Boulevard Léopold II

voie de Molenbeek-Saint-Jean et Koekelberg, Belgique From Wikipedia, the free encyclopedia

Le boulevard Léopold II (en néerlandais : Leopold II-laan) est une artère de la ville de Bruxelles, de Molenbeek-Saint-Jean et de Koekelberg dans la région de Bruxelles-Capitale en Belgique. Sur toute sa longueur, il surplombe deux tunnels : le tunnel autoroutier Annie Cordy et le tunnel du métro 2.

Situation et accès

Cette voie des communes bruxelloises de Bruxelles, de Molenbeek-Saint-Jean et de Koekelberg mène du canal vers une perspective majestueuse sur la basilique de Koekelberg. Le boulevard se trouve à proximité de Tour et Taxis.

Ce site est desservi par les stations de métro : Ribaucourt et Simonis.

Origine du nom

Sa dénomination rend hommage au roi Léopold II (1835-1909)[1].

Historique

En 1862, Victor Besme, inspecteur-voyer, propose un plan d'extension de Bruxelles vers le nord-ouest, incluant le prolongement du boulevard d'Anvers jusqu'au plateau de Koekelberg[2].

En 1864, un arrêté royal approuve la création du futur « boulevard Léopold II », destiné à structurer un nouveau quartier autour du parc Élisabeth et de la future basilique[2]. C'est que le roi Léopold II aspire à voir naître un deuxième « quartier Royal », après celui du quartier Léopold, proche du palais royal de Bruxelles, mais situé cette fois à proximité du château de Laeken. En , la Compagnie Foncière du Quartier royal de Bruxelles et du Quartier de la Nouvelle Gare de Lille voit le jour et passe toute suite à un appel d'offres pour « l'exécution de 90 000 m3 de terrassement » afin d'y aménager le futur boulevard[3].

Il manque toutefois encore des fonds. Pour parvenir à les rassembler, le roi lance, en 1872, le projet d'organiser une exposition universelle, en 1874, sur le plateau de Koekelberg. Un crédit de 10 millions francs est alors voté[4]. En 1873, le boulevard reçoit officiellement le nom de « boulevard Léopold II »[2].

Mais on a oublié de prévoir le financement et la planification du pont nécessaire pour relier le boulevard d'Anvers. Entre-temps, le projet d'exposition est déplacé vers le parc du Cinquantenaire. En 1877, la compagnie fait faillite. Pour relancer le projet et l'intérêt des investisseurs potentiels, en 1879, un projet de Panthéon national est proposé pour Koekelberg, puis en 1880 celui d'un hippodrome, projets qui n'aboutissent pas. Une nouvelle société est alors créée, la S.A. du Quartier Léopold II, qui parvient à faire construire, en 1882, un pont provisoire en bois à la porte de Rivage. En 1883, le tir national envisage brièvement de déménager à Koekelberg ; en 1886, on parle à nouveau d'un panthéon ; en 1887, d'un nouveau jardin zoologique ; puis, en 1889, d'un vélodrome. En 1890, le pont en bois est fermé pour des réparations, puis à nouveau en 1900. Par la suite, un projet d'exposition universelle est de nouveau envisagé, cette fois pour 1905, mais la décision est prise de la tenir à Liège. Par contre, la même année, on pose la première pierre d'une basilique à Koekelberg et, en 1910, un double pont est finalement inauguré pour relier les boulevards d'Anvers et de Léopold II au-dessus du canal[5].

Avant les préparatifs de Bruxelles pour l'Expo 58, le boulevard faisait 45 m de mur en mur, répartis comme suit : aux extrémités, des trottoirs de 2,64 m et 3,40 m respectivement, suivis des chaussées de part et d'autre de m et 9,90 m de large, comportant chacune deux voies pour les trams et une pour les voitures. Au milieu, un terre-plein de 20 m de large, avec deux rangées d'arbres et une piste cyclable bidirectionnelle, ainsi que beaucoup d'espace pour les promeneurs. D'un côté, les voies de tramways sont en site propre ; de l'autre, elles peuvent être empruntées par les voitures. L'existence de deux fois deux voies de tram s'explique par le fait que les unes sont réservées aux tramways bruxellois et les autres aux chemins de fer vicinaux[6].

Le viaduc « provisoire » du Boulevard Léopold II

En 1955, le boulevard accueille 40 000 véhicules par jour et la place Sainctelette est constamment embouteillée. Contrairement à d'autres endroits similaires de la ville, pour lesquels ingénieurs, fonctionnaires et politiciens proposent des passages souterrains, les experts de l'époque déclarent cette solution impossible à cet endroit en raison de la présence du canal et de la Senne. On fait donc construire, par De Waele, un viaduc de 724 m de long. Pour atténuer les désagréments qu'il causerait aux riverains et pour éviter de construire deux rangées de colonnes, on construit, entre et , un viaduc à trois bandes sur une seule rangée de piliers. Face aux critiques concernant l'esthétique de l'ouvrage, celui-ci est présenté comme « provisoire », pouvant être démonté une fois l'Expo terminée. Une fois construit, le viaduc déplace les encombrements au-delà de Ribaucourt ; il est donc immédiatement prolongé pour atteindre 1 430 m de long. Les travaux durent de à , et le viaduc est prêt pour l'Expo[7]. Le matin deux bandes sont ouvertes dans le sens périphérie - centre-ville et une dans l’autre sens. Inversement, le soir une bande va dans le sens périphérie - centre-ville et deux en direction de la périphérie[8].

