Charles-Isidore Journès
From Wikipedia, the free encyclopedia

Cet article ne s'appuie pas, ou pas assez, sur des sources secondaires ou tertiaires ().
Le Caire (Égypte)
| Naissance | |
|---|---|
| Décès |
(à 75 ans) Le Caire (Égypte) |
| Sépulture |
Cimetière latin (ancien) du Caire |
| Prénom social |
Charles Isidore |
| Nationalité |
Française |
| Formation |
École des Ponts & Chaussées |
| Activité |
Conducteur de travaux, ingénieur |
| Membre de |
La direction générale de l'Exposition universelle de 1889 |
|---|---|
| Distinction | Officier d'Académie Officier de l'ordre du Nichan-Iftikhar Chevalier de l'ordre impérial du Dragon de l'Annan |
Charles-Isidore Journès (1833-1909) est un conducteur du Corps des ponts et chaussées français, qui a participé à la construction des lignes ferroviaires françaises sous le Second Empire et la Troisième République avant de rejoindre l’organisation de l’Exposition universelle de 1889 à Paris. Il termine sa carrière comme ingénieur des chemins de fer de l'État égyptien au Caire à la fin du XIXe siècle.
Origines et formation
Né le à Villefranche-de-Rouergue (Aveyron), Isidore Journès grandit dans une famille de sept enfants[1]. Son père Henri Journès est issu d’une lignée d’aubergistes de la ville de Cordes-sur-Ciel (Tarn)[2], il s’installe à Villefranche ou il accède au statut de la classe moyenne en devenant architecte de la ville et lieutenant des sapeurs-pompiers[3]. En 1835 Henri Journès devient également conducteur de travaux des Ponts et Chaussées[4], il est chargé des études et contrôle des travaux des routes royales qui deviennent impériales dès 1852. Néanmoins, ses multiples activités détruisent sa santé, il décède subitement en 1866 tout juste à la retraite. Un de ses fils, Ernest, fait carrière comme chef de bureau au ministère de la guerre[5], un autre, Henri, est ingénieur des Ponts et Chaussées à St Girons en Ariège[6] et l’aîné, Isidore, travaille à la construction des lignes ferroviaires.
Carrière dans les chemins de fer
La carrière d’Isidore Journès débute en 1852 comme opérateur, dessinateur en Aveyron pour la Compagnie du chemin de fer Grand-Central de France, fondée par Charles de Morny, le demi-frère de Napoléon III. Au fil des années, il participe à plusieurs chantiers ferroviaires majeurs en France à la compagnie des chemins de fer de Paris à Orléans qui a pris le relais du Grand-Central, gravissant progressivement les échelons[7]
- 1854-1858 : piqueur puis Conducteur de travaux sur la ligne Capdenac-Rode.
- 1858-1863 : conducteur des Ponts & Chaussées par concours de 1861, nommé aux Études et Constructions pour la ligne Capdenac-Brive.
- 1863-1865 : conducteur aux Études et Constructions pour la ligne Toulouse-Lexos, il est basé à Cordes (Tarn).
- 1865-1869 : conducteur des travaux sur la ligne Tours-Vierzon, basé à Tours puis Selles sur Cher. (Loir-et-Cher).
- 1869-1873 : chef de section aux Études et Constructions pour la ligne Alençon (Normandie) à Condé-sur-Huisne (Orne).
- 1873-1876 : chef de section pour la ligne Clermont-Tulle, basé à Égletons (Corrèze).
- 1876-1882 : chef de section principal pour la Grande Ceinture de Paris (tronçon Saint-Cyr-l'École à Palaiseau), il est basé à Jouy-en-Josas.
- 1882-1885 : chef de section au contrôle des travaux de la gare de Maintenon et de la ligne de Maintenon à Anneau. Sa famille est logée à Viroflay.
Isidore Journès s'inscrit au concours des Ponts et Chaussées pour l'emploi de conducteur de travaux à Rodez le , à l'âge de 28 ans[7]. À cette époque, le concours de conducteur est décrit dans le manuel des conducteurs des Ponts et Chaussées de J. Regnault[8], publié en 1861. Cet ouvrage est utile à l’examen et à l'exercice de la fonction. Le concours annuel comprend quatorze disciplines, allant de l'orthographe et la langue aux mathématiques et au lever de plans, chacune notée sur vingt avec des coefficients. Seuls les candidats obtenant une moyenne supérieure à 13/20 sont admissibles. Isidore Journès est reçu avec la note de 709 points (sur un minimum de 613 points)[9], ce qui lui permet de poursuivre sa carrière dans les chemins de fer en tant que conducteur de l'État, au service du contrôle des travaux des compagnies de chemin de fer.

