Article 231 du traité de Versailles
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| Titre | Article 231 du traité de Versailles |
|---|---|
| Territoire d'application | Reich allemand |
| Langue(s) officielle(s) | français et anglais |
| Signature | |
|---|---|
| Entrée en vigueur |
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Sur le site de l'université de Perpignan : Traité de Versailles de 1919, partie VIII : réparations
L'article 231, souvent connu sous le nom clause de culpabilité de la guerre, était le premier article de la section des réparations du traité de Versailles, qui a mis fin à la Première Guerre mondiale entre l'Empire allemand et les puissances alliées et associées. L'article servit de base juridique pour contraindre l'Allemagne à payer les réparations.
L'article 231 fut l'un des points les plus controversés du traité[1]. Il spécifiait que « l'Allemagne accept[ait] la responsabilité de l'Allemagne et de ses alliés pour avoir causé toutes les pertes et dommages » pendant la guerre[2]. Les Allemands considérèrent cette clause comme une humiliation nationale, forçant l'Allemagne à accepter la responsabilité totale du déclenchement de la guerre. Les politiciens allemands firent entendre leur opposition à l'article dans le but de susciter la sympathie internationale, alors que les historiens allemands travaillèrent à saper l'article avec l'objectif de délégitimer l'ensemble du traité. Les dirigeants alliés furent surpris de la réaction allemande ; ils ne voyaient l'article que comme une base juridique nécessaire pour demander des compensations à l'Allemagne. L'article, avec un autre nom de signataire, fut également inclus dans les traités signés par les alliés de l'Allemagne qui ne considérèrent pas la clause avec le même dédain que les Allemands l’avait fait. Le diplomate américain John Foster Dulles, l'un des deux auteurs de l'article, regretta plus tard la formulation utilisée, croyant qu'il avait encore plus exaspéré le peuple allemand.
Le consensus historique est que la responsabilité ou la culpabilité de la guerre n'était pas liées à l'article. Au contraire, la clause est une condition préalable pour permettre la mise en place d’une base juridique pour les paiements de réparations qui devaient être faites. Les historiens mirent également en évidence les dommages involontaires créés par la clause, qui provoqua la colère et le ressentiment parmi la population allemande qu'elle qualifia de Diktat.
« Les Gouvernements alliés et associés déclarent et l'Allemagne reconnaît que l'Allemagne et ses alliés sont responsables, pour les avoir causés, de toutes les pertes et de tous les dommages subis par les Gouvernements alliés et associés et leurs nationaux en conséquence de la guerre, qui leur a été imposée par l'agression de l'Allemagne et de ses alliés. »
— « Article 231 du traité de Versailles », sur mjp.univ-perp.fr.
Contexte

Le , l'héritier du trône d'Autriche-Hongrie, l'archiduc François-Ferdinand, fut assassiné par le bosno-serbe Gavrilo Princip au nom du nationalisme serbe[3]. Cela provoqua une crise diplomatique ; l’Autriche-Hongrie déclarant la guerre à la Serbie et déclenchant la Première Guerre mondiale[4]. Pour de multiples raisons, en quelques semaines, les grandes puissances de l'Europe se divisèrent en deux alliances, connues sous le nom d’Empires centraux et de Triple-Entente, et entrèrent en guerre. Alors que le conflit progressait, d'autres pays du monde entier furent entraînés dans le conflit des deux côtés[5].
