Bernard Grasset (éditeur)

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Cimetière du Père-Lachaise, Grave of Grasset (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Bernard Grasset
Bernard Grasset en 1905.
Biographie
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Condamnation

Bernard Grasset, né le à Chambéry et mort le à Paris, est un éditeur français.

Enfance et études

Bernard Grasset nait à Chambéry, où ses parents s'étaient rencontrés. Marie Ubertin était la fille d’un receveur local de l’Enregistrement, et Eugène Grasset y exerçait comme avocat après avoir grandi à Montpellier, comme son propre frère Joseph Grasset, qui y est professeur de médecine. C'est cet oncle médecin qui, après la mort d'Eugène en 1896, fait découvrir Montpellier à Bernard, qui y suit des études qui lui vaudront un doctorat en sciences économiques. Bernard Grasset monte alors à Paris. Au Café Vachette, au 27 boulevard Saint-Michel[1], il rencontre Jean Moréas, Émile Faguet et Jean Giraudoux[réf. souhaitée].

Carrière

Éditeur

En 1907, Bernard Grasset fonde les « Éditions Nouvelles » au 49, rue Gay-Lussac (où il s’est installé en arrivant à Paris). Le premier livre qu’il publie en juillet est le roman d’Henry Rigal, Mounette, un auteur proche d'André Tudesq, qu'il publie également dans la foulée. Dès 1908, les éditions changent de nom et deviennent « Bernard Grasset, éditeur » et déménagent au 7 rue Corneille[2].

En 1910, il devient le représentant des éditions Thomas Nelson[2]. Il doit son premier gros succès au livre de pastiches signé Paul Reboux et Charles Müller, À la manière de…, édité dans la collection « Cahiers Rouges ». Viennent ensuite deux prix Goncourt consécutifs, en 1911 et en 1912, Monsieur des Lourdines d’Alphonse de Châteaubriant et Filles de la pluie d’André Savignon. Il s’installe alors au 61, rue des Saints-Pères où les éditions Grasset sont toujours.

En 1913, par le biais de René Blum, il publie, à compte d’auteur, le premier volume d’À la recherche du temps perdu de Marcel Proust, Du côté de chez Swann[3]. En , Grasset reprend la publication du périodique Le Fait de la semaine, arrêté depuis [2].

L’année 1920 ouvre pour lui une période faste puisqu’il lance les « Quatre M » : André Maurois, François Mauriac, Henry de Montherlant et Paul Morand. Par ailleurs, il constitue une société appelée « Le Livre » et ouvre plusieurs librairie (Paris, Poznań), mobilisant un capital de 450 000 francs[2].

En 1921, il confie à Daniel Halevy ce qui deviendra la collection « Les Cahiers verts », dont le premier titre – et premier succès – est Maria Chapdelaine de Louis Hémon. En 1922, il fonde le grand prix Balzac avec le soutien du marchand d'armes Basil Zaharoff[2].

Pour la direction artistique de ses ouvrages, il fait appel à Maximilien Vox en 1922 puis à François-Martin Salvat en 1926[4].

De nombreux auteurs rejoignent les éditions Grasset : Raymond Radiguet avec Le Diable au corps, Blaise Cendrars avec L’Or. La merveilleuse histoire du général Johann August Suter, Jean Guéhenno avec Caliban Parle, Jean Giono avec Colline, Philippe Soupault avec Les Frères Durandeau, Joseph Delteil avec Sur le fleuve Amour, Ramuz et La Grande Peur dans la montagne, ou encore André Malraux et La Tentation de l'Occident, Joseph Peyré qui assure neuf titres à l’éditeur, dont Sang et lumières qui obtient le prix Goncourt en 1935.

Grand fumeur et dépressif, il fréquente la clinique du château de Garches, sur les conseils de Jacques Lacan. En 1934-1935, il doit répondre de sa santé mentale devant un tribunal, alors que ses sœurs veulent l’expulser de sa maison. La tentative échoue en , les sœurs étant déboutées[5].

