de la Seconde République espagnole échut à M. Niceto Alcalá-Zamora, ancien ami de sa Majesté le roi, sire Alphonse XIII, et qui avait été ministre dans un de ses Conseils. Il apparaît ainsi clairement que ceux qui avaient servi l’Espagne aux côtés du Roi se sont séparés de celui-ci pour emprunter d’autres voies, celles de la République. »
Seconde République
Le nouveau chef de gouvernement Manuel Azaña nomma Cabanillas Blanco directeur du service de presse de la présidence du Conseil[2],[25]. Selon Cabanillas lui-même, il était redevable de cette nomination à son amitié de longue date avec Azaña à l’Ateneo, et accepta le poste parce qu’il lui laissait le loisir de poursuivre parallèlement son travail à Heraldo de Madrid, auquel il était dévoué[25] et dont il allait prendre la direction à la veille de la guerre civile, en remplacement de Manuel Fontdevila Cruixent[3].

Cabanillas fut désigné vice-président du parti Union républicaine, alors présidé par Diego Martínez Barrio, peut-être en raison de la haute fonction qu’il occupait à Heraldo de Madrid, lequel atteignait un tirage quotidien de plus de 350 000 exemplaires, dépassant désormais celui de ABC et de El Debate, jusque-là les quotidiens les plus lus[26]. Heraldo de Madrid figurait comme principal support et refuge pour les lecteurs républicains et de gauche sous le dénommé Biénnat noir (-) et devait jouer un rôle de premier plan lors des élections de février 1936, en menant sa propre campagne en faveur du Front populaire.
Cabanillas Blanco assuma aussi la fonction de Conseiller national de la culture, et se vit confier notamment, aux côtés d’Antonio Machado, la gestion du Teatro Nacional[26]. Au Conseil des ministres, le ministre de l’Intérieur Casares Quiroga nomma Cabanillas gouverneur de la province de Cordoue. Vers la même époque, en , il fut investi de la charge d’« ambassadeur de Cordoue à Madrid », au service tant de la députation provinciale que de la municipalité, qui lui confiaient continuellement des missions, d’ordre économique, social et culturel, qu’il sut accomplir pour la plupart[27]. Sa tâche à Madrid consistait essentiellement à faire aboutir les diverses requêtes adressées par la mairie de Cordoue aux différents ministères, telles que la demande envoyée au ministère de l’Instruction publique d’accorder une subvention au bénéfice des colonies de vacances pour l’année 1934[28], la demande de subsides pour le remaniement du bâtiment de l’ancien gouvernement civil en vue d’y aménager une école professionnelle () et pour les besoins d’autres établissements scolaires, et la supplique d’accélérer les travaux d’une succursale de la banque d'Espagne[29]. D’autres requêtes portaient sur la concession d’une ligne d’autobus de Lucena à Cordoue[30] et sur le financement de divers dispositifs destinés à remédier au chômage dans la région, etc.[31]
Homme profondément religieux, à l’égal d’Alcalá-Zamora, Cabanillas Blanco s’éleva contre les incendies de couvents de et alla jusqu’à intervenir personnellement, parvenant, conjointement avec d’autres personnes, à empêcher la mise à feu du collège jésuite El Pinar, partie intégrante du collège Virgen del Recuerdo à Madrid[25].
Coup d’État de juillet 1936 et guerre civile
Cabanillas Blanco était opposé au soulèvement militaire du 17 juillet 1936, qu’il estimait injustifié, et son journal, dont il avait pris entre-temps la direction, avait apporté un appui sans faille aux gouvernements légitimes successifs de la République.
