Alice Wairimu Nderitu

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Alice Wairimu Nderitu
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Alice Wairimu Nderitu, née le à Nairobi, au Kenya[1], haute fonctionnaire kenyane, secrétaire générale adjointe des Nations unies, et depuis , Conseillère spéciale pour la prévention du génocide auprès du secrétaire général des Nations unies António Guterres jusqu'en 2024[2].

Jeunesse et éducation

Nderitu nait à Nairobi dans la capitale kényane, de Vincent Nyingi Nderitu et Edith Mweru,.

Titulaire d'une licence en littérature et philosophie en 1990, elle obtient sa maîtrise en études sur les conflits armés et la paix en 2013, de l'Université de Nairobi, ainsi que d'un doctorat honorifique en lettres humaines du Keene State College de Keene aux États-Unis[3]. Elle prépare un doctorat en études sur les femmes africaines à l'Université de Nairobi[4],[5].

Carrière

De 1992 à 1999, elle est chercheuse et administratrice du Service pénitentiaire du Kenya (en) au sein du ministère de l'Intérieur du Kenya[5].

De 1999 à 2007, elle dirige le département d'éducation aux droits de l'homme dans le cadre du Programme d'éducation et de renforcement des capacités en matière de droits humains de la Commission nationale des droits de l'homme du Kenya (autrefois Comité permanent des droits de l'homme du Kenya)[6].

De 2007 à 2009, Elle devient directrice de l'éducation pour la justice sociale de l' organisation à but non lucratif de défense des droits humains Fahamu[5].

De 2009 à 2013, Nderitu est commissaire de la Commission kényane d'intégration et de cohésion (en), chargée d'assurer la médiation dans les conflits religieux, ethniques et raciaux et promouvoir la coexistence pacifique. Elle joue le rôle de médiatrice entre une dizaine de communautés ethniques pour éviter la résurgence des violences électorales meurtrières de 2007-2008[7]. Commissaire, elle co-fonde, en 2010, et co-préside la plateforme Uwiano pour la paix, une agence de prévention des conflits qui utilise la technologie mobile pour encourager les citoyens à signaler les indicateurs de violence, en reliant l'alerte précoce à la réponse précoce[6].

À partir de 2013, Nderitu devient membre du Comité national kenyan pour la prévention et la répression des crimes de génocide, de guerre, des crimes contre l'humanité et de toutes les formes de discrimination. Aussi, enseigne-t-elle à l'Institut d'Auschwitz pour la prévention du génocide et des atrocités de masse (en)[8].

Nderitu est nommée, en outre, commissaire de la commission d'enquête présidentielle sur la dissolution du gouvernement du comté de Makueni au Kenya[9],[10].

Logo du Bureau des Nations Unies sur la prévention du génocide et la responsabilité de protéger.

Elle est Conseillère spéciale pour la prévention du génocide auprès du secrétaire général des Nations unies d'António Guterres de 2020 jusqu'en 2024[2]. Durant son mandat, elle se rend dans des camps de réfugiés au Bangladesh et en Irak, au Brésil pour surveiller le sort des tribus autochtones, au Tchad où elle constate l'impact du massacre ethnique qui a fait rage, et au Soudan. Elle déclare que pour ces situations qu'elle dénonce, « personne ne semble se soucier de ce que je dis »[11].

En revanche, en , Alice Nderitu déclare que la campagne militaire israélienne à Gaza ne correspond pas à la définition d’un génocide[12], car l'intention d'Israël est de renverser un régime terroriste (Hamas) et fait son possible pour empêcher la mort de civils et, selon les propres directives qu'elle a contribué à rédiger puis à publier en 2022, il revient à un tribunal compétent, indépendant et impartial de qualifier juridiquement les faits. À la suite de ses déclarations, elle est victime d'une campagne de diffamation et de censure[13]. The Wall Street Journal et d'autres observateurs soutiennent qu'elle est peu après limogée de son poste à l'ONU - qui la décrit pourtant comme une « voix reconnue dans le domaine... de la prévention de la violence » - pour avoir soutenu cette position peu en vogue[12],[14],[11],[15].

Médiations

Elle s'investit pour la définition de rôle aux femmes médiatrices, en tant que signataire et médiatrice des accords de paix dans les conflits armés[16],[17]. Nderitu est une défenseure de l’inclusion des femmes dans divers forums internationaux[18].

Elle prend les rênes du processus de médiation aboutissant à l'accord de paix signé en 2012 par 10 communautés ethniques à Nakuru, au Kenya. Durant 16 mois, elle pilote l’élaboration du processus de paix avec une centaine de protagonsites et trois médiateurs[1].

