Canicule

phénomène météorologique produisant de très fortes chaleurs From Wikipedia, the free encyclopedia

Une canicule ou vague de chaleur est un phénomène météorologique de températures de l'air anormalement élevées, diurnes et nocturnes, se prolongeant de quelques jours à quelques semaines, dans une zone relativement étendue[1],[2]. Elle survient avec un réchauffement très important de l'air, ou avec une invasion d'air très chaud (exemple en Europe : le sirocco en provenance du Sahara), qui provoque notamment une baisse significative de l'amplitude thermique entre le jour et la nuit, la chaleur s'accumulant plus vite qu'elle ne s'évacue par convection ou rayonnement.

Carte des anomalies de température par rapport à la normale (moyenne 19712000) lors de la canicule de l'été 2003 en Europe.

Une vague de chaleur est qualifiée de canicule lorsqu'elle atteint ou dépasse des seuils d'intensité et de durée définis selon le contexte climatologique local, soit généralement au moins 2 à 3 jours et nuits consécutifs. En Europe de l'Ouest, cela correspond typiquement à des nuits ne descendant pas en dessous de 20 °C et des journées dépassant 30 à 35 °C, en Amérique du Nord les seuils sont souvent plus élevés avec des journées dépassant 38 à 40 °C, en Asie du Sud ils peuvent dépasser 45 °C le jour, et en Afrique subsaharienne les seuils sont plutôt définis en écart à la normale climatologique locale plutôt qu'en valeur absolue. Il n'existe pas de définition internationale standardisée, chaque service météorologique national calibrant ses seuils d'alerte sur les impacts sanitaires observés localement, bien que plusieurs organismes internationaux, dont l'Organisation météorologique mondiale et l'Organisation mondiale de la santé, travaillent à l'élaboration d'une terminologie et de critères standardisés[3],[4]

La canicule peut être accompagnée d'un niveau d'humidité élevé, ce qui accroît la sensation de chaleur. Elle favorise aussi la pollution de l'air en augmentant le taux de particules en suspension, le risque d'incendie de forêt et la présence d'ozone troposphérique et d'oxydes d'azote, sources de pollution photochimique secondaire, éventuellement exacerbée en ville à cause des îlots de chaleur urbains[5].

Animation montrant sur la carte du monde que depuis le début du XXe siècle les canicules sont de plus en plus fréquentes et plus intenses.

En raison du changement climatique, la fréquence, l'intensité et la durée des vagues de chaleur vont s'accroître. Le sixième rapport d'évaluation du GIEC, publié de 2021 à 2023, conclut que leur intensité et leur fréquence se sont déjà accrues, en raison des activités humaines, en particulier les émissions de gaz à effet de serre. La multiplication et l'aggravation des canicules sont l'un des marqueurs les plus visibles du changement climatique.

Maxima et minima quotients durant la vague de chaleur qui a touché Adélaïde en 2008, atteignant les 40 °C à l'ombre le jour. Une canicule avec surmortalité avait déjà touché le pays quatre ans auparavant[6].

Étymologie

Le substantif féminin[7],[8],[9],[10],[11] « canicule » (prononcé : [kanikyl][8]) est un emprunt[7],[8],[11] au latin canicula[7],[8],[10], substantif féminin[12], diminutif de canis chien »)[8] signifiant proprement[8] « petite chienne »[7],[10]. Ce terme est employé depuis le romain Varron[11], en traduisant le grec ancien κύων / kúôn, « chien », désignant la même étoile, Sirius ou le chien d'Orion, pour nommer Canicula l'étoile particulièrement brillante de cette constellation du Grand Chien. Déjà en Égypte antique, la déesse Sopdet, personnification de l'étoile Sirius, était accompagnée d'une chienne. Souvent Sirius était simplement représentée par cet animal. Le lever héliaque de Sirius, période où l'étoile Sirius se lève en même temps que le Soleil et est donc visible à l'aube, marquait le nouvel an égyptien et le début de la crue du Nil vers le , à la période la plus chaude de l'année[13]. Au niveau du 45e parallèle de l'hémisphère nord, en Europe donc, et lors de la période du au , cette étoile très lumineuse se lève en même temps que le Soleil[14] : ce constat avait laissé penser aux anciens qu'il existait un lien entre l'apparition de cette étoile et les grandes chaleurs météorologiques. Ainsi Pline l'Ancien écrivait : « Quant à la Canicule, qui ignore que, se levant, elle allume l'ardeur du soleil ? Les effets de cet astre sont les plus puissants sur la terre : les mers bouillonnent (XVIII, 68) à son lever, les vins fermentent dans les celliers, les eaux stagnantes s'agitent[15]. »

Éléments de définition

Evolution du nombre de jours de canicule
Nombre de jours pour lesquels la température est supérieure à 30 °C en 1980 et en 2024.
Nombre de jours pour lesquels la température est supérieure à 40 °C en 1980 et en 2024.

En tant qu'« accident météorologique », les canicules résultent d'un blocage au sens météorologique du terme de la circulation atmosphérique d'altitude. Les météorologistes distinguent le blocage de type anticyclone de blocage et le « bloc Oméga ». Dans les deux cas un anticyclone stationnaire coupé du flux zonal d'ouest par une puissante advection d'air très chaud et très sec remontant du Sahara et du Maghreb est en cause. De telles conditions, si elles se produisent en plein été seront favorables à une canicule (et éventuellement à une sécheresse et alors des risques de feux).

