Chen Lifu
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| Chen Lifu 陳立夫 | ||
| Fonctions | ||
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| Premier vice-président du Yuan législatif | ||
| – (7 mois et 7 jours) |
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| Président | Chiang Kai-shek | |
| Prédécesseur | Poste créé | |
| Successeur | Liu Chien-chun (en) | |
| Ministre de l'Éducation de la république de Chine | ||
| – (6 ans et 11 mois) |
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| Président | Chiang Kai-shek | |
| Prédécesseur | Wang Shijie (en) | |
| Successeur | Zhu Jiahua | |
| Secrétaire-général du Comité exécutif central du Kuomintang | ||
| – (2 ans et 3 mois) |
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| Prédécesseur | Poste créé | |
| Successeur | Ding Weifen (en) | |
| Biographie | ||
| Date de naissance | ||
| Lieu de naissance | Wuxing (Zhejiang, dynastie Qing, Chine) | |
| Date de décès | (à 100 ans) | |
| Lieu de décès | Taichung (Taiwan) | |
| Parti politique | Kuomintang | |
| Fratrie | Chen Guofu | |
| Conjoint | Sun Lu-ching | |
| Famille | Chen Qimei (oncle) | |
| Diplômé de | Université de Beiyang (1917-1923) Université de Pittsburgh (1923-1924) |
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| Profession | Ingénieur | |
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Chen Lifu, ou Ch'en Li-fu (陳立夫, - ), est un bureaucrate et homme politique anti-communiste chinois de la république de Chine.
Chen est né à Wuxing (actuelle ville de Huzhou) au Zhejiang. En 1925, il rejoint officiellement le Kuomintang à San Francisco après avoir reçu son master en génie minier de l'université de Pittsburgh[1]. Le , Tchang Kaï-chek l'embauche pour devenir son secrétaire confidentiel[2]. Chen est promu en 1927 à la tête de la section d'investigation du département de l'Organisation du Kuomintang[3]. En 1938, il est de nouveau promu et devient ministre de l'Éducation jusqu'en 1944[4].
Chen Lifu est le frère cadet de Chen Guofu. Ayant une grande influence sur le gouvernement du Kuomintang, ils fondent une faction politique appelée la clique du Club central, généralement classé à la droite ou à l'extrême-droite du mouvement nationaliste chinois. Après la défaite du KMT face aux communistes, il s'exile aux États-Unis.
Un jeune ingénieur
Chen Lifu voit le jour à Wuxing, dans une famille de riches marchands du Zhejiang. Son grand frère, de huit ans son ainé, Chen Guofu, fait de bonnes études et entre à l'académie militaire régionale. Tout aussi brillant, Chen Lifu étudie d'abord à Shanghai et cherche à devenir ingénieur[5]. Cependant, les engagements militants de son oncle, Chen Qimei et de son grand frère impactent les finances de la famille. Engagé d'abord dans le Tongmenghui de Sun Yat-sen, puis encartés au Kuomintang (KMT), Chen Qimei devient une figure majeure du mouvement nationaliste chinois et participe à la révolution de 1911 qui met à bas le régime impérial des Qing. Chen Guofu, qui a rejoint son oncle en 1911 avant l'éclatement du conflit, participe aussi au renversement de l'Empire[5]. La victoire des républicains amène cependant un militaire autoritaire au pouvoir, le général Yuan Shikai qui décide de réprimer le mouvement nationaliste. Il fait ainsi interdire le KMT et saisit les propriétés des familles des militants du parti. Ainsi, malgré les difficultés financières, Chen Lifu postule en ingénierie de minage à l'université de Beiyang de Tianjin (en). Reçu cinquième au concours d'entrée en 1917, il obtient un soutien financier de sa famille pour poursuivre ses études et dessine des plans pour les riches propriétaires de sa ville natale pour joindre les deux bouts. Il part poursuivre son éducation aux États-Unis, à l'université de Pittsburgh où il reçoit un diplôme en métallurgie en 1924. Après huit mois dans les mines de charbon de Scranton (Pennsylvanie), il reçoit un télégramme de son frère l'enjoignant à revenir en Chine pour participer au nouveau mouvement nationaliste[5].

En 1925, la Chine est entrée dans l'ère des seigneurs de la guerre, provoquée par le décès soudain de Yuan Shikai. Regroupés autour de Sun Yat-sen, les nationalistes se sont reformés et regroupés dans le sud du pays, à Guangzhou, où une base révolutionnaire est établie en 1923. Chen Guofu, de son côté, a participé au financement du KMT depuis Shanghai, où il a ouvert une société de courtage avec Chiang Kai-shek, le frère de serment de Chen Qimei[6].