Par la suite, elle est chargée médiatrice principale dans un processus de paix dans l'État de Kaduna, au Nigéria, ce qui conduit à la signature de la Déclaration de paix de Kafanchan (en), en 2016 par 29 communautés ethniques[1].

De par sa médiation dans un processus de paix sur le plateau sud, 56 communautés ethniques actent la déclaration de paix intercommunautaire du plateau sud, en 2017. Après cet accord de paix, elle déclare être prise en photo avec les habitants « avec admiration, car ils ne pouvaient pas imaginer que les femmes avaient la sagesse et la capacité de régler les conflits »[7].

Nderitu, rencontre avec le gouverneur brésilien de Rio de Janeiro, Thiago Pampolha, et le procureur général Bruno Dubeux (2023).

En 2020, le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, la nomme au poste du secrétaire général adjoint et conseiller spécial des Nations unies pour la prévention du génocide, succédant ainsi à Adama Dieng du Sénégal. Le secrétaire la définit comme « voix reconnue dans le domaine de la consolidation de la paix et de la prévention de la violence », en raison de ses prouesses pour la restauration de la paix dans des communautés en conflits[19]. En novembre 2024, son contrat à l'ONU n'est pas renouvelé.

Affiliations

Nderitu appartient à plusieurs organisations. En plus d'être membre du Réseau des femmes africaines pour la prévention des conflits et la médiation (Fem-Wise) de l'Union africaine, elle rejoint le Réseau des femmes pour la paix, des Citoyens concernés pour la paix (un groupe d'anciens facilitant la paix entre les dirigeants africains) et l'Alliance mondiale des femmes médiatrices[20]. Elle est aussi la fondatrice de Community Voices for Peace and Pluralism, un réseau de femmes professionnelles africaines qui préviennent et œuvrent pour le règlement des conflits dans le monde entier. Elle reçoit, ainsi la bourse du Commonwealth auprès de la Commission sud-africaine des droits de l'homme[1].


Connaissez-vous Alice Nderitu ?

Probablement pas.

Elle fait partie de ceux qui mènent des combats invisibles, dans les couloirs feutrés des organisations internationales, qui en disent plus long sur l'état du monde que n'importe quel discours en assemblée plénière.

Pendant quatre ans, cette Kényane discrète et rigoureuse, en véritable héroïne, a occupé l'un des postes les plus délicats des Nations Unies : Conseillère spéciale pour la prévention du génocide.

Un titre qui impose une exigence rare — celle de ne jamais utiliser le mot "génocide" à la légère. Elle a tenu cette exigence jusqu'au bout. Et c'est précisément pour ça qu'elle a été virée.

Alice Nderitu n'est pas une idéologue. Née à Nairobi en 1968, elle a passé des décennies à construire des paix concrètes, dans des endroits où personne ne regardait. Elle a été la seule femme médiatrice dans l'accord de paix de Nakuru entre dix communautés ethniques au Kenya. Elle a réuni 29 communautés hostiles dans l'État de Kaduna au Nigeria, puis 56 autres dans le Plateau Sud. Ce n'est pas du militantisme. C'est de l'artisanat — patient, silencieux, exigeant.

C'est cette femme-là qu'António Guterres a nommée en novembre 2020 au poste de Secrétaire générale adjointe chargée de la prévention du génocide.

Un choix en apparence logique.

Il allait se révéler inconfortable.

Le 7 octobre change tout.

Pendant ses trois premières années à l'ONU, Nderitu s'est battue — souvent dans l'indifférence — pour alerter sur les situations réelles au Soudan, en République démocratique du Congo, au Myanmar.

Des crises ignorées, des appels sans écho.

Puis vint le 7 octobre 2023. L'attaque du Hamas contre Israël, suivie de l'offensive israélienne sur Gaza.

Et soudain, tout le monde se souvient qu'il existe une Conseillère spéciale pour la prévention du génocide aux Nations Unies.

On attend d'elle un mot contre Israël.

Un seul mot : génocide.

Elle refuse de le prononcer.

Non pas par pruderie diplomatique, ni par calcul politique.

Mais parce que ce mot a une définition juridique précise, inscrite dans le droit international depuis 1948 : l'intention d'annihiler un groupe national, ethnique, racial ou religieux en tant que tel.

Et parce que, selon ses propres directives publiées en 2022 — celles-là mêmes qu'elle a contribué à rédiger — il revient à un tribunal compétent, indépendant et impartial de qualifier juridiquement les faits.

Pas à des fonctionnaires.

Pas à des politiciens.

Pas à l'opinion.

Elle le dit clairement, sans trembler : "Ce n'est pas à nous de trancher. C'est une prérogative judiciaire."

Ce qui suit ressemble à un manuel du harcèlement institutionnel.