La définition de la canicule est relative au climat de la région considérée (en Afrique ou en Scandinavie elle s'évaluera selon des critères différents), ce qui a empêché la création d'une définition universelle très précise : l'OMM la définit comme « réchauffement important de l’air, ou invasion d’air très chaud sur un vaste territoire » ; durant généralement « de quelques jours à quelques semaines »[1]. Lors des grandes canicules, la colonne atmosphérique est réchauffée jusqu'au sommet de la tropopause alors que la pollution reste plutôt confinée dans les basses couches de la troposphère. En 2003 un excès important d'ozone était cependant mesuré jusqu'à km d'altitude en France[16].

La température de l'air n'est pas le seul critère, car modulé par l’hygrométrie et le déplacement d'air pour donner la température ressentie (de jour et de nuit)[note 1], de l'indice de chaleur, de l'indice humidex ou de l'indice de température au thermomètre-globe mouillé peut aider dans cette détermination.

Un indice universel a été mis au point dans les années 2010, prenant en compte à la fois la durée et l'amplitude des vagues de chaleur, qui a par exemple montré que la vague de chaleur de 1972 en Finlande a eu une étendue et une ampleur spatiales comparables à celle de 2003 en Europe (mais moins médiatisée car ayant touché des zones moins habitées)[17].

Dans certaines régions sahariennes par exemple, de fortes chaleurs, associées à des anticyclones persistants, peuvent durer de longues semaines, voire des mois.

Belgique

En Belgique, on parle de vague de chaleur climatique lorsque la température maximale du jour est égale ou supérieure à 25,0 °C pendant au moins cinq jours consécutifs, dont trois jours supérieurs à 30,0 °C. Elle prend fin la première journée où la température maximale passe sous les 25,0 °C[18].

Canada

Le Service météorologique du Canada considère qu'il y a canicule lorsqu'il fait 30 °C ou plus pendant au moins trois jours de suite et que la température diminue peu pendant la nuit[19]. Cependant, le mot canicule n'est pas utilisé dans ses alertes météorologiques[20]. Le Service émet plutôt un Avertissement de chaleur qui a une définition spécifique adaptée à chaque province du Canada[21].

France

Enseigne de pharmacie affichant 40 °C le à Saint-Rémy-lès-Chevreuse.

Chaque région ayant ses caractéristiques propres, la définition de canicule n'est pas la même du Nord au Sud ni de l'Est à l'Ouest. Par exemple, pour la France métropolitaine :

  • à Paris, la chaleur est dite caniculaire s'il fait au moins 31 °C le jour et 21 °C la nuit[22] ;
  • à Lyon, la chaleur est dite caniculaire s'il fait au moins 34 °C le jour et 20 °C la nuit[23] ;
  • à Marseille, la chaleur est dite caniculaire s'il fait au moins 36 °C le jour et 24 °C la nuit[22] ;
  • à Brest, une chaleur est dite caniculaire s'il fait au moins 30 °C le jour et 18 °C la nuit ;
  • à Lille, la chaleur est dite caniculaire s'il fait au moins 32 °C le jour et 15 °C la nuit ;
  • à Toulouse, la chaleur est dite caniculaire s'il fait au moins 36 °C le jour et 21 °C la nuit[24].

Ces seuils sont réévalués presque annuellement par Météo-France en partenariat avec l'Institut de veille sanitaire (InVS). En 2019 en France, pour la première fois depuis que la météo existe, le seuil de 45 °C a été franchi lors de la canicule de fin juin-début juillet 2019 ; le record absolu a été enregistré à Vérargues dans l'Hérault avec 46 °C[25].

Enfin, l'ancienneté du bâti constitue un facteur de risque important. Une étude de l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) identifie ainsi, à Paris, l'ancienneté du bâti comme le facteur morphologique le plus fortement associé à la mortalité liée à la chaleur, soulignant le rôle de la qualité thermique des logements dans la surmortalité caniculaire[26].

Suisse

En Suisse, on parle de canicule quand les températures ne descendent pas en dessous de 30 à 35 °C (selon les régions) en journée et de 20 à 25 °C (selon les régions) pendant la nuit. Cependant, l'avis de canicule n'est émis qu'en fonction de la température quotidienne moyenne, calculée comme la moyenne des températures mesurées entre minuit et minuit (jour civil). Un avis de degré 2 est ainsi émis si la température moyenne dépasse 25 °C pendant un ou deux jours. L'avis est de degré 3 si elle dépasse 25 °C pendant trois jours au minimum. Il est de degré 4 si elle dépasse 27 °C pendant au moins trois jours[27].

Histoire

Temps de canicule, une lithographie de Grandville issue de l'ouvrage Les métamorphoses du jour. 1829.

Il y a trois millénaires, Sirius se levait avec le Soleil (lever héliaque de Sirius) au début de juillet. En Égypte antique, ce phénomène marquait le début de la saison de la crue du Nil et permettait de fixer le calendrier annuel. Dans la Rome antique, le début de la Canicule était célébré par la fête de Neptunalia (le ). La Canicule s'achevait par la fête de Volcanalia[28], le . Il arrive que des étés caniculaires aient lieu plusieurs années de suite. Certains épisodes remarqués correspondent à trois années consécutives 1383-1385, ou quatre comme en 1331-1334 et 1778-1781, ou sept comme en 1757-1763 et même vingt comme en 1718-1737[réf. nécessaire].

Effets du changement climatique

Le changement climatique, provoqué par les activités humaines, essentiellement par les émissions de gaz à effet de serre dues à l'usage des énergies fossiles (charbon, pétrole et gaz), a pour effet, outre la hausse moyenne de la température du globe à l'année, de provoquer une hausse de la fréquence et de l'intensité de plusieurs types d'événements météorologiques extrêmes, dont les pics et vagues de chaleur[29],[30],[31].

