Animus
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L'animus est, pour le psychiatre suisse Carl Gustav Jung, créateur de la psychologie analytique, la part masculine de la femme. Il s'agit d'un archétype, donc d'une formation de l'inconscient collectif, qui a son pendant chez l'homme : l'anima. Cet archétype se manifeste tout au long de la vie, projeté inconsciemment, d'abord sur le parent du sexe opposé, puis sur les personnes rencontrées auxquelles sont alors prêtées les caractéristiques de cette image[1].
Pour certaines femmes, parler ou parfois simplement évoquer le concept d’animus peut être « insupportable en elle » tout comme lorsque l’on parle à un macho de sa féminité ou de son anima. Pour ainsi dire l'animus pose un problème à l'animus [pas clair] car il n’y a pas socialement d’idée préconçue sur l’animus ; il oblige la femme à entrer dans un dialogue vrai ou dans un véritable travail sur elle-même. L'animus, quand il se manifeste, apparaît souvent comme antagoniste dans les rêves et les fantasmes sous les traits d'un homme séducteur ou diabolique, macho ou violeur, qui est porteur de valeurs masculines souvent très éloignées des valeurs féminines conscientes de la rêveuse. C'est au cours du processus d'individuation, souvent dans la seconde moitié de sa vie, que la femme se trouve confrontée à cette figure de son inconscient. Elle est obligée de quitter les discours pré-conçus (idéologie, opinions formatées) pour en chercher la source en elle-même. Carl Gustav Jung explique :
« Chez la femme, à l'inverse, l'élément de compensation revêt un caractère masculin, et c'est pourquoi je l'ai appelé l'animus. Si, déjà, décrire ce qu'il faut entendre par anima ne constitue pas précisément une tâche aisée, il est certain que les difficultés augmentent quand il s'agit de décrire la psychologie de l'animus. (...) Le fait qu'un homme attribue naïvement à son Moi les réactions de son anima sans même être effleuré par l'idée qu'il est impossible pour quiconque de s'identifier valablement à un complexe autonome, ce fait qui est un malentendu se retrouve dans la psychologie féminine dans une mesure, si faire se peut, plus grande encore. (...) Pour décrire en bref ce qui fait la différence entre l'homme et la femme à ce point de vue, donc ce qui caractérise l'animus en face de l'anima, disons : alors que l'anima est la source d'humeurs et de caprices, l'animus, lui, est la source d'opinions ; et de même que les sautes d'humeur de l'homme procèdent d'arrière-plans obscurs, les opinions acerbes et magistrales de la femme reposent tout autant sur des préjugés inconscients et des a priori. [2] »
Les figures masculines de la catégorie de l’animus jouent le même rôle chez la femme que celle de l'anima chez l'homme. C’est pourquoi on la nomme la part masculine de la femme. Le processus d’individuation et l’acceptation de cet état de fait, aussi difficile pour la femme que pour l’homme, conduit aussi a un aboutissement de réalisation de soi par le processus d’individuation. De la même manière une rencontre a finalement lieu, mais avec l'homme sage.
D'après Elysabeth Leblanc dans son ouvrage La psychanalyse jungienne, l'Animus, comme l'Anima, comporte de stades selon le niveau psycho-affectif de la femme. Constituant l'animus, la part masculine de la femme, on peut trouver :
- 1er niveau : homme primitif - par exemple Tarzan, l'athlète, Dionysos
- 2e niveau : homme d'action - Par exemple : Indiana Jones, un militaire ou un guerrier.
- 3e niveau : homme séducteur - Par exemple Don Juan
- 4e niveau : homme sage - Par exemple un dieu père, un guide.[3] »
« ... l'animus est aussi un être créateur, une matrice, non pas dans le sens de la créativité masculine, mais dans le sens qu'il crée quelque chose que l'on pourrait appeler un logos spermatikos - un verbe fécondant. De même que l'homme laisse sourdre son œuvre, telle une créature dans sa totalité, à partir de son monde intérieur féminin, de même le monde intérieur masculin de la femme apporte des germes créateurs qui sont en état de faire fructifier le côté féminin de l'homme. C'est là l'origine de la "femme inspiratrice" qui, si elle est mal formée, recèle aussi en elle la possibilité de devenir la pire des viragos[4] »
Animus : L'intérêt du dialogue avec son masculin pour la femme
Des auteur(e)s, tels qu'Eliane Jung-Fliegans, invitent les femmes à découvrir leur animus (part masculine) mais aussi leur propre violence :
« La femme doit veiller sur son animus, sur sa nature. Si elle prend conscience de ses aspects négatifs et de l’influence qu’il exerce sur elle, elle peut affronter sa réalité au lieu d’en être possédée. L’animus devient alors un compagnon intérieur qui transmet les qualités masculines d’initiative, de courage, d’objectivité et de sagesse spirituelle. [5] »
Pour cela, explique-t-elle, il faut se connaître et se prendre en charge faute de quoi :
« Pour ne pas bouger nos croyances sommes-nous condamnés à la « guerre des sexes » réponse automatique à l’inacceptable différence[6]? »
Pour donner du sens et devenir plus mature, la théorie jungienne préconise le dialogue intérieur:
« Il faut se cultiver dans l'art de se parler à soi-même, au sein de l'affect, et d'utiliser celui-ci, en tant que cadre de dialogue, comme si l'affect était précisément un interlocuteur qu'il faut laisser se manifester, en faisant abstraction de tout esprit critique... [7] »
Mais pourquoi la femme devrait elle entrer en dialogue avec cette part d'elle-même ?
