Charles Gallo

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Charles Gallo, né le au Palais et mort le au bagne de Nouvelle-Calédonie, est un professeur, typographe, employé et militant anarchiste chrétien français. Il est surtout pour avoir commis l'attentat de la Bourse en 1887, une des premières attaques de propagande par le fait anarchistes en France.

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Charles Gallo
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Né dans une famille très pauvre et abandonné par sa mère, Gallo commence divers emplois, notamment ceux de maître des écoles adjoint ou de clerc de huissier. Il est arrêté autour de ses 20 ans pour avoir fabriqué de la fausse monnaie dont il se sert pour ses besoins alimentaires. Condamné à 5 ans de prison, il s'y convertit au protestantisme et dès sa sortie, rejoint le mouvement anarchiste en France. Le militant s'installe à Nancy, où il fonde le premier groupe anarchiste de la ville puis, peu après, se déplace à Paris, où il se procure une arme à feu et de l'acide. Le , Gallo pénètre dans la Bourse de Paris, symbole du capitalisme en France, et jette son explosif - qui n'explose pas ; il commence ensuite à faire feu « au jugé » sur les personnes présentes à la Bourse, en visant la coulisse de rente. La bombe n'explose pas et il manque les cinq coups qu'il tire sur ces cibles, blessant légèrement un courtier à la jambe par ricochet.

Son procès provoque des conflits au sein du mouvement anarchiste car Jean Grave refuse de publier sa défense dans le journal qu'il contrôle, Le Révolté. Il est condamné à 20 ans de déportation au bagne après un procès houleux où il se plaint de n'avoir pas pu toucher plus de capitalistes dans son action. Il est déporté au bagne de Nouvelle-Calédonie, se bat avec un garde et lui assène deux coups de pioche dans le ventre en septembre 1887, les gardes lui tirent dessus et il reçoit deux balles dans la tête, y survivant avec des séquelles importantes. Il est condamné à mort et sa peine commuée à la perpétuité pour cet événement. Il est ensuite régulièrement placé à l'isolement et à l'asile du bagne par les autorités concentrationnaires.

Vers 1900-1901, Gallo parvient à prendre contact avec la presse anarchiste - il décrit une situation terrible et se déclare touché par les visions politiques de Léon Tolstoï et de l'anarchisme chrétien. Il est décrit par un compagnon comme un « cadavre vivant » en 1902. Il s'agit de sa dernière mention dans la presse anarchiste jusqu'à sa mort en 1923.

Biographie

Naissance et premiers emplois

Charles Auguste Gallo naît le au Palais, dans le Morbihan[1],[2]. Il est abandonné par sa mère à un jeune âge et doit être éduqué par d'autres personnes qui l'accueillent[2]. Gallo, issu d'une famille très pauvre[3], est un étudiant studieux[2], il devient professeur des écoles adjoint puis clerc d'huissier et employé[2].

Incarcération et intégration au sein du mouvement anarchiste

En 1879, il est arrêté pour avoir entrepris du faux monnayage[2]. Bien que l'affaire concerne une petite production dont il se sert pour ses propres besoins alimentaires[4], il est condamné à 5 ans de prison[4],[2]. Pendant sa peine de prison, il se convertit au protestantisme[2].

En 1885, à la suite de sa libération, il quitte Rouen et se rend à Nancy où un « protecteur » lui a trouvé un emploi de typographe[2]. Il commence à se rapprocher du Parti Radical avant de rejoindre le mouvement anarchiste[2].

Il est remarqué par les autorités comme étudiant de manière assidue, se rend à la bibliothèque quotidiennement et se procure de nombreux livres politiques - il aurait souvent parlé de Kropotkine[2]. L'anarchiste est solitaire[3] et sait parler plusieurs langues en plus du français, dont l'anglais, l'allemand - il apprend l'hébreu[2]. Gallo fonde un groupe d'une dizaine d'ouvriers nommé le Cercle d'études sociales de Nancy - le premier groupe anarchiste de la ville[5] - qui se réunit chez lui[5],[2]. Il accueille un anarchiste fuyant la police chez lui pour le dissimuler, pendant cette année 1885[2].

L'anarchiste est dénoncé par son « protecteur », qu'il va rendre visite à Rouen à la fin de l'année et à qui il confie un complot d'attentat visant la Chambre des Députés, en soutenant qu'il y serait opposé[2]. Celui-ci écrit à la préfecture que Gallo « verse de plus en plus dans l'anarchisme »[2].

Attentat de la Bourse

Attentat de la Bourse dans la presse d'époque

De retour à Nancy, Gallo quitte subitement la ville, le , et se rend à Paris[2]. Il se procure un revolver chez un ami, de l'acide prussique, et commence à établir des préparatifs[5]. L'anarchiste, qui s'inscrit dans la logique de la propagande par le fait, cherche à viser les responsables politiques et financiers de France - il envisage d'abord de s'attaquer à la salle du château de Versailles où se réunit le congrès du Parlement français, puis la Chambre des Députés directement, mais abandonne ces plans par crainte de ne pas réussir à mener à bien son action[5]. Son choix s'arrête sur la Bourse de Paris, cible perçue comme plus facile d'accès et comme rassemblant les capitalistes français[5].

Installé dans un hôtel de la rue Mouffetard, il s'y met à l'œuvre pour fabriquer une bombe et déclare au propriétaire de l'hôtel qu'il entreprend des expériences de chimiste dans sa chambre mais que celui-ci peut venir vérifier et constater que la chambre est intacte et en bon état[6]. Il n'est visité par personne hormis un homme inconnu avec qui il s'entretient en langue étrangère et qui est remarqué par les clients et le propriétaire comme bien vêtu[6].

