Cercle de l'art moderne
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| Fondation |
1906 |
|---|---|
| Dissolution |
1909-1910 |
| Zone d'activité | |
|---|---|
| Type |
Association |
| Domaine d'activité |
Collection d’oeuvres d’art, commissariat d’expositions |
| Mouvement | |
| Siège | |
| Pays |
| Fondateurs |
Georges Braque, Raoul Dufy, Othon Friesz, Olivier Senn, Charles-Auguste Marande, Jules Ausset, Édouard Choupaÿ (d), Georges Dussueil (d), G. Jean-Aubry, Pieter van der Velde (d) |
|---|---|
| Président |
Édouard Choupay |
| Secrétaire général | |
| Personnes clés |
Charles-Auguste Marande, Georges Dussueil, Pieter Van der Velde, Olivier Senn, Raoul Dufy, Othon Friesz, Georges Braque |
| Sponsors |
Le Cercle de l'art moderne est une association artistique fondée au Havre en 1906 avec le soutien d'un réseau de collectionneurs, d'amateurs d'art et d'artistes particulièrement actifs dans la ville depuis la seconde moitié du XIXᵉ siècle. Son objectif est de promouvoir les courants contemporains de la peinture, notamment les recherches issues du postimpressionnisme, du fauvisme et des débuts du cubisme.
La création du Cercle s'inscrit dans un contexte local marqué par l'essor économique du port du Havre et par le développement d'une bourgeoisie négociante qui joue un rôle important dans le mécénat et la diffusion des arts[1]. Des collectionneurs tels que Pieter van der Velde, Charles-Auguste Marande ou encore Olivier Senn soutiennent activement la peinture contemporaine et réunissent des ensembles significatifs comprenant des œuvres de Boudin, Jongkind, Monet, Renoir, Pissarro, ainsi que de représentants des avant-gardes comme Matisse, Derain, Friesz, van Dongen ou Lhote.
La naissance du Cercle de l'art moderne (1906)
Contexte havrais au début du XXᵉ siècle

L'arrivée du chemin de fer dans la première moitié du XIXᵉ siècle, suivie du développement des bateaux à vapeur à la fin du siècle sont déterminants pour l'essor du port du Havre, en pleine révolution industrielle. Ces évolutions entraînent la fin du statut de négociant-armateur, avec désormais une séparation des fonctions entre les compagnies de transport maritime d'un côté et les négociants de l'autre.
Au début du XXᵉ siècle, le port du Havre fait partie de la Northern Range et assure les fonctions de transit, d'escale et d'entrepôt. Il concentre les trois-quarts des importations françaises de coton et presque autant des réserves françaises de café. Cette intense activité commerciale génère d'importantes plus-values, ensuite réinvesties dans l'achat d'œuvres d'art. L'enrichissement des industriels va aller de pair avec le renforcement de leur intérêt pour les collections d'art.
Fondation du Cercle de l'art moderne
Le Cercle de l'art moderne est fondé en 1906 par un groupe d'artistes et de collectionneurs havrais, dans le but de promouvoir les courants modernes et de renouveler la vie artistique locale[2]. Sa création s'inscrit donc dans un contexte économique et culturel favorable : la seconde moitié du XIXᵉ siècle voit l'essor d'une bourgeoisie commerçante havraise enrichie par le commerce du coton, du sucre et du café, investissant dans des collections d'art et participant activement aux institutions culturelles de la ville.
Le Cercle s'inspire de l'expérience de la Société des amis des arts du Havre[3], dont certains membres sont issus. Fondée en 1839, elle avait favorisé l'introduction de la modernité picturale au Havre à travers l'organisation d'expositions publiques et le soutien à des artistes tels que Eugène Boudin. Toutefois, le Cercle se distingue par son orientation tournée vers l'avant-garde en s'inspirant également du Salon d'Automne[4], en soutenant les jeunes artistes fauves et la production des peintres locaux, notamment Raoul Dufy, Othon Friesz et Albert Marquet. La presse locale soulignait alors les tensions entre le Cercle et la Société des Amis des arts du Havre, qualifiant leur rivalité de « Capulets et Montaigus »[5], illustrant l'opposition entre le moderne et la tradition classique.
