Bénéfice de synergie

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En microéconomie, le bénéfice de synergie est un avantage global supplémentaire découlant de la décision d’un ensemble d’acteurs de mettre en commun des ressources ou des moyens, de coordonner des actions en visant une même finalité.

Les acteurs peuvent être des secteurs d’activité d’une même entreprise (utilisant des ressources communes), ou des entités économiquement distinctes qui s’organisent au sein d’un partenariat fondé sur des règles admises par tous.

Lorsque les acteurs souhaitent préserver leur indépendance économique, ils sont confrontés à devoir gérer une complexité accrue, contraints de définir et d’accepter les modalités de leur collaboration. Les principaux problèmes concernent la caractérisation quantitative du bénéfice de synergie et la manière de le répartir entre les acteurs : mal résolus, ces problèmes induisent une instabilité de l’alliance qui conduit naturellement à son éclatement.

Toute opération de fusion-acquisition d’entreprises ou de rachat de concurrents permet d’engendrer un bénéfice de synergie :

  • par l’augmentation des compétences internes,
  • par une utilisation plus rationnelle des ressources,
  • par la réorganisation des activités (il est possible de faire mieux après qu’avant),
  • par les économies d'échelle et la diminution des coûts de production,
  • par l’amélioration de la position sur les marchés,
  • etc.

En théorie, la fusion est l’approche la plus simple dans le sens où elle élude la question délicate de la répartition du bénéfice de synergie entre les acteurs puisqu’en fin de compte il n’en reste qu’un[1].

Les cartels et les ententes illicites exploitent également une source de synergie qui se réalise entièrement aux dépens d’autres acteurs, c'est-à-dire les clients.

Achats groupés

Plusieurs petits consommateurs d’un même type de produit groupent leurs demandes individuelles afin de présenter au marché une demande résultante. Par exemple :

  • Combustible de chauffage : en passant une commande unique, divers propriétaires localisés dans un même quartier obtiennent un prix plus intéressant (rabais de quantité).
  • Produits financiers : divers petits épargnants placent leurs actifs financiers dans un fonds de placement leur permettant d’acquérir ensemble un portefeuille plus richement diversifié, une réduction des coûts de transaction et une gestion centralisée des risques.

Définition de la stabilité d’une répartition

Pour caractériser un mode de répartition du bénéfice de synergie obtenu au sein de l’alliance d’un ensemble d’acteurs, un critère de stabilité peut être formulé de la manière suivante :

Définition  Un mode de répartition est stable si aucun sous-groupe d’acteurs n’est économiquement incité à se séparer de l’ensemble.

Ce critère est satisfait lorsque, pour tout sous-groupe donné, le bénéfice de synergie global issu des seuls membres du sous-groupe n’est pas supérieur à la somme des bénéfices que ses membres obtiendraient en restant au sein de l’alliance initiale. La stabilité ainsi définie s’apparente à un optimum de Pareto local. Cependant, l’alliance est menacée dès l’existence d’un sous-groupe particulier ne satisfaisant pas cette propriété.

En particulier, pour qu’un tel mode de répartition existe, il est nécessaire que le bénéfice de synergie total n’augmente pas lorsqu’un acteur quitte l’alliance. Cette condition n’implique cependant pas que la contribution spécifique d’un acteur donné soit nécessairement favorable à chacun des autres.

Répartition d’une ressource limitée

Un ensemble de partenaires se partagent une ressource quantitativement limitée conformément à leurs parts respectives qui sont supposées être légalement établies. Par exemple :

  • Un ensemble de surfaces agricoles appartenant respectivement à des propriétaires éleveurs de bétail.
  • Une ressource en eau qui est répartie en parts prédéfinies entre des sociétés indépendantes assurant respectivement la consommation publique, l’irrigation et la production hydroélectrique.

D’un commun accord et dans un esprit de collaboration, les partenaires peuvent décider de modifier temporairement les parts légales dans le but de retirer un revenu globalement supérieur à celui dont ils bénéficieraient autrement : cet accroissement de revenu est le bénéfice de synergie de l’ensemble.

