Auguste Dutuit

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Décès
(à 90 ans)
Rome
Sépulture
Camp Verano
Nationalité
Auguste Dutuit
Biographie
Naissance
Décès
(à 90 ans)
Rome
Sépulture
Camp Verano
Nationalité
Activités
Période d'activité
Père
Pierre-Étienne Dutuit (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Fratrie
Eugène Dutuit
Héloïse Dutuit (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Autres informations
Propriétaire de

Auguste Dutuit (né le à Paris et mort le à Rome) est un collectionneur d’art français[1]. Frère d'Eugène et d'Héloïse Dutuit, il fait partie d'une fratrie de grands collectionneurs dont la fortune familiale, issue de l’industrie cotonnière normande, permit la constitution d’un ensemble remarquable d’œuvres d’art. En 1902, Auguste lègue à la ville de Paris l'intégralité de la collection Dutuit, qui constitue aujourd'hui une grande partie des collections du Petit Palais[2].

Enfance et fortune familiale

Étienne Dutuit et Jacques-Vivien Duclos sont les deux grands-pères des collectionneurs Dutuit. Ils firent fortune dans le négoce textile. Leur père, Pierre-Étienne Dutuit, affermit la fortune familiale sous le Premier Empire et la Restauration[3] en se lançant dans la filature mécanisée avec l’achat de manufactures de coton en Normandie entre 1814 et 1830[4]. Leur capital économique fut enrichi avec l'acquisition de terres et de biens immobiliers comme des fermes en Normandie, des immeubles à Rouen, dont l’hôtel du quai du Havre, la maison familiale, et à Paris[5]. Le désintérêt de la fratrie pour le commerce du textile les tourne vers l'investissement financier et foncier. Leur fortune est estimée à 2 350 000 francs en 1852 et à plus de 17 000 000 en 1902[6].

Auguste Dutuit, Cardinaux sortant du Vatican par la porte des Suisses, après une audience du Saint-Père, 1867.

Formation

Auguste se considère peintre, ayant étudié la peinture[3]. Il passe notamment par l'atelier de Thomas Couture dans sa jeunesse[7]. Il pratique la peinture de genre. Il vit de ses rentes grâce à la fortune familiale comme son frère et sa sœur. Personnalité plus bohème que son frère Eugène, historien de l'art, il voyage une très grande partie de sa vie pour pratiquer sa passion : le collectionnisme.

Engagement pour la protection du patrimoine

Les frères Dutuit se disent Rouennais depuis toujours, bien que la famille soit originaire des environs de Marseille. Cette origine prétextée est d'autant plus mise en avant lors des différentes campagnes de sauvegarde du patrimoine architectural de la ville qu'ils ont soutenues. Ils ont notamment permis de restaurer la sacristie et le presbytère de l'église Saint-Maclou ainsi que le portail de l'église Saint-Vivien. Auguste fait également sauver la maison de la rue Saint-Romain et proteste contre la démolition de la tour de l'église Saint-Laurent. Il aurait toujours eu l'idée de créer son propre musée gratuit, pour que chacun puisse y trouver un enseignement[3].

Goût artistique et collectionnisme

Auguste possède un intérêt pour les antiquités égyptiennes[3] et plus particulièrement étrusques, romaines et grecques ainsi que les majoliques[1]. Ce goût, il le puise dans ses voyages en Italie. Il s'y rend pour la première fois à l’âge de 25 ans puis s’y installe définitivement en 1851. Il se rend par la suite en Angleterre et aux États-Unis Il aime voyager entre Florence, Rome, Naples, Venise et Gênes et se rendre dans des ventes aux enchères, des cabinets de curiosité et sur des sites archéologiques. Il découvre également l’existence de faux.

À Rome, il fréquente notamment Francesco Marinetti, tandis qu’à Naples il entretient des relations avec Alessandro Castellani, Raffaele Barone et Jules Sambon. Il bénéficie également des conseils d’experts français tels que François Lenormant, Wilhelm Froehner et Adrien de Longpérier[1].

Il entretient une relation très proche avec son frère Eugène, tous deux animés par une passion commune pour le collectionnisme. Cette dernière est retranscrite dans leurs nombreuses lettres qui permettent de suivre leurs achats. D’origines d’acquisition variées, les antiques proviennent à la fois de fouilles italiennes, de marchands italiens ou français et de ventes aux enchères[1]

Leur duo, entre la France (Eugène) et l’Italie (Auguste), leur permet d’acquérir un grand nombre d'œuvres par le biais de leur large réseau dans le marché de l’art. Ils assistent notamment aux ventes Pourtalès (1865), Castellani (1866, 1884), Janzé (1866), Napoléon (1868), Gréau (1885), Piot (1890), Tyszkiewicz (1898) et Hoffmann (1899)[1]

