Catherine Théot
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Catherine Théot, surnommée la « Mère de Dieu », née le à Barenton (actuel département de la Manche) et morte le à la prison de La Force à Paris[1], est une personnalité religieuse française à tendances mystiques, se présentant comme prophétesse, principalement connue en raison de son implication dans une opération politique menée en juin 1794 contre Robespierre, à l'époque de la Terreur, peu après la fête de l'Être suprême (8 juin 1794).
Cette opération, lancée le 15 juin par le président du Comité de sûreté générale, le conventionnel Vadier, précède de quelques semaines la chute de Robespierre, qui a lieu le 27 juillet 1794 (9 thermidor an II dans le calendrier républicain).
Biographie de Catherine Théot
Origines familiales et formation
Parcours sous l'Ancien Régime
Dans les années 1770, sous l'Ancien Régime, Catherine Théot est domestique au couvent des Miramiones à Paris.
En 1779, elle déclare être « la Vierge » ou « l'Ève nouvelle ». Elle est emprisonnée à la Bastille, puis enfermée à l'hôpital de la Salpêtrière. Elle est finalement libérée en 1782.
Elle s'installe alors rue de la Contrescarpe où elle se fait « prophétesse » : pour un prix modique, elle émet des prophéties. Parmi ses clients, on trouve notamment la duchesse de Bourbon (Bathilde d'Orléans (1750-1818), sœur de Louis-Philippe d'Orléans (Philippe-Égalité), épouse en 1770 de Louis VI de Bourbon-Condé).
Parcours sous la Révolution française
Catherine Théot est influencée par un phénomène de dynamisme mystique suscité par la Révolution française, qui débute en 1789. Elle conjugue désormais la prophétie chrétienne et l'eschatologie révolutionnaire.
Elle se présente notamment comme la « Mère de Dieu ». En 1794, alors que la France est devenue une république et vit sous le régime de la Terreur sous l'égide du Comité de salut public (Robespierre) et du Comité de sûreté générale (Vadier), elle annonce l'arrivée d'un messie, consolateur des pauvres.
Dans sa chambre se pressent quelques fidèles, ainsi que des curieux. Deux d'entre eux ont un lien avec Robespierre :
- l'ancien député de l'Assemblée nationale constituante Christophe Antoine Gerle (1736-1801), anciennement moine chartreux appelé « Dom Gerle » ; il a sollicité la protection de Robespierre (lui aussi ancien député à la Constituante) qui lui a remis un certificat de civisme (« Il m'a toujours paru, quoique prêtre, bon patriote ») ;
- une belle-sœur du menuisier Maurice Duplay (1738-1820), qui héberge Robespierre.
L'affaire Catherine Théot (1794)
Hostilité de Vadier envers Robespierre

C'est alors que Vadier (1736-1828), député de l'Ariège et président du Comité de sûreté générale, décide de se servir de Catherine Théot pour compromettre Robespierre.
Une tendance hostile à Robespierre s'est développée au sein du Comité de sûreté générale en raison de la création au Comité de salut public d'un bureau de police générale dirigé par Robespierre, Couthon et Saint-Just.
Par ailleurs, Vadier et d'autres sont opposés au culte de l'Être suprême, que Robespierre impose à la Convention (décret du 7 mai 1794, cérémonie du 8 juin 1794)
Rapport de Vadier sur Catherine Théot et décret de la Convention (15 juin 1794)
Le , Vadier présente à la Convention nationale, au nom des deux comités, un rapport sur une « nouvelle conspiration » qui vient d'être découverte[2].
Il insinue que Catherine Théot, à travers ses histoires de « messie », pourrait bien être à la solde d'un aspirant dictateur. Il ne donne pas de détails, notamment ceux qui concernent Robespierre, les conservant en vue de l'enquête à venir.
À la suite de son intervention, la Convention vote un décret déférant Catherine Théot et dom Gerle au tribunal révolutionnaire et ordonnant l'impression du rapport de Vadier et son envoi aux armées et aux communes.
