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Champs Décumates

locution latine From Wikipedia, the free encyclopedia

Les champs Décumates, en latin Agri decumates, sont dans l'Antiquité romaine un territoire de l'actuelle Allemagne situé entre le Rhin, le Main et le Danube, c'est-à-dire, du point de vue des Romains, au-delà du Rhin et du Danube, bases du système défensif de l'empire au Ier siècle de notre ère face aux Germains non soumis à Rome. Le nom Agri decumates est utilisé par Tacite dans son livre La Germanie.

L'Empire romain et la Germanie vers , avec indication des principales tribus mentionnées par Tacite.
Topographie des champs Décumates dans la zone du fossé rhénan. Indication des castra et des castella du limes rhénan (toponymes en cours)
Carte du limes romain du Rhin au Danube au IIe siècle, incluant notamment les champs Décumates.
L'expansion des Alamans du IIIe au VIe siècle avec le lieu et la date des batailles qui les opposent aux Romains.

Conquis par les Romains sous le règne des empereurs Flaviens Vespasien (69-79) et Domitien (81-96), il est ensuite fortifié sous les Antonins sur une ligne allant de Rheinbrohl à Pförring, afin de supprimer un saillant entre le limes du Rhin et le limes du Danube, à l'est de la province de Germanie supérieure, créée dans les années 80 par Domitien (chef-lieu : Mayence) et au nord de la province de Rhétie (Augsbourg).

Les champs Décumates constituent un territoire militaire dans lequel les normes administratives de l'Empire (provinces, cités) ne sont pas complètement appliquées. Le centre politique est Arae Flaviae (« autels flaviens », lieu du culte impérial), aujourd'hui Rottweil.

Ce territoire est perdu par Rome dès le IIIe siècle : envahi par les Alamans, il est abandonné sous le règne de Gallien, en partie reconquis par Aurélien, puis abandonné par Probus.

Localisation

Ce territoire correspond approximativement à un triangle Coblence-Bâle-Ratisbonne-[1], Coblence et Bâle étant sur le Rhin et Ratisbonne sur le Danube à environ 300 km à l'est.

Ce territoire correspond à l'actuel land de Bade-Wurtemberg et à une partie des land de Bavière et de Rhénanie-Palatinat.

Les champs Décumates dans la Germanie de Tacite

L'historien Tacite est le seul auteur à employer cette expression. Dans sa Germanie, il désigne par les expressions Agri Decumates ou decumates agri[réf. nécessaire] les terres situées au-delà du Rhin et du Danube par rapport à l'Empire romain (provinces de Germanie supérieure et de Rhétie).

Étymologie de Decumates

L'origine et la signification de ce nom sont controversées : il pourrait faire référence soit à un lieu-dit Decuma ou Decumum[réf. nécessaire], soit à l'obligation faite aux habitants de payer un tribut (une « dîme ») à Rome.

Une autre possibilité est qu'antérieurement à l'occupation romaine, ce territoire ait appartenu à une tribu organisée en dix cantons[2]. Noter qu'en latin, « dix » se dit decem et les dérivés de ce mot sont en decim- (comme decimatio, « decimation » de un soldat sur dix, ou decima, « dîme », taxe de 10 %).

Selon l'historien Michael Grant, ce nom renvoie plutôt à un mot gaulois dont le sens a été perdu[3].

Description du pays par Tacite

Selon Tacite, la région était habitée à l'origine par une tribu helvète, chassée au Ier siècle av. J.-C. par des Germains suèves qui y font halte au cours de leur migration vers le sud, avant de repartir vers l'an 10 avant notre ère, vers le pays des Boïens (la Bohême, actuelle République tchèque). Après le départ des Suèves, les Helvètes reprennent possession du pays.