Les combats se déchaînèrent à travers l’Europe, le Moyen-Orient, l’Afrique et l’Asie pendant quatre ans[6]. Le , le président des États-Unis Woodrow Wilson publia une proclamation, les « Quatorze Points ». Ce discours appelait entre autres l’Allemagne à se retirer des territoires qu’elle avait occupés, à la création d’un État polonais, au redécoupage des frontières de l’Europe selon des critères ethniques, à la création d’une « Société des Nations[7],[8]. » Au cours de l’automne 1918, les empires centraux commencèrent à s’effondrer[9] : tandis que l’armée allemande perdait pied sur le front occidental, sur le front intérieur les Mutineries de Kiel déclenchaient les soulèvements dans les grandes villes d’Allemagne, amorçant la révolution allemande[10],[11],[12]. Le gouvernement allemand tenta d'obtenir un accord de paix sur la base des Quatorze Points, et soutint par la suite que c’était sur cette base qu’il s’était rendu. Après des négociations, les puissances alliées et l'Allemagne signèrent un armistice, qui entra en vigueur le alors que les forces allemandes étaient encore en France et en Belgique[13],[14],[15].
Le , la conférence de paix de Paris commença[16]. La conférence visait à établir la paix entre les belligérants et organiser le monde de l'après-guerre. Le traité de Versailles fait partie de la conférence, et impliquait uniquement l'Allemagne[17]. Le traité, avec les autres qui furent signés lors de la conférence, étaient chacun nommés d'après le nom des communes de la banlieue de Paris où ils furent signés[18]. Bien que 70 délégués de 26 pays aient participé aux négociations[19], les représentants de l'Allemagne furent empêchés d'assister, à l’origine par la crainte que la délégation allemande ne tentât de jouer un pays contre l'autre et d’influencer injustement les tractations[18].
Rédaction de l'article

Les Américains, les Britanniques, les Français avaient des opinions différentes sur la façon dont les réparations devaient être appréhendées. Les grandes batailles sur le front occidental s’étaient déroulées en France, et la campagne française avait été fortement marquée par les combats. En 1918, pendant la retraite allemande, les troupes allemandes dévastèrent la région nord-est, la région la plus industrialisée de France. Des centaines de mines et d’usines furent détruites tout comme les chemins de fer, les ponts et les villages. En France, le président du Conseil, Georges Clemenceau, était déterminé, pour ces raisons, que toute paix juste inclut le paiement par l’Allemagne de réparations pour les dommages qu'ils avaient causés. En outre, Clemenceau considérait également les réparations comme un moyen d'affaiblir l'Allemagne afin de s'assurer qu'elle ne pourrait plus menacer la France[20]. Les réparations devraient aussi financer les coûts de reconstruction dans d'autres pays, comme la Belgique, aussi directement affectée par la guerre[21]. Le premier ministre britannique David Lloyd George s’opposa à des réparations sévères, en faisant valoir qu’une somme inférieure serait moins fatale pour l'économie allemande afin qu'elle puisse rester une puissance économique viable et un partenaire commercial pour l’économie britannique. Il fit en outre valoir que les réparations devraient inclure les pensions de guerre pour les anciens combattants handicapés et les indemnités à verser aux veuves de guerre, ce qui, par voie de conséquence, réserverait une plus grande part des réparations à l'Empire britannique[22],[23],[24]. Wilson s'opposa à ces prises de positions, et fut catégorique sur le fait qu'il n'y ait aucune indemnité imposée à l'Allemagne[25].
