Réparations de la Première Guerre mondiale

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Un train transportant un lot de machines
Livraison allemande de machines agricoles au titre des réparations (1920).

Les réparations à la suite de la Première Guerre mondiale sont les paiements et les transferts de biens et d’équipements que l'Allemagne et les Empires centraux (Autriche-Hongrie, Bulgarie, Empire ottoman) furent forcés d'effectuer en vertu du traité de Versailles (1919) à la suite de la victoire des Alliés à l'issue de la Première Guerre mondiale. L'article 231 du traité (la clause de « culpabilité de guerre ») déclare l’Allemagne et ses alliés des Empires centraux responsables de « toutes les pertes et le dommage » subis par les Alliés pendant la guerre et sert de base pour les réparations. Cette clause est largement révisée par la Conférence de paix de Paris, qui, en , constate le renversement politique de l'Europe centrale. Les Empires centraux, y compris l'Empire colonial allemand, se disloquent, et font immédiatement défaut de paiement, les frontières européennes sont redessinées, certains pays perdent de vastes étendues de territoires. Les Alliés, mais surtout l'opinion, paniqués, tentent de reporter leurs doléances sur l'Allemagne. Conséquemment, le calendrier des paiements est établi à Londres le , la somme totale, calculée par la commission interalliée des réparations est d'abord fixée à 132 milliards de marks-or.

Le montant réel des réparations que la seule Allemagne est obligée de payer ne correspond bien entendu[Quoi ?] pas à 132 milliards (soit 300 % du PNB allemand de 1913) mais à 52 milliards de marks-or (valeur 1914), laquelle somme est inscrite dans les annexes d'obligations de type A (10 milliards) et B (42 milliards)[1],[2] du dit traité. Avec le recul, l'historienne Sally Marks estime, à l'instar d'autres spécialistes, que les 80 milliards de marks en « obligations de type C » étaient entièrement chimériques, un dispositif pour tromper le public en lui faisant croire que l’Allemagne paierait beaucoup plus. Sur le plan structurel, l'Allemagne en 1920, est deux fois moins endettée que la France et la Grande-Bretagne[1].

Le paiement total réel de 1920 à 1931 (lorsque les paiements furent indéfiniment suspendus) atteignait 20 milliards de marks-or, valant environ cinq milliards de dollars ou un milliard de livres sterling. De ce montant réglé conformément au plan Dawes (1924), 12,5 milliards de trésorerie venaient principalement de prêts consentis par des banquiers américains. Le reste, en nature, est constitué de marchandises, comme le charbon et les produits chimiques, ou de biens manufacturés tels que des équipements de chemin de fer. Le montant total des réparations fut fixé à Londres en sur la base de la capacité de l'Allemagne à payer, et pas sur la base des revendications alliées.

L’Autriche, la Hongrie, la Bulgarie et l'Empire ottoman devaient également payer des réparations mais ces États étaient si endettés qu'ils ne payèrent que relativement peu. L'Allemagne était le seul pays assez riche pour payer quoi que ce fût, elle devait des réparations principalement à la Belgique, à la France, à l'Italie et au Royaume-Uni. Les États-Unis reçurent de leur côté 100 millions de dollars[2].

Un des nombreux problèmes qu'impliquait le paiement de ces réparations était l'argent prêté entre Alliés victorieux, par exemple : le principal bailleur de fonds de la France étant les États-Unis, la France n'acceptait de les rembourser qu'à la condition expresse que l'Allemagne paye à la France ce qu'elle lui devait.

Après deux plans d'aménagement (1924 et 1929), les paiements furent suspendus pour un an en , conséquence de la crise de 1929, comme proposé par le président américain Herbert Hoover dans le « moratoire Hoover », et se terminèrent à la conférence de Lausanne de [3] qui réduisit les réparations encore à payer par l'Allemagne à seulement 5 milliards de marks-or. Environ un huitième des réparations décidées initialement avait alors été payé. Les paiements (réparations et remboursements de prêts) furent suspendus par Hitler pour une durée indéfinie après son arrivée au pouvoir en 1933.