Tacite écrit :

Non numeraverim inter Germaniae populos, quamquam trans Rhenum Danuviumque consederint, eos qui decumates agros exercent : levissimus quisque Gallorum et inopia audax dubiae possessionis solum occupavere ; mox limite acto promotisque praesidiis sinus imperii et pars provinciae habentur.[4]
« Bien qu'ils habitent par delà le Rhin et le Danube, je ne compterais[5] pas les peuples des champs Décumates au nombre des Germains. Gaulois sans scrupules qui ne sont devenus courageux que sous l'aiguillon de la nécessité, ils occupèrent ces terres à la faveur du doute[pas clair]. Mais dans la mesure où nous avons fortifié la frontière et construit une ligne de forts tout autour, on les considère comme une excroissance de l'Empire et une partie de la province. »

Histoire

Occupation romaine des champ Décumates sous les Flaviens (Ier siècle de notre ère)

L'occupation militaire par Rome des Champs Décumates commence sous le règne de l'empereur Vespasien (69-79). Elle est conduite dans le Sud de la région par Cnaeus Pinarius Cornelius Clemens en 72-74. En 74, il fait construire une route reliant Argentoratum (Strasbourg) au Danube[Où ?][6], afin d’effacer ce saillant dangereux entre la Gaule et les provinces danubiennes[1].

Le fils de Vespasien, Domitien, qui règne de 81 à 96, annexe le nord des champs Décumates (82-83)[6]. C'est aussi lui qui crée les nouvelles provinces de Germanie inférieure et de Germanie inférieure, dont les territoires sont soustraits à la province de Gaule belgique.

La ligne de fortifications des empereurs Antonins (IIe siècle)

Un réseau routier est ensuite construit sur l'ensemble du territoire. Cela permet à Rome de mieux contrôler le pays, en facilitant les communications terrestres et le déplacement des légions stationnées le long du Danube et du Rhin et de mieux le protéger grâce à une ligne fortifiée plus court.

La région est fortifiée peu à peu, par morceaux[réf. nécessaire][7], durant un siècle (de 80 à 180), sous les règnes des Flaviens puis des Antonins[1].

Les forts du limes sont établis entre les villes actuelles de Rheinbrohl sur le Rhin (en aval de Coblence) et de Pförring sur le Danube (en aval d'Ingolstadt), créant une ligne de fortifications continue, souvent rectiligne, avec des routes stratégiques[1].

Un point faible de la frontière de l'Empire (la zone intermédiaire entre le Rhin et le haut Danube) devient ainsi un point fort du limes romain[1].

Organisation territoriale et colonisation

Cela ouvre aussi la voie à la colonisation romaine. Une nouvelle population, d'origine gauloise, est installée dans des colonies agricoles et militaires, extérieures au système des cités en usage en général dans l'Empire[8].

Les plus importantes colonies romaines sont Sumelocenna (actuelle Rottenburg am Neckar), Civitas Aurelia Aquensis (Baden-Baden), Lopodunum (Ladenburg) et Aræ Flaviæ (Rottweil)[9].

Les champs Décumates, dotés avec Arae Flaviae d'un centre religieux, ne sont donc pas une province romaine, mais plutôt une marche militaire[1].

Malgré quelques troubles, comme l'insurrection contre la garnison romaine de Strasbourg durant l'hiver 185-186[réf. nécessaire], la région connait la prospérité durant les siècles durant[9] de ce qu'on appelle la période de la « paix romaine ». Celle-ci prend fin dès la seconde moitié du IIIe siècle, en raison de l'arrivée des Alamans.

L'abandon par Rome au IIIe siècle

La première incursion des Alamans date de 233. À partir de 259, ils commencent à s'installer dans le pays. Lorsque se produit la sécession de l'empire des Gaules de Postume (260-274), les Romains sont amenés à évacuer leurs troupes sous le règne de Gallien (260-268)[9].

L'empereur Aurélien (270-275) entreprend la reconquête des champs Décumates, organisant une nouvelle ligne de défense le long du Rhin et de l’Iller, affluent du Danube coulant au sud d'Ulm, avec Brigantium (Brégence/Bregenz) comme camp militaire principal. À la mort de son successeur Probus (282), les champs Décumates sont de nouveau abandonnés aux Alamans.

Les colonies romaines ne sont cependant pas complètement désertées : il y a encore des traces de civilisation romaine[Lesquelles ?] jusque tard dans le Ve siècle. Mais le territoire est désormais habité principalement par des peuples germaniques[9],

Postérité

Les ruines des fortifications de l'époque des Antonins, avec de longs segments rectilignes, ont par la suite été appelées « mur du diable » (Teufelmauer) par les populations locales.

Notes et références

Voir aussi

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