Le rôle du conducteur est de surveiller les travaux des lignes de chemin de fer concédées par l'État à des compagnies privées[10]. Cette surveillance est assurée par un service d'ingénieurs et de conducteurs des Ponts et Chaussées rattaché au ministère des Travaux Publics. C'est le ministre qui décide, sur proposition des ingénieurs en chef, de l'ouverture des postes appelés « cadre auxiliaire » pour le recrutement des conducteurs. Le recrutement est soumis à un examen rigoureux où l'expérience et la personnalité du candidat sont examinées en détail. Durant les travaux, un entretien annuel est réalisé par l'ingénieur supervisant le travail. À la fin des travaux le cadre auxiliaire est supprimé, et le personnel concerné est licencié.

Le conducteur est à la fois un technicien des opérations de conception et un cadre qui commande les équipes sur le terrain. En région cela consiste à obtenir les permissions de voirie, à restituer les terrains non utilisés, à superviser les projets d'un point de vue technique, à effectuer des visites annuelles pour le renouvellement des ponts et des halles métalliques, ainsi qu'à mener des enquêtes sur les accidents dus à des défauts de voies.
Les dossiers de carrière conservés aux Archives Nationales indiquent qu'Isidore Journès a été nommé, de 1882 à 1885, chef de section principal à Palaiseau pour le chemin de fer de Grande Ceinture (ligne de la grande ceinture de Paris).
Le plan de Charles de Freycinet, initié en 1879 par le ministre des Travaux Publics, prévoyait l'achèvement des réseaux de chemins de fer avec un budget de quatre milliards de francs sur dix ans[11]. Un cadre d'emploi auxiliaire fut mis en place pour renforcer le travail des ingénieurs et conducteurs des Ponts et Chaussées, avec le recrutement de chefs de section. Isidore Journès fut l'un d'eux. Cependant, en raison des coûts élevés, l'État délégua aux compagnies ferroviaires la réalisation des infrastructures tout en conservant le contrôle des travaux. Le , un décret mit progressivement fin aux cadres auxiliaires. En , le poste d'Isidore Journès fut supprimé à la fin des travaux.
Exposition universelle de 1889
Dès le mois de , une commission d'études lance un concours pour départager les projets concernant l'Exposition du centenaire de la Révolution française. Le projet définitif est choisi, l'emplacement de la future exposition est déterminé, les crédits nécessaires sont alloués, et l'organisation pour préparer et exécuter les travaux est lancée par le décret du 28 Juillet 1886[12].


Le , Isidore Journès écrit à Jean-Charles-Adolphe Alphand[7]. Alphand sera nommé le par un arrêté du ministre du Commerce et de l'Industrie, directeur général des travaux de l'Exposition universelle de 1889. Isidore Journès sollicite un emploi au sein de ses services pour travailler à la construction de l'Exposition, il lui adresse ses certificats de référence dans les chemins de fer. Alphand reçoit plusieurs courriers de recommandation en sa faveur et le Isidore Journès est nommé membre attaché à la Direction Générale, au contrôle des constructions métalliques dirigé par l'ingénieur en chef des Ponts et Chaussées, Victor Contamin[13].
Sous les ordres directs de l'ingénieur en chef Jules Charton, Isidore Journès est responsable de l'exécution des voies ferrées du Champ-de-Mars et de la surveillance de la manutention des wagons. Son rôle inclut également la coordination des voies ferroviaires autour du Palais des Machines et du Champ-de-Mars.

Dans la monographie consacrée à l’Exposition de 89 publiée par Alfred Picard en 1892 concernant le chemin de fer de l’Exposition, on peut y lire [12]
« Les travaux, commencés le pour le réseau principal, ont été terminés vers la fin de 1888, époque à laquelle on put seulement achever la pose de toutes les voies du Palais des Machines. Les voies principales sur lesquelles circulaient les machines ont été achevées dès le et reçues le 20 du même mois par la Compagnie de l'Ouest. Tous ces travaux ont été exécutés avec une grande activité et régularité sous la direction de M. Charton, Ingénieur en chef adjoint du Contrôle des constructions métalliques, ayant pour principal agent M. Journès, ancien Chef de section des Chemins de fer de l'État. »
Le , l'ingénieur en chef des Constructions métalliques V Contamin écrit à A. Alphand[7]
« >Monsieur Journès, attaché à mon service, s'acquitte avec un très grand dévouement de ses fonctions qui exigent une compétence spéciale, et grâce à son rôle, à sa présence continuelle sur les chantiers nous n'avons éprouvé jusqu'ici aucune difficulté au sujet des nombreuses manœuvres journalières des wagons »