Néanmoins, Cabanillas fustigea la décision de Francisco Largo Caballero et des généraux républicains d’armer le peuple à l’instar de Kerenski[32] :
« Le gouvernement de la République, Largo Caballero particulièrement, commit une tragique erreur en mettant des armes à feu entre les mains de gens irresponsables et de très simple entendement ; de gens qui, ayant été armés par le gouvernement lui-même, ressentit, non plus le désir d’user de violence contre les insurgés, mais des penchants criminels et revanchistes contre toutes personnes qui, de quelque façon, manifestaient la moindre opposition au régime institué. »
Plus largement, Cabanillas Blanco pointa du doigt les maux qui, de son point de vue, affligeaient la République à ce moment. D’accord avec l’opinion d’Alcalá-Zamora et de toute l’Espagne modérée (« la Troisième Espagne »), il souligna la responsabilité des extrémistes dans les deux camps[33] :
« Les trois minorités que la République appuyait, la C.N.T., le communisme, la F.A.I., perturbaient, assurément, l’action substantielle du régime républicain. Ces minorités avaient confondu la République avec un gouvernement d’intrépides et de filous, voire, dans certains cas amplement prouvés, de voleurs et de criminels, d’esprits engendrant vengeance et haine ; présomptueux ennemis de l’ordre et de la justice, ennemis barbares de la religion chrétienne, si ce n’est de toute foi, de l’amour et de la paix.
Mais si ces minorités se composaient d’hommes infrahumains, démoniaques, méritant toute condamnation, au sein de la Phalange et chez les Requetés s’étaient réfugiés des individus de la pire espèce qui, se dérobant au service à la Patrie, semaient, avec la croix dans la main droite, le désespoir et l’horreur là où ils passaient. La situation était épouvantable. Et la République, la vraie République, se sentait les mains liées, sans liberté pour s’en démêler. »

Dans cette situation de chaos, nombre de personnes persécutées, relate Cabanillas, se rendaient auprès de lui pour demander son aide et le prier d’intercéder auprès du général Miaja, qui avait été nommé défenseur en chef de Madrid. Cabanillas accéda à ces demandes et, en mettant à profit sa situation professionnelle de directeur de Heraldo de Madrid et de chef du service de presse, ainsi que ses contacts avec l’ambassadeur de France et avec des personnalités madrilènes, parvint à sauver des « tchékas » plusieurs individus[34],[2]. Le mode opératoire mis en œuvre par Cabanillas, s’il variait certes d’un cas à l’autre, consistait invariablement à introduire la personne concernée comme réfugié politique à l’ambassade de France, non sans péril pour Cabanillas, compte tenu du désordre et de l’extrême violence régnant au début de la guerre civile. À cause de toutes ces actions de sauvetage et d’exfiltration, Cabanillas Blanco commença à être menacé pendant que son domicile était mis sous surveillance, ce qui le conduisit à chercher refuge lui-même à l’ambassade de France, mais seulement durant la nuit[35].
À la Noël de l’an 1936, Cabanillas connut le militaire José Ungría, alors colonel, qui s’était réfugié dans l’ambassade de France et qui le pria de se porter au secours de ses parents reclus à leur domicile et surveillés. Cabanillas leur achemina de la nourriture et leur communiqua que leur fils se trouvait sain et sauf à l’ambassade de France. Après la guerre civile, Cabanillas fera appel à Ungría, promu entre-temps au rang de général, pour obtenir son retour d’exil[36].
Cabanillas était résolu à se maintenir à la tête de Heraldo de Madrid jusqu’à la fin de la guerre civile, en dépit des menaces qu’il recevait entre autres du général Yagüe, qui, selon les dires de Cabanillas, aurait crié, le jour où il s’était emparé de Talavera de la Reina : « Quand nous entrerons dans Madrid, la première chose que je vais faire est de couper la tête au directeur de Heraldo de Madrid »[37]. Dans la matinée du , un employé de Heraldo de Madrid lui fit part de ce que les rédacteurs du journal s’étaient réunis en assemblée et avaient décidé de le destituer et de publier la nouvelle le jour suivant[37]. À la suite de cette dénonciation publique par ses camarades de travail, qui lui reprochaient ses actions de secours, menées à l’abri de son statut de directeur du journal[38],[39], Cabanillas se fit établir un laissez-passer pour se rendre à Valence, où il arriva non sans incidents le et où il prit passage sur un navire français à destination de Marseille. Quelques jours après, il s’embarqua en compagnie de son épouse sur un transatlantique italien en partance pour Buenos Aires, où résidait l’une de ses sœurs[37].
