Bernadette Schnitzler
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Conservatrice du patrimoine (- |
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Bernadette Schnitzler, née le à Strasbourg, est une archéologue française, conservatrice du musée archéologique de Strasbourg de 1981 à 2019.
Elle organise de nombreuses expositions au musée qu'elle dirige et en publie les catalogues. Elle écrit également d'autres ouvrages, notamment consacrés à l'histoire de l'archéologie.
Formation
Bernadette Marguerite Élisabeth Schnitzler[1] est née le [2] à Strasbourg, d'un père informaticien et d'une mère couturière[3].
Elle suit des études d'histoire et d'histoire de l'art et d'archéologie à l'université de Strasbourg. Après une licence d'histoire et une licence d'histoire de l'art et d'archéologie obtenues toutes deux en 1974, elle rédige un mémoire de maîtrise d'archéologie sur la céramique gallo-romaine sous la direction de Jean-Jacques Hatt puis un diplôme d'études approfondies d'archéologie médiévale de la ville de Strasbourg sous la direction de Francis Rapp. Parallèlement à ses études, elle participe, bénévolement puis en tant que vacataire, à différents chantiers de fouilles, apprenant ainsi l'archéologie sur le terrain[4]. Pour sa thèse, soutenue en 1978, elle revient à l'archéologie gallo-romaine : elle dresse une typologie de la céramique gallo-belge conservée dans les musées en Alsace et en Lorraine[3].
Conservatrice du musée archéologique de Strasbourg
En 1979, elle réussit le concours de conservateur du patrimoine, poussée par Jean-Jacques Hatt, qui souhaite la voir lui succéder à la direction du musée archéologique de Strasbourg. Après dix-mois de stage dans différents musées, elle est effectivement nommée le [3] conservatrice du musée archéologique de Strasbourg, en remplacement de Jean-Jacques Hatt[5],[3]. Devenue conservatrice du patrimoine de première classe en 1991[6],[7], elle accède au grade de conservatrice en chef du patrimoine en 1993[8].

Au musée archéologique de Strasbourg, Bernadette Schnitzler organise une première exposition, sur les origines antiques de la ville, en 1988[9]. De 1988 à 1992, le musée, situé dans le palais Rohan, est totalement réaménagé. Ce chantier s'est fait sous la conduite de Bernadette Schnitzler à travers trois missions principales : garantir la conservation des artefacts archéologiques durant les travaux, étudier ces collections pour comprendre leur intérêt à être exposées, et choisir les plus belles pièces à présenter au public pour la réouverture du musée[10]. Malgré ces travaux, Bernadette Schnitzler présente une exposition en 1990, consacrée à l'archéologie médiévale en Alsace. À partir de 1992, elle organise une exposition chaque année, qui présente l'actualité de l'archéologie en Alsace à travers les résultats des fouilles récentes ou qui est centrée sur un thème spécifique, par exemple les liens de l'archéologie avec la médecine ou les rites mortuaires. Elle collabore notamment avec l'artiste Raymond Waydelich[9].
De 1992 à 1997, Bernadette Schnitzler publie une série d'ouvrages qui présentent les collections du musée archéologique de Strasbourg, organisée par périodes : le Paléolithique et le Mésolithique, le Néolithique, l'âge du bronze et l'âge du fer, la période romaine et l'époque mérovingienne. Après avoir présenté en de courts textes les caractéristiques de la période, l'autrice dresse un catalogue des pièces remarquables du musée. Les fouilles récentes sont également racontées[11].

L'exposition organisée par Bernadette Schnitzler en 1998 au musée archéologique de Strasbourg est consacrée aux artefacts grecs et indigènes de Basilicate, notamment des vases[12]. En 2006-2007, elle présente une exposition sur les thèmes et à l'iconographie antique (surtout l'Égypte, la Gaule, la mythologie et la civilisation gréco-romaines) dans la publicité à l'époque contemporaine[13]. En 2013-2014, une autre exposition, intitulée À l'Est du nouveau, met en avant l'archéologie de la Première Guerre mondiale, montrant la vie quotidienne sur le front à travers des objets, des structures et des aménagements[14]. L'exposition qu'elle dirige en 2015-2016 est consacrée à l'évolution de l'ancienne cité de Brumath de la protohistoire à l'époque romaine[15]. En 2017, Bernadette Schnitzler donne à voir les résultats de fouilles archéologiques concernant le quartier strasbourgeois de Koenigshoffen à l'époque romaine[16].