État des lieux

Le premier volet du sixième rapport d'évaluation du GIEC, publié en 2021, indique qu'il est « quasi-certain » (ce qui dans le langage calibré du GIEC indique une probabilité comprise entre 99 et 100 %) que la fréquence et l'intensité des vagues de chaleur ont augmenté depuis le milieu du XXe siècle, et que cette hausse est pour l'essentiel imputable avec un « degré de confiance élevé » aux activités humaines[32],[33].

Par exemple, en Europe, vingt-trois des trente vagues de chaleur les plus intenses entre 1950 et 2023 sont survenues après 2000[30],[34], et le nombre de jours de stress thermique élevé à extrême pour les humains (évalué avec l'Indice universel du climat thermique) et de nuits tropicales sont en hausse depuis 1980[35].

En France, il s'est produit autant de vagues de chaleur en quinze ans (entre 2010 et 2025) que durant les soixante-deux ans précédents (1947-2009), elles surviennent plus tôt et plus tard durant l'année[36],[37].

Par ailleurs, les progrès dans l'attribution des événements extrêmes permettent, depuis les années 2010, d'estimer si la survenue ou les caractéristiques (intensité, durée…) d'une vague de chaleur donnée sont imputables au réchauffement climatique d'origine anthropique[38]. La compilation des études d'attribution par le média spécialisé Carbon Brief indique en 2026 que sur 261 études recensées qui sont consacrées à des vagues de chaleur, 248 concluent à une influence du changement climatique[39].

Projections

La poursuite du réchauffement climatique va provoquer, à mesure qu'il s'accroît, une hausse de la fréquence, de l'intensité et de la durée des vagues de chaleur, ainsi qu'un allongement de la période durant laquelle surviennent celles-ci, et ce dans l'ensemble des régions de la planète, bien que l'ampleur de ces effets puisse varier d'un lieu à l'autre[40],[41],[42].

Projections de l'AR6, tirées du CMIP6, de la fréquence des événements extrêmes chauds[note 2] pour une valeur de réchauffement donnée. Le point rouge indique la projection médiane, les points roses les extrémités de la fourchette de probabilité de 5 à 95 %, signalée en gris[43].

Chaque fraction de degré de réchauffement supplémentaire accroît ces effets sur les vagues de chaleur (et d'autres événements météorologiques extrêmes), aussi seule l'atténuation du changement climatique par une réduction très forte les émissions de gaz à effet de serre jusqu'à la neutralité carbone permet d'y remédier[32],[40],[44]. Par exemple, un réchauffement de 2 °C (par rapport à 1850-1900) multiplierait « probablement » par 13,9 la fréquence des vagues de chaleur extrême continentales autrefois (c'est-à-dire dans un climat sans influence humaine) cinquantennales, et celles-ci seraient 2,7 °C plus chaudes[45],[43].

Le risque que surviennent des événements composites, c'est-à-dire que plusieurs phénomènes climatiques extrêmes surviennent en même temps, par exemple une canicule et une sécheresse avec des feux de forêt comme conséquence, va s'accroître et a déjà augmenté depuis les années 1950, indique également le GIEC avec une « confiance élevée »[32],[46],[47],[45],[48].

Conséquences

Conséquences sur la santé

Dans de nombreux pays, notamment en voie de développement, les canicules ont des effets collatéraux négatifs pour la santé (maladies, famines et nombreux morts). Elles peuvent en effet :

  • exacerber les effets d'une pénurie d'eau potable et dégrader la qualité de l'eau ;
  • limiter ou détruire l'agriculture vivrière, ce qui conduit à la sous-alimentation d'un nombre accru de personnes ;
  • être liées à un ensoleillement intense et à une période plus sèche, et dégrader la qualité de l'air en dispersant les particules dans l'air et en exacerbant la pollution photochimique. Cette dernière est encore favorisée par une pollution par l'ozone et les particules fines, via le phénomène de smog. Or, l'aridification fréquemment causée par les canicules est propice aux envols de poussières et aux incendies de forêt, de brousse, de champs et de décharges voire urbains, autres sources de polluants de l'air (le Grand incendie de Londres en 1666, qui a ravagé la ville en quelques jours, a été favorisé par la sécheresse des matériaux inflammables et le manque d'eau disponible pour arrêter les flammes) ;
  • nuire à la bonne régulation de la température corporelle humaine (qui se refroidit par l'évaporation de la sueur), particulièrement lorsque la chaleur importante est combinée à une forte humidité ambiante. Elle nuit aussi à la qualité du sommeil (notamment en cas de nuits dites « tropicales »). En effet, une humidité relative élevée limite l'évaporation de la sueur jusqu'à la rendre presque impossible au-dessus de 90 % d'humidité. La sueur colle alors à la peau et la température ressentie est plus importante encore que la température réelle, raison pour laquelle il est plus facile de supporter 40 °C avec 24 % d'humidité que 30 °C avec 79 % d'humidité.