Seconde Guerre mondiale

Pendant la Seconde Guerre mondiale, comme la plupart des éditeurs français de l’époque, il a plus ou moins « collaboré » avec l’occupant allemand, sous peine d’interdiction de tel ou tel titre ou de privation de papier. Grasset se distingue cependant par son zèle, écrivant en 1940 trois lettres, où il soutient la censure de l’occupant et déclare : « Je suis un Français authentique sans nul alliages malsains que l'Allemagne condamne à juste titre[6] » ; cependant, ces lettres ne sont pas envoyées. En 1940, il lance la collection « À la recherche de la France », qui publie cinq auteurs prisés des nazis, dont Pierre Drieu la Rochelle. Les défenseurs de Grasset estiment que cela avait pour but d’amadouer la Gestapo[5].

Après que Louis Brun, son bras droit depuis 32 ans, a été assassiné par son épouse en raison de ses infidélités[2], il appelle à ses côtés René Jouglet, un ancien instituteur proche du PCF. Sans que Grasset le sache, Jouglet est cependant rancunier[réf. nécessaire] : romancier, plusieurs de ses manuscrits avaient été refusés par l’éditeur. Il se retournera contre son patron lors de son procès. Grasset épouse par ailleurs Aymée Fausto Lamare, rencontrée lors d’un dîner[5].

Ami et éditeur de l’écrivain allemand Friedrich Sieburg, il publie son ouvrage Dieu est-il français ? en 1930 et invite l’écrivain à Paris en 1941.

En 1923, il avait engagé par relations le fils d’un banquier, âgé de vingt ans, pour apprendre le métier, sans le salarier, au départ. Ce jeune homme, Henry Muller écrira ses souvenirs sur Grasset dans Trois pas en arrière, prix Marcelin Cazes 1952. Son patronyme donnera lieu à la rumeur de « l’associé allemand »[réf. souhaitée] bien que la famille Muller fût française.

Grasset fréquente des officiers de l’armée allemande, déjeune avec eux à la brasserie Lipp. Il reçoit ses amis à Garches et est surnommé le César de Garchtesgaden, par allusion à Berchtesgaden, résidence d’Hitler.

Il a publié certains auteurs qui devinrent par la suite collaborationnistes comme Fernand de Brinon (France-Allemagne (1918-1934) en 1934), Jacques Doriot (Refaire la France en 1938 et Je suis un homme du Maréchal en 1941), Abel Bonnard (Le Bouquet du monde en 1938 et L’Amour et l’Amitié en 1939), puis Jacques Chardonne, Georges Blond (L’Angleterre en guerre : récit d’un marin en guerre en 1941 et L’Épopée silencieuse : service à la mer, 1939-1940 en 1942). Pierre Drieu la Rochelle, édité par Gallimard et directeur de La Nouvelle Revue française, publie chez Grasset Mesure de la France, en 1922, et Ne plus attendre, en 1941.

Les Principes d’action d’Adolf Hitler ont été publiés en 1936, avec une préface soulignant que « cette publication n’entraîne aucune adhésion de la part de l’éditeur aux principes qui y sont exprimés, ne répondant qu’à une nécessité de documentation » ; cette même année, il avait obtenu l’accord de Maurice Thorez et de Léon Trotsky pour le même type d'ouvrage. À la même période, il publie Ernst Glaser et Ernst Erich Noth, écrivains allemands anti-fascistes, qui ont choisi de fuir leur pays pour se réfugier en France.

Il refuse en 1942 la demande des Allemands de rééditer Mein Kampf, qui a été publié par l’éditeur Sorlot. Il publie également le gaulliste François Mauriac.

Après la Libération

Bernard Grasset est arrêté le et enfermé au camp de Drancy, libéré quelques semaines plus tard en raison de son état de santé. Le , le Syndicat des éditeurs décide l'exclusion de Bernard Grasset, Gilbert Baudinière, Fernand Sorlot, Jacques Bernard (des éditions du Mercure de France), Jean de la Hire et Henry Jamet[2].