Les collectionneurs havrais — parmi lesquels Olivier Senn, Charles-Auguste Marande, Pieter van der Velde et Georges Dussueil — jouent un rôle central dans la constitution et le financement du Cercle. Leurs acquisitions de toiles modernes, incluant les premières œuvres d'Henri Matisse, témoignent d'un engagement précoce en faveur de l'art moderne et d'une volonté de faire du Havre un centre de diffusion de ces nouveaux courants picturaux, bien avant leur reconnaissance sur la scène internationale.

Activité du Cercle de l'art moderne
L'association organise plusieurs expositions annuelles visant à présenter au public les tendances les plus récentes de la peinture française[2]. La première manifestation, inaugurée le , réunit notamment des œuvres de Georges Braque, Raoul Dufy et Othon Friesz, marquant l'orientation moderne du groupe. Des artistes liés aux courants postimpressionniste et fauve sont également exposés, grâce à l'appui des organisateurs sur un réseau actif de marchands et de critiques.
Les expositions collectives organisées chaque année au printemps, sont complétées d'expositions individuelles ponctuelles, telles qu'une rétrospective consacrée à Eugène Boudin ou une exposition dédiée à Othon Friesz[2], lui-même membre du Cercle, toutes deux organisées en 1906.
Le Cercle de l'art moderne participe aussi à la diffusion de la modernité par la publication de textes théoriques, tel que « L'Œil et la couleur »[2] de Maurice Lesieutre.
Le but du Cercle de l'art moderne est défini dans les statuts de l'association[6] :
« ART.1 - Le Cercle de l’art moderne a pour but, en réunissant au Havre, les Artistes peintres, sculpteurs, musiciens, architectes, littérateurs et amateurs d’art attirés par sympathie commune pour les tendances artistiques modernes de faciliter les manifestations d’un art personnel, en organisant des réunions hebdomadaires, des expositions d’art, des concerts de musique de chambre et des conférences de vulgarisation artistiques. »
— Statuts de l’association - Cercle de l’art moderne.
Fin du Cercle de l'art moderne
Le Cercle de l'art moderne du Havre connaît un déclin progressif à partir de 1909. Dès 1907, plusieurs fondateurs, parmi lesquels Olivier Senn, Charles-Auguste Marande, Georges Dussueil et Pieter van der Velde, réintègrent la Société des amis des arts du Havre, menant simultanément les deux structures et diluant ainsi les forces du Cercle[7]. Les difficultés financières liées au coût croissant des expositions et à la baisse du nombre de souscripteurs, fragilisent l'association.
Le départ de plusieurs artistes havrais vers Paris, comme Raoul Dufy, Othon Friesz ou G. Jean-Aubry, limite également la dynamique initiale du groupe. En 1910, le Cercle cesse d'organiser ses expositions annuelles, marquant la fin de son activité publique[7]. L'éclatement du réseau et le contexte politique européen marqué par l'émergence des tensions précédant la Première Guerre mondiale, empêchent toute relance durable.
Malgré sa dissolution, le Cercle a exercé une influence durable sur la vie artistique havraise en soutenant les avant-gardes fauves et les artistes provinciaux, contribuant à la sensibilisation des collectionneurs locaux à l'art moderne et à l'intégration des oeuvres dans les collections du musée des Beaux-Arts du Havre.
Fonctionnement du Cercle de l'art moderne
Administration
Au sein de l'organisation même du Cercle de l'art moderne, deux figures structurent la vie administrative et donnent son orientation artistique au groupe. Édouard Choupay est l'architecte de la ville du Havre mais aussi le président du Cercle[2]. Formé à Paris, il apporte au Havre une vision parisienne de l'avant-garde et une rigueur d'organisation. Il incarne la liaison entre le monde technique — l'architecture — et la création artistique. Dans le prolongement de cette direction, G. Jean-Aubry (de son vrai nom Jean-Frédéric-Émile Aubry), homme de lettres, critique d'art et musicien, est le secrétaire général du Cercle[2]. Il organise des conférences et des concerts autour de certaines figures, notamment Paul Verlaine, Charles Baudelaire et Claude Debussy dont il est l'ami. Il promeut la musique contemporaine et le lien entre poésie et arts plastiques, donnant au Cercle sa dimension pluridisciplinaire.
