Bible d'Acre

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Le Frontispice de la Génèse représentant les six jours de la Création, l'histoire d'Adam et Ève et de Cain and Abel

La Bible d'Acre est une version partielle de l'Ancien Testament, rédigée en ancien français ; elle contient de nouvelles traductions et des traductions révisées de 15 livres canoniques, 4 livres deutérocanoniques, ainsi qu'un prologue et des gloses. On y trouve : la Genèse, l'Exode, le Lévitique, les Nombres, le Deutéronome, Josué, les Juges, les deux livres de Samuel, les deux livres des Rois, Judith, Esther, Job, Tobit, les Proverbes, les deux livres des Maccabées et Ruth. Il s'agit d'une traduction dans une langue vernaculaire ancienne et quelque peu rudimentaire. La version du livre de Job contenue dans cette bible est toutefois la plus ancienne traduction vernaculaire d'Europe occidentale.

Le plus ancien exemplaire préservé est un manuscrit richement enluminé, réalisé à Acre pour Louis IX, dans le royaume de Jérusalem, entre 1250 et 1254. On a retrouvé deux autres exemplaires complets (dont un enluminé), ainsi qu'une traduction intégrale en vieil occitan. Des portions de cette même version figurent dans deux autres manuscrits (dont un enluminé) ainsi que dans un fragment.

Il est impossible de dater la Bible d'Acre avec certitude, mais le plus ancien exemplaire connu remonte au début des années 1250. Elle intègre des traductions antérieures à 1170 bien que sa division en chapitres soit caractéristique de la période postérieure à 1234[1].

Pour Pierre Nobel, la Bible d'Acre originale devait contenir des gloses marginales, mais aucun exemplaire complet n'a survécu. Les gloses ne figurent pas dans manuscrit A[2], le plus ancien, et quatre livres sont absents du deuxième plus ancien[3]. Hugo Buchthal soutient que la Bible d'Acre était à l'origine la version vernaculaire préférée de l'aristocratie vivant en Outremer. Jaroslav Folda remarque qu'on sait pas si un ouvrage comparable existait avant le premier manuscrit de la Bible d'Acre, mais que la plupart des textes en vieux français qui la composent, à l'exception du Livre de Job, existaient déjà et étaient disponibles pour les « Barons Francs » dans des ouvrages séparés[4].

La toute première version de la Bible d'Acre est la Bible de l'Arsenal, commandée par Louis IX pendant son séjour en Terre Sainte entre et . Lors de la septième croisade Saint Louis séjourne à Saint-Jean d'Acre après sa libération de captivité à Mansourah en Égypte[5],[6]. Il passe la majeure partie de son temps à Acre et commande cette Bible dont le premier manuscrit est réalisé entre 1250 et 1254 pendant son séjour dans cette ville[7],[8]. Le fait que ce volume, richement décoré mais de petite taille, soit écrit en vieux français et non en latin, dans un style assez familier et sans fioritures, indique clairement qu'il était destiné à un usage privé[9]. Il est probable que la Bible de l'Arsenal soit un des premiers livre de la nouvelle bibliothèque crée par le roi à son retour en France[10].

Manuscrits

Début de la Genèse dans le manuscrit N, avec des miniatures séparées pour le premier jour de la Création et les six suivants.

Il existe au total sept copies manuscrites de la Bible d'Acre[11] :

La Bible de l'Arsenal est le plus ancien manuscrit connu. Il est réalisé pour Louis IX à Saint-Jean d'Acre entre 1250 et 1254, probablement au couvent des Dominicains. Elle est enluminée dans un style franco-byzantin et contient un prologue (Incipit : Devine Escripture nos enseigne) ; une traduction révisée de l'Hexateuque (Genèse, Exode, Lévitique, Nombres, Deutéronome et Josué) ; les traductions existantes des Juges, de Samuel et des Rois ; de nouvelles traductions de Judith, Esther, Job, Tobie et du Livre des Proverbes ainsi que des traductions révisées des Maccabées et de Ruth. Le manuscrit contient également un texte tiré de la Historia scholastica de Pierre le Mangeur qui fait le lien entre les Maccabées et le Nouveau Testament[12].
Enluminé dans le style gothique par le maître hospitalier anonyme d'Acre en 1280-1281, probablement pour un client templier, cet exemplaire est arrivé en France au plus tard au XIVe siècle[13].
Il s'agit d'une copie du XIVe siècle réalisée d'après le manuscrit N ; cet exemplaire ne comporte aucune miniature, seulement des initiales ornées.

Il existe également une copie manuscrite perdue, mentionnée dans un inventaire de la bibliothèque de Francesco Gonzaga, capitaine de Mantoue, en 1407. Certaines parties de la Bible d'Acre se retrouvent dans deux autres manuscrits et un fragment :

  • Paris, Bibliothèque nationale de France, MS fr. 6447
Il s'agit d'une Bible illustrée de 1275 réalisée dans le nord de la France et retrouvée plus tard dans la bibliothèque des ducs de Bourgogne.
On trouve, dans ce volume, la même version des Rois que dans la Bible d'Acre.
  • un fragment conservé à la bibliothèque Gardner A. Sage du séminaire théologique de New Brunswick.
Ce texte contient des extraits du livre des Juges datant d'environ 1200. Il s'agit de la partie la plus ancienne de la Bible d'Acre.
Une page du seul exemplaire connu de la traduction occitane, montrant une initiale grossièrement décorée

Il existe une traduction occitane du français connue grâce à un unique manuscrit :

  • N 2 : Paris, Bibliothèque nationale de France, MS fr. 2426
Autrefois catalogué sous les références Colbert MS 3821 et Bibliothèque du Roi MS 8086/3, ce manuscrit sur papier du XVe siècle, peu orné, a probablement été copié en Provence. Le scribe s'appelait Johannes Conveli. Il contient le prologue ( La Divina Scriptura nos ensenha ), l'Hexateuque, les livres des Juges, de Samuel, des Rois, de Tobie, de Daniel (y compris l'histoire de Suzanne ), de Judith, d'Esther et des Maccabées[14].

Traduction

Cette Bible de Saint-Louis représente l’apogée de la traduction de l’Ancien Testament au début du Moyen Âge, un mouvement étroitement lié aux ordres militaires et aux croisades. La version du livre de Job est la plus ancienne en langue vernaculaire occidentale et l’une des plus remarquables[15].

La Bible d'Acre a été traduite à partir du texte en latin de la Vulgate, et non des textes originaux en hébreu. Il s'agit d'une traduction jugée « primitive » et « peu élégante ». Certains livres sont abrégés, notamment le Deutéronome, ce qui le rend plus court que le livre des Juges[16].

Tous les livres de la Bible d'Acre n'ont pas été retraduits en français.

Prologue et gloses

Initiales ornées et une glose marginale du manuscrit C

Le prologue est en vers octosyllabiques, probablement d'origine anglo-normande.

Décoration

Notes et références

Voir aussi

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