Après la Seconde Guerre mondiale, la conférence de Londres de 1953 exigea de l’Allemagne de reprendre le remboursement de l'argent emprunté pour payer les réparations, mais aussi les emprunts qui servirent au service de sa dette souveraine, laquelle était colossale avant 1929. La dernière tranche de ce remboursement est payée en 2010.

Une vue d’une village en ruines.
Avocourt en 1918, l'un des nombreux villages français détruits où la reconstruction serait financée par les réparations.

En 1914, la Première Guerre mondiale éclate. Les quatre années suivantes, les combats font rage à travers l'Europe, le Moyen-Orient, l’Afrique et l’Asie[4]. Le , le président des États-Unis Woodrow Wilson publie une déclaration, les quatorze points. Pour partie, ce discours appelait l'Allemagne à se retirer des territoires qu'elle avait occupé et à la formation d'une Société des Nations[5],[6]. Au cours de l'automne 1918, les empires centraux commencèrent à s'effondrer[7].

En particulier, l'armée allemande est vaincue de manière décisive sur le front occidental, tandis que sur le front intérieur la marine se mutine créant des soulèvements en Allemagne, premiers signes de la révolution allemande[8],[9],[10]. Le gouvernement allemand tente d'obtenir un accord de paix basé sur les quatorze points de Wilson, et maintient que l’Allemagne s’est bien rendue sur cette base. Après des négociations, les puissances alliées et l'Allemagne signent un armistice, qui entre en vigueur le alors que les forces allemandes sont encore stationnées en France et en Belgique[11],[12],[13]. À la fin de 1918, les troupes alliées entrent en Allemagne et entament l’occupation de la Rhénanie[14]. Aucune infrastructure allemande n'a réellement souffert de dommage de guerre du simple fait qu'aucun combat n'a eu lieu sur son sol.

En Europe, le Nord de la France reste le théâtre des opérations de la plupart des grandes batailles historiques de cette guerre. En outre, en 1918, pendant la retraite allemande, les troupes allemandes dévastèrent la région la plus industrialisée de la France dans le Nord-Est : des pillages de grande ampleur eurent lieu alors que les forces allemandes récupéraient tout matériel qu'elles pourraient utiliser et détruisaient le reste. Des centaines de mines furent détruites ainsi que les chemins de fer, des ponts et des villages entiers. Le premier ministre français Georges Clemenceau était déterminé, pour ces raisons, que toute paix juste nécessiterait que l’Allemagne paierait des réparations pour les dommages qu'elle avait causés. En outre, Clemenceau voyait les réparations comme un moyen d'affaiblir l'Allemagne afin de s'assurer qu'elle ne puisse plus menacer la France à l’avenir[15],[16]. Les réparations devraient aussi financer les coûts de reconstruction dans d'autres pays, comme la Belgique, également directement touchés par la guerre[17]. Le premier ministre britannique David Lloyd George s’opposa à de sévères réparations, en arguant qu’une somme moindre, moins handicapante pour l'économie allemande, afin que l'Allemagne puisse rester une puissance économique viable et un partenaire commercial des Britanniques. En outre, il faisait valoir que les réparations devraient inclure les pensions de guerre des anciens combattants infirmes et les indemnités à verser aux veuves de guerre, ce qui, par voie de conséquence, allouait une plus grande part des réparations à l'Empire britannique[18],[19],[20]. Wilson s'opposa à ces positions, et fut catégorique sur le fait qu’il n'y aurait aucune indemnité imposée à l'Allemagne[21].

La conférence de paix de Paris s’ouvrit le , visant à établir une paix durable entre les puissances alliées et les empires centraux[22]. Exiger une indemnité de la partie vaincue était une caractéristique commune des traités de paix[23]. Cependant, les conditions financières des traités signés, lors de la conférence de la paix, furent appelées réparations pour les distinguer des dommages punitifs, généralement connus sous le nom indemnités, car elles étaient destinées à la reconstruction et à l'indemnisation des familles qui avaient été endeuillées par la guerre[17]. L'article ouvrant la section des réparations du traité de Versailles, l'article 231, servit de base juridique pour les articles suivants, qui obligeait l'Allemagne à verser une indemnité[24], et limitait la responsabilité allemande aux dommages civils[25]. La même clause, mutatis mutandis, fut incorporée aux autres traités signés lors de la conférence de paix[26].