Les comités
Le fonctionnement du Cercle repose sur quatre comités spécialisés[2]. Le comité des Beaux-Arts, dirigé par les peintres Raoul Dufy, Othon Friesz et Georges Braque[2], supervise les activités artistiques et assure la cohérence des orientations esthétiques. Le comité des concerts, composé des musiciens havrais André Caplet, Charles Maurech et Henri Woollett, organise les auditions et contribue à la diffusion d'un répertoire contemporain incluant notamment Claude Debussy, Maurice Ravel ou Ernest Chausson[2]. Le comité de Littérature, placé sous la responsabilité de G. Jean-Aubry[2] est chargé de la programmation et de l'organisation des conférences. Enfin, le comité d'exposition, véritable soutien du comité des Beaux-Arts, réunit les négociants Charles-Auguste Marande, Pieter van der Velde et Georges Dussueil[2] auxquels revient la mission de préparer et d'encadrer les expositions.
Membres fondateurs
Les trente membres fondateurs du Cercle de l'art moderne[8] sont issus de milieux sociaux et professionnels variés et comptent principalement des artistes et des hommes d'affaires[9] :
- Jules Ausset (peintre)
- Jean Biette (peintre)
- Charles Braques (peintre)
- Georges Braque (peintre)
- André Caplet (musicien)
- Édouard Choupay (architecte)
- Félix Denis (négociant)
- Raoul Dufy (peintre)
- Georges Dupuis (peintre)
- Georges Dussueil (négociant)
- Émile Othon Friesz (peintre)
- L. J. Hilly (caissier)
- Louis Hurel (employé de commerce)
- G. Jean-Aubry (critique d'art)
- Charles Lavaud (médecin)
- Raimond Lecourt (peintre)
- Maurice Lesieutre (critique d'art)
- Édouard Lüthy (négociant)
- Charles-Auguste Marande (négociant)
- Victor Marande (négociant)
- Charles Maurech (musicien)
- Gaston Prunier (peintre)
- Albert Roussat (peintre)
- Henri de Saint-Delis (peintre)
- René de Saint-Delis (peintre)
- Olivier Senn (négociant)
- Henri Thieullent (négociant)
- Pieter van der Velde (négociant)
- Maurice Vieillard (peintre)
- Henri Woollett (musicien)
Membres collectionneurs du Cercle de l'art moderne
Olivier Senn

Né au Havre, Olivier Senn (1864 – 1959) est négociant dans le commerce du coton. Fort d'un héritage culturel et artistique familial, Olivier Senn adhère en 1896 à la Société des amis des arts du Havre, dont son père et son beau-père sont déjà administrateurs, un poste qu'il occupe lui-même à partir de 1902[10]. Il s'investit dès 1905 dans la création du Cercle de l'art moderne, enrichissant en parallèle sa collection d'œuvres du second XIXᵉ et de pièces contemporaines[10].
Sa collection est constituée d'œuvres d'Eugène Boudin, Armand Guillaumin, Auguste Renoir, Alfred Sisley, Edgar Degas, Henri-Edmond Cross, Camille Pissarro, Johan Barthold Jongkind ou encore Giorgio de Chirico[10]. Les oeuvres de sa collection sont régulièrement présentées lors des expositions organisées par le Cercle entre 1906 et 1909.
La collection d'Olivier Senn s'inscrit sous le signe du paysage et témoigne des différentes mouvances artistiques qui se développent entre 1850 et 1930 avec une attention particulière du collectionneur pour les artistes pré-impresionnistes et néo-impressionnistes[10]. Senn s'avère être un collectionneur prudent, réservé face au fauvisme et indifférent au cubisme[10].
À sa mort, la collection d'Olivier Senn, constituée de plus de cinq cents œuvres toutes techniques confondues, revient à ses deux enfants Alice et Édouard[11].
- Oeuvres collectionnées par Olivier Senn
- Gustave Courbet, Le Bord de mer à Palavas, 1854, Montpellier, Musée Fabre (ancienne collection Senn).
- Félix Vallotton, La Valse, 1893, Le Havre, MuMa (ancienne collection Senn).
- Félix Vallotton, Femme nue, 1906, collection particulière (ancienne collection Senn).
- Pierre Bonnard, Intérieur au balcon, 1919, Le Havre, MuMa (ancienne collection Senn).