Géographie des effets sanitaires de la canicule

  • Les zones littorales sont moins touchées (sauf sur le littoral méditerranéen en France).
  • De manière générale, les îlots de chaleur urbains et la pollution de l'air qui leur est généralement liée exacerbent les effets locaux d'une canicule.
  • Les villes sont globalement plus touchées, à proportion de leur taille, phénomène remarqué pour la première fois à la fin du XVIIIe siècle, selon W.B Meyer[49]. Ainsi « En 1987, Athènes a enregistré une surmortalité de 96,5 %, mais celle-ci n'a pas dépassé une moyenne de 32,5 % dans les autres villes de plus de 10 000 habitants, pour tomber à 26,8 % dans les plus petites villes et dans les campagnes[50] (...) En 1980, le nombre des morts en excès a surpassé la normale de 57 % à Saint-Louis et de 64 % à Kansas City, mais d'à peine 10 % dans le reste du Missouri, essentiellement rural[51]. De même, alors que la vague de chaleur de l'été 1995 a entraîné une surmortalité de 11,2 % sur l'ensemble de l'Angleterre et du pays de Galles, le taux a atteint 23,0 % dans le Grand Londres[52]. »

Personnes particulièrement vulnérables aux canicules

  • De manière générale les bébés et les personnes âgées sont plus sensibles à la déshydratation.
  • Dans les villes, les femmes âgées seules et isolées et les communautés pauvres sont les plus touchées par la surmortalité. Lors d'une canicule d'une semaine survenue à Chicago (), les personnes seules (qui sont souvent aussi pauvres et vivant dans un habitat précaire) ont vu leur risque de décès multiplié par plus de huit[53] ;
  • Les malades mentaux ont environ 30 % et dans certains contextes jusqu'à 200 % de risque supplémentaire de décès lors d'une vague de chaleur[54], en partie à cause des médicaments, mais aussi (puisque cette vulnérabilité était déjà démontrée vers 1950, avant la généralisation des psychotropes) pour d'autres raisons : ces personnes ont aussi fréquemment moins conscience du danger ou y répondent par des comportements inappropriés. Ainsi dans le Wisconsin en 1995[55], puis à Chicago en 1999[56], près de 50% des moins de 65 ans déclarés morts des suites de la canicule souffraient de troubles mentaux (dépression compris).
  • la prise de cocaïne en période de canicule semble aussi aggraver le risque de décès par overdose : + 33 % quand la température dépasse 31,1 °C, effet non constaté pour les opiacés[57].
  • l'alcoolisme est aussi un facteur de risque ; il aurait par exemple multiplié le risque par quinze au Missouri en 1995 (notamment parce qu'il perturbe l'hormone antidiurétique ce qui aggrave le risque de déshydratation et parce qu'il induit des réponses inappropriées à la chaleur), mais une étude n'a pas montré de lien entre quantité d'alcool ingérée et incidence des coups de chaleur[58] ce qui plaide pour un rôle à élargir au statut social plus vulnérable associé à la prise excessive d'alcool.

Suicides

Dans certains contextes (grandes villes et capitales notamment), les températures très supérieures à la température attendue (généralement associées à des pics de pollution de l'air)[59],[60] affectent négativement la santé mentale. On a montré au Japon que le nombre de blessures volontaires augmente ces jours là[61] ; et que dans les grandes villes américaines et du Mexique le taux de suicide augmente quand il fait très chaud[62]. Une étude publiée en 2022, basée sur les suicides survenus à Bruxelles du au confirme ce fait pour l'Europe : « le risque cumulé de mortalité par suicide était presque deux fois plus élevé » dans la capitale belge (climat tempéré) dans les 0 à 6 jours suivant une chaleur modérée et extrême (par rapport à la température médiane de la période). Les auteurs notent qu'aucune association statistiquement significative n'a été constatée pour les jours où les températures étaient au contraire anormalement froides[63]. C'est une donnée à prendre en compte dans les stratégies d'adaptation au changement climatique, soulignent les auteurs de l'étude[63].

Surmortalité

L'été caniculaire de 2003 a surtout eu des effets urbains, entraînant une surmortalité de 15 000 personnes en France, soit un accroissement de la mortalité de plus de 30 % (la mortalité moyenne en France étant de 1 400 décès par jour[64]). L'impréparation du pays et la désorganisation du mois d'août ont transformé cet événement climatique exceptionnel en catastrophe sanitaire majeure[65]. La canicule de 2003 en France a montré comment les conséquences d'une vague de chaleur résultent de l'imbrication de causes naturelles et de facteurs sociopolitiques. Alors que les conséquences sanitaires d'une vague de chaleur étaient connues et décrites dans la littérature scientifique avant 2003, peu de mesures préventives étaient prévues, et l'impact des épisodes précédents sur la mortalité (par exemple 1976) était passé inaperçu. Jusqu'en 2003, les vagues de chaleur constituaient un risque sanitaire faisant l'objet d'une atténuation sociale dans le contexte français, ce qui explique en partie le nombre élevé de victimes [66]. Au total, on estime en 2003 à 70 000 le nombre de décès supplémentaires dus à cet événement en Europe[67].

Il existe des causes iatrogènes (induites par la prise de certains médicaments, tels que les neuroleptiques qui inhibent la fonction thermorégulatrice ou les anticholinergique dont plusieurs antiparkinsoniens et divers anxiolytiques majeurs tels que l'atropine, la belladone, les antidépresseurs tricycliques et les antihistaminiques). Les patients prenant ces médicaments voient leur risque de mourir tripler, d'un coup de chaleur ou de leur pathologie déstabilisée par la chaleur[68],[69].

À cause du réchauffement climatique, les prospectivistes et les récents rapports du GIEC considèrent que le phénomène risque d'empirer. En France, la surmortalité causé par les vagues de chaleur est entièrement compensée par la sous-mortalité lors des vagues de froid, même avec le pire scénario climatique possible[70].

Conséquences sur l'environnement

Bougies s'affaissant sous l'effet d'une canicule record : 46,4 °C à Melbourne le 7 février 2009.
Rivière Schwarza (Allemagne) privée d'eau lors de la canicule de 2015.

