Antonino Agostino

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SurnomNino
Naissance
Palerme
Décès (à 28 ans)
Carini
Origineitalienne
Antonino Agostino
Surnom Nino
Naissance
Palerme
Décès (à 28 ans)
Carini
Origine italienne
Allégeance Drapeau de l'Italie Italie
Arme Police d'État italienne
Grade Agente scelto[1]
Années de service 1983[2] – 1989

Antonino Agostino, dit Nino né le à Palerme[3] et mort le à Carini, est un policier italien[4].

Carrière

Antonino Agostino entre dans la Police d'État italienne et est affecté au commissariat de San Lorenzo à Palerme[5], où il exerce en tant qu’agent de police[4].

Dans le cadre de ses fonctions, il est engagé dans des activités liées à la sécurité publique et participe à des opérations de recherche de criminels en fuite, notamment dans le contexte de la lutte contre Cosa nostra[6].

Selon plusieurs reconstitutions judiciaires et journalistiques, Agostino aurait été impliqué, officiellement ou officieusement, dans des enquêtes sensibles concernant des réseaux mafieux siciliens et leurs protections institutionnelles présumées[7].

Après son assassinat, la disparition de documents et d’éléments personnels liés à son activité professionnelle a été signalée par sa famille, alimentant l’hypothèse qu’il disposait d’informations jugées sensibles par des organisations criminelles ou des individus liés à celles-ci[8].

Assassinat

Le , Antonino Agostino, se trouvait à Villagrazia di Carini avec son épouse Ida Castelluccio, qu’il avait épousée un mois plus tôt et qui était enceinte de deux mois. Sa sœur Flora fêtait ses 18 ans et Antonino se rendit avec sa femme à la villa de ses parents sur le front de mer Colombo à Villagrazia di Carini. C’était l’occasion pour Ida d’annoncer à son amie Flora qu’elle attendait un enfant. Les deux femmes étaient très liées ; c’est grâce à elle qu’en 1986 elle avait rencontré Antonino.

Vers 19 h 40, avant de partir, les deux jeunes époux se rendirent chez un voisin pour lui montrer l’album de mariage. Soudain, une moto arriva avec deux personnes qui commencèrent à tirer. Antonino eut juste le temps d’ouvrir le portail et de faire écran de son corps pour protéger sa femme. Touché par plusieurs balles, il mourut sur le coup. Ida cria qu’ils étaient en train de tuer son mari et, depuis le sol, les affronta en disant « je vous connais ». L’un des deux lui tira une balle au cœur. Les parents d’Agostino, ayant entendu les coups de feu, accoururent pour secourir leur fils et leur belle-fille : Antonino était mort, tandis qu’Ida se traînait vers le corps de son mari. La mère d’Agostino, avec l’aide d’un voisin, la conduisit en voiture à l’hôpital de la ville (situé à quelques kilomètres). Ida mourut quelques minutes après son admission. Le corps du jeune policier fut recouvert par sa mère lorsqu’elle revint de l’hôpital. Ce jour-là, Agostino ne portait pas d’arme sur lui. La squadra mobile de Palerme suivit inutilement pendant des mois une fausse « piste passionnelle »[9].

Vie personnelle

Le mois précédent sa mort il épouse Ida Castelluccio. Sa femme était enceinte d’environ deux mois[8].

Les mystères autour de l’homicide

La nuit de la mort d’Antonino Agostino et de son épouse, certains « hommes de l’État » perquisitionnèrent le domicile du couple décédé et emportèrent des notes concernant d’importantes enquêtes qu’Antonino menait ; dans son portefeuille se trouvait un billet indiquant que ces mémoires étaient décisives pour expliquer son éventuel et redouté assassinat. Aux funérailles d’Antonino Agostino et d’Ida Castelluccio, célébrées le matin du , étaient présents les juges antimafia Giovanni Falcone et Paolo Borsellino. Le même Falcone dit à son ami commissaire Saverio Montalbano, également présent :

« Vous voyez, cette affaire avec Agostino est quelque chose qui a été fait contre moi et contre vous. »

 Saverio Montalbano, témoignages lors du procès pour le meurtre du policier Nino Agostino et de son épouse Ida Castelluccio, 22 avril 2022[10].

