Fille d'un dénommé Publius, Severina est au service du culte d'Ulpia Marciana, princesse décédée en et divinisée par l’empereur Trajan, son frère cadet. Elle exerce la seule charge publique accessible aux femmes, lui offrant un rôle social et économique important. Severina est connue pour son autel funéraire élevé par son mari Titus Baebius Gemellinus, prêtre augustal. Un extrait gravé de son testament demande à des collèges de métiers de célébrer annuellement sa mémoire, le jour de son anniversaire.
Le musée archéologique de Sarsina, aujourd'hui dans la ville de Bologne, conserve le cippefunéraire de Cetrania Severina, connu dans les répertoires épigraphiques comme CILXI, 6 520, ainsi que ILS 6647 et AE 1999, 616 Sassina[1],[2],[3]. En 1607, elle se trouvait en la cathédrale de Sarsina, dans la chapelleSainte-Marie-Madeleine de la famille Capelli, servant de base à l'autel pour donner un effet carré[4]. L'épitaphe se lit:
«Aux dieux Mânes. [Ce monument funéraire est dédié] à Cetrania Severina, fille de Publius, prêtresse de la divineMarciana. Titus Baebius Gemellinus, prêtre augustal, [fit ériger ce monument] à son épouse très vertueuse.»
Compte tenu de sa fonction, son mari Gemellinus est probablement un affranchi[5]. Il a fait graver une image d'elle en tant que prêtresse voilée, avec un ciste à ses pieds. Un extrait de son testament y est gravé, donnant de précieuses informations sur les pratiques cultuelles au temps de Severina[2]:
«Caput ex testamento / Cetraniae Seuerinae / collegi(i)s dendropho / rorum fabrum cento / nariorum munic(ipii) Sassi(natis) / HS sena milia n(ummum) dari / uolo. fideiq(ue) uestrae col / legiali committo, uti / ex reditu HS quatern(orum) m(ilium) / n(ummum) omnibus annis prid(ie) / Idus Iun(ias), die natalis / mei, oleum singulis / uobis diuidatur ei / ex reditu HS binum / milium n(ummum) Manes / meos colatis hoc / ut ita faciatis, fidei / uestrae committo.»
—Cetrania Severina
«Extrait du testament de Cetrania Severina: je souhaite léguer cent mille sesterces aux collèges de dendrophores, de forgerons et de centurions de la municipalité de Sarsina. Je vous confie la mission, en tant que collèges, de répartir entre vous, chaque année, à la veille des ides de juin, jour de ma naissance, une partie des quatre mille sesterces ainsi recueillies, et de consacrer un culte à mes mânes avec les deux mille sesterces restantes. Je vous compte sur votre foi que vous fassiez cela.»
Ce texte témoigne d'une activité féminine dans des activités de patronage dans l'Antiquité[2]. Le choix de cette demande peut s'expliquer par la prévention de Severina dans l'entretien de son souvenir, les corporations étant des institutions plus pérennes qu'une famille susceptible de s'éteindre[3]. L'autel est édifié entre la mort de Marciana (112) et la mort de son petit-neveu Hadrien (138), le culte des femmes de l'époque trajane n'ayant pas survécu à ce dernier. L’inscription est gravée sur deux faces d’un cippe et pourrait être associée au monument CILXI, 6 521, qui porte la mention: «Baebius Gemellinus [pour] Cetrania Severina» (Cetraniae Severinae Baebius Gemellinus), gravée sur une architrave appartenant au monument funéraire de Cetrania Severina. Elle pourrait également être liée au fragment très lacunaire CILXI, 6 522, dont le texte conservé est: «[…]ocrui C(ai) […] / T(itus) Baebius […]»[6],[7].
Références
↑«Perpetual commemoration by a collegium», Bellaria, noLXXXII, , p.7 (lire en ligne[PDF]).
123Marella Nappi, «Cetrania Severina», Dictionnaire universel des créatrice, Des femmes - Antoinette Fouque,
12(en) Emily A. Hemerijk, Women and Society in the Roman World: A Sourcebook of Inscriptions from the Roman, Cambridge, Cambridge University Press, , p.202.
↑Filippo Antonini, Delle antichita di Sarsina, et de' costumi romani nel trionfo, et nel triclinio antico, Sarsina, Bartolomeo Gasparini, (lire en ligne), p.28-29
↑(it) Patrizia Arena, «Sacerdozi femminili e possibilità di ascesa sociale nell’Occidente romano», dans Arnaldo Marcone, Lavoro, lavoratori e dinamiche sociali a Roma antica, Castelvecchi, , 259p. (ISBN978-8832823387, lire en ligne).