Arbre du Ténéré
ancien acacia solitaire, considéré comme l'arbre le plus isolé sur Terre
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L'Arbre du Ténéré était un acacia solitaire, de l'espèce Vachellia tortilis (synonymes : Acacia raddiana ou Acacia tortilis), qui fut à une époque considéré comme l'arbre le plus isolé de la Terre. Situé approximativement à 235 km au nord-est de la ville d'Agadez, au Niger, il faisait office de repère pour les routes des caravanes qui traversaient le désert du Ténéré au nord-est du Niger. Il est renversé par un camion en .
| Arbre du Ténéré | |
L'arbre du Ténéré en . | |
| Géographie | |
|---|---|
| Pays | |
| Coordonnées géographiques | 17° 44′ 39″ N, 10° 04′ 58″ E |
| Caractéristiques | |
| Espèce | Vachellia tortilis |
| Hauteur | 12 m |
| Intérêt | Isolement |
| Âge | 127 |
| Mort | 1973 |
| modifier |
|
Présentation
Il s'agit du seul arbre à avoir jamais été représenté sur une carte géographique au 1:4 000 000[1],[2],[3]. La légende en fit l'arbre le plus isolé de la Terre, prétendant qu'aucun autre arbre ne se situait à moins de 400 km[4]. On a depuis prouvé que c'était faux : l'oasis de Timia ne se trouve ainsi, par exemple, qu'à 150 km de l'Arbre du Ténéré.
L'acacia était le dernier survivant d'un groupe d'arbres qui avait poussé dans le désert à une époque de moindre aridité. Pendant l'hiver -, un puits est foré à côté de l'arbre par des militaires français pour faciliter le transit des convois militaires dans la région[5]. Il est alors découvert que ses racines atteignent la nappe phréatique, située plus de 30 mètres en dessous de la surface.
« Il faut voir l'arbre pour croire à son existence. Quel est son secret ? Comment peut-il être toujours en vie malgré la multitude de dromadaires qui dévastent les alentours ? Comment se fait-il qu'à chaque Azalai, aucun chameau ne dévore ses feuilles ou ses bourgeons ? Parmi les nombreux Touaregs qui conduisent les caravanes de sels, pourquoi donc aucun d'eux ne lui coupe les branches pour faire du feu pour le thé ? La seule réponse est que cet arbre est tabou et qu'il est considéré comme tel par les caravaniers. »
— Michel Lesourd, [6]
Une photographie de par le commandant Michel Lesourd, montre que l'arbre possédait alors deux troncs et des rameaux[7] ; l'un des troncs a disparu dans les années 1940.
L'arbre est visité par la première mission Berliet-Ténéré en [8].
En , l'arbre est renversé accidentellement par un camionneur libyen, prétendument ivre, qui faisait une marche arrière[9]. Le , l'arbre mort est transporté au Musée national Boubou-Hama à Niamey et remplacé par une sculpture métallique représentant un arbre[10],[11].
Conception et installation de la structure métallique (1974–1975)
Après la destruction accidentelle de l’Arbre du Ténéré en 1973, les autorités nigériennes envisagent l’installation d’une balise permanente à son emplacement. Une lettre officielle datée du 22 novembre 1974, émise par la Subdivision des Travaux Publics d’Agadez (Ministère des Travaux Publics, des Transports, des Mines et de l’Urbanisme), décrit le projet retenu.[12] Ce document propose une structure métallique « figurant un arbre stylisé », construite en tubes soudés, de lignes simples, et destinée à respecter le symbole initial de l’arbre disparu. La lettre recommande une peinture noir mat pour assurer le contraste dans le désert, ainsi que l’application d’une peinture fluorescente sur les extrémités des « branches » afin d’améliorer la visibilité. Une maquette du projet est déposée au bureau du capitaine commandant la compagnie militaire d’Agadez.
Les concepteurs : Josyane et Charles Teresa
Selon le témoignage de Charles Teresa, alors Volontaire du Service National Actif (VSNA) affecté au Ministère des Travaux Publics du Niger, le projet retenu correspond à une maquette et à des dessins réalisés par son épouse Josyane Teresa.[13] Charles Teresa fournit également une note de calcul, un plan technique et une justification de conception permettant la réalisation de la structure. Le couple dépose le projet à Agadez le jour du départ de la mission de balisage du Ténéré, en 1974.
Réalisation de la structure (1975)
La structure métallique est réalisée en 1975, probablement par l’entreprise Lefort de Zinder, qui travaillait régulièrement pour les Travaux Publics du Niger.[14] La version initiale installée sur le site ne comportait ni le fût élargi, ni les éléments décoratifs ajoutés ultérieurement. Elle se présentait comme un arbre stylisé minimaliste, conforme aux dessins Teresa et aux recommandations de la lettre administrative de 1974.
Symbolique et fonction
La structure avait une double fonction : symbolique, en rappelant l’arbre isolé le plus célèbre du Sahara, et pratique, en servant de repère de navigation pour les convois traversant le Ténéré. La peinture noir mat devait assurer une visibilité maximale sur l’horizon, tandis que les extrémités fluorescentes renforçaient la perception du repère de nuit ou par faible luminosité.
Modifications ultérieures
Au cours des années suivantes, la structure subit plusieurs modifications non conformes au projet initial : ajout d’un fût élargi, installation d’éléments décoratifs (enjoliveurs), et repeints successifs. Ces transformations ont progressivement éloigné l’objet de son esthétique d’origine.
Une réplique de l'arbre est érigée sur une place du centre historique d'Agadez. Un timbre de 50 FCFA est émis par le Niger en pour commémorer le premier anniversaire de sa mort[15]. Dessiné par Georges Bétemps, il représente l'arbre, une rose des vents et une caravane[16].
- Monument commémoratif élevé à la place de l'arbre du Ténéré.
- Restes de l'arbre du Ténéré exposés au musée national Boubou-Hama de Niamey.
- Réplique de l'arbre du Ténéré à Agadez.
Dans la fiction et les œuvres d'art
- Le film La Grande Finale, sorti en , accorde une grande présence à l'Arbre. Les trois protagonistes de l'intrigue parviennent à faire de la sculpture représentant l'arbre une antenne de télévision pour suivre un important match de football.
- Une chanson de Vincent Absil, L'Arbre du Ténéré (), rend hommage à l'Arbre[17],[18].
- Le clip de la chanson Transmission/Michaelion du groupe français d'origine vénézuéliano-cubaine Ibeyi raconte l'histoire de cet arbre[19].
- Quatre x quatre ()[20] est un album de bande dessinée de la série Les Aventures de Jeannette Pointu qui se déroule pour une grande partie durant le raid Paris-Dakar durant lequel apparaît l'arbre du Ténéré.
- La poétesse suisse Anne Perrier lui consacre le poème L'arbre du Ténéré dans son recueil Les noms de l'arbre ()[21],[22].
- Le roman L'Arbre-monde (The Overstory, ) de Richard Powers évoque l'Arbre du Ténéré à l'occasion d'une conférence donnée par Patricia Westerford, l'une des principales protagonistes de l'histoire.
- La chanson Techaghert du groupe touareg Oyiwan, sur l'album Tifinagh[23], rend hommage à l'arbre[24].