Selon l’une des hypothèses, Antonino Agostino enquêtait sur le tentative d’attentat de l’Addaura : le , des agents de l’escorte découvrirent sur une plage de l’Addaura un sac contenant cinquante-huit bâtons de TNT. Sur cette même plage se trouvait la villa de Giovanni Falcone, cible de l’attentat manqué. Agostino aurait vraisemblablement découvert quelque chose d’important concernant ce sac piégé de l’Addaura. Une autre piste indique comme mobile le fait qu’il aurait vu des représentants des forces de l’ordre, peut-être des services secrets, en compagnie de mafieux. À ce jour, les commanditaires et les exécutants de l’homicide d’Agostino et de Castelluccio restent inconnus. Vincenzo Agostino, le père d’Antonino, ne s’est plus jamais rasé la barbe depuis le jour du double homicide, en signe de protestation contre la dissimulation de la vérité sur la mort de son fils et de sa belle-fille[11]. Il a en effet raconté à plusieurs reprises qu’avant l’assassinat de son fils, il avait reçu la visite de deux hommes, dont l’un blond au visage grêlé, qui cherchaient son fils en se présentant comme des « collègues »[9],[12].

Les déclarations des collaborateurs de justice

Selon le repenti Giovanbattista Ferrante, Totò Riina ordonna une enquête interne à Cosa nostra pour identifier les responsables du meurtre du policier, mais « lui non plus ne réussit à savoir quoi que ce soit ». L’autre « repenti » Giovanni Brusca déclara que l’agent avait été tué par les Madonia de Resuttana parce qu’il avait collaboré à l’arrestation d’un de leurs proches en fuite[13]. Le repenti Oreste Pagano, ancien camorrista, déclara que, invité au mariage d’un mafieux italo-canadien, il avait rencontré Gaetano Scotto (mafieux du quartier Arenella) et que celui-ci lui avait confié être l’assassin du policier, « tué parce qu’il voulait révéler les liens mafieux avec certains membres du commissariat de Palerme. Sa femme savait aussi : c’est pour cela qu’ils l’ont tuée également »[14].

En 1996, Luigi Ilardo, régent mafieux du libre consortium municipal de Caltanissetta et confident du ROS des Carabiniers, assassiné peu de temps après, raconta au colonel Michele Riccio que « les deux agents [Agostino et Piazza n.d.r.] ont été ceux-là, sur mandat je ne sais pas… des services secrets… ils ont été chargés de placer le sac avec la bombe sur la falaise où se trouvait Falcone qui passait ses vacances d’été. (…) Je me souviens qu’on disait qu’il y avait justement l’un de ces agents des services secrets, qui était… de visage, dit-il, qui avait une tête de monstre et celui-ci se promenait impunément à Palerme et bien des fois ils ont cherché l’occasion de pouvoir le descendre, parce que dans plusieurs affaires, (…) la présence de celui-ci était clairement confirmée… aussi bien quand ils ont tiré sur le petit Domino, que lorsqu’ils ont tiré sur Agostino, que lorsque, avant que… on découvre la bombe à l’Addaura, il y avait eu une femme qui avait vu à bord d’une voiture, justement à proximité immédiate de la villa où se trouvait Falcone, deux individus dont l’un avait ce visage si laid… »[note 1].

En 2009, le repenti Vito Lo Forte déclara qu’Agostino, avec son collègue Emanuele Piazza, collaborateur externe du SISDE, se trouvait à proximité de l’Addaura le matin du , la veille de l’échec de l’attentat contre Falcone, et qu’ils réussirent à empêcher que l’attentat soit exécuté en se faisant passer pour des plongeurs et en neutralisant l’engin explosif durant les heures nocturnes précédant sa découverte[15] ; pour cette raison, toujours selon Lo Forte, Agostino aurait ensuite été assassiné par Antonino Madonia et Gaetano Scotto, aidés par « faccia da mostro » (identifié par Lo Forte comme l’ancien policier Giovanni Aiello), et le même sort serait arrivé à Piazza[16]. Toutefois, en 2011, le collège d’experts nommé par le GIP de Caltanissetta Lirio Conti a établi que l’ADN des cellules épithéliales extraites de la combinaison de plongée et du sac retrouvés sur le lieu de l’attentat manqué n’étaient pas compatibles avec ceux d’Agostino et de Piazza, démentant ainsi les déclarations de Lo Forte[17],[18].