Les situations caniculaires, anticycloniques avec fort ensoleillement et irradiation UV associée sont sources de pollution photochimique[71] qui affecte aussi les animaux et les écosystèmes. Un vent horizontal faible, voire inexistant, et une stabilité de l'air exceptionnelle limitent les échanges verticaux avec l'extérieur et la dispersion des polluants. Des polluants tel que l'ozone et les NOx augmentent et stagnent alors, ainsi que les particules et les composés chimiques secondaires, ensemble responsables de pics de pollution[16].

Les sécheresses qui accompagnent souvent la canicule peuvent être catastrophiques car l'air présent en altitude y reste longtemps chaud et sec et elles favorisent les incendies de forêt, de brousse et même urbains. Les feux de biomasse aggravent ainsi considérablement la pollution de l'air durant plusieurs jours parfois plus que les grands feux d'artifice. Le stress thermique et hydrique tue de nombreuses plantes et affaiblit les arbres.

La ressource en eau est souvent déjà au plus bas, et encore sur-sollicitée par l'agriculture, l'arrosage, des besoins d'eau de refroidissement industriel (pour les centrales nucléaires notamment, qui ont durant cette période plus de difficulté à refroidir leur réacteurs ou certaines piscines de stockage) ou pour les besoins vitaux. Les polluants se concentrent alors dans les eaux de surface et de nappes superficielles dont la qualité se dégrade. Les eaux plus chaudes et plus stagnantes, où les poissons meurent, sont favorables aux pullulation rapides de microbes pathogènes (et de moustiques vecteurs de maladie) à certains blooms algaux et à la production de méthane. Divers cours d'eau et zones humides peuvent s'assécher, privant la faune d'eau. Les pluies d'orages, qui marquent souvent la fin d'une canicule, tombent sur une terre déshydratée qui les absorbe mal et est rendue plus vulnérable à la régression et dégradation des sols. Matières organiques, et le cas échéants engrais et résidus de pesticides sont alors facilement emportés dans les cours d'eau et vers la mer.

Conséquences sur les animaux domestiques

Pour le chien, une respiration accélérée (qui halète), le poil humide, la langue qui pend ou même des vomissement pour certains sont des signes qu'il y a une trop forte exposition à la chaleur. Pour réguler sa température corporelle, le chien utilise principalement sa langue afin d'évacuer la chaleur tout en inspirant de l'air frais, mais aussi les coussinets où se trouvent ses glandes sudoripares, mais cependant, cette surface des coussinets est trop petite pour être suffisante en cas de forte chaleur, et la truffe qui est aussi une zone dénuée de fourrure. Il est recommandé de le placer dans la pièce la plus fraîche de l'habitation, avec de l'eau, et de le promener le matin avant 9 h, et le soir après 18 h. En période de forte chaleur, le bitume devient très chaud et le chien risque de se brûler les coussinets. Il faut également limiter les efforts du chien et éviter les transports en voiture et ne jamais le laisser seul dans l'habitacle de la voiture. Si vous découvrez un chien enfermé dans l'habitacle d'une voiture et qu'il est évident que sa survie est menacée à cause de la chaleur, vous êtes autorisés par la loi à briser la vitre pour le sauver. Le chat tolère mieux la chaleur que le chien, et se rafraîchit instinctivement. Toutefois le chat doit disposer d'un coin d'ombre et d'eau à proximité s'il se trouve à l'extérieur[72],[73],[74].

Conséquences énergétiques et économiques

En période de canicule, cet aviateur travaillant à la pulvérisation de pesticides contre les moustiques à partir d'une base militaire américaine a du mal à supporter son masque et sa tenue de protection.

La canicule induit dans les pays riches une surconsommation électrique aux heures de pointe et parfois la nuit en raison de l'usage croissant et intensif des climatiseurs. Ceci déséquilibre l'offre et la demande en énergie, au moment où la production hydro-électrique et nucléaire estivales sont faibles ; quand les centrales nucléaires situées en bordure de fleuve ont des difficultés à se refroidir[75],[76] et posent des problèmes de réchauffement des cours d'eau[77].

Après trois jours de forte chaleur, les températures nocturnes montent. La masse thermique des bâtiments augmente alors aussi, de même que la température de l'air urbain (qui est en outre aussi réchauffé par les climatiseurs). Ces derniers fonctionnent plus longtemps et consomment plus d'électricité. Ceci perturbe les schémas d'approvisionnements en électricité. Un tel appel d'électricité a lors de la canicule de 2006 touché l'Amérique du Nord, surchargé le réseau et ses transformateurs, privant ainsi des milliers de foyers et d'entreprises d'électricité (et de climatisation), en Californie principalement. À Los Angeles, des milliers de gens sont restés sans électricité cinq jours durant[78]. Dans le sud-est australien en 2009, plus d'un demi-million de personnes n'avaient plus d'électricité (en pleine canicule).

La surmorbidité et la surmortalité induites par la chaleur ont aussi un coût humain et financier, pour le système de santé et la société.

Enfin, la productivité au travail diminue aussi avec la chaleur (démontré par une étude dans 43 pays[79]) et la santé des salariés en pâtit. Les capacités des entreprises sont affectées par des supply chains limitée, les infrastructures énergétiques et de transport dégradées (par ex. fonte d'enrobé sur les routes et tarmacs, élongation des rails impliquant de faire ralentir les trains…), le manque d'eau, etc.). En France, l'État dédommage ensuite régulièrement les acteurs économiques, notamment pour une partie des préjudices subis en raison de températures trop élevées, en classifiant la situation comme « catastrophe naturelle ». À titre d'exemple la canicule de (bien moindre que celle de 2003), étendue sur 67 départements (placés en vigilance orange-canicule) a eu un coût évalué à plus de 10 milliards d' [80].