Réactions allemandes

Manifestations allemande devant le Reichstag contre le traité de Versailles en mai 1919

En , le ministre des Affaires étrangères le comte Ulrich von Brockdorff-Rantzau informa l'Assemblée nationale de Weimar que l'Allemagne aurait à payer des réparations pour les dégâts causés par la guerre, mais ne paierait pas pour les frais de guerre[27]. À la suite de la rédaction du traité de Versailles, les délégations allemandes et alliées se rencontrèrent le et le traité fut remis en français et en anglais. Lors de cette réunion Brockdorff-Rantzau déclara que « Nous savons l'intensité de la haine qui nous réunit, et nous avons entendu la demande passionnée des vainqueurs que les vaincus devront payer, et que les coupables seront punis ». Cependant, il nia que l'Allemagne était la seule responsable de la guerre[28].

L’article 231 du traité de Versailles ne fut pas correctement traduit. Au lieu de dire « […] l’Allemagne accepte la responsabilité de l'Allemagne et de ses alliés dans toutes les pertes et les dommages… », la version du gouvernement allemand fut « L'Allemagne admet, que l'Allemagne et ses alliés, comme auteurs de la guerre, sont responsables des pertes et des dommages… »[29]. Il en résulta un sentiment dominant d'humiliation parmi les Allemands car l'article fut ressenti comme une injustice, et que l’Allemagne avait signé en « abandonnant son honneur »[30]. En dépit de l’indignation du public, les officiels allemands savaient « que la position de l'Allemagne sur cette question n'était pas aussi favorable que le gouvernement impérial avait amené le public allemand à le croire pendant la guerre »[31].

Les politiciens cherchant la sympathie internationale, cependant, continueront d’utiliser l'article à des fins de propagande, pour convaincre ceux qui n'avaient pas lu les traités que l'article impliquait la pleine responsabilité de la guerre[26]. Les historiens révisionnistes allemands qui par la suite tentèrent d'ignorer la validité de la clause trouvèrent un public prêt à l’écouter parmi les écrivains « révisionnistes » en France, au Royaume-Uni, et aux États-Unis[32]. Leur objectif était de prouver que l'Allemagne n'était pas coupable d’avoir provoqué la guerre, et donc n’était pas tenu de payer les réparations[33].

Évolution des réparations

Demandes initiales

Le traité de Versailles statuait qu'une « Commission interalliée des réparations » serait créée en 1921, qu'elle se réunirait pour étudier les ressources allemandes et sa capacité de payer, et pour donner au gouvernement allemand une occasion de se faire entendre. Elle devrait se prononcer sur le montant final des réparations que l’Allemagne serait tenue de payer. Dans l’intervalle, l'Allemagne devrait payer l'équivalent de 20 milliards de marks-or (5 milliards de dollars) en or, matières premières, navires, titres ou autres biens. L'argent serait également utilisé pour payer les frais d’occupations alliées et pour acheter de la nourriture et des matières premières pour l’Allemagne[34],[35]. L’article 121 du traité de Neuilly reconnut que « les ressources de la Bulgarie n’étaient pas suffisantes pour lui permettre de verser des réparations complètes ». Par conséquent, le traité exigeait de la Bulgarie de payer une somme totale équivalente à 2,25 milliards de francs-or en réparations[36]. Les traités de Saint-Germain-en-Laye, de Trianon et de Sèvres reconnurent que l'Autriche, la Hongrie et la Turquie ne disposaient pas des ressources pour payer des réparations, et retardèrent l’établissement d’une somme définitive jusqu'à ce que la Commission des Réparations fut mise sur pied[37],[38],[39]. Par ailleurs, la Bulgarie était tenue de remettre des milliers de têtes de bétail, à la Grèce, à la Roumanie et à l’état serbo-croate-slovène « en restitution des animaux emportés par la Bulgarie pendant la guerre ». Ceci ne serait pas crédité au bilan des réparations[40]. De même, la Bulgarie devait remettre « 50 000 tonnes de charbon par an », pour laquelle elle ne serait pas créditée, au royaume des Serbes, Croates et Slovènes en dédommagement des mines détruites[41]. L’Allemagne, l'Autriche et la Hongrie avaient toutes des engagements de remise de bois, de minerai, et de bétail aux puissances alliées. Elles en furent cependant créditées[42],[43],[44].