Son affrontement avec ceux qui, dans les rangs républicains, exerçaient une répression illégale à Madrid dans les premiers mois de la guerre civile, ainsi que sa qualité de catholique, valut d’autre part à Cabanillas d’être expulsé du parti Union républicaine.
Exil en Argentine
Une fois fixé à Buenos Aires, Cabanillas Blanco y poursuivit son travail de journaliste pour le compte de plusieurs journaux[40]. En premier lieu, il rendit visite au directeur du quotidien La Nación[37], dans les colonnes duquel il commença à publier quelques articles sur la guerre civile espagnole[41], et contribua plus particulièrement à l’hebdomadaire Cartel, dont il était le cofondateur et qui suivait une ligne éditoriale franquiste[40],[42]. Dans le même temps, des offres d’emploi ne cessaient de lui parvenir, Cabanillas devenant même le collaborateur de Juan Perón[42].
Il s’approcha progressivement des milieux favorables au soulèvement militaire de , se liant avec diverses personnalités bonaerenses pro-franquistes, telles que Soledad Alonso de Drysdale, qui présidait à Buenos Aires l’association Socorro Argentino pro reconstrucción de España et avait fondé l’organisation Legionarios Civiles de Franco, et le comte de Guadalhorce, qui avait exercé comme ministre des Travaux publics (Fomento) de 1925 à 1930[37]. C’est sur proposition de ce dernier que Cabanillas accepta d’assumer la direction du quotidien El Diario Espagnol, aux sympathies expressément franquistes[37],[43], tout en étant conscient, ainsi qu’il le laissa entendre dans un sien article publié dans le journal, que cela lui allait lui valoir de fortes critiques[44]. El Diario Español, créé en 1905, était le successeur éditorial d’une autre publication espagnole importante, El Correo Español, fondé en 1872 par Enrique Romero Jiménez, émigré espagnol républicain. Dès son origine, El Diario Español œuvra à façonner dans le Río de la Plata une image positive et d’intégration de la nation espagnole, par un discours associant idéaux républicains, positionnements libéraux et volonté de réforme, tels que prônés par le fondateur du journal Justo S. López de Gomara[45],[46],[47]. Au début de la décennie 1920, le journal tirait à 30 000 exemplaires quotidiens, et, d’après les informations fournies par l’Annuaire de la presse argentine, ce chiffre était monté à 58 000 en 1939, montant toutefois probablement exagéré[48].
Face au coup d’État de , El Diario Español se positionna promptement en sa faveur et s’empressa de communiquer ses premières interprétations de l’événement[49],[50]. Durant la guerre civile qui s’ensuivit, le journal était administré par Casimiro Prieto Costa, jusqu’à son décès en . Cabanillas Blanco, ayant pris la tête du périodique au bout d’une période d’un an de vacance de direction, s’efforça de lui imprimer une orientation plus proche des positions catholiques[49]. Les journalistes et chroniqueurs étaient nombreux en Argentine qui, dans les pages des principales publications soutenant les militaires rebelles espagnols, avaient pris à tâche d’exposer les motifs du coup d’État et de le justifier idéologiquement[51]. Le soulèvement militaire était expliqué (y compris par Cabanillas Blanco) comme la volonté de prévenir un supposé coup de force révolutionnaire imminent, de nature communiste et orchestrée par l’Union soviétique[52]. Était mis en avant le caractère « nécessaire » de l’intervention des forces armées, qualifiées de défenseurs « légitimes » de la nationalité espagnole face à l’activité révolutionnaire déployée sur le territoire espagnol par des forces communistes et « étrangères », nommément l’Union soviétique et le Front populaire français[52],[53]. Ce secteur de la presse en Argentine avait fait siennes les prémisses idéologiques propres aux droites hispaniques qui voyaient dans le communisme un « adversaire » contre lequel il était licite de faire usage de la violence physique. Si l’antisémitisme était quasiment absent de la vision de Cabanillas Blanco, la cible centrale de ses attaques restait, avec peu de variations, le communisme et le bolchevisme, et la « propagande rouge », constamment mise en avant[54],[55].