Une exception correspond aux millésimes viticoles exceptionnels qui coïncident souvent avec une canicule, la vigne supportant bien les très fortes chaleurs grâce à son enracinement très profond.

Modélisation et prospective

Écart de températures en Europe par rapport à la normale lors de la canicule de 2003.
Sol déshydraté, et végétation "grillée", dans le Greenwich Park de Londres, au dernier jour de la canicule de 2022

La modélisation atmosphérique et climatique évolue, des échelles continentales à locales : elle simule de mieux en mieux la genèse, la dynamique et l'intensité des futures vagues de chaleur (incluant les vagues de chaleur océaniques). Des modélisations plus précises et rapides sont nécessaire pour anticiper les canicules, pour « pouvoir appliquer des politiques de limitations des émissions anthropiques au bon moment et au bon endroit »[16] et aussi pour anticiper des effets sanitaires, économiques, et en termes de baisse de disponibilité du réseau de transports et électriques (y compris des centrales nucléaires), afin notamment de renforcer la rusticité et la résilience des systèmes face aux vagues et pics de chaleur[81].

À cette fin, les modèles sont régulièrement ajustés pour intégrer les nouvelles projections du GIEC, ainsi que d'autres données sur l'évolution du forçage radiatif anthropique, l'augmentation marquée des températures nocturnes, ainsi que les modifications des régimes photochimiques de la troposphère. Ils intègrent plus finement les rétroactions physico-chimiques globales, notamment liées à d'éventuels nouveaux polluants ou catalyseurs photochimiques introduits dans l'air, et aux émissions de précurseurs de l'ozone (oxydes d'azote et composés organiques volatils)[82]. L'intégration des données issues de programmes d'observation aéroportés (tels que le dispositif IAGOS, successeur de MOZAIC) permet par exemple d'atténuer les biais historiques de sous-estimation de l'ozone en altitude lors des épisodes anticycloniques stables[83].

A l'occasion de l'analyse la vague de chaleur record de mars 2022 en Inde, on a montré qu'intégrer les données sur les aérosols conjointement aux données météorologiques dans le modèle WRF‑Chem améliorait nettement la prévision dve variables clés (température, humidité, hauteur de couche limite, rayonnement) importante pour la précision du rendu des modèles[84].

L'amélioration des couplages terre-mer-atmosphère permet aussi de mieux prévoir l'amplification de l'intensité et/ou des durées des canicules et de phénomènes comme El Niño ou El Niña. Par exemple, on a montré que certaines vagues de chaleur estivales (comme celles de 2003 en Europe) ne pourraient avoir lieu sans avoir été d'abord préparées par des anomalies importantes en termes de sécheresse des sols (sécheresse qui limite les possibilités d'évapotranspiration)[85],[86],[87],[88],[89]. Ces sécheresses transfèrent l'énergie solaire sous forme de chaleur sensible plutôt que de chaleur latente, accentuant l'élévation thermique de la masse d'air stationnaire[90]. Ce mécanisme de rétroaction hydroclimatologique a été documenté en Europe continentale dans les vagues de chaleur extrêmes de années 2010 et 2020.

Les interactions avec les aérosols, notamment les rétroactions directes et semi-directes des poussières désertiques ou des panaches de feux de biomasse, modifient aussi, localement, le bilan radiatif régional et la stabilité de la couche de mélange[91], comme cela fut par exemple observé en 2006[92].

Les projections régionales du climat pour la période 2021-2040 concluent aussi à une probabilité accrue de vagues de chaleur (plus fréquentes et/ou plus étendues en Europe que celle de 2010 en Russie)[17], en raison d'une influence anthropique qui tend à encore augmenter[93],[94],[95],[96],[97],[98].

La situation pourrait ensuite encore nettement empirer, dont en France[99],[100] avec des étés très chauds associés à de fortes vagues de chaleur et à des records de températures : pour les années 2070, une modélisation prévoit des méga-canicules[100]. Les fins de printemps très chauds et secs pourront amplifier le caractère extrême de canicules[100]. En 2100, l'augmentation des maxima de température estivale pourrait varier entre + 6,6 °C et près de 10 °C dans les cinq régions étudiées en France (par rapport aux maxima historiques)[100]. Ces projections (jusqu'à plus de 50 °C en France en été) sont comparables aux estimations fournies par un grand nombre de modèles climatiques mondiaux[100]. Les simulations de canicules futures montrent que, si leur apparition dépend d’abord de la circulation atmosphérique, leur intensité est fortement amplifiée par l’état d’humidité des sols avant l’événement.

En France

Les modélisations faites dans les années 2010[101],[102] par Météo-France , notamment pour Paris, indiquent que le nombre et l'intensité des canicules devraient fortement augmenter d'ici 2100.
Pour un scénario tendanciel (dit « moyennement pessimiste » des émissions mondiales de gaz à effet de serre), les températures estivales augmenteraient de 2 à 4 °C en moyenne d'ici la fin du siècle par rapport à 1971‑2006, et de 3,5 à 5 °C en juillet‑août. Le nombre annuel de jours de canicule serait alors multiplié par environ 12[103].

Les travaux EURO‑CORDEX — qui produisent des projections climatiques régionales pour l’Europe — montrent pour la France une augmentation marquée des extrêmes de chaleur au XXIe siècle, cohérente avec les conclusions du GIEC. Les simulations du projet CMIP6, utilisées comme conditions aux limites pour EURO‑CORDEX, indiquent également une intensification des vagues de chaleur futures, avec une hausse des extrêmes et une extension géographique accrue dans toute l'Europe (qui se réchauffe plus vite que la moyenne du monde).

