Attentat de Hödel

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Attentat de Hödel
Image illustrative de l’article Attentat de Hödel
Attentat de Hödel dans L'Illustrazione Italiana (16 juin 1878)

Localisation Berlin, Empire allemand
Cible Guillaume Ier
Coordonnées 52° 31′ 02″ nord, 13° 23′ 41″ est
Date
Morts 0
Blessés 0
Auteurs Max Hödel
Karl Nobiling (?)
Émile Werner (?)
Organisations Internationale anti-autoritaire (?)
Mouvance Anarchisme
Partie de propagande par le fait

L'attentat de Hödel ou la tentative d'assassinat de Guillaume Ier du 11 mai 1878 est une attaque à main armée menée par Max Hödel, un jeune anarchiste allemand, contre le Kaiser allemand, Guillaume Ier. Avec l'attentat de Nobiling, moins d'un mois plus tard et visant la même cible, il s'agit d'un des premiers actes de propagande par le fait de l'histoire.

Le mouvement anarchiste, fondé peu avant, subit une répression importante en Europe de l'Ouest. Cela pousse les anarchistes à développer de nouvelles stratégies, comme la propagande par le fait, visant à transmettre leurs idées par des actions plutôt que par des écrits ou des discours. En parallèle avec ces développements, Max Hödel, un jeune homme pauvre d'abord au parti social-démocrate entre en contact avec plusieurs anarchistes et devient de plus en plus en accord avec leurs positions.

Au mois d', Hödel se déplace de Leipzig à Berlin, s'arme, et se prépare à mener son attaque. Le , il parvient à cibler le Kaiser lors d'un de ses bains de foule habituels, lui tire dessus à trois reprises et manque, malgré le fait qu'il sait visiblement bien tirer. Arrêté et battu, il est rapidement jugé et condamné à mort, sans que cela ne semble le gêner outre mesure. Après sa condamnation à mort, il refuse l'appel, clôture sa dernière lettre par « Vive la Commune ! » puis est exécuté.

La tentative et la trajectoire d'Hödel mènent lieu à des questions historiographiques. Tandis que certains historiens soutiennent qu'il s'agit d'un attentat mené par un jeune homme isolé et peu au fait des subtilités de la pensée anarchiste, des historiens plus récents remettent en cause cette lecture et présentent au contraire une tentative vraisemblablement pensée et organisée par l'Internationale anti-autoritaire. Hödel serait pleinement anarchiste, selon ces lectures plus récentes, et aurait cherché à éviter la répression sur le mouvement anarchiste en se présentant autrement lors de la procédure judiciaire.

Contexte général

Le mouvement anarchiste, fondé vers le congrès de Saint-Imier en Suisse, en 1872, commence à essaimer en Europe de l'Ouest[1],[2]. La situation est compliquée et répressive pour le mouvement, avec des mesures comme la loi Dufaure de 1872 en France, qui interdit l'Internationale anti-autoritaire, la principale organisation anarchiste de cette période[3]. Dans ce contexte répressif[4], les anarchistes en viennent progressivement à théoriser et soutenir la stratégie de la propagande par le fait, qui suggère d'agir directement pour effectuer un acte de propagande, plutôt que d'attendre que des discours ou des écrits ne le fassent[4]. Elle se matérialise par des actes de révolte insurrectionnelle ou des attentats visant des personnalités politiques ou financières[4].

En parallèle, plusieurs anarchistes, en contact avec la première génération, cherchent à installer le mouvement dans l'Empire allemand[5]. Certains des plus notables sont August Reinsdorf et Emil Werner, qui tiennent des publications anarchistes en allemand en Suisse et commencent à établir une présence sur le territoire allemand[5]. Reinsdorf est lui-même un fort soutien de la propagande par le fait[5].

Max Hödel : un jeune homme pauvre et radical

Max Hödel dans L'Illustration du

Max Hödel, né en 1857 à Leipzig et ayant donc 21 ans au moment de l'attentat, est orphelin de père[6]. Fils illégitime d'une mère qui est une très jeune adulte quand il naît, il grandit dans la pauvreté. Hödel est éduqué par sa grand-mère un temps, un oncle, puis repris par sa mère[6]. À ses 12 ans, il est emprisonné un jour pour avoir fui sa maison puis l'année suivante, il s'enfuit de nouveau et est placé au pensionnat de Zeitz[6].

