Bucchero

From Wikipedia, the free encyclopedia

Œnochoé en bucchero.

Le bucchero[1] est un type de céramique noire et brillante, en terracotta souvent fine et très légère, en monochromie noire (bucchero nero), qui fut produite dans le centre de l'Italie par les Étrusques. La caractéristique la plus évidente de ce type de céramique est la couleur complètement noire qui a été obtenue grâce à une cuisson particulière. Le bucchero a été utilisé en Étrurie à partir du deuxième quart du VIIe à la première moitié du Ve siècle av. J.-C. ; un matériau similaire était populaire depuis longtemps aussi en Éolide.

Ce mot italien est dérivé du latin poculum, récipient à boire, peut-être à travers l'espagnol búcaro, ou le portugais púcaro[2] ; le mot espagnol búcaro correspond également à une sorte d'argile odorante autrefois mâchée par les femmes, à partir de laquelle ces récipients étaient fabriqués[3]. Le terme Bucchero pourrait dériver du mot portugais búcaro, signifiant « argile odorante », car ce type de poterie était réputé pour émettre une odeur particulière.

Aux XVIIIe et XIXe siècles, en Europe, un grand intérêt se manifeste pour un type particulier de poterie précolombienne de couleur noire. Ces céramiques sont expédiées en grand nombre d'Amérique du Sud vers l'Europe, où elles sont commercialisées et imitées. Dans le même temps, en Italie, les « etruscheria », (artefacts de style étrusque) sont très demandés et de grandes fouilles sont organisées en Toscane et en Ombrie à la recherche d’antiquités étrusques. En raison des similitudes avec les populaires céramiques sud-américaines, la poterie noire qui est trouvée dans les tombes étrusques est appelée « bucchero ». Cette forme à l'italienne s'est imposée dans la terminologie archéologique et aujourd'hui encore, le terme « bucchero » est encore courant dans la littérature scientifique.

Histoire

Oinochoe du Metropolitan Museum of Art (inv. 91.1.454).

La céramique de bucchero semble avoir été la suite naturelle de l'impasto associée à la culture de Villanova antérieure, à partir de laquelle la civilisation étrusque elle-même avait évolué. Elle est beaucoup plus raffinée que l'impasto : l'argile est dépurée, les incisions minuscules et le travail se fait au tour uniquement ; la couloir noire, homogène, est dans doute le résultat d'une cuisson parfaite, dans un endroit riche d'oxyde de fer[4].

Le stade précédent le bucchero étrusque est la céramique d'empâtement noir-brillant, documenté à partir de l'âge du bronze, à partir de laquelle le bucchero se développe grâce à un processus d'amélioration de la technique de purification et d'oxydation. Au VIIe siècle av. J.-C., il existe encore des exemples de réduction partielle, avec des terres cuites brunes et plus claires. Les meilleurs spécimens pour ce type de cuisson vont du gris foncé au noir (obtenu peut-être en ajoutant du charbon de bois à de l'argile).

La première apparition d'un type de céramique qui peut clairement être classé comme bucchero s'est produite vers 675 avant notre ère dans la communauté côtière de Chisra (l'actuelle Cerveteri), dans le sud de l'Étrurie ; le stade le plus ancien, du deuxième quart du VIIe siècle av. J.-C., est le meilleur et peut-être le produit d'un seul magasin. Les parois atteignent la finesse du proto-corinthien et la surface est d'un noir profond avec un haut degré de brillance. Après 650 av. J.-C., la nouveauté Cerveterine est adoptée par de nouveaux ateliers dans le reste de l'Étrurie à Véies, Tarquinia, dans la partie sud du monde étrusque, et Vulci, jusqu'au Latium et la Campanie ; les ateliers du centre-nord de l'Etrurie se distinguent avant tout par la production de ce qu'on appelle le bucchero lourd (du deuxième quart du VIe au début du Ve siècle av. J.-C..), caractérisé par des parois épaisses et une décoration plastique en relief et tout en rondeur. Dans le même temps, la qualité des vases diminue, acquérant des parois plus épaisses, des couleurs plus claires et opaques, des décorations simplifiées ; Caere maintient la suprématie dans la production de bucchero, mais pas la qualité technique et artistique de la première période.

Initialement d'une épaisseur très mince, ces objets commencèrent à s'alourdir au cours des décennies ; la surface, luisante, est décorée soit par des gravures, soit avec des motifs en relief et des ajours plastiques. Les formes reprennent la plupart des modèles de la céramique d'impasto, comme le kantharos, le calice ou le puisoir, tandis qu'un groupe moindre reprend ceux de la céramique importée de Grèce, comme les coupes, telles que skyphos ou kotyle, et les flacons à huile (olpé) ; dans certains cas, on peut également supposer une dérivation d'objets fait d'un matériau précieux, tel que l'ivoire ou le bronze, par exemple[4]. Le décor des premiers buccheri est incisé, tandis que celui des buccheri postérieurs est estampé.