Bernadette Schnitzler part en retraite en 2019[17].
Histoire de l'archéologie nazie
En 2001, Bernadette Schnitzler co-dirige une exposition installée au musée archéologique de Strasbourg puis au musée de la Cour d'Or à Metz, consacrée au rôle de l’archéologie préhistorique et protohistorique dans la légitimation de l'annexion de fait de l'Alsace et de la Moselle par les nazis pendant la Seconde Guerre mondiale et rédige une partie importante du catalogue de cette exposition. Préfacé par Alain Schnapp, qui souligne l'absence d'une historiographie critique de l'archéologie, l'ouvrage comprend des contributions de divers auteurs qui montrent l'instrumentalisation de l'archéologie au profit d'un récit centré sur les origines germaniques de la population, en Alsace comme en Moselle, et l'installation par les nazis d'une administration de la recherche archéologique. Ils exposent aussi les fouilles archéologiques organisées par les nazis dans la France occupée et l'influence idéologique du nazisme sur les théories archéologiques. Selon l'archéologue allemand Hubert Fehr (de), « Es handelt sich um einen wertvollen und exemplarischen Beitrag zur Fachgeschichte der Ur- und Frühgeschichte während des Dritten Reiches[a]. »[18].
L'archéologue française Joëlle Burnouf estime que cette exposition est un tournant dans l'historiographie de l'archéologie et parle d'un « livre-catalogue qui fit grand bruit »[19]. Elle place dans le sillage de cette exposition la publication — en 2007, co-dirigée par Bernadette Schnitzler — des actes du 10e congrès de l’association des archéologues européens, consacré à l'archéologie nazie dans les pays d'Europe de l'Ouest[19]. Cet ouvrage montre comment les archéologues ont été mobilisés par les nazis pour rechercher en France, en Belgique, aux Pays-Bas, en Autriche et au Danemark les restes d'une prétendue présence germanique originelle[20],[21],[22]. Selon Johann Chapoutot, « cet ouvrage, par la grande qualité de ses textes, de ses bibliographies, réparties par articles, et de ses annexes, acquiert dès sa publication le statut d’une référence »[20].
Autres ouvrages
En 1999, Bernadette Schnitzler fait paraître une biographie de l'archéologue, écrivain et antiquaire Robert Forrer, Suisse installé à Strasbourg à la fin du XIXe siècle, notable qui produit une œuvre scientifique importante. Ce livre s'appuie sur les archives personnelles de Robert Forrer, que Bernadette Schnitzler a classées[23].
En 2016, elle publie avec Olivier Haegel et Jean-Noël Grandhomme une synthèse sur les monuments aux morts en Alsace et en Moselle. L'ouvrage montre les phases de construction de ces monuments aux morts après 1870, 1918 et 1945, décrit leur implantation géographique et leurs inscriptions, dresse une typologie iconographique et s'intéresse à leurs concepteurs[24].
En 2019, Bernadette Schnitzler publie un récit des mesures de protection et d'évacuation des biens culturels en Alsace pendant la Seconde Guerre mondiale. Elle y présente la mise au point d'un plan d’évacuation et de protection des œuvres à partir de 1935 et son commencement d'application lors de la crise des Sudètes de 1938. Elle expose ensuite les mesures de protection sur place ou d'évacuation en Dordogne pendant la drôle de guerre, puis, après l'annexion de fait de l'Alsace-Moselle au Troisième Reich, le retour en Alsace des biens culturels évacués en 1939-1940. Elle raconte enfin les mesures de protection contre les bombardements appliquées par les Allemands en 1943-1944 puis le retour des œuvres après la Libération[25].
Pendant sa carrière professionnelle et après son départ en retraite, Bernadette Schnitzler participe bénévolement à différents chantiers de fouille archéologique de sites de châteaux forts[26] et s'investit dans les sociétés d'histoire et d'archéologie alsaciennes, en particulier la société pour la conservation des monuments historiques d'Alsace, la société savante d'Alsace[27], le centre de recherches archéologiques médiévales de Saverne et l'association des amis de la bibliothèque du Grand Séminaire de Strasbourg[26].