En 2014, le repenti Vito Galatolo confirma le récit de Lo Forte, affirmant avoir appris de son cousin Stefano Fontana que les responsables du meurtre étaient Madonia et Scotto, parce que l’agent Agostino avait découvert qu’au domicile de la famille Galatolo, dans la ruelle Pipitone du quartier Acquasanta, « avaient l’habitude de se rendre aussi bien Giovanni Aiello que Bruno Contrada, lesquels avaient été vus par lui en train de parler aussi bien avec les Galatolo qu’avec les Madonia », circonstance confirmée par la sœur Giovanna, elle aussi « repentie »[19].

Enquêtes et procès

Les enquêtes sur ce mystérieux homicide ont été menées par l’Autorité judiciaire de Palerme et ont d’abord été confiées aux magistrats Antonino Di Matteo, Roberto Tartaglia et Francesco Del Bene, puis en 2017 elles ont été reprises, pour le compte du parquet général de la république, par Roberto Scarpinato, Nico Gozzo et Umberto De Giglio, qui se sont opposés au classement sans suite[20].

En 2005, le substitut du procureur de Palerme de l’époque, Domenico Gozzo, et le Procureur général Antonino Di Matteo tentèrent d’identifier le mystérieux « faccia da mostro » vu par Vincenzo Agostino en demandant au SISDE les noms des agents secrets opérant à Palerme à la fin des années 1980, mais le service opposa le secret d'État sur ces noms[14],[21].

En , furent inscrits au registre des suspects pour le meurtre des deux époux Antonio Daloiso (ancien préfet de Messina et de Reggio Calabria et ancien chef de cabinet de l’Haut-commissariat antimafia dissous en 1992) et l’ancien policier calabrais à la retraite Giovanni Aiello, tous deux mis en cause par le collaborateur de justice Vito Lo Forte, tandis que l’ancien agent de police Guido Paolilli fut mis en examen pour favoritisme car une interception révélait qu’il avait détruit des documents trouvés au domicile de l’agent assassiné[21],[22]. L’enquête concernant Paolilli fut classée pour cause de sa prescription[23].

En 2016, au cours d’une parade d'identification ordonné par le Gip de Palerme, Vincenzo Agostino reconnut Giovanni Aiello comme l’homme au visage grêlé qui cherchait son fils avant le meurtre[24]. Aiello mourut toutefois d’un infarctus l’année suivante[25].

Le , l’enquête aboutit à une condamnation prononcée en référé par le Gup Alfredo Montalto à l’encontre de Antonino Madonia, chef mafieux de Resuttana, déjà détenu depuis 1989 et définitivement condamné pour d’autres homicides[26],[27],[28].

Le , la cour d’assises d’appel de Palerme, présidée par Angelo Pellino, confirma la condamnation de première instance à l’encontre d’Antonino Madonia[29], sentence ensuite annulée par la Première Section pénale de la Cour de cassation suprême, le , annulant avec renvoi en première instance le meurtre de l’agent Agostino, et annulant sans renvoi le meurtre de la jeune Castelluccio, en raison de la prescription de l’infraction[30].

En ce qui concerne les autres accusés jugés par le procès ordinaire, le , la Cour d’assises de Palerme condamna à la réclusion à perpétuité Gaetano Scotto, chef de l’Arenella désigné par l’enquête comme l’un des exécutants matériels, tandis qu’elle acquitta l’autre accusé, Francesco Paolo Rizzuto, poursuivi pour favoritisme aggravé[31].

Le , à l’occasion du 36ᵉ anniversaire du double homicide, les sœurs et le frère de Nino Agostino – Annunziata, Salvatore et Flora Agostino – décidèrent de saisir la Cour européenne des droits de l’homme de Strasbourg, estimant que « l’État italien n’a pas rempli ses obligations de vérité et de justice »[32].

Hommages posthumes

Notes et références

Voir aussi

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