Atlas linguistique de la Wallonie
ouvrage
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L'Atlas linguistique de la Wallonie (cité parfois sous l'acronyme A.L.W. et parfois appelé « Tableau des parlers de la Belgique romane ») est un atlas lexicologique des parlers romans de Belgique: wallons, picards, lorrains, champenois ((dialecte ardennais)), gaumais. Plusieurs volumes en sont publiés depuis 1953, sur la base d'« enquêtes dialectales » qui, depuis 1920, recensent les occurrences de mots de ces langues.
Présentation
Dix volumes ont été publiés avant 2012 et la publication de dix autres est alors prévue.
| Volume | Contenu | Avant 2011 |
|---|---|---|
| v01 | Phonétique des patois et présente générale du projet | |
| V02 | Morphologie | |
| v03 | lexique des phénomènes atmosphériques et divisions du temps | |
| v04 | lexique domestique : maison et ménage | |
| v05 | lexique domestique : maison et ménage | |
| v06 | lexique relatif aux terres | |
| v07 | lexique relatif aux végétaux | |
| v08 | lexique relatif aux animaux | |
| v09 | lexique relatif à la ferme en général | |
| v10 | lexique relatif à l'agriculture | |
| v11 | lexique relatif à l'élevage | |
| v12 | lexique relatif aux métiers | |
| v13 | lexique relatif aux outils | |
| v14 | lexique relatif au corps humain | |
| v15 | lexique relatif aux maladies | |
| v16 | lexique relatif aux actes et gestes humains | |
| v17 | lexique relatif à la vie sociale | |
| v18 | lexique relatif à la vie sociale | |
| v19 | lexique relatif la vie intellectuelle et morale | |
| v20 | lexique relatif aux concepts abstraits |
L'ALW donne les données linguistiques brutes, comme le font l'Atlas linguistique de la France (ALF) et d'autres atlas linguistiques, mais aussi de nombreuses cartes historiques et géolinguistiques, et indique les relation des formes contemporaines (entre elles, et avec l'historique gallo-roman), et maintes analyses phonétiques, morphologiques et lexicales.
Genèse du projet
Enquêtes linguistiques
En 1920, Jean Haust, philologue classique et dialectologue chevronné, est titulaire de la chaire de dialectologie wallonne créé pour lui à l'université de Liège. Il n'a pas, sur les patois romans de Belgique, la documentation fiable qu'il estime indispensable pour y baser ses recherches et ses cours. Il connait les travaux de Jules Gilliéron et Edmond Edmont, et ceux de Charles Bruneau : les deux premiers avaient déjà repris quelques localités belgo-romanes dans leur ALF, et le dernier mené une large enquête linguistique sur les patois ardennais. Haust s'en inspire quand il lance, cette année-là, ses enquêtes linguistiques. Il constitue un questionnaire de quelque 2 100 questions. De 1924 à sa mort en 1946, il se rend dans 210 communes, villes ou hameaux wallons, y pose chaque question et consigne sur papier chaque réponse. Il recueille environ 4 500 mots ou formes. Avec ou après lui, ses élèves et émules prolongent ces enquêtes dans 342 lieux, documentant ainsi richement la géographie linguistique de l'ensemble de la Wallonie.
Présentation des résultats sous format papier
Comment dépouiller les milliers de fiches que produisent ces enquêtes, et les publier utilement ? Louis Remacle et Élisée Legros tracent les bases du projet éditorial, et ils se répartissent les domaines : Remacle se charge des aspects phonétiques et morphologiques, et Legros de l'aspect lexicologique.
Plusieurs rédacteurs travaillent à l'édition des résultats, dans une structure homogène[1] :
- chaque notice porte un numéro et puis un titre qui reprend les phrases du questionnaire général ;
- ensuite est éventuellement mentionnée la carte correspondante ;
- puis vient le classement des résultats en paragraphes numérotés.
- Les occurrences sont transcrites selon le système Feller et l'alphabet Rousselot-Gilliéron, de sorte que linguistes et locuteurs wallons peuvent lire chaque forme.
- Chaque localité est épinglée selon un principe mis en place par Joseph-Maurice Remouchamps[2].
- Des notes éclairent les matériaux aux plans étymologique, phonétique, lexicographique, encyclopédique, et/ou ethnographique, et d'éventuelles références au Französisches Etymologisches Wörterbuch (FEW) ou à des dictionnaires.
- Enfin, une carte des variations est jointe à certaines notices.
Répartition des 298 points d’enquête de l’ALW
- Province du Hainaut
- Province du Brabant wallon
- Province de Namur.
- Namur : 20.
- Philippeville : 15.
- Dinant : 25.
- Province de Liège.
- Province du Luxembourg.
- Pays wallon
- Marche-en-Famenne : 19.
- Bastogne : 18.
- Neufchâteau : 23; dont un (Bagimont), Ne 65, en pays champenois, et un autre (Corbion), Ne 69, à la limite wallon-champenois).
- Pays gaumais
- Virton : 15.
- Pays wallon
- France.
- Département du Nord (pays picard) : 3.
- Département des Ardennes (pays wallon) : 2.
Au total :
- 218 points pour le wallon (10 dans la province du Hainaut, 21 en Brabant wallon, 60 en province de Namur, 67 en province de Liège, 58 en province du Luxembourg, 2 en domaine wallon de France)
- 63 en pays picard, avec les limites (59 en province du Hainaut, 2 en Hainaut français et 1 en Brabant wallon).