Georges Dussueil
Georges Dussueil (1848 – 1915) est un transitaire havrais, collectionneur et figure majeure de la vie artistique locale. Il est l'un des membres fondateurs du Cercle de l'art moderne[12]. Issu d'une famille provençale installée au Havre au XIXᵉ siècle, il fonde en 1880 la société Dussueil et Cie, active dans l'expédition et l'assurance. En 1882, il devient membre de la Société des amis des arts du Havre, siégeant à partir de 1896 à la commission d'acquisition.
L'influence de Georges Dussueil est décisive au musée des Beaux-Arts du Havre : en 1901, il défend avec Alphonse Cherfils l'idée novatrice d'ouvrir les acquisitions à l'art moderne et notamment à l'impressionnisme. Il est chargé avec Alphonse Lamotte, le conservateur du musée, d'une mission d'exploration du marché artistique afin d'acheter les œuvres contemporaines les plus prometteuses[12].

En tant que collectionneur, activité qu'il débute dans les années 1880 avec l'acquisition d'œuvres d'Eugène Boudin, Dussueil soutient activement les artistes présentés par le Cercle. Il acquiert très tôt des œuvres des Nabis — en particulier de Pierre Bonnard et Édouard Vuillard[12]— et manifeste, dès 1905, un intérêt pour le fauvisme. Conseillé par Berthe Weill et en contact avec Ambroise Vollard, il acquiert des œuvres d'Henri Matisse, André Derain, Maurice de Vlaminck, Othon Friesz, Charles Camoin et Albert Marquet, souvent l'année même de leur création[12]. Sa collection comprend également des pièces singulières comme Monsieur Loulou (1890) de Paul Gauguin, portrait du neveu du collectionneur[12].
Au sein du Cercle, Dussueil joue un rôle actif et déterminant : membre du comité d'exposition aux côtés de Charles-Auguste Marande, il participe directement à l'organisation des manifestations, à la promotion des expositions locales (gravures, peintures) et aux achats collectifs[2]. En réunissant une collection de soixante-dix œuvres où dominent les avant-gardes, il est l'un des moteurs du Cercle, un mécène visionnaire qui permet la reconnaissance locale de la modernité artistique et plus particulièrement des peintres fauves[12].
Charles-Auguste Marande
Charles-Auguste Marande (1858 – 1936) est un négociant de coton havrais, collectionneur d'art et mécène. Né à Benfeld dans une famille catholique alsacienne, il s'installe au Havre en 1872[13]. Il est l'un des co-fondateurs du Cercle de l'art moderne, et figure parmi les membres les plus actifs de son comité d'exposition[2]. Cet amateur d'art organisé joue un rôle déterminant dans la politique d'achat et de diffusion des œuvres à l'échelle locale. Son soutien précoce aux artistes modernes, et en particulier aux fauves, en fait l'une des figures essentielles du Cercle et plus généralement du renouveau artistique havrais[7],[14].
Collectionneur dès la fin du XIXᵉ siècle, il acquiert des œuvres d'Eugène Boudin, Claude Monet, Auguste Renoir, Camille Pissarro, Alfred Sisley, Camille Corot ou encore Maxime Maufra[13]. Il montre également un vif intérêt pour les fauves comme Charles Camoin, Othon Friesz, Albert Marquet, et tout particulièrement pour Kees van Dongen dont il est l'un des plus fervents collectionneurs[14]. De façon plus inattendue, il achète Les Arbres à Avignon d'André Lhote — présent à la dernière exposition du Cercle en 1909 — montrant son attrait pour la veine cubiste[13].
En 1929, il lègue au musée des Beaux-Arts du Havre soixante-quatorze tableaux, douze œuvres sur papier et une sculpture, en demandant que l'accrochage respecte la disposition qu'il avait conçue dans son intérieur[13]. Ce legs constitue l'embryon du premier fonds moderne du musée du Havre.
Pieter van der Velde

Pieter van der Velde (1848 – 1922) est un collectionneur d'art et mécène installé au Havre après la guerre franco-allemande de 1870[15]. Employé dans une maison de négoce de café, il finit par ouvrir son propre bureau en 1882 avec un associé dans un premier temps, avant de le diriger seul à partir de 1886[15].
