Arabisogynie
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L'arabisogynie est un néologisme forgé en 2025 par la journaliste et essayiste franco-marocaine Nesrine Slaoui pour désigner la discrimination spécifique subie par les femmes arabes, maghrébines ou perçues comme telles, à l'intersection du racisme et de la misogynie[1]. Présenté comme un prolongement du féminisme intersectionnel, le concept est rapproché de la « misogynoir », terme créé par la chercheuse afro-américaine Moya Bailey pour décrire les discriminations visant les femmes noires[2],[3].
Le concept est présenté par son autrice comme un outil pour décrire la manière dont ces femmes sont à la fois exclues de la catégorie « femme » telle qu'elle est construite dans l'imaginaire occidental et exposées à des stéréotypes sexistes qui leur sont propres.
Étymologie et origine
Le mot est un mot-valise formé à partir des termes « arabe » et « misogynie », par analogie avec « misogynoir »[2],[4]. Selon Nesrine Slaoui, la construction du terme doit également beaucoup aux travaux de la juriste et féministe afro-américaine Kimberlé Crenshaw, théoricienne de l'intersectionalité, ainsi qu'à ceux de penseuses afro-féministes telles que Bell Hooks, Audre Lorde, Fatima Mernissi ou Gisèle Halimi[1],[5].
Nesrine Slaoui développe cette notion dans son essai Notre dignité. Un féminisme pour les Maghrébines en milieux hostiles en 2024. Elle y décrit une « double discrimination » mêlant racisme et sexisme et affirme que les femmes arabes vivant en Occident ne sont, selon elle, ni perçues comme des femmes à part entière, ni épargnées par des formes spécifiques de misogynie[2]. Elle y reprend la formule : « Je suis une femme, le racisme empêche de le voir »[1],[3].
Définition
Selon Nesrine Slaoui, l'arabisogynie enferme les femmes arabes ou perçues comme telles dans deux figures caricaturales opposées : la « beurette », hypersexualisée, et la « voilée », perçue comme une femme soumise qu'il faudrait soit libérer, soit mieux contrôler[4],[6]. Dans des reportages consacrés au concept, plusieurs femmes décrivent des expériences qu'elles interprètent comme relevant de l'arabisogynie. L'une évoque les regards insistants dont elle fait l'objet lorsqu'elle porte le voile dans les transports en commun, tandis qu'une autre rapporte être perçue comme un objet de fantasme sans être considérée comme une partenaire socialement acceptable. Cette dernière rapproche son témoignage de l'hypersexualisation associée au terme « beurette », longtemps présenté comme l'une des catégories les plus recherchées sur certains sites pornographiques. Un autre intervenant attribue ces représentations à un héritage du passé colonial[7].
L'autrice associe également cette notion de « syndrome méditerranéen », un biais médical selon lequel les personnes originaires du bassin méditerranéen seraient réputées plus résistantes à la douleur, ainsi qu'à une lecture historique reliant les débats contemporains sur le voile aux politiques coloniales françaises de dévoilement des femmes algériennes en 1958, comme un argument en faveur du maintien de la colonisation[1].
Pour illustrer cette analyse, Nesrine Slaoui évoque la controverse suscitée par les tenues portées par l'influenceuse Léna Situations lors du Festival de Cannes 2025. Selon elle, l'influenceuse a été successivement accusée, d'une part, de véhiculer un symbole d'« entrisme islamiste » après avoir porté une robe longue accompagnée d'un foulard dans les cheveux, puis, d'autre part, d'être trop dénudée pour une autre tenue portée au cours du même festival. L'autrice présente cet épisode comme une illustration des injonctions contradictoires auxquelles seraient confrontées les femmes arabes ou perçues comme telles[1],[8].
Concepts apparentés
L'arabisogynie s'inscrit dans le cadre de l'intersectionalité, théorisée par Kimberlé Crenshaw qui analyse l'imbrication de plusieurs formes de domination[4].
Certains auteurs la rapprochent également du concept de « fémonationalisme » développé par la sociologue Sara Farris, qui désigne le détournement d'un discours féministe à des fins islamophobes ou nationalistes[3].
Réception et débats
La diffusion du concept dans les médias grand public a suscité un intérêt certain mais aussi des critiques. Dans un article publié par Le Point en mars 2025, la journaliste et autrice Yasmina Jaafar conteste la lecture proposée par Nesrine Slaoui, estimant que des acquis féministes considérés comme universalistes — comme le remboursement de la contraception en France en 1974 ou le droit à l'avortement — ne se sont pas adressés « qu'aux Blanches » et qu'ils bénéficient à toutes les femmes indépendamment de leur origine. Le même article souligne que Nesrine Slaoui n'a pas donné suite aux sollicitations des journalistes pour préciser sa pensée, et relève par ailleurs sa proximité publique avec des figures ou collectifs situés dans la mouvance décoloniale et antiraciste, tels que les Hijabeuses ou l'association Lallab[3].
Le terme reste, selon l'hebdomadaire Actualités Sociales Hebdomadaires, encore relativement récent et « peu connu du grand public » au moment de sa reprise dans la presse généraliste en 2025[4].
Il a depuis été repris dans certains médias français et francophones, comme Radio France[9]. et a fait l'objet de débats[Quand ?], certaines commentatrices[Qui ?] contestant la pertinence de la grille de lecture décoloniale sur laquelle il s'appuie[évasif].
Articles connexes
Liens externes
- « Racisme et sexisme : double peine pour les femmes racisées », sur Femmes & Cinéma
- « Nesrine Slaoui : « Le féminisme nous a toujours appartenu car les mouvements décoloniaux sont des mouvements féministes » », sur Les Inrockuptibles,
- « Arabisogynie : une double discrimination pour les femmes maghrébines », sur France Inter
- « Connaissez-vous le mot "Arabisogynie" ? », sur France Inter
- « Maghrébines, le documentaire », sur France.tv Slash
Bibliographie
- Nesrine Slaoui, Notre dignité. Un féminisme pour les Maghrébines en milieux hostiles, Stock, , 224 p. (ISBN 9782234095670)