Intervention de Robespierre (26 juin)

Robespierre comprend que l'affaire est montée par ses ennemis contre lui. Il fait convoquer au Comité de salut public le président du tribunal révolutionnaire Dumas, puis l'accusateur public, Fouquier-Tinville, qu'il force à lui remettre le dossier. Fouquier-Tinville (1746-1795) a par la suite relaté cet épisode devant la Convention après la chute de Robespierre :
« Le Comité était assemblé ; je remis les pièces sur le bureau ; Robespierre s'en empara, et lorsqu'il commença à les lire, tout le monde sortit, de manière que je restai seul avec lui et Dumas. Il m'ordonna de laisser la liasse. J'obéis. »
« Le 8 messidor (), écrit l'historien Albert Mathiez (1874-1932), après une discussion très vive, le Comité de Salut public décida que Catherine Théot ne serait pas traduite au tribunal révolutionnaire. Cette décision, qui était en contradiction manifeste avec le décret de la Convention, fut la dernière victoire que Robespierre remporta au Comité. Elle ne manqua pas de fournir à ses ennemis un prétexte de plus pour l'accuser de dictature. »[3]
Robespierre décide de présenter un nouveau rapport à la Convention et de démasquer les « traîtres » qui ont rendu possible l'association des deux comités à l'occasion du rapport du .
Suites immédiates : l'absence de Robespierre au Comité de salut public (28 juin-22 juillet)
Cette affaire aggrave les divisions au sein du Comité de salut public qui aboutissent à la séance orageuse du où Robespierre est traité de « dictateur »[Par qui ?]. Furieux, il quitte la réunion. Il cesse ensuite de paraître au Comité jusqu'au , donc pendant plus de trois semaines.
Cette absence favorise ses adversaires.
L'affaire Catherine Théot et la chute de Robespierre (27 juillet/9 thermidor)
Au cours de la séance du 27 juillet 1794, Robespierre subit une attaque coordonnée de ses adversaires. Au terme de cette séance, la Convention vote un décret d'arrestation de Robespierre, Saint-Just et quelques autres (après une tentative d'insurrection, ils sont mis hors-la-loi, appréhendés par la force armée et exécutés sans jugement le lendemain).
Durant cette séance, Vadier donne les détails sur les relations entre Catherine Théot et Roberspierre. Il indique aussi que les policiers ont trouvé dans la paillasse de Catherine Théot une lettre adressée à Robespierre, qu'elle appelle « son premier prophète », lui annonçant que sa mission est prédite dans le Livre d'Ezechiel et le félicitant des honneurs qu'il rend à l'Être suprême. La lecture de cette lettre suscite des rires.
Mort de Catherine Théot (1er septembre 1794) et prétendue prophétie
Robespierre disparu, Catherine Théot est arrêtée et jugée, mais acquittée. Elle est cependant maintenue en détention et meurt quelques mois plus tard.
Prétendue prophétie de Catherine Théot sur sa propre mort
Dans le Guide de Paris mystérieux, l'écrivain François Caradec (1924-2008) attribue sans citer de sources à Catherine Théot une ultime prophétie : « Je ne périrai pas sur l'échafaud. Un événement, qui jettera l'épouvante dans Paris, annoncera ma mort »[4], supposée allusion à l'explosion de la poudrerie de Grenelle (31 août 1794) la veille de cette mort.
Cette formule est déjà rapportée en 1890 par Victor Du Bled dans un article de la Revue des Deux Mondes[5].
Catherine Théot dans la culture
Le personnage de la « Mère de Dieu » apparait dans le film de Jean-Marie Poiré Les Visiteurs : La Révolution, sorti en 2016. Elle y est présentée comme une enchanteresse aux pouvoirs magiques qui aide les deux protagonistes principaux à quitter la période révolutionnaire.