Il est fouetté publiquement comme voleur à ses 13 ans aussi puis reçoit un certificat de scolarité de son ancienne école comme étant un « voleur patenté ». Hödel devient ferblantier vers ses 15 ans, et il apprend rapidement ce métier[6]. Il est renvoyé de son apprentissage après s'être battu avec un autre ferblantier, renvoyé au pensionnat, puis certifié et commence à exercer comme ferblantier à Leipzig en vivotant entre différents domiciles appartenant à différents amis de sa famille[6].

Le jeune homme commence alors à rejoindre le mouvement ouvrier de sa ville[6]. Il rejoint le parti Social-Démocrate allemand, fondé en 1875, et gravit progressivement les échelons de la hiérarchie interne du parti[6]. Petit à petit, il est chargé de missions de voyage pour le parti, participe à de nombreuses réunions internes et cesse d'avoir besoin de travailler pour subvenir à ses besoins[6]. Il cherche aussi à servir d'espion pour le parti et c'est peut être pour cette raison qu'il intègre brièvement le groupe anarchiste organisé par Reinsdorf à Leipzig[6].

Alors qu'il débute socialiste, Hödel se rapproche rapidement des positions anarchistes à partir de cette rencontre[6]. Lors de son quatrième voyage entrepris pour mener de la propagande en faveur de son parti en , il déclare[6] :

Nous n'avons ni besoin de Kaiser, ni de roi, ni de lois. À bas toutes ces choses, elles doivent être renversées, nous voulons être libres. L'État doit être aboli et tout le monde doit avoir la même charge de travail.

Il aurait aussi déclaré que le seul moyen de mener à terme la révolution en Allemagne était de « frapper les têtes couronnées »[6]. En parallèle, il assiste à des réunions anarchistes en compagnie d'Emil Werner dans la même temporalité[6].

Ces évolutions d'Hödel et des accusations d'avoir volé des fonds poussent le parti Social-Démocrate à l'exclure de ses instances, alors même qu'il retourne à Leipzig[6]. L'anarchiste se rapproche un temps des nationaux-libéraux, qui le paient en échange du fait qu'il publie un texte à charge contre son ancien parti, mais cette affiliation s'arrête là[6].

Prémices de l'attentat

Selon Andrew Carlson, il est vraisemblable de considérer qu'Hödel met en place son complot à Leipzig[6]. Il apprend le maniement des armes, éventuellement avec Karl Nobiling. Puis, il prend la route de Berlin, le [6]. Arrivé dans la ville deux jours plus tard après des détours inexpliqués à Dresde et Magdebourg, qui pourraient avoir des raisons de récolte d'argent par Hödel, il s'installe au 13 Stallschreiberstrasse, chez la veuve Breiten, à qui il loue une chambre[6].

Le , le jeune homme prend sa carte au parti conservateur chrétien-social[6]. Il commence à assister aux réunions du parti dans les jours qui suivent, distribue les tracts de ce parti, et se comporte en militant chrétien-social accompli, selon la propriétaire chez qui il réside. Le , il se rend chez un commerçant du nom de Weblis et lui achète un revolver pour huit marks[6]. Deux jours plus tard, il se rend chez un photographe et lui demande de le photographier et de faire autant de copies que possible, car sous une semaine, « son nom serait connu dans le monde entier et son visage serait en demande partout où les hommes ont un intérêt dans les affaires actuelles »[6]. Cela indique que le plan qu'il met en place est prémédité et qu'il est envisageable qu'Hödel pense mourir lors de l'attentat[6].

Attentat de Hödel

Représentation de l'attentat de Hödel

Samedi , comme souvent, le Kaiser Guillaume Ier, qui gouverne l'Allemagne depuis dix-sept ans, revient du Großer Tiergarten, où il vient de passer une partie de son après-midi[6]. Le Kaiser remonte l'avenue Unter den Linden dans sa calèche[6].

Vers le numéro 7, en face de l'ambassade russe, Hödel attend, son revolver chargé et prêt à tirer[6]. Lorsque l'empereur passe à sa hauteur, l'anarchiste essaie de se jeter en avant, car il n'est pas en première ligne[6]. Il met en joue sa cible et commence à tirer, étendant son bras au dessus de l'épaule de Mme Julius Hauch, une commerçante qui est au devant de la foule[6]. Hödel tente de la pousser, mais elle ne bouge pas, et il étend donc son bras pour tirer au dessus d'elle[6]. Cependant, elle le bouscule au même moment, gênée par ses tentatives de la pousser, qu'elle attribue à la volonté de voir l'empereur de plus près[6].