Selon les différents scénarios d'émissions de gaz à effet de serre, le scénario intermédiaire SSP2‑4.5[note 3] — associé à un forçage radiatif d'environ +4,5 W/m² en 2100 — conduirait à un réchauffement global d'environ +2,7 °C à cet horizon (par rapport à l'ère préindustrielle)[104].

À l'inverse, le scénario à fortes émissions SSP5‑8.5 entraînerait un réchauffement de +2 à +6 °C d'ici 2100, avec 5 à 10 fois plus de jours caniculaires par an[105]. Dans ce scénario, des « méga‑canicules » pourraient faire dépasser localement les 50 °C en France en fin de siècle, sous l'effet combiné du réchauffement global et de la dessiccation sévère des sols[100].

Modélisation microclimatique

À l'échelle micro-urbaine, les modèles commencent à prendre en compte la morphologie (architectonique) et l'albédo des agglomérations, qui génère des hétérogénéités spatiales thermiques marquées.

L'intensité du phénomène d'îlot de chaleur urbain (ICU) varie selon la géométrie des rues (facteur de forme ou sky view factor), l'albédo des matériaux de construction, la densité du bâti et le déficit de surfaces en eau ou arborées. Ainsi, les arrondissements centraux de Paris (du IIe au XIe arrondissement) manifestent les anomalies nocturnes les plus élevées, atteignant régulièrement des écarts de 4 à 7 °C par rapport aux zones périurbaines ou rurales limitrophes. Les modélisations microclimatiques démontrent que la mise en œuvre de stratégies d'adaptation (végétalisation, utilisation de matériaux réfléchissants, désimperméabilisation) peut réduire la température locale de l'air de plusieurs degrés, atténuant ainsi l'impact sanitaire. Les analyses épidémiologiques de la canicule de 2003 ont établi un bilan de près de 15 000 décès en excès en France et environ 70 000 en Europe. Les travaux ultérieurs basés sur les données de mortalité de l'Inserm ont infirmé l'hypothèse d'un simple effet de devancement à court terme (« effet de moisson »), démontrant que la majorité des décès représentait une perte significative d'espérance de vie, sans compensation notable dans les mois qui ont suivi l'épisode[106].

Géoprospective et modélisation des impacts sanitaires des canicules

Un nombre croissant d’études, en France et à l’étranger, cherchent à mieux comprendre les effets sanitaires des vagues de chaleur pour améliorer l'adaptation au changement climatique[107] ainsi que la planification et l’adaptation des services de santé (Sheridan et al., 2024 ; Kalkstein, 2022) ou pour les besoins des assureurs[108].

Toutefois, en 2025, les prévisions très localisées sont difficiles à produire, notamment concernant l’occurrence du risque dans des territoires hétérogènes, comme les zones socialement défavorisées ou les déserts médicaux. Les modèles existants révèlent des inégalités parfois complexes à interpréter. Le croisement de données de santé (par exemple les entrées aux urgences) avec des données climatiques issues de modélisations régionales (comme le modèle WRF du NCAR) permet néanmoins de mettre en évidence certaines inégalités territoriales compréhensibles[109].

Limites

Au milieu des années 2020, malgré des décennies de recherche, le comportement de certains polluants résiste encore à la modélisation de moyen et long terme : c'est le cas de l'ozone, un polluant-clé dont on sait que les fortes concentrations présentent une relation quadratique avec la mortalité quotidienne, notamment pour les décès respiratoires, mais aussi sur les mortalités naturelles et circulatoires (une relation quadratique est une relation qui n'augmente pas de façon linéaire mais en s’accélérant : plus le taux d'ozone augmente dans l'air, plus l’impact sur la mortalité croît de manière forte)[110] ; et outre cet effet sanitaire à court terme, ce polluant a aussi des effets à long-terme et de graves effets agroécologiques sur les végétaux. Issu de « précurseurs de l'ozone » abondants dans les émissions de moteurs, chaudières, incinérateurs et feux de biomasse, ce polluant est en hausse régulière depuis des décennies, et au début des années 2000, pour des raisons encore mal comprises, les modèles sous-estimaient la présence d'ozone en altitude (mesurée par des avions de ligne équipés de capteurs, pour la base de données MOZAIC)[16]. Pour ces raisons, les corrélations entre précurseurs de l'ozone urbain et périurbain et les conditions météorologiques et santé sont très étudiées[111],[112],[113].

Intégration de l'IA

L'intégration de l'apprentissage automatique et de l'IA dans les modélisations de vagues de chaleur, devrait améliorer la prédiction des canicules et de leurs conséquences (ex : morbidité, risque d'incendie, séquelles agroforestières, ou dégradation des infrastructures liée à la chaleur). Elle devrait aider à mieux identifier les seuils d'alerte précoce et à informer et sensibiliser aux risques, pour la la santé publique notamment[114].

Préventions et gestion des effets

Organisations nationales de la prévision canicule

Depuis la fin du XXe siècle, la prévision des canicules progresse, associée dans un nombre croissant de pays à des efforts de protection civile dédiés et à des alertes indiquant continuellement le niveau de vigilance (selon les secteurs géographiques), avec par exemple :

Précautions, planification de réponses publiques

La canicule étant par définition exceptionnelle, les populations y sont mal préparées (contrairement aux chaleurs « habituelles »). Diverses autorités planifient des réponses sanitaires, et plus larges (ex. : en France, en complément du second plan national d'adaptation au changement climatique (PNACC-2), un plan national de gestion des vagues de chaleur (qui modifie les plans ORSEC départementaux)[119] relatif aux transports, énergie, agriculture, éducation, sports… a été publié le [120], et mis à jour[121],[122] en 2024, pour :

  1. limiter les impacts sur la vie quotidienne des Français,
  2. assurer la continuité des services publics essentiels,
  3. assurer la continuité de la vie économique,
  4. protéger les milieux et ressources naturels.