Le , il est condamné par contumace pour indignité nationale à la dégradation nationale à vie, à cinq ans d’interdiction de séjour et à la confiscation de ses biens ; le , malgré la demande de la défense, la Cour confirme le caractère définitif de l’arrêt[7].

Dans le journal Combat, il écrit pour sa défense :

« Je n’ai jamais cru le moindre mot de ce que j’écrivais. Je n’avais d’autre objectif que de réintégrer ma maison. J’ai écrit des blagues, parce que j’avais intérêt à écrire des blagues[8]. »

Lors de son procès à la Chambre civile de la Seine, il implore le jury de lui laisser son entreprise : « Cette maison est l'œuvre de ma vie, je vous supplie de me la rendre entière. » Plusieurs journaux se font écho de la partialité du procès : ainsi, pour La Croix, il s’agit d’« un monument d'erreurs et d'invraisemblances », pour La Gazette de Lausanne c’est « un scandaleux procès » et pour La Bataille « rarement procédure ne fut entachée de plus d'irrégularités. »

À sa décharge sont notamment mis en avant qu’il n’a pas fait partie du Groupe Collaboration, qu’il n’y a eu aucun témoin à charge lors de son procès et qu’il a subi des mesures vexatoires des Allemands pour avoir publié par avant des auteurs antifascistes.

Pour l’historien Pascal Fouché, « il est difficile d'absoudre Grasset pour certains écrits largement tendancieux », ayant notamment évoqué une vie d’Adolf Hitler « uniquement tendue vers la grandeur et l'ordre allemand » ou encore une interview au journal La Gerbe, dans laquelle il souhaite l’arrivée d’un « ordre nouveau ». Fouché poursuit : « En allant à Vichy pour essayer de se faire nommer représentant de l'édition française, Grasset s'est mouillé plus que les autres[5]. »

Interné dans une clinique de Ville-d'Avray, il subit plusieurs séances d’électrochocs et signe une délégation de pouvoir à son épouse pour diriger la maison d’édition. Son neveu Bernard Privat reprend ensuite un temps la direction de la maison[5].

En 1949, sur décision du président de la République Vincent Auriol, Grasset retrouve ses droits[précision nécessaire] et reprend sa maison d’édition. Il publie notamment Vipère au poing, le premier roman d’Hervé Bazin, et des ouvrages de Jacques Laurent.

Dernières années et décès

Le , il est amnistié par le tribunal militaire qui a pris la suite de la cour de justice[2].

En 1954, il cède le capital de sa maison d’édition à Hachette[5].

Il meurt en , à l'âge de soixante-quatorze ans. Il est inhumé au cimetière du Père-Lachaise (88e division)[9].

Dans Combat, Gaston Gallimard écrit :

« J’aimais Bernard Grasset pour ses défauts mêmes, car ils venaient de la passion[5]. »

Postérité

Dans les années 2010, sa petite-nièce, Marie Liang, fille de Bernard Privat, retrouve, après la mort de sa mère, dans l'appartement familial, des documents concernant le procès de son grand-oncle ainsi que le portrait qu'avait fait de lui Jacques-Émile Blanche en 1924[5]. Depuis, elle tente de réhabiliter la mémoire de Bernard Grasset, mort seul et dans la douleur, dans une chambre d’hôtel, à Paris[5].

Place de Bernard Grasset dans l’édition française

Dans le domaine de l’édition, Bernard Grasset fut un rénovateur. Après la Première Guerre mondiale, il joua un rôle important dans la diffusion des auteurs contemporains. Il augmenta le tirage des livres, passant à 10 000 exemplaires au lieu de 2 000 en moyenne. Il inventa une nouvelle forme de publicité littéraire, via entre autres les services de presse. Enfin il modernisa la typographie du livre[10].

Ses écrits

Notes et références

Annexes

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