Pieter van der Velde constitue une importante collection d'art moderne dès 1888, date à laquelle il acquiert plusieurs toiles du peintre Eugène Boudin, première d'une large collection d'œuvres dont certaines sont majeures[15]. Ainsi, il devient rapidement un mécène pour les jeunes artistes impressionnistes et d'avant-garde tels que Johan Barthold Jongkind, Claude Monet, Camille Pissarro, Auguste Renoir et Alfred Sisley[15]. Son intérêt d'amateur d'art se porte aussi sur les peintres issus du fauvisme comme Kees van Dongen, qu'il soutient dès 1906 en commandant des portraits de famille. Il possède également des œuvres d'André Derain, Maurice de Vlaminck ainsi qu'une oeuvre de Pablo Picasso[16], le seul parmi les collectionneurs du Cercle[15].
Sa collection, forte d'environ deux cents œuvres, est dispersée après sa mort entre ses quatre filles[15].
Othon Friesz
Othon Friesz (1879 – 1949) est un peintre et graveur français né au Havre. Co-fondateur du Cercle de l'art moderne, il a été l'élève de Charles Lhuillier aux côtés de Georges Braque, Jules Ausset ou encore Raoul Dufy, tous trois membres du Cercle. En effet, il dirige auprès de Dufy et de Braque le comité des Beaux-Arts au sein de l'association havraise.
Othon Friesz participe au positionnement avant-gardiste du Cercle de l'art moderne par l'orientation fauve de sa peinture caractérisée par l'usage d'aplats de couleurs et la nervosité de son dessin. Ainsi, ses œuvres sont exposées dès la première exposition du Cercle en 1906, puis lors de plusieurs manifestations artistiques de l'association jusqu'en 1909. Les vues d'Anvers qu'il peint auprès de Georges Braque en 1906[2] sont exposées du 3 au la même année, dans le salon du pavillon ouest de l'hôtel de ville du Havre, dans le cadre d'une exposition individuelle organisée par le Cercle[17].
Les œuvres de Friesz sont acquises par plusieurs collectionneurs du Cercle, notamment Georges Dussueil, Charles-Auguste Marande, Félix Eugène Dennis ou encore Pieter van der Velde.
À l'instar d'autres artistes havrais membres du Cercle, Othon Friesz s'installe à Paris dans les années 1910, un éloignement qui entraîne progressivement le déclin de l'association.
Franz-Édouard Lüthy
Franz-Édouard Lüthy (1847-1919) est le fondateur d'une maison de négoce de café. Amateur d'art et installé au Havre, il devient membre de la Société des Amis des arts du Havre, et siège comme membre suppléant au bureau de direction du Cercle de l'art moderne, dont il est l'un des membres fondateurs[9],[14].
Sensible à la peinture moderne, il acquiert l'un des premiers nus de Charles Camoin intitulé La Blonde au miroir, appartenant à une série de cinq études réalisées en 1904[14]. Ce choix reflète son attrait pour les recherches chromatiques et la sensualité des premiers nus fauves. Il possède également plusieurs tableaux d'Eugène Boudin, qu'il prête pour la rétrospective consacrée à l'artiste organisée par le Cercle en 1906. S'intéressant par ailleurs à l'œuvre d'Albert Marquet, il acquiert une de ses toiles en 1907, intitulée Notre-Dame[18].
Jules Ausset
Jules Ausset (1868-1955) est un peintre français né à Montivilliers, près du Havre. Aux côtés d'Othon Friesz et de Raoul Dufy, il est l'élève de Charles Lhuillier à l'École des Beaux-Arts du Havre.
Son œuvre, comprenant de nombreux paysages, s'inspire des motifs naturalistes et modernes des peintres du Havre de sa génération. Bien qu'il ne soit pas classé parmi les peintres fauves, son art s'inspire de cette liberté du dessin et de la couleur que met en valeur ce mouvement d'avant-garde. Co-fondateur du Cercle de l'art moderne[8], ses œuvres sont exposées lors des manifestations artistiques du groupe en 1908 et 1909.
Oscar Schmitz
Oscar Schmitz (1861-1933) est le second fils de Peter Samuel Schmitz, négociant allemand et représentant d'une manufacture de textile. Il reçoit une formation commerciale à Prague puis à Liverpool. Il travaille d'abord dans l'industrie cotonnière avant de fonder, avec son frère Alfred, la maison de commerce Oscar et Alfred Schmitz au Havre. Il fait fortune dans les affaires havraises, ce qui lui permet par la suite de se consacrer à ses intérêts artistiques[19].

