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Fernand de Brinon

avocat et homme politique français From Wikipedia, the free encyclopedia

Fernand de Brinon, né le à Libourne et fusillé le au fort de Montrouge à Arcueil, est un avocat, journaliste et homme politique français.

PrédécesseurPierre Laval (chef du gouvernement)
SuccesseurCharles de Gaulle (président du Gouvernement provisoire de la République française)
Chef de l'ÉtatPhilippe Pétain
Faits en bref Fonctions, Président de la Commission gouvernementale de Sigmaringen (Régime de Vichy, en exil) ...
Fernand de Brinon
Illustration.
Fernand de Brinon en 1945.
Fonctions
Président de la Commission gouvernementale de Sigmaringen
(Régime de Vichy, en exil)

(7 mois et 17 jours)
Prédécesseur Pierre Laval (chef du gouvernement)
Successeur Charles de Gaulle (président du Gouvernement provisoire de la République française)
Délégué général du gouvernement français dans les territoires occupés
(Régime de Vichy)

(4 ans, 1 mois et 8 jours)
Chef de l'État Philippe Pétain
Gouvernement Laval V
Flandin II
Darlan
Laval VI
Prédécesseur fonction créée
Successeur fonction supprimée
Secrétaire d'État auprès du chef du gouvernement
(Régime de Vichy)

(1 an, 8 mois et 19 jours)
Chef de l'État Philippe Pétain
Gouvernement Laval VI
Prédécesseur Jacques Benoist-Méchin
Successeur Paul Marion
Biographie
Nom de naissance Marie Fernand de Brinon
Date de naissance
Lieu de naissance Libourne (France)
Date de décès (à 61 ans)
Lieu de décès Arcueil (France)
Nationalité Française
Parti politique GC
Conjoint Lisette de Brinon
Profession Avocat
Journaliste
Fermer

Homme-clé de la collaboration en France[1], il est le représentant du gouvernement de Vichy auprès du Haut-Commandement allemand dans le Paris de l’Occupation. Après la Libération, il est jugé et condamné à mort.

Biographie

Jeunesse et études

Fils de Robert de Brinon et de Jeanne Mercier de Lacombe, Fernand de Brinon est né à Libourne, où son père est inspecteur des haras nationaux, dans une famille de la noblesse bourbonnaise[2] de robe, appauvrie[1]. Cette lignée considère être la branche cadette d'une autre famille du même nom et établie à Paris, sans disposer des actes prouvant une telle filiation[2]. Elle est dûment reconnue par l'ANF, devenu l'AENF[réf. souhaitée]. Elle descendrait[3] de « noble homme et sage maître »[2] Guillaume Brinon, avocat en la cour du Parlement de Paris en 1551, fils de maître Yves Brinon[2]. Son petit-fils, Yves de Brinon, exerça une charge anoblissante[2].

Après une scolarité chez les Dominicains d'Arcueil[1], Fernand de Brinon étudie d’abord le droit et obtient une licence en droit en 1907[4]. Il s'inscrit à l'École libre des sciences politiques[5], dont il suit « assez mollement » les cours[6]. Certaines sources déclarent qu'il en a été diplômé[5], tandis que d'autres soulignent son absence de la liste des diplômés de 1905 à 1908[4].

Parcours professionnel

Au lendemain de la Première Guerre mondiale, Fernand de Brinon devient journaliste. Dans le Journal des débats, puis à L'Information de Léon Chavenon, convaincu de l'échec de la politique dite des « réparations » (imposées à l'Allemagne de Weimar en 1921), il se montre partisan d'un rapprochement et d'une entente pacifique et durable entre la France et l'Allemagne. Ces écrits attirent l'attention en Allemagne et il est invité pour un entretien par Walther Rathenau, le président-fondateur d'AEG, trust allemand de l'électricité, ce qui l'introduit dans les milieux de la République de Weimar[1]. En France, proche du Parti radical, il fréquente Édouard Daladier et Pierre Laval, accompagnant ce dernier lors de son voyage aux États-Unis en 1931[1].

C'est dans les colonnes du Matin (quotidien auquel il collaborait épisodiquement) qu'il publie, le , sous le titre « Pour la première fois, le chancelier du Reich reçoit un journaliste français », les « déclarations sensationnelles » qui lui ont été faites par Adolf Hitler, lors de l'entretien qu'il a eu avec celui-ci le . Dans cette entrevue, Hitler tient des paroles très apaisantes, indiquant ainsi que l'Allemagne a renoncé à l'Alsace-Lorraine[1]. Cette entrevue, dont la publication a rapporté 20 000 francs à Brinon[1], avait été organisée grâce à l'entremise de Ribbentrop, avec lequel il avait sympathisé en 1932 à l'occasion d'une partie de chasse en Champagne, chez un ami commun, le marquis Melchior de Polignac, propriétaire des champagnes Pommery[1]. À l'issue de cette entrevue, le nouveau Führer invite personnellement une délégation d'anciens combattants français en Allemagne. Brinon rencontre Hitler à cinq autres reprises, entre 1935 et 1937, se rendant régulièrement aux congrès du Parti nazi à Nuremberg[1].

