Carole Lévesque

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Carole Lévesque, née le à Beauharnois, est une anthropologue et ethnologue québécoise, spécialiste des questions relatives aux peuples autochtones.

Professeure titulaire à l'Institut national de la recherche scientifique (INRS), elle a consacré l'ensemble de sa carrière à l'étude des réalités autochtones au Québec et au Canada. Pionnière de la recherche participative et collaborative avec les communautés autochtones, elle a fondé en 2001 le Réseau DIALOG, un espace d'échange novateur entre les Premiers Peuples et le monde universitaire.

Ses travaux, qui s'étendent sur plus de cinquante ans, lui ont valu plusieurs distinctions majeures, dont le prix Marcel-Vincent de l'Acfas en 2011 et le prix Marie-Andrée-Bertrand, l'un des Prix du Québec, en 2016.

Formation

Née à Beauharnois dans une famille de huit enfants dont les parents n'ont pas dépassé l'école primaire[1], Carole Lévesque est l'aînée de la fratrie et ouvre la voie vers les études supérieures[2].

Elle obtient un baccalauréat puis une maîtrise en anthropologie à l'Université de Montréal[2]. Elle poursuit ses études doctorales à l'Université René Descartes (Paris V), où elle obtient un doctorat en anthropologie sociale et culturelle[2]. Elle finance ses études parisiennes en travaillant au sein d'organisations autochtones, notamment la Commission scolaire du Nouveau-Québec[1].

Carrière

En 1973, Carole Lévesque effectue un stage d'été aux Musées nationaux du Canada à Ottawa[2]. À partir de 1972, elle entreprend un travail de terrain intensif dans les communautés autochtones du Québec, séjournant dans 46 des 56 communautés amérindiennes et inuites du Québec, totalisant l'équivalent de près de quatre années de présence effective en milieu autochtone[3],[4].

De 1981 à 1985, elle travaille comme anthropologue et agente de liaison auprès des populations autochtones à la Société d'énergie de la Baie James (SEBJ), où elle assure les relations avec les communautés d'Eeyou Istchee et du Nunavik[2],[4]. Par la suite, de 1985 à 1995, elle poursuit sa carrière comme chercheuse autonome, réalisant des études ethnographiques pour diverses instances autochtones et gouvernementales dans le nord du Québec[4].

En 1995, elle rejoint l'Institut national de la recherche scientifique (INRS) comme professeure-chercheuse au Centre Urbanisation Culture Société[4],[3]. Elle y devient professeure titulaire.

Création du Réseau DIALOG

En 2001, Carole Lévesque fonde DIALOG, le Réseau de recherche et de connaissances relatives aux peuples autochtones, au sein de l'INRS[2]. Ce réseau stratégique, subventionné par le Fonds de recherche du Québec - Société et culture et le Conseil de recherches en sciences humaines du Canada, rassemble plus de 120 personnes issues à parts égales des milieux universitaire et autochtone, provenant de 27 universités sur plusieurs continents[3],[5].

Le réseau développe plusieurs initiatives structurantes :

  • Autochtonia : une base de données numériques regroupant plus de 14 000 documents couvrant 200 ans de recherche sur les peuples autochtones du Québec[2];
  • L'Université nomade : un programme intensif d'apprentissage visant à créer des ponts entre les savoirs autochtones et scientifiques, ayant formé près de 1 000 participants en douze éditions[2].

En 2008, elle met sur pied l'Alliance de recherche ODENA, en partenariat avec le Regroupement des centres d'amitié autochtones du Québec, dont les travaux portent sur les réalités des Autochtones vivant en milieu urbain[1],[2]. En 2017, elle lance à l'INRS, en collaboration avec l'UQAM, le premier cours universitaire consacré à l'« autochtonie urbaine » au Québec, intitulé « Logiques et dynamiques urbaines des Premiers Peuples »[6].

Domaine de recherche

Les travaux de Carole Lévesque portent sur les trajectoires historiques et contemporaines des peuples autochtones. Elle a réalisé plus d'une centaine d'études publiées couvrant la culture matérielle, l'éducation, les structures familiales, l'histoire orale, l'intégration communautaire, l'autochtonie urbaine, le travail salarié, la condition des femmes, les politiques sociales, la sécurité culturelle et l'autonomie politique[3].

Elle a expérimenté et mis au point plusieurs formules de recherche participative et collaborative dans lesquelles les communautés autochtones jouent un rôle actif dans la production des connaissances[4]. Cette approche de coconstruction des savoirs vise à transformer la dynamique des relations entre l'université et les sociétés autochtones[4]. Elle souligne que « il y a quand même au moins 50 % de la population autochtone qui réside en ville aujourd'hui » et qu'au moins le tiers de la population autochtone de Montréal n'a jamais séjourné dans une communauté[6].

En 2017, elle témoigne devant la Commission d'enquête sur les relations entre les Autochtones et certains services publics au Québec, affirmant que la violence à l'égard des femmes autochtones est dénoncée par les associations de femmes autochtones depuis plus de quarante ans[7].

Elle s'intéresse également à la situation des langues autochtones au Québec, soulignant les disparités entre les onze langues : si le cri, l'inuktitut, le naskapi et l'atikamekw bénéficient d'un taux de transmission élevé, d'autres comme le wendat, le malécite ou le mohawk sont menacés d'extinction[8].

Au cours de sa carrière, elle a dirigé ou codirigé une centaine d'étudiants et accueilli près de 200 stagiaires au sein du Réseau DIALOG[3]. En 2025, l'Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue et l'INRS lancent conjointement les premiers programmes francophones de maîtrise et de doctorat en études autochtones au Canada, auxquels elle contribue par l'entremise de l'Unité mixte de recherche INRS-UQAT créée en 2020[9].

Prix et distinctions

Références

Liens externes

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