Lors de la conférence de paix, la « Commission sur la responsabilité des auteurs de la guerre et sur l'application des peines »[nb 1] fut créée pour examiner le contexte de la guerre. La commission estima que la « guerre avait été préméditée par les empires centraux... et avait été le résultat d'actes délibérément commis [par elles] pour la rendre inévitable », et conclut que l'Allemagne et l'Autriche-Hongrie avaient « délibérément travaillé pour faire échouer l’intégralité des nombreuses propositions de conciliation faites par l'Entente et ses efforts répétés pour éviter la guerre ». Cette conclusion fut dûment incorporée dans le traité de Versailles[33], à la demande de Clemenceau et de Lloyd George, qui tous deux insistèrent sur l'inclusion d'une déclaration sans équivoque de la responsabilité totale de l'Allemagne[34]. Cela laissa Wilson en contradiction avec les autres dirigeants de la conférence; il proposa à la place la répétition d'une note envoyée par Robert Lansing au gouvernement allemand le , déclarant que les « gouvernements alliés... demanderaient que des compensations ser[aient] faites par l'Allemagne pour tous les dommages causés à la population civile alliés et à leurs biens par l'agression de l'Allemagne... »[25],[34]
Le libellé de l'article fut choisi par les diplomates américains Norman Davis et John Foster Dulles[36]. Davies et Dulles produisirent un compromis entre les positions franco-anglaises et américaines, libellant les articles 231 et 232 afin de tenir compte que l'Allemagne « devrait, moralement, payer pour tous les frais de la guerre, mais, parce qu'elle ne pouvait pas le faire, il lui serait seulement demandé de payer pour les dommages civils »[25]. L’article 231, dans lequel l'Allemagne acceptait la responsabilité de l'Allemagne et de ses alliés pour les dommages résultant de la Première Guerre mondiale, servit donc de base juridique pour les articles suivants du chapitre des réparations, obligeant l'Allemagne à verser une indemnité limitée aux dommages civils[37]. Des clauses similaires, avec de légères modifications dans la formulation, furent incluses dans les traités de paix signés par les autres membres des empires centraux.[nb 2]
Réactions
Interprétation allemande

Le ministre des Affaires étrangères, le comte Ulrich von Brockdorff-Rantzau dirigea l’imposante délégation de paix allemande. Elle quitta Berlin le , prévoyant que les négociations de paix commenceraient bientôt et qu'eux et les puissances alliées négocieraient un règlement. Plus tôt, en février de cette année, Brockdorff-Rantzau avait informé l'Assemblée nationale de Weimar que l'Allemagne aurait à payer des réparations pour les dégâts causés par la guerre, mais n’aurait pas à payer pour les frais de guerre réels[42]. Le gouvernement allemand avait également pris position sur le fait qu'il serait «inopportun... d’élever la question de la culpabilité de guerre »[43]. Le , Brockdorff-Rantzau fut informé qu'il n'y aurait pas de négociations. Lorsque la délégation allemande recevrait les conditions de la paix, ils auraient quinze jours pour répondre. À la suite de la rédaction du traité, le , les délégations allemandes et alliées se réunirent et le traité de Versailles fut remis pour être traduit et qu’il y ait une réponse. Lors de cette réunion, Brockdorff-Rantzau déclara que «nous savons l'intensité de la haine qui nous réunit, et nous avons entendu la demande passionnée des vainqueurs que les vaincus seraient obligés de payer, et que les coupables devraient être punis ». Cependant, il se mit à nier que l'Allemagne était le seul responsable de la guerre. À la suite de cette réunion, alors que les différents articles du traité de paix étaient traduits, la délégation allemande envoya des commentaires aux Alliés « attaquant une section après l'autre »[44]. Le , après avoir ignoré les décisions explicites et répétées du gouvernement, Brockdorff-Rantzau déclara que l'article 231 contraindrait l'Allemagne à accepter de force la pleine responsabilité de la guerre[43],[45],[46]. Max Weber, conseiller auprès de la délégation allemande, en accord avec Brockdorff-Rantzau, défia également les Alliés sur la question de la culpabilité de guerre. Il préféra rejeter le traité plutôt que de se soumettre à ce qu'il appelait une « paix pourrie »[47].
Le , les puissances alliées exigèrent que l'Allemagne signe sans condition le traité sous sept jours ou ferait face à la reprise des hostilités. Le gouvernement allemand était divisé sur l'opportunité de signer ou de rejeter le traité de paix. Le , le chancelier Philipp Scheidemann démissionna plutôt que de signer le traité et fut suivi par Brockdorff-Rantzau et d'autres membres du gouvernement, laissant l'Allemagne sans cabinet et sans délégation de paix. Comme l'Allemagne n’était pas en état de reprendre la guerre, Gustav Bauer, le nouveau chancelier, signa sans réserve le traité de paix le [48].