Ce mouvement, qui bouscule Hödel alors qu'il tire, dévie son bras alors qu'il ouvre le feu, et la première balle se perd dans les airs[6]. L'anarchiste étant mécontent d'avoir manqué agit rapidement, il assomme Mme Julius Hauch avec le pommeau de son arme et la dépasse, s'approchant encore plus de l'empereur[6]. Il tire alors un second coup de feu, qu'il manque ; avant de se jeter dans la rue directement. Il tire une fois sur un de ses poursuivants, puis s'accroupit à moitié pour ajuster un troisième et dernier tir sur l'empereur[6]. Il manque aussi ce troisième tir[6].

L'assaillant prend la fuite en courant après avoir manqué, tandis que Guillaume Ier ordonne à ses chasseurs de le rattraper et l'arrêter. Hödel tire deux fois sur ses poursuivants, en repousse certains en se battant avec eux mais est finalement arrêté par la foule et les chasseurs[6]. Il manque d'être battu à mort, mais est sauvé par Carl Reinhold Gustav Kroger, un travailleur qui s'interpose et le sauve, menant à son arrestation pour complicité de l'attentat, avant d'être mis hors d'état de cause plus tard dans la procédure judiciaire[6].

Arrêté, Hödel déclare que[6] :

Je suis ami des Sociaux-Démocrates, mais les anarchistes sont mes hommes. J'ai aussi lu Bakounine.

La police trouve sur lui des documents sociaux-démocrates, des brochures chrétiennes-sociales mais rien qui ne l'affilie aux anarchistes ou à l'anarchisme[6].

Suites : deuxième attentat, procès et exécution de Hödel

Premières lignes de Hödel, Nobiling et la propagande par le fait dans L'Avant-Garde, organe de la Fédération jurassienne

Hödel, qui pense peut être mourir lors de l'attentat, se retrouve arrêté[6]. Il espère éventuellement obtenir 10 ou 20 ans de prison au lieu de la peine de mort, mais ce n'est pas certain[6]. Il choisit comme avocat Otto Freytag, qui demande 80 jours pour prendre connaissance des documents relatifs à l'affaire et préparer une défense, ce qui lui est refusé[6]. Son avocat est donc commis d'office et se montre peu intéressé par défendre l'accusé ; il va jusqu'à s'excuser d'être commis d'office dans l'affaire devant le tribunal lors de sa première intervention[6].

Le jeune homme nie toute affiliation avec les anarchistes et se présente comme chrétien-social ou social-démocrate[6]. Surtout, il est en pleine procédure judiciaire lorsque Karl Nobiling, avec qui il est possiblement en contact avant sa propre attaque, commet l'attentat de Nobiling, visant le Kaiser avec un modus operandi similaire, le [6].

Pendant son procès, une des preuves fournies qui sont les plus préjudiciables à sa cause est une lettre saisie où il écrit depuis la prison à ses parents et leur déclare qu'il « a sacrifié sa vie pour le bien public, que son seul regret était que ses tirs aient manqué et qu'il espère que cela ne nuise pas à la cause »[6]. Il passe l'entièreté du procès avec une expression ironique et moqueuse sur le visage[6]. Le jury prend 20 minutes seulement à délibérer et le condamner à mort, ce à quoi il répond par un éclat de rire[6].

Dans la prison où il est enchaîné, pour éviter sa fuite et son suicide, Hödel refuse de faire appel, en déclarant[6] :

Cela ne produirait pas de bien, qu'on me tranche la tête.

Il demande à recevoir le droit de fumer dans sa cellule, ce qui lui est accordé, et de voir ses parents, ce qui est refusé. La veille de son exécution, il déclare accepter un dernier repas et mange deux beefsteaks avec du vin[6]. Hödel lève le premier verre et s'exclame « Vive la Commune ! », puis mange. Le jeune homme écrit quelques lettres, dont la dernière, à sa famille, où il leur souhaite le meilleur, et signe aussi par « Vive la Commune ! »[6].

Hödel passe la nuit précédant son exécution, du 15 au , à fumer une cigarette après l'autre[6]. Le gardien de prison qui vient le chercher à six heures le trouve assis en train de fumer, après quoi il le suit rapidement, boit un verre de lait et se rend au lieu d'exécution, ce qui lui prend trois minutes depuis sa cellule[6]. Arrivé à l'endroit de l'exécution, il pose une première fois sa tête et demande si c'est ici, puis la condamnation étant lue de nouveau, il s'écrie « Bravo ! ». Hödel dénude alors son torse à la demande des autorités puis pose sa tête de nouveau. Il est décapité par le bourreau Scharfrichter Krautz en un seul coup[6].

Analyses

Références

Bibliographie

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