On distingue plusieurs phases dans la production des buccheri :

  • 670 - 620 : le bucchero « fin », aux parois minces.
  • 620 - 580 : le bucchero « moyen ».
  • 580 - 500 : le bucchero « lourd », aux parois épaisses.

Dans les mobiliers funéraires, la quantité de bucchero est à peine supérieure à celle de la céramique grecque, mais inférieure à la céramique d'impasto, ce qui indique que ces objets étaient considérés comme de la vaisselle ayant de la valeur ; des études récentes ont mis en évidence que ces objets n'étaient pas déposés un par un dans les sépultures, mais plutôt sous forme « de service », soit pour manger, soit pour la toilette[4].

Le bucchero étrusque des agglomérations de l'Étrurie méridionale centrale s'est exporté massivement vers les marchés de toute la Méditerranée, notamment sous certaines formes (oinochoai, kantharoi, calices), avec une phase intense entre le VIIe et le VIe siècle av. J.-C. : dans les localités occidentales, les exemplaires exportés atteignent souvent des milliers, associés pour la plupart à des amphores qui contenaient du vin[4].

Technique de réalisation

Considéré comme la poterie « nationale » de l'Étrurie antique, le bucchero se distingue par son tissu noir ainsi que par sa surface noire brillante obtenue grâce à la méthode unique de « réduction » dans laquelle il est cuit. Elle se distingue des autres types de céramique (impasto) par un mode de cuisson particulier lui donnant cette couleur différente des poteries classiques plutôt brunes, dans le but d'imiter le métal noirci. Son argile était noircie dans la masse par fumigation au cours d'une cuisson par réaction d'oxydo-réduction[5]. Après que la vaisselle non cuite est disposée dans la touraille et que le feu commence, les trous d'aération sont fermés, réduisant ainsi l'apport d'oxygène requis dans une cuisson au four normale. Dans l'atmosphère enfumée du four, les flammes privées d'oxygène tirent des molécules d'oxygène de l'oxyde de fer de la poterie. Ce processus fait changer la couleur de la surface de l'argile de son rouge naturel au noir, les objets prenant la couleur noire (transformation de l'oxyde de fer(III) d'argile en oxyde de fer(II)) qui les distingue de tout autre type de terre cuite. Ainsi, contrairement à la céramique campanienne à glaçure noire des colons grecs du Mezzogiorno, la surface noire lustrée, brillante et noire de nombreux pots de bucchero est obtenue par un brunissage diligent (polissage) ou, occasionnellement, par l'application d'une fine barbotine (émulsion d'argile).

La fabrication de ces céramiques est restée longtemps un mystère. En effet, pour expliquer la coloration noire de ces céramiques, on a longtemps supposé une cuisson dans un milieu fortement réducteur avec un grand excès de carbone. Il est facile de faire des céramiques de ce type sans monter à plus de 500 °C. En revanche, ces céramiques ne tiennent pas l'eau. On ne devrait donc pas avoir pu les retrouver après 2 500 ans enfouies sous terre.

Le professeur Joseph Davidovits a montré qu'il existe une technique pour expliquer la fabrication du bucchero. Il est fabriqué à basse température (< 500 °C), tout en étant aussi résistant à l'eau qu'une céramique classique, sans nécessiter un processus de cuisson à 900 °C sous atmosphère réductrice[6]. Il s'agit du procédé L.T.G.S. (Low Temperature Geoplymeric Setting of ceramics), un procédé de géopolymère faisant intervenir entre 0,5 % et 3 % d'alcali dans la masse de pâte céramique. Cet alcali peut être obtenu en faisant réagir de la chaux avec certains sels (natron). Or il se trouve que dans le pourtour de la Méditerranée les argiles contiennent naturellement ce genre de sels[7].

Les décorations gravées que leur corps porte sont à thématique géométrique ; elles peuvent être surmontées de figurines zoomorphes ou anthropomorphes à tendance orientalisante.

On distingue principalement le bucchero a cilindretto du bucchero a stampo (parmi bien d'autres : a incisione, a stralucido, a tornio, a traforo...) :

  • le bucchero dit à cylindres : cordons de pâte rapportés apportant du relief ;
  • le bucchero dit gravé : surface plate à incisions multiples comportant cannelures, traits tirés à la roulette, pointillés...

Style

Notes et références

Voir aussi

Related Articles

Wikiwand AI