Eugène Dutuit
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| Adjoint au maire Rouen |
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Défenseur, collectionneur d'œuvres d'art, historien de l’art |
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- |
| Père |
Pierre-Étienne Dutuit (d) |
| Fratrie |
Héloïse Dutuit (d) (sœur) Auguste Dutuit (frère) |
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| Membre de |
Académie des sciences, belles-lettres et arts de Rouen () Société des amis des arts de Rouen (d) Société française de gravure |
Eugène Dutuit (né le à Marseille et mort le à Rouen) est un historien de l’art, spécialiste de l’estampe et collectionneur français. Frère aîné d’Auguste et d’Héloïse Dutuit, il joue un rôle central dans la constitution de la collection Dutuit, léguée en 1902 à la Ville de Paris et conservée au Petit Palais.
Jeunesse et engagements pour le patrimoine
Né dans une famille de filateurs et négociants en coton originaire des environs de Marseille, il grandit à Rouen où il devient avocat, mais n'exerce jamais[1]. Eugène est le fils de Pierre-Étienne Dutuit, déjà très fortuné en 1817 lorsqu'il quitte Paris pour rejoindre Rouen[2]. Il voyage aux Pays-Bas dès 1826 afin de visiter les musées locaux dans lesquels il commence à contempler les œuvres de Rembrandt[3] et fait don en 1845 de six cents estampes à la bibliothèque de Rouen[2].
Après avoir été inscrit en première de rhétorique au collège royal de Rouen en 1828, il entreprend des études de droit entre 1830 et 1835, devient avocat et s'inscrit au barreau, sans toutefois exercer[1]. En parallèle, Eugène montre un grand attrait pour la culture, les langues et l'art[3].
En 1846, il entre à l'Académie des sciences, belles-lettres et arts de Rouen. Lors de sa réception, il prononce un discours sur la bibliophilie et sur la définition d'un bon collectionneur. Il demeure au 21A quai du Havre dans un hôtel particulier avec sa sœur Héloïse[1]. À cette même période, il devient membre du conseil municipal et il est nommé adjoint au maire jusqu'en 1874[1]. De plus, Eugène est membre de la Commission des antiquités de la Seine-Inférieure en 1856, de laquelle il démissionnera suite à la destruction du jubé de la Cathédrale de Rouen, en tant que fervent défenseur du patrimoine[1]. Avec son frère, il se bat régulièrement pour la sauvegarde du patrimoine architectural rouennais. En tant qu'adjoint municipal, il fait notamment restaurer le Gros-Horloge et la tour de Jeanne d'Arc. Il proteste également contre les actes de vandalisme[2].
Eugène souhaitait faire restaurer l'Hôtel de Bourgtheroulde pour y installer ses collections après un legs à la ville de Rouen, mais son projet fut plusieurs fois mis en échec[2].
Ce sont des jalons qui attestent de sa réputation forgée parmi l'élite politique et les savants locaux. Au conseil municipal, Eugène s'affirme en défendant le patrimoine architectural urbain menacé par des transformations importantes[2].
Collectionnisme et expertise artistique
Eugène Dutuit doit quitter la France pour l'Angleterre au moment de l'invasion des armées prussiennes entre 1870 et 1871[1]. Son exil à Brighton lui permettra de devenir membre du Burlington Fine Arts Club à Londres et donc de poursuivre sa carrière dans le patrimoine[1]. Il voyage en Italie avec son frère Auguste à Rome, Naples et Venise en 1875. Il y participe à des ventes aux enchères et découvre des cabinets de curiosités et des sites archéologiques[3].
Les deux frères disposent tous deux d'une fortune leur permettant de se consacrer à leur passion pour le collectionnisme, grâce à l'héritage de leur père, s'élevant à « plus de 3 millions de francs en actions à la Banque de France, de terres, de fermes normandes et de plusieurs maisons à Rouen, Marseille et Paris »[3]. Au sein de la collection familiale, Eugène tient le rôle du gérant de celle-ci en France.
Eugène Dutuit, l'historien de l'art
Eugène Dutuit se spécialise dans le domaine de l'estampe. Contrairement à son frère Auguste, il s'impose véritablement comme auteur et historien de l'art. Son œuvre majeure est le Manuel de l'amateur d'estampes, entreprise savante importante qu'il conçoit en 1877 comme un outil de référence pour les collectionneurs et les historiens[4]. Inspiré du peintre-graveur d'Adam von Bartsch, l'ouvrage adopte un classement par écoles et un ordre alphabétique des artistes qu'Eugène enrichit à travers de multiples références bibliographiques et d'informations sur les ventes aux enchères publiques des œuvres[3]. À partir de ses goûts personnels, il débute la publication de son ouvrage en traitant des écoles flamande et hollandaise entre 1881 et 1883. L'introduction générale parut en 1884, tandis que la seconde partie devait être terminée à titre posthume en 1888. De nos jours, les vestiges de son travail restent sous la forme de manuscrits conservés au musée du Petit Palais[3].
Il publie également en 1883 avec le même éditeur, A.Lévy, l'Œuvre complet de Rembrandt, ouvrage reconnu pour sa qualité et la précision de ses illustrations et notices[3]. Récompensé par la critique à l'échelle internationale, il obtient une médaille d'or lors de l'exposition d'Amsterdam.
En outre, Eugène Dutuit joue un rôle important dans la polémique sur l'invention de la gravure, en contestant son attribution qui se place en faveur de Maso Finiguerra. Ses conclusions, publiées en 1884, furent dans un premier temps controversées mais confirmées partiellement ensuite par la recherche[3].
Il meurt à Rouen en 1886. Son nom a été donné à une rue de Rouen ainsi qu'à une avenue de Paris (8e arrondissement, à proximité du Petit Palais)[5].
Histoire de la collection Dutuit et liens familiaux
La collection Dutuit est le résultat d’un projet commun mené par les trois membres de la fratrie, Eugène, Auguste et Héloïse. Héritiers d’une importante fortune familiale qu’ils choisissent de ne pas partager, ils vivent longtemps ensemble, notamment dans l’hôtel du quai du Havre à Rouen, où se développe une vie mondaine animée par Héloïse. La constitution de la collection repose sur un fonctionnement à la fois familial et géographique : installé en France, Eugène administre les biens et entretient les relations avec les institutions, tandis qu’Auguste, établi en Italie, fréquente marchands, ventes aux enchères et milieux antiquaires. L'étude de leur correspondance constituée de plus de 800 lettres permet de suivre précisément leurs achats et montre que les décisions d’acquisition sont prises de manière concertée, confirmant que la collection est le fruit d'une réflexion commune tout au long de leur vie[4].

À la mort de son frère Auguste en 1902, leur collection d'œuvres d'art est léguée à la Ville de Paris : elle est à l'origine de la collection d'estampes du Petit Palais[1].
Une des conditions du legs est l'entretien à perpétuité de la tombe de la famille Duclos-Dutuit au cimetière du Père-Lachaise par la Ville de Paris.
Dutuit avait une grande sensibilité esthétique, ainsi que le révèle le grand nombre d'estampes de Rembrandt de grande qualité (beaux supports, parchemin, papier Japon ou oriental) et très bien conservées[6].