Le soulèvement militaire était présenté comme étant dirigé non contre les institutions politiques de la République, mais contre les éléments de gauche qui, « déguisés sous des habits démocratiques et républicains », se proposaient de s’emparer du pouvoir en Espagne, au prix de transformer le pays en une sorte de « colonie soviétique »[56],[57]. Cabanillas Blanco en particulier, soucieux de justifier sa propre trajectoire politique républicaine passée, se plaisait à insister sur cet argument, affirmant notamment que « la République en laquelle j’avais un jour mis ma confiance n’était pas [encore] soviétisée ». Il jugea en outre nécessaire d’expliquer plus avant son nouveau positionnement par le biais d’un ouvrage autobiographique, intitulé Hacia la España eterna (littér. Vers l’Espagne éternelle, paru en 1938), où il s’ingénia à concilier son passé libéral et républicain avec son présent d’exilé proche des groupes de sympathisants franquistes dans le Río de la Plata[58],[59].
Une fois terminées en Espagne les hostilités armées, Cabanillas Blanco manifesta aussitôt et avec insistance son désir d’« unité », de « réconciliation » et de « confraternité » des Espagnols résidant à l’étranger, en particulier dans la communauté espagnole de Buenos Aires, afin d’unir les efforts en vue de la reconstruction de l’Espagne dans l’après-guerre civile[60],[61]. Étant donné le rôle central imparti par le régime franquiste à l’Amérique latine dans le cadre de la reconfiguration de sa politique extérieure d’après-guerre, il lui importait d’atténuer la conflictualité dans les colonies espagnoles établies à l’étranger, où des cercles de républicains exilés avaient commencé à mener de vives campagnes contre le régime. Sur ce plan, Cabanillas Blanco s’accordait avec le premier ambassadeur d’Espagne envoyé en Argentine en , Antonio Magaz y Pers, pour souligner la nécessité d’unir les efforts pour restaurer le prestige international de l’Espagne après la guerre civile[62].
D’autre part, Cabanillas Blanco ne cessait de déclarer son adhésion à la religion catholique et sa rigoureuse observance de la pratique religieuse[63].
Cabanillas vécut 27 ans d’exil en Argentine, menant à Buenos Aires une existence certes flottante, mais sans précarités économiques. Pourtant, à l’égal de quantité d’espagnols, il était incapable de renoncer à sa patrie et aspirait à retourner vivre en Espagne. Son épouse Graciela avait pour sa part la permission de voyager en Espagne et s’y rendait tous les deux ans, pour visiter sa famille à Cordoue[64].
Retour en Espagne (1964)
En 1961, l’occasion se présenta à Cabanillas Blanco de se rendre en Espagne, quand le gouvernement argentin, par l’intermédiaire du ministre de l’Intérieur, Alfredo Roque Vítolo, l’invita à accompagner en Espagne une commission de généraux et d’officiers appelée à participer à l’inauguration d’un monument à José de San Martín dans la cité universitaire de Madrid, ce qui permit à Cabanillas de revoir sa famille à Cordoue. Fin 1964, il reçut finalement une lettre de son ami José Ungría lui annonçant qu’il pouvait retourner en Espagne[65]. Il élut domicile d’abord à Madrid, dans sa villa de Chamartín, puis à Cordoue, où il poursuivit son activité de journaliste en collaborant assidûment avec le périodique ABC jusqu’à sa mort en 1979[40],[41],[66], tout en continuant parallèlement à publier des poésies[67].
Son intervention durant la guerre civile en faveur des parents du colonel insurgé José Ungría, auxquels il est possible qu’il ait sauvé la vie, devait avoir facilité son retour définitif en Espagne, encore que le régime franquiste ait exigé sa collaboration, sous les espèces de publications « en l’honneur du glorieux soulèvement » et de la dictature. Cabanillas Blanco lui-même allait ultérieurement présenter ses excuses à différentes personnes pour de tels articles qu’il avait été contraint de rédiger[40].

Il a fait paraître d’autre part, outre quelques volumes de poésies et de chroniques, une Historia de mi vida (memorias)[68], recueil de ses propres notes biographiques, écrites à la fin de sa vie, dans la décennie 1970, dont ont été conservées quelques centaines de feuillets dactylographiés[1].