En , de plus en plus impatientes, les puissances alliées établirent le montant des réparations à 226 milliards de marks-or. Les Allemands répliquèrent par une contre-offre de 30 milliards[45]. Le , le gouvernement allemand écrivit au gouvernement américain exprimant « sa volonté de reconnaître à des fins de réparation son engagement pour un total de 50 milliards de marks-or », mais il était également préparé « à verser l'équivalent de cette somme en annuités adaptées à sa capacité économique représentant 200 milliards de marks-or »[46]. De plus, le gouvernement allemand indiqua que « pour accélérer le remboursement du solde » et « pour lutter contre la misère et la haine créée par la guerre », l'Allemagne était disposée à fournir les ressources nécessaires et à « entreprendre la réfection des cantons, des villages et des hameaux »[47].

Calendrier des paiements de Londres

Le planning des réparations de Londres, du , établit « l'entière responsabilité de tous les empires centraux combinés, et pas seulement de l’Allemagne » à 132 milliards de marks-or[48]. Cette somme était un compromis, promu par la Belgique (à l’encontre de chiffres plus élevés demandés par les Français et les Italiens et une somme plus basse soutenu par le Royaume-Uni), qui « représentaient une évaluation du montant le plus bas que l'opinion publique pourrait tolérer… »[49].

Ce chiffre fut divisé en trois séries d'obligations. Les obligations « A » et « B », ensemble, avaient une valeur nominale de 50 milliards de marks-or (12,5 milliards de dollars), soit moins que ce que l'Allemagne avait déjà offert de payer. Les obligations « C », représentait le reste de l’ensemble des réparations, et « furent délibérément conçues pour être chimérique »[48]. Elles étaient « une monnaie d'échange politique » qui servit les politiques intérieures de la France et du Royaume-Uni[50]. Le schéma était complètement irréel, avec pour fonction initiale de tromper l'opinion publique « en lui faisant croire que le chiffre de 132 milliards de marks avait été maintenu ». En outre, les « experts alliés savaient que l'Allemagne ne pouvait pas payer 132 milliards de marks et que les autres Empires centraux ne pourraient que très peu payer. Ainsi, les obligations A et B, qui était réelles, représentaient l'évaluation alliée de la capacité réelle des Allemands à payer »[48]. En tenant compte de ce qui avait déjà été payé, entre 1919 et 1921, l’obligation immédiate de l'Allemagne était donc de 41 milliards de marks-or[51].

Pour payer cette somme, l'Allemagne pouvait payer en nature ou en espèces. Les produits, pour les payements en nature, incluaient notamment le charbon, le bois, les colorants chimiques, les produits pharmaceutiques, le bétail, les machines agricoles, les matériaux de construction, et les machines industrielles. Une Mission interalliée de contrôle des usines et des mines (MICUM) fut créée pour contrôler les productions affectées au paiement des réparations. La valeur en l'or de ces produits serait déduite de ce que l'Allemagne devrait payer. En outre, l’aide pour restaurer la bibliothèque de l'université de Louvain (détruite par les Allemands le ) fut également débité de la somme due, comme quelques-uns des changements territoriaux imposés à l'Allemagne par le traité[52],[53]. Le programme de paiement requérait 250 millions de dollars dans les 25 jours et puis 500 millions chaque année, soit plus de 26 % de la valeur des exportations allemandes. Le gouvernement allemand dut émettre des obligations à 5 % d'intérêt et mit en place un fonds d'amortissement de 1 % pour aider au paiement des réparations[34].

