Avarice
attachement excessif à la possession d’argent, de richesses, sans en faire l’usage
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L'avarice est un comportement caractérisé par une réticence excessive à se séparer de ses biens ou de ses richesses. Elle peut se manifester par la thésaurisation de l'argent et le refus de toute dépense, y compris lorsque les ressources disponibles permettraient de subvenir aux besoins essentiels. L'avarice est contraire aux principes du judaïsme et constitue l'un des sept péchés capitaux dans la tradition chrétienne, telle qu'elle est formalisée à partir des écrits des Pères de l'Église, notamment saint Augustin, sur la généalogie du péché.


Histoire dans la pensée
Dans la philosophie grecque
L'avarice était vue négativement chez les philosophes grecs de l'Antiquité[2]. Le terme de « pléonexie » est utilisé par Platon.
Le philosophe grec Théophraste distingue « avarice » (μικρολογία)[3] de « radinerie » (μικροφιλοτιμία)[4] : l'avarice est une épargne excessive ; la radinerie ou la pingrerie est un manque de prodigalité.
Dante
Parmi les Cercles de l'Enfer de Dante, le quatrième est celui de l'avarice.
Rousseau
Jean-Jacques Rousseau recommande dans L'Émile de ne pas imiter l'avare : « ne faites donc pas comme l'avare, qui perd beaucoup pour ne vouloir rien perdre ».
Balzac
Pour Honoré de Balzac, « quand l’avarice se propose un but, elle cesse d’être un vice, elle est le moyen d’une vertu, ses privations excessives deviennent de continuelles offrandes, elle a enfin la grandeur de l’intention cachée sous ses petitesses »[5].
Schmitt
Pour Éric-Emmanuel Schmitt, les personnages avares sont fréquents dans la littérature du XIXe siècle mais plus rares au XXe siècle. Il explique cela par le phénomène de la déchristianisation et celui de l'industrialisation et du développement du capitalisme : la notion de charité s'efface et voir dans les personnes simplement de la force de travail se banalise, l'avare devient moins sujet à moquerie[6].
Religions
Judaïsme
Le judaïsme a pour principe religieux celui de la justice ou droiture, désignée par le vocable hébraïque Tsedaka qui peut partiellement être traduit en français par le mot « charité » ou « aumône », toujours dans un objectif de justice. Bien qu'à l'opposé de l'avarice, le concept juif de la tsedaka diffère de la charité au sens commun, car celle-ci est le fait de la décision des philanthropes, alors que la tsedaka est un commandement et une mitsva, une obligation donnée par Dieu à tous les Juifs, indépendamment de leur statut financier ou de leur volonté de donner à autrui - bien qu'il soit préférable de vouloir donner[7].
Dans Deutéronome 15,7-8 :
« S'il y a chez toi quelque indigent d'entre tes frères, dans l'une de tes portes, au pays que l'Éternel, ton Dieu, te donne, tu n'endurciras point ton cœur et tu ne fermeras point ta main devant ton frère indigent. Mais tu lui ouvriras ta main, et tu lui prêteras de quoi pourvoir à ses besoins. »
Le 19e chapitre du Lévitique traite des prescriptions données afin de s'élever vers la sainteté, tout comme l'Éternel est Saint[8]. Pour cela, l'homme doit participer au projet divin de la perfection en essayant notamment de corriger les inégalités dues à la pauvreté et ainsi réaliser une partie du Tikoun olam, la réparation du monde, à travers des actes récurrents de justice et tsedaka[9]. Le judaïsme enseigne que Dieu est l'ultime propriétaire, l'homme n'étant qu'un locataire temporaire ou un serviteur sur Terre. Les biens produits et les richesses obtenues n'appartiennent pas à l'homme mais lui sont attribués par Dieu qui est juste et généreux. À l'homme de les redistribuer avec justice pour « réparer le monde ».
Selon la Halakhah (prescriptions de la Loi juive), on peut donner 20 % de son revenu aux œuvres mais généralement, beaucoup donnent 10 % et accomplissent parallèlement la mitsva de la tsedaka pour être en conformité avec la notion de Justice[10].
Moïse Maïmonide distingue huit niveaux de Tsedaka, selon la proximité entre le donateur et le récepteur, de façon spontanée ou sollicitée, en répondant partiellement ou totalement aux besoins du nécessiteux, etc.[11]. Pour le rabbin Nahman de Bratslav, l'homme doit se nourrir en dessous de ses moyens (avarice), s'habiller selon ses moyens, et nourrir et habiller son épouse et ses enfants au-dessus de ses moyens (prodigalité), parce que sa famille dépend de lui, alors qu'il dépend de Dieu. La Kabbale indique par ailleurs que la Tsedaka (charité) est la même que toutes les autres mitzvot combinées[12].
