Alliance russo-prussienne
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L'alliance russo-prussienne, signée par le royaume de Prusse et l'Empire russe le , fut cruciale pour la relation entre les deux États et fait suite à la fin de la guerre de Sept Ans. Cet accord d'alliance élargissait le Traité de Saint-Pétersbourg (1762), qui avait mis fin au conflit entre les deux pays. Alliance défensive, chaque partie s'engageait à protéger la stabilité territoriale de l'autre. Elle autorisait également les deux pays à intervenir en République des Deux Nations, ce qui constituait l'un des principaux objectifs du traité.

Le traité fut élaboré par le diplomate russe Nikita Panine[1]. Il développait le Traité de Saint-Pétersbourg (1762), qui avait mis fin aux combats de la guerre de Sept Ans entre la Prusse et la Russie[1]. Signé le , il jeta les bases du « système du Nord » dans la politique russe, au sein duquel la Russie et la Prusse étaient alliées à la Grande-Bretagne. Bien que l'alliance anglo-prussienne soit affaiblie à cette époque, les liens entre la Grande-Bretagne et la Russie se renforcèrent, avec la signature d'une alliance commerciale en 1766[1].
L'alliance était de nature défensive, chaque partie déclarant vouloir protéger la stabilité territoriale de l'autre[2]. Elle assurait ainsi à la Prusse une sécurité importante sur la scène internationale en transformant son ennemi le plus dangereux en allié[3]. L'alliance visait également à contrer la puissance des Habsbourg[1],[3]. Du point de vue de la Russie, l'Autriche s'était montrée moins disposée à faire des compromis sur les questions liées à l'expansion de la sphère d'influence russe et était donc moins attrayante comme alliée[4]. Selon certains historiens, la Russie allait devenir le partenaire dominant de l'alliance, atteignant partiellement l'un de ses objectifs de la guerre de Sept Ans : accroître son influence sur la Prusse[4]. D'autres considèrent au contraire que le traité constituait une victoire habile pour la Prusse, malgré la tendance de la Russie à la traiter comme un partenaire mineur[5]. Peu avant sa mort, Frédéric le Grand de Prusse déclara toutefois qu'il s'agissait du traité le plus avantageux qu'il ait jamais conclu[6].
De manière non négligeable, le traité permettait également à la Prusse et à la Russie d'exercer un meilleur contrôle sur la République des Deux Nations ; les deux parties s'engagèrent à empêcher l'élection d'un troisième roi issu de la maison de Wettin sur le trône polonais[7]. Les deux pays œuvrèrent ainsi de concert pour assurer l'élection de leur propre candidat, Stanislas Auguste Poniatowski, plus tard dans l'année[2]. Le traité comprenait également une disposition autorisant les signataires à intervenir en Pologne en cas de changement de régime non autorisé[8]. De fait, les deux puissances, avec l'Autriche, intervinrent conjointement en Pologne à la suite de la guerre de la Confédération de Bar, ce qui aboutit au premier partage de la Pologne en 1772[9].
Dissolution et conséquences

Cependant, au cours des décennies suivantes, l'attention de la Russie se porta de plus en plus vers le sud et l'Empire ottoman[7]. Préconisée par Grigori Potemkine, cette nouvelle orientation réduisit la valeur stratégique de la Prusse comme alliée de la Russie et rendit l'Autriche à nouveau plus attrayante[7]. L'alliance russo-prussienne fut de nouveau étendue en 1777, mais à la cour impériale de Saint-Pétersbourg, l'influence de la faction pro-prussienne de Panine fut éclipsée par celle de la faction pro-autrichienne de Potemkine[7]. Après la mort de Marie-Thérèse d'Autriche, Joseph II d'Autriche privilégia l'amélioration des relations avec la Russie, et des négociations secrètes débutèrent au début de 1781, aboutissant à une alliance austro-russe formée vers mai-[7]. L'alliance russo-prussienne exista formellement jusqu'en 1788, mais elle perdit de son importance suite à la déclaration de l'alliance austro-russe, qui isola la Prusse sur la scène internationale[7]. La Prusse chercha dès lors à nouer une nouvelle alliance avec la Grande-Bretagne[7]. La fin de cette alliance marqua également la chute de Panine, qui déclara un jour que sa propre survie politique était liée à ce traité[3],[6].