Membre de la Société des amis des arts au Havre à l'instar de nombreux membres du Cercle de l'art moderne, Oscar Schmitz commence à investir dans l'art à partir de la fin des années 1890. Il entame alors la constitution d'une importante collection d'objets d'art, principalement tournée vers le réalisme et l'impressionnisme français, ainsi que vers les mouvements qui leur succèdent. Le marchand Paul Durand-Ruel devient son ami et son mentor. Ses premiers achats sont essentiellement des paysages lumineux. En 1899, il acquiert deux œuvres d'Eugène Boudin. Vers 1900, il achète des œuvres de Claude Monet — dont La Gare Saint-Lazare, aujourd'hui conservée à la National Gallery —, de Camille Pissarro, Auguste Renoir et Alfred Sisley. En 1904, il enrichit sa collection d'œuvres d'Édouard Manet, d'Edgar Degas et de Paul Cézanne. En 1905, il acquiert deux tableaux de Vincent van Gogh par l'intermédiaire du marchand Paul Cassirer, qui devient par la suite son principal fournisseur. Entre 1912 et 1916, il achète cinq toiles supplémentaires de Cézanne. À partir de 1909, il manifeste également un intérêt marqué pour les précurseurs de l'impressionnisme et notamment le Romantisme avec l'acquisition d'oeuvres d'Eugène Delacroix et de Théodore Géricault[19].
Bien qu'Oscar Schmitz se tienne relativement à distance des activités du Cercle de l'art moderne, son statut de négociant, sa proximité générationnelle avec des figures majeures du cercle tel qu'Olivier Senn et les oeuvres d'artistes avant-gardistes qu'il collectionne font de lui, un acteur important de la scène artistique havraise dans laquelle évolue le Cercle.
Retiré des affaires en 1903, à l'âge de quarante-trois ans, Oscar Schmitz s'installe près de Dresde, où il poursuit activement la constitution de sa collection jusqu'en 1918. La collection d'Oscar Schmitz comprend cent-six peintures, études à l'huile et pastels, soixante-et-une œuvres sur papier, ainsi que plusieurs bronzes et un buste en terre cuite d'Antoine Bourdelle[19]. Après sa mort en 1933, la majorité des œuvres de sa collection est vendue.
Félix Eugène Dennis
Félix Eugène Dennis (1842-1918) est issu d'une famille nantaise installée au Havre dès 1855. Il fonde avec son père la maison Dennis et Fils, active dans le commerce du coton. En 1880, il s'engage dans la vie culturelle havraise en devenant membre du conseil d'administration de la Société des amis des arts du Havre, et ce jusqu'en 1885.
Après une période d'éloignement des milieux associatifs, il reprend une activité publique en 1906 au sein du Cercle. Peu d'éléments sont connus concernant ses goûts artistiques, mais il est attesté qu'il prête une œuvre d'Othon Friesz pour la rétrospective consacrée au peintre par la Galerie des Collectionneurs à Paris en 1904[9].
Parrains et figures associées au Cercle de l'art moderne
Autour du Cercle gravitent également des personnalités plus ponctuelles, mais dont l'intervention contribue fortement au rayonnement de l'association.
Frantz Jourdain, critique influent et président du Salon d'Automne depuis 1903, accepte de parrainer le Cercle havrais et en prononce la première conférence, « L'Art moderne », en 1906. Figure majeure de la vie culturelle parisienne, il apporte ainsi son soutien à l'une des nombreuses initiatives de décentralisation artistique qui émergent alors en France, et plus généralement aux artistes contemporains[2].
À ce parrainage s'ajoutent également ceux de Guillaume Apollinaire et de Claude Debussy, qui renforcent encore le prestige et l'ouverture du Cercle[20].
En outre, certaines personnalités sont invitées à donner des conférences. C'est le cas de Charles Morice, Camille Mauclair, Francis de Miomandre, et Léon Bocquet[2]. Ces derniers relient Le Havre aux cercles parisiens du Mercure de France et de la Schola Cantorum.
Artistes représentés dans les collections
La diversité des collections des membres du Cercle reflète à la fois les goûts personnels des collectionneurs et une volonté commune de soutenir la création moderne, à travers la représentation de nombreux artistes issus des courants de l'art moderne — impressionnisme et postimpressionnisme, fauvisme, cubisme, et nabis. Les différentes collections témoignent également de l'intérêt des membres du Cercle pour des courants artistiques du XIXe siècle, notamment le Romantisme et le Réalisme.