À partir des années 1860, les deux frères ouvrent largement leurs collections au public lors d'expositions en France. Leurs œuvres sont ainsi présentées en 1865 à l’exposition de l’Union centrale des beaux-arts, puis en 1866 à l’exposition rétrospective de Paris et à l’Exposition universelle de 1867. Ils participent également à l’exposition du Havre en 1868, avant de bénéficier, en 1869, d’une présentation entièrement consacrée à leur collection au Palais de l’Industrie, dans le cadre de l’Union centrale des beaux-arts appliqués à l’industrie. Par ailleurs, cette manifestation fait l'objet d'une publication par Auguste lui-même[8]. En 1878, des antiquités, des médailles et des objets d’art de la Renaissance issus de leurs fonds sont exposés au Trocadéro et font également l'objet d'un ouvrage[9]. L’année suivante, ils prêtent des œuvres à l’École des beaux-arts pour l’exposition des Dessins de maîtres anciens. Leur participation se poursuit en 1880 à l’exposition des objets d’art en métal, avec le prêt de bronzes antiques, puis en 1882 à la septième exposition de l’Union centrale des arts, où figurent notamment livres, reliures et gravures. Enfin, en 1884, certaines pièces sont présentées à Rouen lors de l’exposition rétrospective du Palais des Consuls[5].

Publications

Si Eugène Dutuit était historien d’art, c’est pourtant Auguste Dutuit qui a entrepris de publier la collection Dutuit[7].

La collection Dutuit. Livres et manuscrits
  • La Collection Auguste Dutuit. Majoliques italiennes, vases siculo-arabes et persans, faïences Henri II, verrerie (1899) – sans nom d’auteur, mais il lui est attribué en personne[10].
  • La Collection Dutuit : livres et manuscrits (1899) Édouard Rahir[11].
  • Collection Auguste Dutuit : bronzes antiques, or et argent, ivoires, verres, sculptures en pierres et inscriptions, en deux volumes (1897[12] et 1901[13]) Wilhelm Froehner.

Il avait prévu une publication sur les dessins et les peintures de la collection Dutuit mais son décès empêcha la réalisation de ce catalogue[7]. Les publications de leur collection sont toujours d'un grand soin concernant la qualité des illustrations[7].

Legs « Collection Dutuit »

Après la mort de son frère et de sa sœur, Auguste devient le seul héritier de la collection artistique de la fratrie Dutuit. Il se questionne alors sur l’avenir de la collection. Dans les années 1880, Eugène et Auguste envisagent de créer un musée Dutuit dans la maison de Bourgtheroulde, construite à la fin du XVᵉ siècle et située sur la place de la Pucelle à Rouen. L'achat de l'hôtel se débattait entre l'administration du Comptoir d’Escompte et les deux frères. Après un problème de communication, le projet est abandonné et la maison est cédée à la banque[14],[15]. Eugène meurt peu après. Faute de bâtiment susceptible d’accueillir la collection, la ville de Rouen ne peut plus en être légataire[5],[14].

Annonce Visite de la Collection Dutuit au Petit Palais en 1903 après le legs

Auguste pense alors léguer sa collection au futur musée des Arts décoratifs, mais revient sur sa décision lors de la création de celui-ci en 1898 dans le pavillon de Marsan du Louvre. Redoutant probablement que sa collection ne perde en visibilité au sein d’un ensemble aussi vaste, il choisit finalement d’en faire don à la Ville de Paris[15]. Sa donation comprend autour de 20 000 œuvres qui ont été « réunies au prix de plus de cinquante années d'efforts, par trois personnes n'ayant qu'un but : former un établissement utile au public », d'après le testament rédigé le . Sont également ajoutés deux immeubles et 542 actions de la Banque de France dont les revenus devaient permettre d'entretenir et d'accroître la collection[16].

Dans son testament, Auguste indique également l'ambition publique de son legs à la Ville de Paris, précisant la volonté de « former un établissement utile au public » ainsi que d'en faire une collection « dont l'accès pour le public sera toujours gratuit »[17].

Mort et réception posthume

À sa mort, et à l'annonce du legs de la collection familiale à la ville de Paris, les critiques dans la presse sont multiples. De nombreuses personnes n'hésitent pas à se déclarer « parentes » de la famille Dutuit afin de recueillir une part de l'héritage sur les sommes laissées sans emploi déterminées par Auguste[18].

De plus, les journalistes soulignent la particularité de ce don important, semblant surgir de nulle part, fait par un collectionneur rouennais exilé à Rome et à la personnalité décrite comme étrange. Les critiques vont bon train et des rumeurs apparaissent : il aurait fait des économies sur tout afin de financer sa fièvre accumulatrice, privant sa femme d'un train de vie agréable, portant toujours les mêmes vêtements usés. Sa veuve italienne, Mme Ceccaldi, prend sa défense dans un article paru dans le périodique La Lanterne le [19].

Elle justifie dans cet entretien le choix de Paris comme légataire, plutôt que Rouen, par les échecs répétés à l'acquisition d'un bâtiment destiné à servir de musée à la collection familiale.

Notes et références

Articles connexes

Liens externes

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