Initialement, l'article 231 ne fut pas traduit correctement. Au lieu de dire «... l’Allemagne accepte la responsabilité de l'Allemagne et de ses alliés pour avoir causé toutes les pertes et les dommages... », l'édition du gouvernement allemand se lit « L'Allemagne admet, que l'Allemagne et ses alliés, en tant que responsables de la guerre, sont responsables des pertes et des dommages... »[49]. Les Allemands estimaient que le pays avait signé « loin son honneur » et il y avait une croyance dominante d'humiliation et l'article était vu, dans l'ensemble, comme une injustice[47],[50]. En dépit de l'indignation du public, les responsables gouvernementaux allemands étaient au courant « que la position de l'Allemagne sur cette question n'était pas aussi favorable que le gouvernement impérial avait amené le public allemand à le croire pendant la guerre »[43]. Les politiciens cherchant la sympathie internationale, cependant, continuèrent à utiliser l'article pour sa valeur de propagande, convaincant ceux qui n'avaient pas lu les traités que l'article impliquait la pleine responsabilité de la guerre[37]. Les historiens révisionnistes allemands qui ensuite tentèrent d'ignorer la validité de la clause trouvèrent un public parmi les écrivains « révisionnistes » en France, en Grande-Bretagne, et aux États-Unis[51].
Opinion alliée sur l'article
La délégation alliée considérait d'abord l'article 231 comme un additif banal au traité destiné à limiter la responsabilité allemande en ce qui concernait les réparations, et furent surpris par la véhémence des protestations allemandes[52]. Georges Clemenceau repoussa les allégations de Brockdorff-Rantzau, en faisant valoir que " l'interprétation juridique [de l'article] était la bonne » et n’était pas une question de politique[45]. Lloyd George déclara que « le public anglais, comme le public français, pense que les Allemands doivent avant tout reconnaître leur obligation de nous indemniser de toutes les conséquences de leur agression. Lorsque cela sera fait, nous en arrivons à la question de la capacité de l'Allemagne à payer ; nous pensons qu'elle sera incapable de payer plus que ce document ne l’exige »[52].
Avant l'entrée américaine dans la guerre, Woodrow Wilson appela à une « paix de réconciliation avec l'Allemagne », ce qu'il appela une « paix sans victoire ». Ses discours durant la guerre, cependant, rejetèrent ces notions antérieures et il prit une position de plus en plus belliqueuse envers l'Allemagne[53]. Après la guerre, le , au cours de sa campagne publique pour rallier le soutien de l’opinion publique américaine en faveur du traité de Versailles, Wilson déclara que le traité « vis[ait] à punir l'un des plus grands torts jamais faits dans l'histoire, le mal que l'Allemagne a cherché à faire au monde et à la civilisation, et il devrait y avoir aucune faiblesse en ce qui concern[ait] l'application de la peine. Elle tenta une chose intolérable, et elle doit payer pour cette tentative »[54].
Initialement, les deux diplomates américains estimèrent qu'ils avaient « mis au point une solution brillante au dilemme des réparations »[55]. En 1940, Dulles déclara qu'il était surpris que l'article « pouvait vraisemblablement être, et, en fait, il l’a été, considéré comme un jugement historique de la responsabilité de la guerre ». Il nota en outre que la « signification profonde de cet article... vit le jour par accident, plutôt que par dessein »[56]. Dulles prit personnellement le fait que le traité de Versailles échoua dans sa volonté de créer une paix durable et pensait que le traité était l'une des causes de la Seconde Guerre mondiale. En 1954, alors qu’il était Secrétaire d'État des États-Unis et en discussion avec l'Union soviétique à propos de la réunification allemande, il déclara que « les efforts visant à mettre en faillite et humilier une nation incitent seulement un peuple à la vigueur et au courage pour briser les liens qui lui sont imposés. Les Interdictions... incitent donc les actes qui sont interdits »[57].