Certains peintres semblent se démarquer dans les collections havraises, comme Auguste Renoir dont les œuvres sont particulièrement prisées par les membres du Cercle de l'art moderne, ou encore Camille Pissarro et Albert Marquet qui ont, pour leur part, directement côtoyé les collectionneurs.
Artistes représentés par les collections des membres collectionneurs du Cercle de l'art moderne :
- Pierre Bonnard
- Eugène Boudin
- Antoine Bourdelle
- Charles Camoin
- Paul Cézanne
- Camille Corot
- Henri-Edmond Cross
- Giorgio de Chirico
- Edgar Degas
- Eugène Delacroix
- André Derain
- Othon Friesz
- Paul Gauguin
- Théodore Géricault
- Johan Barthold Jongkind
- André Lhote
- Édouard Manet
- Albert Marquet
- Henri Matisse
- Maxime Maufra
- Claude Monet
- Pablo Picasso
- Camille Pissarro
- François Pompon
- Auguste Renoir
- Alfred Sisley
- Félix Vallotton
- Kees van Dongen
- Vincent van Gogh
- Maurice de Vlaminck
- Édouard Vuillard
Auguste Renoir
Plusieurs membres du Cercle ont collectionné les œuvres d'Auguste Renoir, en particulier les peintures de l'artiste représentant des femmes et des jeunes filles[21] — telles que Le Café-Concert, Portrait de Nini Lopez ou encore L'Excursionniste, acquises respectivement par Pieter van der Velde, Olivier Senn et Charles-Auguste Marande[21]. Les paysages de Renoir sont aussi appréciés des collectionneurs : Baie de Salerne est ainsi acquise par Senn[21].
Pour l'acquisition de ces Renoir, les collectionneurs havrais passent par l'intermédiaire du marchand Paul Durand-Ruel, ou bien par le biais de la galerie Bernheim-Jeune[21].
- Renoir, Le Café Concert ou La Première sortie, 1876-1877, Londres, National Gallery.
- Renoir, Portrait de Nini Lopez, 1870, Le Havre, MuMa.
- Renoir, L'Excursionniste, vers 1888, Le Havre, MuMa.
- Renoir, Baie de Salerne ou Paysage du midi, 1881, Le Havre, MuMa.
Camille Pissarro
Lors de son séjour de trois mois au Havre dès , Camille Pissarro est notamment accueilli par Pieter van der Velde, qu'il a rencontré à Paris chez le marchand Paul Durand-Ruel. Pieter van der Velde lui fait découvrir la ville et lui présente ses amis collectionneurs[22].

Pissarro peint plus de vingt-quatre toiles lors de son séjour, complétant sa série des ports qu'il avait commencé depuis 1883 à Rouen puis à Dieppe. Dix toiles sont achetées par van der Velde[22], ce dernier s'inscrit donc dans un rôle proche de celui du mécène de l'artiste en lui présentant de potentiels acheteurs. Deux autres œuvres sont acquises par Georges Dussueil : Le Pont Boildieu, Rouen, Brouillard (1896) et L'Anse des Pilotes, Le Havre, temps couvert (1903)[22]. Olivier Senn acquiert également deux tableaux de Pissarro[22].
Deux des toiles havraises de Pissarro sont enfin acquises par le musée du Havre — L'Anse des Pilotes, Le Havre, matin, soleil, marée montante et L'Anse des Pilotes et le brise-lames est, Le Havre, après-midi, temps ensoleillé[22]. Il s'agit des premières œuvres de Pissarro entrant dans les collections d'un musée public[22]. Cette acquisition fait suite à la volonté de Georges Dussueil, membre de la commission d'acquisition du musée, d'enrichir les collections avec des œuvres impressionnistes, contre l'avis du conservateur du musée Alphonse Lamotte préférant l'Académisme[22].

Albert Marquet
Peintre et dessinateur, Albert Marquet a exposé au Salon de la Société des amis du Havre dès 1905, un an avant la création du Cercle[18].
Marquet propose ensuite des peintures lors des expositions du Cercle de l'art moderne organisées chaque année : en 1906, il expose deux toiles sur le sujet du Quai des Grands-Augustins[18]. En 1907, le peintre expose deux autres toiles, dont Notre-Dame, acquise par Franz Édouard Lüthy[18].