Bien que l’incidence économique des nouvelles parts momentanément attribuées soit favorable à l’ensemble, ce ne sera sans doute pas le cas pour chacun ; il est donc essentiel d’établir de règles précises de compensation des revenus individuels afin que chacun retrouve finalement un intérêt tangible dans l’opération : ces règles doivent permettre à chaque partenaire de bénéficier au minimum du revenu qu’il obtiendrait hors alliance, auquel s’ajoutera une part du bénéfice de synergie qui soit en rapport avec sa propre contribution à ce dernier.

Mode de répartition stable

Considérons acteurs se partageant une ressource limitée. Supposons que chacun d’eux soit en mesure d’élaborer une fonction décrivant l’avantage (on parlera ici de revenu) que leur procurerait une part (variable) de la ressource dont il disposerait en propre au sein d’une alliance, ceci durant une période limitée et la même pour tous. Supposons également que chaque acteur valide l’objectivité des fonctions des autres.

Propriétés naturelles des fonctions de revenu :

  • Chaque % de ressource supplémentaire accordée à un acteur lui apporte généralement une augmentation de son revenu : c’est une propriété de croissance de la fonction. Il est possible, bien que ce soit peu fréquent, qu’à partir d’une quantité de ressource très élevée, la fonction se mette à décroître : « trop c’est trop » et l’acteur doit payer pour détruire un excédent de ressource dont il ne sait plus que faire.
  • À chaque % de ressource supplémentaire accordée à un acteur, l’augmentation de son revenu s’atténue au fur et à mesure que sa part augmente : c’est une propriété de concavité de la fonction (l’allure de la fonction a la forme d’un « bol renversé » : tout segment dont les extrémités se situent sur le graphe se trouve intégralement « au-dessous » du graphe).

Considérons les notations et hypothèses suivantes :

  • est la part contractuelle de l’acteur comprise entre 0 et 1,
  • indique que la totalité de la ressource est distribuée,
  • désigne la fonction de revenu dépendant de la part (inconnue comprise entre 0 et 1),
  • est le profit de l’acteur découlant de sa part contractuelle.

La maximisation du profit total s’obtient en résolvant le problème suivant :

Trouver les inconnues satisfaisant qui maximisent
sous la contrainte
.

Puisque les parts contractuelles sont des candidats admissibles, le profit total obtenu indépendamment par les acteurs est inférieur ou égal au profit maximal , valeur définie comme le maximum des sous respect des contraintes.

Le bénéfice global de synergie est alors la différence .

L’hypothèse de concavité des fonctions permet d’assurer que ce problème admet toujours une solution et qu’il existe des méthodes simples et robustes permettant de la déterminer numériquement.

En particulier, il existe un scalaire (multiplicateur de Lagrange de la contrainte ) correspondant au revenu marginal de l’ensemble des acteurs par rapport à la quantité de ressource totale disponible (s’il était possible d’augmenter la ressource totale de 1 %, alors le revenu total de l’alliance augmenterait d’environ ).

Le mode de répartition suivant est stable au sens de la définition qui est donnée plus haut :

  • Au lieu d’exploiter sa part contractuelle , l’acteur se voit attribuer la part qui est la solution du problème précédent. À ce stade, la totalité de la ressource disponible est bien répartie entre les acteurs.
  • Afin de compenser l’écart de part de l’acteur , il échange avec un « pot commun » le montant qui doit être versé si ou retiré du pot si .
  • Puisque , la somme algébrique des échanges avec le pot commun est nulle.

Avec ce mode de répartition, le profit de l’acteur atteint en fin de compte le montant

On vérifie que ce nouveau profit ne peut pas être inférieur au profit obtenu hors alliance avec la part contractuelle. Graphiquement, la droite de pente passant par le point est une tangente à la courbe en ce point. Par concavité, cette tangente est située « au-dessus » du graphe de la fonction.

Le bénéfice de synergie qui revient en propre à l’acteur , (c'est-à-dire son intérêt économique à participer à l’alliance) est alors la différence d’ordonnées entre la tangente et la fonction calculée à l’abscisse .

Synergie de financements

Synergie entre les risques

Notes et références

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