Ces témoignages mettent en lumière le rôle joué par Isidore Journès, conducteur des travaux, lors de la phase de mise en place des structures et des constructions telles que le Palais des Machines et la tour Eiffel sur le parc du Champ de Mars. Le , sous la direction de J Charton, Isidore Journès achève les travaux de liquidation de l'Exposition de 1889, marquant ainsi la fin de son mandat[7].
En 1893 Isidore Journès fait valoir ses droits à la retraite.
Distinctions et reconnaissance
Les dernières années de sa carrière sont marquées par une série de distinctions honorifiques[14] :
- Diplôme commémoratif signé par Adolphe Alphand et Gustave Berger (directeur), récompensant sa contribution à la réussite de l’Exposition ().
- Officier d’Académie, nommé par le ministre de l’Instruction publique et des Beaux-Arts ().
- Officier de l’ordre du Nichan-Iftikhar, sur proposition du ministre des Affaires étrangères ().
- Chevalier de l’ordre impérial du Dragon de l’Annam, sur proposition du ministre du Commerce et de l’Industrie ().
Vie privée et retraite

Isidore Journès est marié à Marie Brû originaire de Cordes et cousine germaine de Léon-Casimir Brû, père de la peintre et écrivaine Lucie Cousturier[15]. Isidore Journès a deux filles, Jeanne et Marthe. Marthe par mariage est la tante de Maurice Chalhoub l'écrivain, homme de théâtre et Jeanne épouse Alfred Laidet ténor léger à l' Opéra-comique et professeur de chant au conservatoire de musique de Versailles de 1889 à 1906[16].
En 1896, Isidore et Marie rejoignent leur fille Marthe au Caire. Isidore Journès passe ses dernières années en Égypte[15].
Dans un courrier adressé à son petit-fils Robert Journès le , le Consul de France à l'ambassade du Caire, écrit : « Mme Journès habite toujours le Caire elle est veuve de M. Isidore Journès de son vivant ingénieur aux Chemins de fer de l'État égyptien et précédemment au service des Chemins de Fer de grande ceinture et des Chemins de fer de l'État. Cette famille a toujours été honorablement connue »[17].
Isidore Journès décède le à l’Hôpital français du Caire[18].
Notes et références
- ↑ « Registres paroissiaux et d'état civil », sur Archives départementales de l'Aveyron (naissances Villefranche-de-Rouergue 1833) (consulté le ).
- ↑ « Registres paroissiaux et d’état civil », sur archives.tarn.fr (naissances Cordes-sur-Ciel 1806) (consulté le )
- ↑ « Annuaire statistique et administratif de l'Aveyron 1866 H Journès p 72 et 175 : source gallica ».
- ↑ « Archives nationales - France », sur www.archivesnationales.culture.gouv.fr (Liste des conducteurs des Ponts & Chaussées cote F/14/2995 et 2563 (Henri Journès carrière) (consulté le ).
- ↑ « Journal Officiel 20 octobre 1908 H Journès ministère de la guerre: source Gallica ».
- ↑ « Saint-Girons Journal 28 juillet 1901 H Journès nécrologie : source Gallica »
- 1 2 3 4 5 « Archives nationales de France : dossier carrière I Journès cote F/14/2917 et 3947 ».
- ↑ Jean-Joseph (1797-1863) Auteur du texte Regnault, Manuel des conducteurs des ponts et chaussées et des agents voyers, rédigé... par J. Regnault,... 2e édition, (lire en ligne).
- ↑ Archive collection particulière (courrier du ministère des Travaux Publics en date du ).
- ↑ « Conducteurs des Ponts et Chaussées | CFD », sur www.cfd.fr (consulté le ).
- ↑ « Archives nationales - France », sur www.archivesnationales.culture.gouv.fr (fiche 14 introduction Plan Freycinet) (consulté le ).
- 1 2 Gallica : Monographie : palais, jardins, constructions diverses, installations générales. Tome 1 / par A. Alphand et A. Picard ; Exposition universelle de 1889 (lire en ligne).
- ↑ « Gallica : Le Moniteur des exposants : organe spécial des intérêts français à l'Exposition universelle de Paris 1889 »
- ↑ 1. Archives particulières : Brevets et diplômes Isidore Journès Exposition de 1889
- 1 2 Archives Cordes sur Ciel et Versailles (mariage) 1864 et 1892
- ↑ « Almanach administratif de Versailles 1902 A Laidet p42 : source Gallica »
- ↑ Collection particulière : Lettre du consul de France au Caire en date du .
- ↑ « Archives ministère Affaires étrangères Nantes : ref 354PO/3/1-167 ».