Fin des réparations pour l'Autriche, la Bulgarie, la Hongrie et la Turquie

Entre la signature du Traité de Neuilly et , la Bulgarie paya 173 millions de francs-or de réparations[54]. En 1923, le total des réparations bulgares fut révisé à la baisse à 550 millions de francs-or, « plus un paiement forfaitaire de 25 millions de francs pour les frais d'occupation »[55]. Suivant ce programme, la Bulgarie paya 41 millions de francs-or entre 1925 et 1929. En 1932, le reliquat des réparations bulgares encore dues fut abandonné à la suite de la conférence de Lausanne[56].

L’Autriche était « si appauvrie » après la guerre, ajouté à l'effondrement de la Banque de Vienne, qu’elle ne paya aucune réparation « en dehors des crédits pour les biens transférés »[55],[57]. En raison de l'effondrement de l'économie hongroise, aucune réparation ne fut versée en dehors des livraisons de charbon[55],[58]. Les réparations turques avaient été « fortement limitée en raison de l'ampleur des pertes territoriales turques ». Cependant, le traité de Sèvres ne fut jamais ratifié. Lorsque le traité de Lausanne fut signé, en 1923, les réparations turques furent « totalement effacées »[55].

Défauts de paiement allemands

Protestations de gymnastes de la Ruhr, au festival de gymnastique de Munich de 1923. Le panneau sur la gauche indique « La Ruhr reste allemande » ; celui à droite indique « Nous ne voulons pas être des vassaux ».

Dès le début des versements des réparations, les livraisons de charbon allemandes furent en dessous du niveau convenu. Dans une tentative de remédier à cette situation, la conférence de Spa eut lieu en . Lors de cette conférence, il fut décidé que l'Allemagne serait payée cinq marks par tonne de charbon livré, pour faciliter les expéditions de charbon et aider à nourrir les mineurs. Malgré cela, l'Allemagne continua à faire défaut sur ses obligations[59]. À la fin de 1922, la valeur des défauts des paiements allemands avaient augmenté de façon si importante et si régulièrement que la crise engloutit la Commission des Réparations Les délégués français et belges exhortèrent à la saisie de la Ruhr comme un moyen d'inciter les Allemands à faire plus d'efforts pour payer, tandis que les Britanniques soutinrent le report des paiements pour faciliter la reconstruction financière de l'Allemagne[60]. Le , l'Allemagne fit défaut sur ses livraisons de bois. Le quota de bois était basée sur une proposition de l'Allemagne et le défaut fut massif[n 1]. Les Alliés furent unanimes sur le fait que le défaut était dû à de la mauvaise foi[61]. En , le gouvernement allemand fait défaut sur les livraisons de charbon pour la 34e fois en trois ans, malgré la réduction des quotas à la suite de la perte des mines de charbon de Haute-Silésie (qui représentait 11 % des ressources allemandes de charbon), qui avaient été transférés à la Pologne[62],[63].

Le , la Commission des Réparations déclara les Allemands en défaut de leurs livraisons de charbon et vota pour occuper la Ruhr pour faire respecter les engagements de réparation de l'Allemagne. Les Britanniques furent les seules voix dissidentes aux deux mesures. Le , des soldats français et belges - soutenus par des ingénieurs, y compris un contingent italien – pénétrèrent dans la région, débutant l'occupation de la Ruhr[64],[65].