- 15 points en pays gaumais.
- 2 points en pays champenois et limites.
Rédacteurs
Depuis la fin des années 1920 jusqu'au début des années 2010, cinq générations de linguistes se sont succédé à l'élaboration des dix tomes parus.
La première est celle de Jean Haust, qui a rassemblé l'ensemble des matériaux nécessaires.
La deuxième est celle de ses disciples directs : Louis Remacle et Élisée Legros qui ont permis de clore les enquêtes et de mettre sur pied le projet éditorial.
La troisième génération est celle de Jean Lechanteur qui, en plus de prendre le relais de ses aînés en publiant deux tomes, parvient à réunir des fonds et des moyens humains autour du projet. Il mit également en place un Petit Atlas linguistique de la Wallonie (PALW) qui s'adresse à un public plus large en réunissant les conclusions des analyses pour des mots choisis parmi les plus représentatifs.
La quatrième génération est celle de Marie-Thérèse Counet, Martine Willems et Marie-Guy Boutier. Avec l'étoffement de l'équipe, c'est aussi la multiplication des volumes publiés : 5 atlas et 3 petits atlas en l'espace de 15 ans. Au départ de Jean Lechanteur, c'est Marie-Guy Boutier qui a repris la direction de l'Atlas.
Avec Esther Baiwir, c'est une cinquième génération de dialectologue qui voit le jour. Cette cinquième génération devra notamment ancrer une entreprise presque centenaire dans un monde interactif bien éloigné de la dialectologie wallonne.
Transcription phonétique
Les systèmes de transcription phonétique utilisé dans l’Atlas est semblable à la transcription de Gilliéron utilisé dans l'ALF.
| Groupe | Sous-groupe | Transcriptions des phonème |
|---|---|---|
| Consonnes | ||
| Occlusives | p, t, k ; b, d, g | |
| Mi-occlusives | č, ǧ | |
| Spirante | f, s, š (chuintante) v, z, ž (chuintante) h (aspirée et ach-Laut), hʳ (ach-Laut avec vibration uvulaire), ꭓ ou hy (ich-Laut) | |
| Liquide | l | |
| Vibrante | r | |
| Nasales | m, n, ñ (palatale), ŋ (vélaire) | |
| Semi-consonnes | y, w, ẅ | |
| Voyelles | ||
| Palatales | a, á, ɛ, (è très ouvert), è, é, ė (entre é et ì), ì, i | |
| Vélaires | à ou å (a vélaire, proche de ò), ò, ó, ꞷ (proche de ꭒ), ꭒ̀, ꭒ. | |
| Mixtes | œ̀ (ou e̊), œ́, ù, u | |
| Nasales | ã, ã̀, ɛ̃, ẽ̀, ẽ, ẽ́, ĩ, õ, ṍ, ꞷ̃, ꭒ̃, œ̃, ũ | |
La longueur de voyelle est indiquée différemment, les voyelles sont par défaut brèves et surmontées d’un macron ou suivies d’un deux-points lorsque longues, sauf pour les voyelles fermées é, ó, œ́ ou les voyelles nasales, considérées comme naturellement longues pouvant être longues ou demi-longue, mais lorsque nettement brèves celles-ci sont surmonter d’une brève pour les voyelles fermées ou suivies d’une astérisque pour les voyelles nasales. Les voyelles demi-longues peuvent être indiquées avec le caron ou le point médian. Par exemple : ā (ou a:) est long, ǎ (ou a·) est demi-long, a est bref, ḗ est long, é est long ou demi-long, ĕ́ est bref, ẽ est long ou demi-long, ẽ* est bref[3].
L’accent d’intensité est indiqué avec le point souscrit. Par exemple :sẹ̃drœ̀ « cendre ». Les signes en exposant modifient le signe précédant. Les signes en indices représentent des phonèmes faibles. Le point souscrit peut aussi être utilisé sous l’un des caractères de diphtongues ou triphtongues lorsque celles-ci n’est pas noté à l’aide de signe en indice. L’o en exposant indique une voyelle arrondie. Par exemple : ᵢe ou iₑ représentent une diptongue avec les signes en indice, ẹ̃õ ou ẽọ̃ représentent une diphtongue avec un point souscrit, oⁿ représente une voyelle demi-nasale avec un signe en exposant, éᵒ représente une voyelle entre é et œ́. Les sons intermédiaires peuvent aussi être représentés à l’aide de deux signes séparés par une barre oblique, par exemple ẽ/œ̃ ou t/d. Le signe minute indique la palatalisation de la consonne qui le précède, par exemple tʹ ou dʹ[4].
Distinctions
Même s'il est encore loin d'être achevé, l'Atlas est considéré par beaucoup comme une référence incontournable tant dans le domaine de la dialectologie que dans le domaine de la géographie linguistique. Les linguistes apprécient entre autres la volonté d'expliquer les phénomènes en plus de les décrire et de les illustrer.
Plusieurs tomes ont été récompensés : prix Albert-Dauzat de la Société de linguistique romane, prix Albert Doppagne de la Fondation Charles Plisnier, prix Élisée Legros, prix de philologie de la Fédération Wallonie-Bruxelles, prix Joseph Houziaux de l'Académie royale des sciences, des lettres et des beaux-arts de Belgique.