Il fonde en 1935, avec Georges Scapini (1893-1976), le comité France-Allemagne qui édite Les Cahiers français-allemands (le comité est financé par le gouvernement français jusqu'en 1937) et son domicile devient un lieu de rencontre entre Français et Allemands. En Allemagne, les membres du comité sont hébergés dans un hôtel particulier proche du Tiergarten et lieu d'une intense vie mondaine[1] dont de plusieurs journalistes ou diplomates allemands francophones qui se retrouveront plus tard à différents postes en France occupée[1].

Avec le soutien de Pierre Laval, Fernand de Brinon est proche d'être nommé ambassadeur de France en Pologne, lorsque le Quai d'Orsay s'y oppose[1].

1938, avec les premiers coups de force d'Hitler, marque une rupture. Brinon devient moins fréquentable[1]. Daladier qui avait plusieurs fois fait appel à lui ne le contacte plus et les journaux anti-allemands le critiquent sévèrement[1]. Il se voit même surnommé dans certains d'entre-eux de « Brinontrop ». En , le comité France-Allemagne suspend ses activités[1]. Fernand de Brinon passera toute la drôle de guerre dans sa propriété d'Orriule dans les Basses-Pyrénées[1].

Mariage

Il entretient dès le début des années 1930 une relation avec Jeanne Louise Rachel Franck, dite Lisette (1896-1982), de douze ans sa cadette, alors mariée et mère de deux fils. Elle est issue d'une famille belge de la grande bourgeoisie juive et cousine d'Emmanuel Berl[1]. Pour l'épouser, elle se convertit au catholicisme[1] et obtient l'annulation de son premier mariage avec Claude Ullmann. Ce mariage témoigne de l'ascension sociale de Brinon[1].

Collaboration (1940-1945)

Après la défaite de , Fernand de Brinon se fait l’avocat de la collaboration avec l’Allemagne.

En , il est appelé par Pierre Laval, membre du gouvernement de Vichy, à représenter le gouvernement français auprès du Haut-Commandement allemand dans le Paris de l’Occupation. Le , il est nommé ambassadeur de France auprès des Allemands. Il est parfois surnommé avec dérision « l’ambassadeur de France à Paris »[7],[8] en raison de sa fonction de délégué général du gouvernement dans les territoires occupés[9], poste auquel il est nommé le .

Fernand de Brinon est membre du comité d’honneur du Groupe Collaboration[10], organisation politique collaborationniste d'extrême droite.

Brinon a bénéficié de ses relations anciennes avec l'ambassadeur allemand Otto Abetz. Il occupe ce poste jusqu’à la fin de l’Occupation, étant même élevé au rang de secrétaire d'État auprès du chef de gouvernement après le retour de Laval en 1942. Le siège de ses bureaux était alors l'hôtel de Breteuil, au 12, avenue Foch, qui devient un haut lieu de la collaboration.

Le , il reçoit au nom du gouvernement de Vichy la dépouille du duc de Reichstadt, envoyée de Vienne sur ordre de Hitler pour être inhumée auprès de celle de son père, Napoléon Ier, aux Invalides.

Avec la dénonciation du traité d’armistice et l’occupation de la zone libre par Hitler en , Pétain, sachant que Brinon a l'estime des Allemands, le nomme secrétaire d’État dans le gouvernement que Laval dirige à son retour aux affaires ; il est ainsi le seul représentant officiel du gouvernement à Paris.

Fernand de Brinon (au centre) à Katyń en 1943.

En 1943, Georges Duhamel, secrétaire perpétuel de l'Académie française, s'inquiéta auprès de Brinon du sort de la famille de Léon Reinach, fille, gendre et petits enfants du collectionneur et mécène Moïse de Camondo, alors internée à Drancy. Malgré l'intervention de Brinon par « une note ajoutée au dossier » (Pierre Assouline) auprès des autorités allemandes, les quatre sont internés à Drancy, déportés séparément puis assassinés à Auschwitz[11].

En Russie, il effectue également une revue des troupes de la LVF commandée par le colonel Edgar Puaud[12].