Le premier ministre français Raymond Poincaré était extrêmement réticent à ordonner l'occupation, et n'avait pris cette mesure qu’après que les Britanniques eurent rejeté ses propositions de sanctions plus modérées contre l'Allemagne[66]. En , Poincaré fut en butte à l'hostilité anglo-américano-allemande et vit le charbon pour la production d'acier français s’envoler[67]. Exaspérée par l'incapacité britannique à agir, il écrivit à l'ambassadeur français à Londres :

« Juger les autres par eux-mêmes, les Anglais, qui sont aveuglés par leur loyauté, ont toujours pensé que les Allemands n'avaient pas respecté leurs engagements inscrits dans le traité de Versailles parce qu'ils ne l'avaient pas franchement agréé. Nous […], au contraire, nous croyons que si l'Allemagne, loin de faire le moindre effort pour exécuter le traité de paix, a toujours cherché à échapper à ses obligations, c'est parce que jusqu'à maintenant, elle n'a pas été convaincue de sa défaite… Nous sommes également certains que l'Allemagne, en tant que nation, se conforme à ses engagements que sous l'effet de la nécessité[68]. »

L'occupation s'avéra rentable, les puissances occupantes recevant 900 millions de marks-or. Cependant, la vraie question derrière l'occupation n'était pas les défauts allemands sur les livraisons de charbon et de bois, mais de forcer l'Allemagne « à reconnaître sa défaite dans la Première Guerre mondiale et à accepter le traité de Versailles »[69]. Poincaré reconnaissait que si l'Allemagne pourrait s'en tirer en défiant le traité de Versailles en ce qui concernait les réparations, un précédent serait créé, et, inévitablement, les Allemands feraient tout pour démanteler le reste du traité de Versailles[70].

Plan Dawes

La première livraison américaine d'or arrive conformément au plan Dawes.

Bien que les Français aient atteint leur objectif au cours de l’occupation de la Ruhr, les Allemands avaient détruit leur économie en finançant la résistance passive et en provoquant l'hyperinflation[69]. Sous la pression anglo-américaine, avec la baisse simultanée de la valeur du franc, les Français furent de plus en plus isolés et leur position diplomatique s’affaiblit[71]. En octobre, un comité (composé d’experts américains, belges, britanniques, français, allemands et italiens), présidé par le directeur du Bureau du budget américain Charles G. Dawes fut formé pour envisager « d'un point de vue purement technique » comment équilibrer le budget allemand, stabiliser l'économie et établir un niveau de réparations atteignables[72].

En , le plan Dawes fut accepté et remplaça le programme de paiement de Londres. Alors que les obligations « C » furent omises dans le cadre du plan, elles ne furent pas officiellement annulées. Dans le cadre du plan, les troupes françaises devaient se retirer de la Ruhr, une banque indépendante du gouvernement allemand devait être mise en place, avec une direction à au moins 50 % non allemande, et la monnaie allemande devait être stabilisée. Le paiement des réparations fut également réorganisé. La première année, à la suite de la mise en œuvre du plan, l'Allemagne aurait à payer un milliard de marks. Ce chiffre passerait à 2,5 milliards de marks par an, à partir de la cinquième année du plan. Une agence de réparations fut créée, avec les représentants alliés pour organiser le paiement des réparations. En outre, un prêt de 800 millions de marks devait être accordé (50 % en provenance des États-Unis, 25 % du Royaume-Uni, et le reste d'autres pays européens) pour sauvegarder la monnaie allemande et aider l’Allemagne dans le paiement des réparations[72],[73].

Plan Young

Ouverture de la deuxième Conférence de La Haye : l'une des deux conférences visant à mettre en œuvre le plan Young.

Dans le cadre du plan Dawes, l'Allemagne remplit ses obligations à partir de 1924. Cependant, elle considérait le plan comme une mesure temporaire et s'attendait à un plan révisé à une date ultérieure. À la fin de 1927, l'agent général pour des réparations « appela à un plan plus permanent » pour les paiements, et en 1928, les Allemands emboîtèrent le pas[74]. Le ministre allemand des Affaires étrangères Gustav Stresemann appela à un plan définitif de réparation en même temps qu'un retrait anticipé des troupes alliées de la Rhénanie. Les Français, conscients de leur position politique et financière affaiblie, acquiescèrent. Le , une déclaration conjointe entre l’Entente et l’Allemagne fut publiée reconnaissant la nécessité d'un nouveau plan de réparation[75].

