Centre de mise à mort de Hartheim
From Wikipedia, the free encyclopedia
Le centre de mise à mort de Hartheim (en allemand : NS-Tötungsanstalt Hartheim) était un lieu d'exécution dans le cadre du programme eugéniste nazi appelé Aktion T4. Il consistait à exterminer systématiquement par asphyxie les citoyens allemands présentant un déficit mental ou physique incurable. La législation nazie autorisait des stérilisations forcées dès et les euthanasies non consenties furent menées dans le plus grand secret. Selon les nazis, il s'agissait non seulement d'« hygiène raciale » mais aussi d'alléger l’État des charges économiques représentées par ces populations[1]. Les exécutions ont perduré après l'abrogation de la loi en 1942 et ont aussi frappé des Juifs, des communistes et d'autres profils que l'État considérait comme indésirables. Des prisonniers des camps de concentration, s'ils n'étaient plus en état de travailler, étaient eux aussi envoyés au centre de Hartheim, de même que ceux jugés perturbateurs.

Le centre de mise à mort se trouvait dans le château de Hartheim, sur le territoire de la municipalité d'Alkoven, près de Linz en Haute-Autriche. Le château était depuis 1898 une institution pour personnes handicapées gérée par une association qui fut expropriée par les nazis en 1939. Les travaux de rénovation, ainsi que l’intégration des installations de mise à mort prirent entre quatre et cinq semaines environ[2].
Il y eut plusieurs centres de mise à mort dont Hadamar et Sonnesstein appelé aussi « die Sonne » (le « soleil » [sic]).
Le personnel du centre
Christian Wirth , surnommé « Christian le féroce », était responsable des centres de mises à mort du Troisième Reich[3]. Selon Franz Stangl, il s'agissait avant tout pour Wirth « d'en finir avec les bouches inutiles » et toutes réticences ou remarques du personnel étaient selon lui des « pleurnicheries qui lui donnaient envie de dégueuler[3] ».
Stangl dirigea le centre à son ouverture en 1940 : l'équipe comprenait le Dr Rudolf Lohnauer et son adjoint Georg Renno ainsi que quatorze infirmiers, pour la plupart envoyés des bureaux de l'Aktion T4 de Berlin ou de la région[3],[2]. Selon Schwanninger, « un seul d’entre eux, Franz Sitter, demanda son départ de l’institut de mise à mort, acceptant en contrepartie son enrôlement dans la Wehrmacht[2] ».
Certains furent condamnés lors du procès de Hartheim.
Statistiques du centre de Hartheim
En , lors de l'enquête des forces armées des États-Unis sur le centre d'exécution par le gaz, l'officier enquêteur Charles Dameron force un coffre-fort en acier où se trouvaient les statistiques de Hartheim. Cette plaquette de 39 pages, à usage interne dans le cadre du programme Aktion T4, recensait les statistiques mensuelles d'exécution des patients physiquement et mentalement handicapés (que le document évoque sous le terme de « désinfection ») dans les six centres de mise à mort sur le territoire du Troisième Reich[4]. En 1968 et 1970, un ancien employé, entendu en tant que témoin, révèle qu'il a dû compiler les données fin 1942[5]. Aux statistiques de Hartheim était jointe une page de calcul selon laquelle la « désinfection » de 70 273 personnes, présentant une espérance de vie de 10 ans, avait économisé une quantité de nourriture équivalant à 141 775 573,80 Reichsmarks[6].
Victimes lors de la première phase d'extermination à Hartheim
D'après les statistiques de Hartheim, 18 269 personnes ont été exécutées dans les chambres à gaz du château sur la période de 16 mois entre et le [7] :
| 1940 | 1941 | Total des victimes | ||||||||||||||
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Mai | Juin | Juil | Août | Sept | Oct | Nov | Déc | Jan | Fév | Mars | Avril | Mai | Juin | Juil | Août | |
| 633 | 982 | 1,449 | 1,740 | 1,123 | 1,400 | 1,396 | 947 | 943 | 1,178 | 974 | 1,123 | 1,106 | 1,364 | 735 | 1,176 | 18,269 |
Ces statistiques portent seulement sur la première phrase du programme Aktion T4, à laquelle Adolf Hitler a mis fin le en raison des protestations de l'église catholique romaine et de la pression de l'opinion publique.
Au total, certaines estimations veulent que 30 000 personnes aient été tuées à Hartheim, dont les personnes malades et handicapées ainsi que des détenus de camps de concentration. Les prisonniers étaient asphyxiés par intoxication au monoxyde de carbone.
Programme 14 f13 de « traitement spécial »
Trois jours seulement après la fin officielle des opérations de l'Aktion T4, un camion est arrivé à Hartheim, transportant 70 détenus juifs du camp de concentration de Mauthausen qui ont été exécutés au château[8]. Hartheim a atteint une notoriété particulière non seulement parce qu'il détenait le record des exécutions de malades mais aussi en tant que participant à l'Aktion 14f13 : c'est à Hartheim que sont assassinés la plupart des prisonniers de camps de concentration ; selon les estimations, les victimes s'élèvent à 12 000[9].
Les détenus de Mauthausen, s'ils n'étaient plus capables de travailler (notamment dans les carrières) et ceux qui étaient indésirables sur le plan politique étaient envoyés à Hartheim, où ils étaient exécutés. Dans les documents officiels, ces transferts étaient maquillés sous le nom de « permission récréative ». Dans la catégorie « malades » étaient enregistrés les « Germanophobes », les « communistes », les « fanatiques polonais ». À partir de 1944, les prisonniers n'étaient plus sélectionnés par des médecins dans le cadre du programme Aktion T4 : l'objectif consistait simplement à dégager rapidement de l'espace au camp de Mauthausen[10]. D'autres convois provenaient de Gusen et vraisemblablement de Ravensbruck en 1944, composés de détenues qui, souvent, étaient atteintes de tuberculose ou considérées comme mentalement déficientes[11].
Victimes
Victimes notables
- Franz Haindl (1879-1941), ancien député au Reichstag
- Bernhard Heinzmann (1903–1942), prêtre catholique allemand
- Friedrich Karas (de) (1895–1942), prêtre catholique autrichien
- Jan Maria Michał Kowalski (en) (1871–1942)
- Ida Maly (1894–1941), artiste autrichienne
- Werner Sylten (de) (1893–1942), théologien protestant
- Marie Caroline de Saxe-Cobourg-Gotha (1899-1941)[12],[13]
- Hilde Ephraim (1905-1940), membre du Parti socialiste ouvrier d'Allemagne
Membres du clergé
Des prêtres ont été exécutés : 310 Polonais, 7 Allemands, 6 Tchèques, 4 Luxembourgeois, 3 Néerlandais et 2 Belges. Beaucoup d'entre eux proviennent du Block des prêtres du camp de concentration de Dachau[14].