À l'opposé du judaïsme, l'antisémitisme a longtemps accusé les Juifs d'être pingres, avares ou âpres au gain ; l'humour juif de Woody Allen lui permet de lancer la phrase suivante sur scène, pour évoquer cette mauvaise réputation : « Je tiens beaucoup à ma montre, c’est mon grand-père qui me l’a vendue sur son lit de mort »[13].
Catholicisme
L'avarice est un péché lorsque l'argent est accumulé pour l'argent, et qu'il prend le pas sur soi-même et les relations avec les autres[14]. Ce n'est pas la possession d'argent ou de biens matériels elle-même qui est en cause, mais d'oublier que les biens ont été confiés par Dieu[2].
Pour Grégoire le Grand, les conséquences de l'avarice sont l'insensibilité du cœur, l'inquiétude dans la possession, la violence dans l'appropriation, le vol et la trahison[15].
Islam
L'avare est celui qui refuse de s'acquitter de l'aumône[16].
Régionalismes
Différents onomastismes sont employés selon les régions géographiques pour nommer les avares. Au Québec, le nom de Séraphin, personnage de Claude-Henri Grignon, est passé dans le langage populaire comme synonyme d'avare. Dire d'un homme qu'il est « un vrai séraphin » équivaut à dire qu'il est d'une grande avarice. En France, lorsqu'on dit de quelqu'un que c'est « un vrai harpagon » (en allusion à Harpagon de Molière), cela signifie aussi que c'est quelqu'un d’extrêmement avare. Aux États-Unis et au Royaume-Uni, c'est le nom scrooge, du personnage Ebenezer Scrooge, qui est employé (c’est aussi le nom anglais de Picsou.)
Dans la fiction
Personnages devenus archétypes
- Harpagon, personnage de la pièce de théâtre L'Avare (1668) de Molière.
- Ebenezer Scrooge, personnage du conte Un chant de Noël (1843) de Charles Dickens.
- Séraphin Poudrier, personnage du roman Un homme et son péché (1933) de Claude-Henri Grignon.
- Balthazar Picsou, personnage de la Walt Disney Company, créé par Carl Barks (1947).
Autres personnages
- Une légende qui entoure Midas rapporte qu'il souhaita et obtint que tout ce qu'il touche se changeât en or. Il lui est alors impossible de manger, tout ce qu'il touche se changeant en or : son avarice va contre son intérêt[17].
- Monsieur et madame John Dashwood, personnages du roman Raison et Sentiments (1811) de Jane Austen.
- Félix Grandet, personnage du roman Eugénie Grandet (1834) d'Honoré de Balzac.
- Hermann et Mrs. Titbury, personnages du roman Le Testament d'un excentrique (1900) de Jules Verne.
- La veuve Mac'Miche, personnage du roman Un bon petit diable de la Comtesse de Ségur.
- Trina Sieppe, épouse Macteague, personnage dans le film Les Rapaces (1924) de Erich von Stroheim.
- Don Salluste, incarné par Louis de Funès dans le film La Folie des grandeurs (1971) de Gérard Oury.
- Urbain Donnadieu, incarné par Christian Clavier dans le film La Soif de l'or (1993) de Gérard Oury.
- Le roi Guinget, la reine et le prince Mirtil, personnages du conte Le Prince Tity de Jeanne-Marie Leprince de Beaumont.
- Gordon Gekko dans le film Wall Street fait la louange de l'avarice avec le slogan « greed is good » : « l'avarice est bonne »[18].
Mangas
- Mammon (ou Viper) dans Katekyo Hitman Reborn.
- Dans le manga Judge de Yoshiki Tonogai, Rina, la jeune fille au masque de renard, représente l'Avarice.
- Dans le manga Fullmetal Alchemist de Hiromu Arakawa, l'un des sept homunculus représente l'Avarice. Son nom est Greed, qui signifie « avarice » en anglais.
- Dans le manga Nanatsu No Taizai, un groupe de chevaliers représentent les sept péchés capitaux. Parmi eux, Ban représente le péché de l'avarice.
- Dans le manga Saint Seiya de Masami Kuramada, ainsi que dans l'animé éponyme, dans la chapitre Hadès inferno (basé sur la divine comédie de Dante), la troisième prison des Enfers est dédiée aux âmes de ceux qui ont commis le péché de l'avarice. Pour l'éternité, ils doivent pousser des rochers dont la taille correspond au degré de cupidité du pécheur.
- Dans la light novel nommée re: zero Echidna représente la sorcière du péché de l'avarice
Avarice cognitive
Selon le sociologue Gérald Bronner[19], la massification de l’information explique que les acteurs sociaux acceptent certaines explications objectivement douteuses parce qu’elles paraissent pertinentes. En situation de concurrence, ces acteurs optent pour la proposition qui produit le plus d’effet cognitif possible pour le moindre effort mental. Ce processus est appelé « avarice cognitive » par Susan Fiske et Shelley Taylor (en)[20].