Fernand de Brinon apparaît dans le livre Propos secrets (1977 et 1980), écrit par le diplomate et écrivain Roger Peyrefitte, qui fut un de ses subordonnés au ministère des Affaires étrangères. Selon le livre Peyrefitte démaquillé d'André du Dognon, Brinon dirigeait le Bureau des rapatriements, lequel contrôlait « le départ des Français pour l'Allemagne, et vice versa »[13].

Réfugié à Sigmaringen en août 1944 avec plusieurs personnalités du régime de Vichy, il y préside la « Commission gouvernementale » (forme de gouvernement en exil). Il est reçu par Hitler le dans son quartier général en Prusse-Orientale et le 9 dans une lettre pour le remercier il écrit espérer « que le travail qu [ils] allaient entreprendre ensemble contribuera à la victoire finale de l'Allemagne »[1].

Arrestation, jugement et exécution

Devant l’avancée des armées alliées, il prend, fin , le chemin du Tyrol[1], il essaie dans un premier temps de rejoindre par avion l’Espagne, via l’Autriche et la Suisse. Il se voit refuser l'entrée dans ce pays[1]. Coincé à la frontière entre l'Allemagne, la Suisse et l'Italie, il se présente aux autorités américaines le 8 mai 1945 et est arrêté par elles le lendemain[1], souhaitant rentrer en France et se constituer prisonnier[réf. nécessaire].

Il est transféré en France le et est incarcéré à Fresnes[1]. En décembre, il est inculpé pour intelligence avec l'ennemi et atteinte à la sécurité intérieure de l'État[1]. Malade, il doit en 1946 subir à l'hôpital Cochin une résection de la prostate[14]. Il comparaît à partir du devant la Haute Cour de justice siègeant au Palais des congrès de Versailles. Il lui est notamment reproché, au-delà du qualificatif de « traître à la Nation », d'avoir été un espion au service de l'occupant. Estimant que l'instruction a été bâclée, Fernand de Brinon annonce renoncer à se défendre et interdire à ses avocats de prononcer leurs plaidoiries[15]. Les témoins de l'accusation sont les généraux Doyen et de La Laurencie. Édouard Daladier est également témoin, ainsi qu'Otto Abetz, extrait de la prison du Cherche-Midi, seul témoin allemand[16]. Paul Caujolle, expert-comptable chargé d'éplucher les comptes de l'accusé, vient déposer et indique que celui-ci recevait, avant-guerre, tous les mois, de l'argent de la Banque Rothschild et de la Banque Lazard[17]. Ses avocats indiquent qu'il serait intervenu de très nombreuses fois auprès des autorités allemandes pour faire libérer des otages, empêcher des exécutions ou des déportations de résistants et obtenir la libération de prisonniers de guerre et produisent des lettres de remerciement[15].

Après deux jours de procès, Fernand de Brinon est condamné à mort le  ; sa grâce est refusée par le président Vincent Auriol[1]. Il est fusillé le au fort de Montrouge et inhumé au cimetière parisien de Thiais[18] ; son corps est par la suite inhumé au cimetière de Saint-Quentin-la-Chabanne, dans la Creuse, où il possédait le château de La Chassagne. Sur sa tombe est indiqué son titre d’« ambassadeur de France » sans préciser qu’il fut le seul ambassadeur du gouvernement français auprès de l'occupant allemand à Paris.

Postérité

Il a été décoré de l'ordre de la Francisque[19]. Promu officier de la Légion d'honneur le , il est condamné le à la dégradation nationale ; la décoration lui est donc retirée par le grand chancelier de l'ordre[20].

Sans postérité officielle ou reconnue, sa famille s'éteint en la personne de son cousin Germain Nicolas de Brinon, décédé le sans postérité masculine.

Ses papiers personnels sont conservés aux Archives nationales, à Pierrefitte-sur-Seine, sous la cote 411AP.

L'écrivain Louis-Ferdinand Céline, en exil à Sigmaringen en même temps que lui, évoque le rôle de Brinon dans son roman D'un château l'autre.

Dans le film Section spéciale (1975), son rôle est interprété par François Maistre.

Publications

  • En guerre. Impressions d'un témoin (Paris, Blond et Gay, 1915)
  • France-Allemagne (1918-1935) (Paris, Grasset, 1935), (trad. allemande par Albert Koerber, Essen, Essen Verlagsantalt, 1935)
  • À ses amis (notes de prison ; extraits de la sténographie du procès), slnd, in-16 (acquisition BN)
  • Mémoires (préface de Simone Mittre), Paris, Déterna (réédition 2001), 1947 et différentes éditions (Simone Mittre, 1897-1980, fut la maîtresse de Fernand de Brinon et demeura sa secrétaire après qu'il se fut marié. Elle resta d'une exceptionnelle fidélité à sa mémoire, et effectua un important dépôt d'archives aux Archives nationales.)

Notes et références

Voir aussi

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