Chen Lifu finit par accepter de rejoindre Guangzhou à l'insistance de son frère et de son oncle de serment, qui est devenu directeur de l'Académie militaire de Huangpu. Chen est fait secrétaire confidentiel de Chiang. Très proche du chef des armées nationalistes, avec qui il partage le petit-déjeuner, Chen s'avère extrêmement pour Chiang, du fait de ses capacités d'organisations mais aussi et surtout de ses capacités de codage et de décodage[7]. Il est, en sus, partie prenante aux intrigues qui font suite à la mort de Sun Yat-sen et soutient Chiang dans sa lutte politique contre Wang Jingwei et l'aile gauche du parti. Il aurait ainsi notamment réussi à convaincre Chiang de ne pas suivre les ordres de Wang de partir en Union soviétique en février 1926, ce qui aurait donné à ce dernier toute latitude pour purger le général avec l'aide des conseillers envoyés par Moscou en Chine[8],[9].
Toujours secrétaire, c'est en cette qualité qu'il participe à l'expédition vers le Nord que le KMT mène contre les seigneurs de la guerre. Chen Lifu soutient la fin de l'alliance avec les communistes, signée sous Sun Yat-sen en 1924 et assiste son frère et Chiang Kai-shek dans l'élimination brutale du PCC lors du massacre de Shanghai en 1927. S'il se souvient dans ses mémoires du massacre, il finit par admettre que « beaucoup d'innocents ont été tués » et remarque que la manière dont l'aile droitière avait mené sa purge était « radicale, voire impropre » et « sanguinaire »[10].
À la tête de la Clique CC
Pour autant, Chen Lifu continue de monter dans les rangs du KMT, de même que son frère Guofu. À l'occasion du IIIe Congrès National du Kuomintang (en), tenu après la réussite de l'Expédition vers le Nord en 1929, Chen et son frère sont nommés secrétaires de l'organisation du parti et Lifu, en particulier, secrétaire général du Comité exécutif du Kuomintang[11].
Il constitue avec son frère, alors même que le nouveau gouvernement s'installe à Nankin, une faction informelle, la Clique du Club Central (Clique CC, 中央俱樂部組織). La Clique base son pouvoir au sein des structures d'organisation du parti, ce qui lui permettre de contrôler les nominations et infiltrer les administrations provinciales, en particulier dans le Jiangsu et à Shanghai, les centres du pouvoir des frères Chen. La CC chapeaute aussi à la fois les questions de communications de masse et le renseignement au sein du parti[12].

Effectivement, d'un côté, Chen Guofu se consacre au développement de la radio. Il fonde ainsi le Service Central de Radiodiffusion (actuel Radio Taiwan International), pour lequel Chen Lifu recrute plusieurs de ses camarades ingénieurs, notamment Xu Enzeng (en) qui en devient le premier président[13], ou encore de Wu Baofeng, qui dirigera les programmes de la radio jusqu'à sa défection en 1949 aux communistes[14]. Chen soutient d'autant la main-mise sur la presse de la Clique CC qu'elle permet de poursuivre la lutte contre l'influence de Wang Jingwei. C'est ainsi que les frères Chen s'emparent de l'organe de presse du parti, le Central Daily News (en) en obtenant l'expulsion de Ku Meng-yu (en).
De l'autre, Chen Lifu se passionne pour le cinéma et la production cinématographique de propagande[15]. Il s'intéresse notamment au développement des studios de cinéma en Italie fasciste et en URSS et soutient la création d'une Société nationale éducative de cinématographie pour influencer sur les studios privés et imposer une « partification » de la culture cinématographique naissante du pays[15]. L'objectif est de faire du cinéma un moyen de diffusion des idées nationalistes mais aussi un liant nationale, la construction nationale chinoise étant encore, à l'époque, très limitée. À partir de 1933, à l'occasion d'une conférence où il explique que le cinéma chinois « doit prendre une nouvelle route » et s'éloigner du cinéma américain, qu'il juge nuisible, Chen Lifu s'empare du sujet et met en place des institutions de contrôle qui lui permettent de diriger le développement de l'industrie cinématographique chinoise[16]. Il défend notamment la réalisation de films documentaires vantant les travaux d'ingénierie sur les canaux fluviaux, afin de montrer l'importance et l'impact de ces chantiers sur le quotidien des chinois, à la manière des films soviétiques sur les plans quinquennaux, afin de pousser les « spectateurs ordinaires de participer à la production nationale et d’être moins paresseux »[16]. Un Comité de censure du cinéma (電影檢查委員會) et un Comité de censure des scénarios (電影劇本審查委員會) sont ainsi mis en place pour juguler les productions privées.