Des groupes de défense palestiniens et de nombreux fonctionnaires de l'ONU l'accusent d'être "partiale", de faire "deux poids deux mesures".

En février 2024, seize organisations co-signent une lettre à Guterres pour réclamer une enquête sur son "inaction" et exiger son éviction. Les chaînes Al Jazeera et Al Arabiya font de son nom un point de pression quotidien dans les conférences de presse du Secrétaire général.

Mais ce n'est pas tout. Les menaces arrivent — anonymes, par email, via les réseaux sociaux, via la messagerie interne de l'ONU. L'une d'elles la traite de "sale rat sioniste qui brûlera en enfer pour toujours." Elle dit elle-même : "J'ai été persécutée jour après jour. Intimidée, empoisonnée, et personne ne m'a protégée."

Ce qui la frappe le plus, elle le confiera plus tard, c'est l'absurdité de la sélectivité : jamais, dans l'histoire récente de l'ONU, une seule guerre n'avait provoqué une telle obsession institutionnelle. Les massacres au Soudan, en RDC, au Myanmar — ses combats d'avant — restaient dans l'ombre. Gaza, elle, mobilisait tout. Et pour parvenir à une seule conclusion, décidée d'avance.

En novembre 2024, l'ONU annonce que son contrat ne sera pas renouvelé. Un porte-parole s'empresse de préciser que c'est une "pratique normale", que le contrat avait simplement expiré.

Personne n'est dupe. Les contrats des hauts fonctionnaires de l'ONU sont renouvelés, sauf exception.

Et l'exception, ici, porte un nom : Alice Nderitu a refusé de signer une vérité fabriquée. Elle a maintenu la rigueur là où l'institution attendait la complaisance. Elle a dit non à la mode intellectuelle la plus puissante du moment.

Le Wall Street Journal y a vu ce que c'était : un licenciement politique.

Un "nettoyage".

Elle, elle a choisi de parler. En février 2025, de retour d'une cérémonie commémorative à Auschwitz, elle a décidé de rompre le silence. Son histoire a été racontée en détail par la journaliste Johanna Berkman pour Air Mail / The Free Press. Depuis, elle préside le Centre Humanity Isoko au Rwanda — et continue, ailleurs, le même travail.

On aime l'image du lanceur d'alerte.

On aime les films sur ceux qui ont eu raison contre tous.

Mais Alice Nderitu n'a pas dénoncé un scandale caché.

Elle a simplement... refusé d'inventer un scandale qui n'existait pas juridiquement. Elle a tenu une ligne — celle de la précision des mots, de l'intégrité des concepts — dans un monde où la pression collective réclame qu'on abandonne cette ligne au nom de la bonne cause.

C'est peut-être ça, le vrai courage intellectuel : pas de révélation fracassante, pas de geste héroïque, juste une femme qui regarde la pression en face et dit, calmement : "Non.

Ce mot a un sens. Et je ne vais pas le vider de ce sens pour vous faire plaisir."

Elle a perdu son poste. Elle a gardé sa parole.

Dans un monde saturé d'experts autoproclamés qui qualifient tout et n'importe quoi avec l'assurance des ignorants, cette discrétion-là mérite qu'on s'en souvienne.


Distinctions

  • 2011: Bourse de recherche en justice transitionnelle de Institut pour la justice et la réconciliation (en) basé en Afrique du Sud [21];
  • 2012 : Femme artisane de paix de l’année, décernée par l’ Institut Joan B. Kroc pour la paix et la justice de l'Université de San Diego, États-Unis[22];
  • 2014: prix Raphael Lemkin de l'Institut d'Auschwitz pour la paix et la réconciliation (AIPG)[23];
  • 2015 – Bourse de leadership Aspen[17];
  • 2017 – Prix mondial du pluralisme, décerné par le Centre mondial du pluralisme ( Son Altesse l’Aga Khan et le gouvernement du Canada) pour son engagement en faveur de la prévention des conflits dans toute l’Afrique et son approche novatrice de la médiation[24]. ;
  • 2018 – Prix Jack P. Blaney, décerné par le Morris J. Wosk Centre for Dialogue, Université Simon Fraser, pour l’utilisation du dialogue pour soutenir la résolution des conflits, notamment au Kenya et au Nigéria [25]
  • 2019: Prix du champion de la paix et de la cohésion pour la diversité et l’inclusion, Prix national de la diversité et de l’inclusion du Kenya (prix DIAR);
  • 2022: doctorat honoris causa en lettres humaines par Keene State College[6];
  • 2023: nommée parmi les 100 femmes africaines les plus influentes selon Avance Media.

Publications

Notes et références

Liens externes

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