Le , Gallo pénètre dans l'édifice, l'engin explosif composé d'acide et le revolver sur lui[5]. Il se rend dans les loges, puis, vers trois heures de l'après-midi, jette sa bombe sur les banquiers qui se trouvent là - elle n'explose pas car sa confection présente un défaut et éclate au sol - elle suinte en laissant une odeur nauséabonde s'en échapper au sol[5][7].

Alors qu'un mouvement de foule se déclare dans l'édifice, étant donné que les personnes se trouvant sur place se rendent compte que le liquide suintant est dangereux Gallo commence à faire feu « au jugé » sur la coulisse de rente, c'est-à-dire la bourse parallèle où les courtiers négocient entre eux les obligations d'État[7]. Il tire cinq coups de feu qui manquent tous leurs cibles et vont se ficher dans les murs[6] avant que les courtiers et banquiers se jettent sur lui avec leurs cannes pour le frapper[6],[7]. Un des coups de feu blesse un courtier légèrement à la cuisse mais personne d'autre n'est touché[6]. Des policiers accourent pour l'arrêter et, dans la cohue, sont aussi battus par ceux-ci[6].

Lorsque les policiers le fouillent, ils trouvent 8 cartouches du calibre de son arme et de nombreux journaux anarchistes ou révolutionnaires, comme le Drapeau noir, la Lutte, le Cri du Peuple, des prospectus de la Bataille et le dernier livre de Pierre Kropotkine[6]. Interrogé sur les motifs de son attentat juste après son arrestation, il déclare qu'il est anarchiste et cherche à « faire peur aux bourgeois »[6]. Il donne aussi une fausse identité, déclare s'appeler Petrovich et venir de Suisse[6].

Procès et conflit avec Jean Grave

Gallo devient dès son attentat un héros de la cause anarchiste pour son action pour une part notable des militants français[8]. Cependant, lorsqu'il souhaite publier sa défense dans Le Révolté, journal de Kropotkine et Jean Grave, autrefois publication qui a théorisé la propagande par le fait dans les années 1878-1880 avant de s'en détourner progressivement, Grave lui refuse le droit de le faire - ce qui provoque d'intenses débats au sein du mouvement anarchiste en France qui se poursuivront les années suivantes avec le refus catégorique de défendre Pini et même Ravachol, au départ, dans le journal[8]. Les services de renseignement français écrivent à ce sujet[8] :

Un grand nombre de groupes anarchistes ont été plus que mécontents de l'attitude prise par Le Révolté envers l'auteur de l'attentat de la Bourse. [...] Non seulement le journal n'avait jamais parlé de Gallo, mais encore il avait très carrément refusé d'insérer les motifs de défense rédigés par l'accusé dans sa cellule de Mazas ainsi que la notice biographique écrite par Louiche et devant être placée en tête de l'écrit de Gallo.

Lors de son procès, il s'insurge contre les autoritése et crie, entre autres : « Vive la révolution sociale ! Vive l’anarchie ! Mort à la magistrature bourgeoise ! Vive la dynamite ! », ce qui le fait exclure de l'audience de force[2]. L'expertise de son engin explosif soutient que la seule raison pour laquelle il n'a pas explosé est un défaut de conception de la part de Gallo ; autrement, l'attaque aurait été bien plus meurtrière[5]. L'anarchiste se plaint du fait qu'il n'ait pu tuer aucune de ses cibles et déclare clairement avoir entrepris cette action comme acte de propagande par le fait, cherchant à propager l'idéologie anarchiste et viser les capitalistes directement au travers de cet acte[5],[2].

Il est condamné à 20 ans de déportation au bagne[2].

Déportation, répression et dernières années

Il est déporté en Nouvelle-Calédonie en décembre 1886 et y arrive en mars 1887[2]. En septembre de la même année, Gallo se bat avec un garde du camp de concentration et le frappe de deux coups de pioche dans le ventre - les gardes lui tirent dessus et il reçoit deux balles dans la tête mais survit. Il est condamné à mort pour cette action, une peine commuée en déportation à perpétuité en 1888[2].

Selon une lettre qui est publiée, elle, dans Le Révolté, il perd l'usage d'une bonne partie de ses capacités d'élocution après cet événement, ayant la langue et la mâchoire paralysées[2]. En 1894-1895, il est placé par les autorités concentrationnaires à l'asile de fous du bagne et placé à l'isolement pendant de nombreuses périodes[2].

Vers 1900-1901, il parvient à entrer en contact avec les anarchistes parisiens et envoie plusieurs lettres à Paris, aux Temps Nouveaux, le nouveau journal de Grave - dans ces lettres, Gallo écrit sur la situation au bagne, et sur ses orientations politiques[2]. Il se décrit comme « anarchiste chrétien non catholique » et écrit au sujet de Léon Tolstoï, lié à l'anarchisme chrétien[2] :

Le père ou fondateur de la nouvelle école littéraire et socialiste de Russie m’a toujours inspiré ; depuis que je le connais, la sympathie la plus vive et la plus profonde ; son admirable intelligence de notre époque et de ses besoins, son amour des pauvres et des opprimés, son élan vers la justice et le progrès m’ont plus d’une fois arraché des larmes d’enthousiasme.

En 1902, il est décrit par un compagnon comme n'étant plus qu'un « cadavre vivant »[2]. Il s'agit de la dernière mention de Gallo dans la presse anarchiste ; il meurt le au bagne de l'île de Nou[2].

Références

Bibliographie

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