« Je suis convaincu que, réalisé de la sorte, ce viaduc apportera au quartier … un élément d'attrait et que ce quartier ne sera pas déparé, bien au contraire. »

 Omer Vanaudenhove, ministre des travaux publics, en 1956[9]

Le viaduc, qui pendant trente ans passait à la hauteur du premier étage des maisons de maître, est finalement démoli en 1984. Contrairement à ce qu'on peut parfois lire dans la presse[10],[11], il n'a pas été offert à la Thaïlande en 1989, car il s'agissait d'un viaduc en béton. En revanche, un viaduc provisoire et démontable du même type que celui installé dans le prolongement du viaduc en béton (et utilisé à bien d'autres endroits lors de grands chantiers) a été offert[réf. nécessaire] pour permettre de passer au-delà de la place Simonis (à l'extrémité du boulevard) durant les travaux de construction du métro. Il a été reconstruit sur place en dix jours et porte aujourd'hui l'appellation de Thaï-Belgium Flyover Bridge[12].

Tunnel Annie Cordy

Quand, en 1974, l'avenue Charles-Quint est aménagée en double voie rapide, débarrassée des rails de trams et séparée par une berme centrale, on commence à discuter l'encombrement du viaduc, qui lui, n'a que trois bandes[13].

Les discussions s'accélèrent quand la décision est prise de construire un tunnel de métro en dessous de toute la longueur du boulevard. Différents visions s'affrontent alors sur comment y faire passer les voitures :

La commune de Koekelberg, dirigé alors par Paul Bossaert, propose, suivi là-dedans par le ministre des Travaux publics, de construire un tunnel qui lie avenue Charles Quint au boulevard Léopold II, en contournant les fondations de la basilique, côtoyant le tunnel du métro à hauteur de la place Simonis. Le viaduc existant serait raccourci vers le canal et élargie à quatre bandes. En dessous des carrefours entre viaduc et Simonis des courtes tunnels seraient construits comme à Trône[13].

Les associations, comme l'ARAU et Inter-Environnement Bruxelles, soutenus par l'Agglomération bruxelloise voyent dans ces projets centrés sur la voiture une des causes de l'exode urbain à renverser et demandent un boulevard à deux fois deux bandes plus deux bandes latérales d'accès aux parkings et des vastes trottoirs arborés, donc ni tunnel, ni viaduc[13].

1977 commencent les travaux, côté Simonis. Officiellement limité au métro, mais en passant on construit déjà un tronçon de 250 m de tunnel autoroutier - sans que celui figurait dans le permis…[14].

C'est le projet du ministre des Travaux publics, Jos Chabert, qui est décidé par la suite, en  : un tunnel de 1 400 m de long, de la place d'Yser à Simonis. Pour Cécile Goor-Eyben, secrétaire d'État des affaires bruxelloises, le tunnel permet la réparation de la surface[15]. En 1983, on entame la prolongation du tunnel Rogier jusqu'au boulevard Jacqmain et en 1985 le projet initiale contournant la basilique. Pendant toute la durée des travaux, la circulation automobile est maintenue, grâce à un système des viaducs temporaires qu'on déplace au fur et à mésure[14]. Est né le plus long tunnel de Belgique (2,3 km), le tunnel Léopold II, rebaptisé tunnel Annie Cordy lors de sa rénovation en 2022.

Aménagement en surface du boulevard Léopold II

Pendant neuf ans, le boulevard rassemble à un « vaste champ de fouilles », aucun commerçant n'a jamais obtenu le moindre dédommagement[14]. Le réaménagement de la surface fait partie des conditions pour le permis de bâtir, mais aucun délai d'exécution y est lié. C'est l'administration des Routes qui doit l'exécuter aux frais du budget des Travaux publics, sur base d'un plan à élaborer par la Région bruxelloise. L'administration des Routes essaye d'y obtenir deux fois deux bandes de circulation séparés par une berme centrale, pour « permettre l'absorption du traffic en cas de fermeture du tunnel »… Les comités de quartier obtiennent de l'exécutif régional la suppression de la berme centrale, la réduction de la chaussée centrale et l'augmentation des zones de passage et des réfuges latérales[16],[17],[18]. Le , le boulevard est inauguré[19].

Le viaduc détruit, le projet de rénovation du boulevard est le suivant : « quatre bandes de circulation principales, deux voies de dessertes locales avec stationnement, des trottoirs et des pistes cyclables »[20].

Pour donner au boulevard Léopold II un brin de son aspect royal d’origine, deux rangées d’arbres sont plantées afin d’avoir « un alignement en perspective vers le parc Elisabeth et la Basilique»[21].

Du mobilier urbain, à savoir des bancs, des luminaires, des arrêts de bus, est aussi installé. Son aspect royal passe également par la réunion du parc du Sacré-Cœur et du parc Elisabeth. Des ronds-points et des squares sont agencés afin de rompre la monotonie rectiligne du boulevard.

Le plan d’aménagement vise notamment à augmenter le potentiel du quartier gâché par le viaduc en développant ses aspects économiques et sociaux. Le boulevard Léopold II est entouré par trois îlots qui présentent des affectations diverses : résidentielle, commerciale et public. Dans ces îlots se côtoient population bourgeoise qui borde le boulevard et population industrielle occupant les rues adjacentes. L’objectif du plan est de conserver cette mixité autant au niveau des habitants que des affectations nécessaires à la vie sociale du quartier. Cette diversité empêche le phénomène de spéculation immobilière qui provoquerait le remplacement des habitations par des bureaux[22].

Ce réaménagement a aussi pour objectif la conservation de l’architecture typique du boulevard. Les autorités n’ont pu détruire ou modifier certaines maisons en raison de leur intérêt architectural.


Le viaduc « provisoire » au cinéma

Bâtiments remarquables et lieux de mémoire

Notes et références

Voir aussi

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