En , un nouveau comité fut formé pour réexaminer les réparations. Présidé par le banquier américain Owen D. Young, le comité présenta ses conclusions au cours du mois de . Le « plan Young » fut accepté et ratifié par le gouvernement allemand le . Le plan établissait un montant de réparation final à 112 milliards de marks-or (26,35 milliards de dollars), avec un nouveau calendrier de paiement qui verrait les réparations terminées, en 1988 (c’était la première fois qu'une date limite avait été fixée). En outre, le contrôle étranger des finances allemandes devait se terminer par le retrait de l'Agence des réparations, qui serait remplacée par la Banque des règlements internationaux. La banque avait été créée pour fournir de la coopération entre les banques allemandes et, recevoir et verser les paiements des réparations. Un autre prêt de 300 millions de dollars devait être levé, et donné à l'Allemagne[76],[77],[78],[79].

Conséquence de ce plan, les paiements allemands étaient égaux à la moitié de ce qui avait été requis par le plan Dawes[80]. La mise en œuvre du plan Young nécessitait le retrait franco-anglais de la Rhénanie sous quelques mois[81]. Malgré les progrès, il y avait une hostilité allemande envers le plan qui allait croissant. En , 5,8 millions d’électeurs inscrivirent leur opposition au plan au cours d'un référendum, qui permit à Adolf Hitler de gagner une « attention nationale importante et de précieux financement de droite »[82].

Conférence de Lausanne

Le général Adolphe Guillaumat avec le drapeau français devant la porte du Deutschhaus, le 30 juin 1930.

En , le gouvernement allemand s'effondra et fut remplacé par une nouvelle coalition dirigée par le chancelier Heinrich Brüning. En juin, les troupes alliées se retirèrent de la région de Mayence, la dernière zone d'occupation en Rhénanie, et le gouvernement de Brüning demanda de nouvelles modifications concernant les réparations, seulement pour être vilipendé par l'ambassadeur britannique en France William Tyrrell[83]. Durant l'année 1931, une crise financière commença en Allemagne. En mai, Creditanstalt, la plus grande banque en Autriche, s’effondra provoquant une crise bancaire en Allemagne et en Autriche. En réponse, Brüning annonça que l'Allemagne suspendait le paiement des réparations. Cela se traduisit par un retrait massif de fonds nationaux et étrangers des banques allemandes. À la mi-juillet, toutes les banques allemandes avaient fermé[84]. La politique française, jusqu’à ce point, avait été d’apporter à l'Allemagne un soutien financier pour aider le gouvernement Brüning à stabiliser le pays. Brüning, maintenant sous l’intense pression politique de l'extrême droite et du président Paul von Hindenburg, fut incapable de faire des concessions ou de mener une politique inverse. En conséquence, Brüning ne pouvait pas emprunter de l'argent en Allemagne ou à l’étranger. D'autres tentatives pour s’attirer le soutien britannique pour mettre fin aux réparations n'aboutirent pas, car comme les Britanniques le soulignèrent, il s'agissait d'un sujet commun avec la France et les États-Unis. Au début de juillet, Brüning annonça « son intention de demander la révision pure et simple du plan Young »[85]. À la lumière de la crise et dans le contexte où l'Allemagne étant incapable de rembourser ses dettes, le président des États-Unis Herbert Hoover intervint. En juin, Hoover proposa publiquement un moratoire d'un an sur les dettes de réparation et de guerre. En juillet, le « moratoire Hoover » fut accepté[86].

Le moratoire fut accueilli par un large soutien de l'Allemagne et du Royaume-Uni. Les Français, d'abord hésitant, acceptèrent finalement de soutenir la proposition américaine[87]. Cependant, le , la banque allemande Darmstädter fit faillite menant à de nouvelles faillites et une hausse du chômage aggravant encore la crise financière en Allemagne[88]. Avec la Grande Dépression exerçant alors son influence, la Banque des règlements internationaux indiqua que le plan Young était irréaliste à la lumière de la crise économique et exhorta les gouvernements du monde entier à parvenir à un nouvel accord sur les diverses dettes qu'ils possédaient. En , Brüning déclara qu'il demanderait maintenant l'annulation complète des réparations. Sa position était appuyée par les Britanniques et les Italiens, et contrée par les Français[89].