Deux risques sanitaires directs et principaux pour les personnes sont : la déshydratation, et le « coup de chaleur » (si, sous l'effet de l'environnement, la température corporelle s'élève au-delà de 40,5 °C, le fonctionnement des cellules est altéré).
Cinq catégories de personnes y sont particulièrement exposées :

  • les jeunes enfants, dépendants, qui - s'ils réclament spontanément à boire, en pleurant - ne savent parfois pas boire sans aide, ni de se protéger de la chaleur ;
  • les personnes faisant des efforts physiques (par exemple, ouvriers (agricoles, du bâtiment...), sportifs et randonneurs[123],[124]) car le travail musculaire est source de thermogenèse ; les salariés bénéficient de précautions particulières, notamment pour ceux travaillant en extérieur[125], ou les participants à des manifestations sportives ou culturelles de grandes importances se déroulant en plein air lors de canicules[122] ;
  • les personnes souffrant de troubles cardio-vasculaires : la transpiration ou l'hydratation excessive vont modifier la pression artérielle ;
  • les personnes âgées : plus vulnérables, et souvent dépendantes, elles perdent la notion de soif et doivent donc boire avant d'en avoir envie. Ayant fréquemment une hypertension artérielle (HTA) ou une insuffisance cardiaque, elles prennent souvent des diurétiques et/ou un régime sans sel (qui peut conduire à une hyponatrémie, c'est-à-dire à une baisse du taux sanguin de sodium). Certains médecins considèrent que le risque de déshydratation et d'hyponatrémie prime sur le risque d'œdème (gonflement des membres et œdème pulmonaire), car l'œdème pulmonaire est facile à détecter et à traiter (dont par un médecin généraliste à domicile), alors que la déshydratation et l'hyponatrémie sont difficiles à détecter et plus mortelles. La suspension de régimes sans sel et de diurétiques ne fait cependant pas consensus, et doit dans tous les cas se faire en accord avec le médecin traitant, seul compétent en la matière ;
  • les sans domicile fixe, ou personnes vivant « en habitat précaire (squats, bidonvilles, campements, aires d’accueil de gens du voyage) sont surexposées à la chaleur et aux risques sanitaires d’autant qu’elles cumulent souvent des facteurs de risques aggravants : pathologies cardiovasculaires ou respiratoires, prise de traitement pour des maladies notamment psychiatriques, âge, isolement, errance, consommation de substance psychoactives dont l’alcool, déficit cognitif, difficultés d’accès à l’aide alimentaire, etc. »[122] ; ayant moins d'accès à l'eau potable et ne pouvant pas facilement se protéger de la chaleur, notamment car exclus des lieux frais (exemples : hall de supermarché, cinémas climatisés…).

Recommandations

Elles sont de se soucier des personnes vulnérables proches (en particulier, ne jamais laisser un enfant seul dans une voiture ou une caravane, même pour une courte durée), de se protéger du soleil de périodiquement se rafraîchir en se mouillant la peau (brumisation, bains, douches, gilet réfrigérant…) et se ventiler (éventail, ventilateur, voire profiter de lieux frais (églises…) ou climatisés), et de boire suffisamment (avant d'avoir la sensation de soif intense), selon l'activité physique et selon la chaleur. Se couper les cheveux en cas d'une abondante chevelure ou se dégager la nuque avec une queue-de-cheval ont aussi un effet bénéfique, car le cerveau étant un organe vital, l'organisme cherchera à réguler sa température pour éviter l'hyperthermie. Le port d'une casquette ou d'un chapeau permettent d'éviter les coups de soleil sur la tête. « Depuis la canicule mortelle de 2003, les maires doivent tenir un registre des personnes vulnérables dans leur commune, notamment les personnes de plus 65 ans et les personnes handicapées, pour pouvoir les appeler et prendre de leurs nouvelles en cas de fortes chaleurs. L’inscription sur ce registre est volontaire et [mi-2024] peu de personnes à risque sont effectivement inscrites (entre 3 et 5% selon les communes) »[122].

Protection de l'habitation, des moyens de travail et des infrastructures

Dans la journée, il est recommandé de garder les fenêtres fermées pour éviter que la chaleur ne rentre, et de baisser les stores ou fermer les volets, de préférence à l'extérieur des fenêtres pour éviter que les rayons du soleil chauffent les vitres et l'habitation. La nuit, quand les températures sont en dessous du lieu d'habitation, il est recommandé d'ouvrir les fenêtres pour faire circuler l'air et baisser la température. Il est également conseillé d'avoir une bonne isolation thermique du bâtiment : plafonds, murs, baies vitrées[126].

Recherche

Selon une étude de 2007 réalisée par le CEA et le CNRS, un déficit de pluie en Europe du Sud (Italie, sud de la France, Espagne et Portugal) en hiver serait annonciateur de canicule à 70 % sur l'Europe centrale et du nord[127].

Principales canicules par pays

Afrique

Amérique du Nord

Amérique du Sud

Antarctique

Asie

Europe

En Suisse, selon l'Office fédéral de la santé publique, les canicules de 2003, 2015 et 2018 ont causé respectivement 1 000, 800 et 200 décès supplémentaires[128].

Océanie

Dans la culture

Dans la fiction

Notes et références

Annexes

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