« La technique de la confrontation entre le Moi conscient et l'animus est, dans son principe, la même que dans le cas de l'anima, avec cette différence toutefois que ce ne sont plus des fantasmes et des caprices, mais des opinions que la femme doit considérer d'un œil critique, non, certes, pour les refouler, mais pour étudier leurs origines afin de pénétrer dans leurs arrière-plans obscurs, arrière-plans où elle rencontrera leurs images originelles, de façon tout à fait parallèle à ce qui se passe chez l'homme dans sa confrontation avec l'anima.[8] »
Animus : Quand le masculin de la femme libère la femme vraie.
Parmi les continuateurs récents, avec son concept de « femme sauvage », il y a Clarissa Pinkola Estés. Elle met au jour une restitution des plus novatrices de la psyché féminine à notre époque. La « femme sauvage » étant la femme qui, en paix avec son animus (le masculin de la femme), aurait réussi à se libérer et à faire « jaillir » naturellement la force et la puissance intérieure et profonde de femme.
« Chaque femme porte en elle une force naturelle riche de dons créateurs, de bons instincts et d’un savoir immémorial. Chaque femme a en elle la Femme Sauvage. Mais la Femme Sauvage, comme la nature sauvage, est victime de la civilisation. La société, la culture la traquent, la capturent, la musellent, afin qu’elle entre dans le moule réducteur des rôles qui lui sont assignés et ne puisse entendre la voix généreuse issue de son âme profonde[9]. »
Ce n'est qu'après avoir compris le versant masculin que possède chaque femme, après l'avoir accepté, et en le dépassant (la femme quitte par exemple une guerre intellectuelle qu'elle mène depuis l'enfance) qu'elle devient femme pour de vrai par un processus d'individuation.
« Pourtant, si éloignées que nous soyons de la Femme Sauvage, notre nature instinctuelle, nous sentons sa présence. Nous la rencontrons dans nos rêves, dans notre psyché. Nous entendons son appel. C’est à nous d’y répondre, de retourner vers elle dont nous avons, au fond de nous-mêmes, tant envie et tant besoin. […] La femme qui récupère sa nature sauvage est comme les loups. Elle court, danse, hurle avec eux. Elle est débordante de vitalité, de créativité, bien dans son corps, vibrante d’âme, donneuse de vie. Il ne tient qu’à nous d’être cette femme-là.[9] »
Clarissa Pinkola Estés montre la voie pour chaque femme, à se découvrir et à découvrir une voie en elle qui propose finalement un dépassement. Elle invite à la découverte de cette partie de l'être féminin propre à chaque femme mais cette invitation n'est pas juste une connaissance intellectuelle de plus, sur l'existence d'un concept ou des termes « femme sauvage », mais une entrée dans un cheminement afin d'avoir conscience et de ressentir cette force intérieure et cet état d'être, que toute femme peut ressentir après un long et difficile cheminement.
Elles peuvent y être aidées lors d'une psychothérapie avec un(e) psychothérapeute compétent(e), ayant lui(elle)-même pu le vivre par une approche issue de la psychologie analytique. Ces retrouvailles avec le masculin peuvent se faire même si on a été blessé (fût-ce par un ou des hommes) :
Car dit-elle :
« Les loups, même malades, même acculés, même seuls ou effrayés, vont de l’avant. […] Ils donneront toutes leurs forces pour se traîner si nécessaire d’un endroit à l’autre, jusqu’à ce qu’ils aient trouvé un bon endroit pour guérir et pour revivre. La nature sauvage va de l’avant. Elle persévère.[9] »