En raison des différences politiques entre chaque pays sur le sujet, ainsi que les élections imminentes en France et en Allemagne, une conférence ne pouvait pas se tenir avant juin. Ce retard provoqua la chute du gouvernement Brüning. Le , la conférence de Lausanne s’ouvrit. Cependant, les discussions furent compliquées par la conférence mondiale pour le désarmement alors en cours. Au cours de cette conférence, les Américains informèrent les Britanniques et les Français qu'ils ne seraient pas autorisés à faire défaut sur leurs dettes de guerre. À leur tour, les Britanniques et les Français recommandèrent que les dettes de guerre soient liées au paiement des réparations allemandes, ce à quoi les Allemands s’opposèrent également. Le , un accord fut conclu et signé. La conférence de Lausanne annula le plan Young et imposait à l'Allemagne de payer un ultime versement considérablement réduit de 5 milliards de marks[90],[91],[92].

Montant payé par l'Allemagne

Le chiffre exact payé par l'Allemagne est un sujet de discussion[93]. La Commission des Réparations et de la Banque des règlements internationaux estiment, qu’au total, 20,598 milliards de marks-or de réparations furent payés par l'Allemagne. Dont 7,595 milliards furent payés avant le calendrier des paiements de Londres[94]. L'historien Niall Ferguson donne un chiffre légèrement inférieur. Il estime que l'Allemagne a payé plus de 19 milliards de marks-or[95]. Ferguson estime de plus que cette somme s'élève à seulement 2,4 % du PIB total entre 1919 et 1932. L’historien Stephen Schuker place le chiffre à une moyenne de 2 % du PIB allemand entre 1919 et 1931, en considérant les versements en nature, le transfert total égal à 5,3 % du PIB allemand pour la période[95],[96]. Gerhard Weinberg fait valoir que les réparations ont été payées, les villes alliées ont été reconstruites, les vergers replantés, les mines rouvertes et les pensions versées. Toutefois, par le jeu des prêts, la charge de la réparation fut déplacée sur les économies mises à mal des vainqueurs de la guerre[97].

Situation actuelle

Pour payer les réparations, l'Allemagne avait contracté divers prêts au cours des années 1920. En 1933, le nouveau chancelier allemand, Adolf Hitler, annula tous les paiements. En , un accord sur la dette extérieure allemande fut conclu avec l'Allemagne de l'Ouest pour ce qui concernait la dette existante. L’Allemagne de l'Ouest acceptait de rembourser les prêts qui avaient été en défaut, mais reportait une partie de la dette jusqu'à ce que les deux Allemagne soient réunifiées. En 1995, après la réunification, l'Allemagne commença à effectuer les derniers remboursements des prêts qui avaient été en défaut dans les années 1920. Le , un versement final de 94 millions de dollars fut effectué clôturant le règlement des dettes de prêts allemands concernant les réparations[98].

Résumé

Événement Marks-or allemands
(milliards)
Dollars américains
(milliards)
Dollars américains de 2014
(milliards)
Offre allemande initiale du 50 (valeur nominale)
ou 200 en annuités (valeur réelle)[48],[99]
12.5 - 50[n 2] 179 - 717
Calendrier des paiements de Londres, 132[49] 33[93] 473
Obligations A et B, du précédent programme de paiement 50[48] 12,5[48] 179
Plan Young de 1929 112[79] 26,35[76] 392
Total des paiements allemands cumulés avant 1932 19-20,5 [94],[95] 4,75 - 5,12 89 - 96

Rappel : En 1914, 1 mark-or = 1,25 franc-or ; 1 dollar = 5,25 franc-or = 4,20 marks-or

Analyse

Notes et références

Voir aussi

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