Les collectionneurs havrais présentent un intérêt certain pour les œuvres d'Albert Marquet, notamment Olivier Senn et Georges Dussueil qui acquerront respectivement quinze et treize peintures de l'artiste, essentiellement des paysages et des natures mortes[18].
Œuvres collectionnées
Peinture
Les membres du Cercle de l'art moderne ont constitué d'importantes collections de peintures, témoignant de leur intérêt pour les courants artistiques modernes de la fin du XIXᵉ et du début du XXᵉ siècle. Leurs acquisitions témoignent d'une forte dynamique entre les collectionneurs, les artistes et les marchands, et participent de la diffusion de l'art moderne au Havre. Plusieurs genres sont représentés dans leurs collections : des portraits, des scènes intérieures ou encore des paysages, en particulier des vues maritimes caractéristiques de la côte normande.
- Peintures collectionnées par les membres du Cercle de l'art moderne
- Wilhelm Trübner, Jeune fille aux mains jointes, 1878, Dresde, Albertinum, Galerie Neue Meister (ancienne collection Schmitz).
- Albert Marquet, La Femme blonde, 1919, Paris, Musée national d'art moderne - Centre Georges Pompidou (ancienne collection Senn).
- Paul Cézanne, Portrait de l'Oncle Dominique en moine, 1866, Metropolitan Museum of Art (ancienne collection Schmitz).
- Albert Marquet, Intérieur à Sidi-Bou-Saïd, vers 1923, Le Havre, MuMa (ancienne collection Senn).
- Henri Matisse, Fenêtre ouverte, Collioure, 1905, Londres, National Gallery of Art (ancienne collection Van der Velde).
- Édouard Vuillard, Intérieur aux deux chaises. Salle à manger, rue Truffaut, 1901, Paris, MNAM-CCI (ancienne collection Dussueil).
- Claude Monet, La Seine à Vétheuil, 1878, Le Havre, MuMa (ancienne collection Senn).
- Camille Pissarro, Soleil levant à Éragny, 1894, Le Havre, MuMa (ancienne collection Senn).
- Albert Marquet, Le Port de la Ponche, Saint Tropez, 1905, collection particulière (ancienne collection Van der Velde).
- Claude Monet, Soleil d'hiver à Lavacourt, 1879-1880, Le Havre, MuMa (ancienne collection Marande).
- Édouard Manet, La Jetée de Boulogne-sur-Mer, 1868, Amsterdam, musée Van Gogh (ancienne collection Schmitz).
- Eugène Boudin, L'entrée du port de Trouville, la marée basse, 1888, Londres, National Gallery (ancienne collection Van der Velde).
Arts graphiques
Les membres du Cercle de l'art moderne ont également collecté des œuvres d'art graphique. C'est notamment le cas d'Olivier Senn et Charles-Auguste Marande, dont les fonds ont été légués au Musée d'art moderne André Malraux du Havre[23].

Olivier Senn semble montrer un intérêt marqué pour ce médium, comme en témoigne sa collection de cent soixante-dix dessins d'une grande homogénéité[23]. Elle se distingue notamment par des œuvres d'Edgar Degas, dont une partie est acquise par le collectionneur lorsqu'il assiste à la première vente d'atelier de l'artiste en 1918[23]. Le collectionneur achète par exemple un pastel sur papier vélin — Après le bain, femme s'essuyant, ou encore une étude pour Séramis construisant Babylone.
Senn achètera également près de soixante-dix dessins d'Henri-Edmond Cross, dont de nombreuses aquarelles[24].
Le dessin apparaît comme un médium plus rare chez les autres collectionneurs havrais, bien que certaines œuvres d'art graphique soient mentionnées dans les catalogues de vente des collections des membres du Cercle de l'art moderne, comme celle de Georges Dussueil[23].
Sculpture
Bien moins représentée que la peinture, la sculpture était néanmoins présente dans les collections des membres du Cercle de l'art moderne. Les œuvres acquises par Charles-Auguste Marande, Oscar Schmitz ou encore Olivier Senn reflètent leur intérêt pour la sculpture moderne et notamment pour les sculpteurs François Pompon ou Antoine Bourdelle.