S'appuyant d'abord sur la compagnie privée pro nationaliste Lianhua, qui tourne notamment des films d'actualités à l'honneur des héros de la résistance antijaponaise Ma Zhanshan ou Su Bingwen[16], la section propagande du parti décide aussi de constituer le Studio Central de Cinéma (zh) sous les conseils des frères Chen. Ce studio se consacre principalement à la production de films pour le parti, de documentaires officiels, des films d'informations diffusés dans les cinémas et des films anti-communistes[17]. Dans une position conservatrice, Chen Lifu défend aussi l'adoption de sujets traitants de ce qu'il appelle la « vrai Chine », loin des centres urbains majeurs et se concentrant sur la vie agraire et le dur labeur des paysans. Il défend ainsi que le cinéma « doit quitter la ville ». Le film d'actualité du Studio Central de Cinéma, Nouvelles de Chine furent ainsi diffusés à la fois dans les grands cinémas du pays mais aussi via des projections itinérantes allant dans les villages et les écoles[16]. Les travaux gouvernementaux de reconstruction et de développement ont aussi une bonne place dans les films d'actualités diffusés[16]. Certains films, aussi, ont un objectif hygiéniste, répondant aux objectifs fixés par le mouvement de la nouvelle vie, comme un film sur l'eau potable, appelé Hygiène de l'eau à boire (飲水衛生) et écrit par Chen Lifu lui-même[16].
Chen Lifu participe d'ailleurs à plein à ce Mouvement de la Vie Nouvelle dont il est l'un des principaux fondateurs. Le mouvement tirerait effectivement son origine d'une discussion entre la première dame Song Meiling, le journaliste australien William Henry Donald (en) et Chen sur les conditions abyssales d'hygiène en Chine[18]. Chen Lifu propose l'intégration à ce mouvement des vertus confucéennes de Li (coutumes), Yi (droiture), Lian (intégrité) et Chi (conscience ou honte)[18],[19]. L'objectif du mouvement est à la fois de combattre le communisme avec une forme de révolution sociale à la fois moderniste et conservatrice et montrer la capacité du gouvernement à réformer la société. Chiang Kai-shek lance ainsi très officiellement le mouvement à Nanchang, le 19 février 1934, alors en campagne militaire contre les communistes[20]. Le mouvement doit être porté dans le pays par les Chemises bleues, un mouvement proche du fascisme, fondé par des proches de Chiang comme Hu Zongnan. Si l'idéologie de ce groupuscule est assez proche de celle de la Clique CC, les frères Chen s'en tiennent éloignés pour des raisons de conflits de factions[20]. Dans le cinéma, Chen Lifu se charge de la translitération du mouvement sur grand écran. Il défend ainsi la naissance d'un cinéma anti-impérialiste, éducatif et moral, soucieux des traditions chinoises[17] qui lutte à la fois contre le modèle hollywoodien et le modèle prolétarien[15].
Parmi ses autres activités dans la propagande, Chen Lifu fonde aussi la Libraire Cheng Chung(CCBC) (zh), qui diffuse puis publie des publications anticommunistes et pro nationalistes[21].

Chiang Kai-shek fait aussi appel à Chen Lifu pour constituer une cellule d'investigation au sein du parti. L'objectif est de renforcer la tutelle exercée par le KMT sur la société, et surtout traquer les communistes. Chiang met d'ailleurs en concurrence les frères Chen avec un autre de ses protégés, Dai Li, qu'il charge d'une mission similaire, donnant naissance aux deux principaux services de renseignements de la République de Chine. La cellule d'investigation de la Clique CC se révèle particulièrement efficace et devient rapidement le Bureau central de l'Investigation et des Statistiques (en), couramment appelé le Zhongtong (中統). La structure que constitue Dai Li, elle, devient le Bureau national de l'Investigation et des Statistiques (en), ou Juntong (軍統)[22]. Relié au Comité central du KMT, le Zhongtong se construit sur le modèle de l'OGPU soviétique et multiplie les coups d'éclats avec le Juntong. Les services de renseignements nationalistes parviennent ainsi rapidement à arrêter le magicien Gu Shunzhang, un agent d'influence communiste chargé de mener la stratégique de « terreur rouge » du PCC dans les villes, ce qui provoque l'arrestations puis l'élimination de près de 3 000 communistes dénoncés par Gu, dont le secrétaire général Xiang Zhongfa[23]. Gu dévoile aussi que Li Kenong, le décodeur personnel de Chiang Kai-shek, est en fait une taupe communiste qui aurait passé le livre de codes nationaliste à Zhou Enlai[24]. Le Zhongtong, qui collabore extensivement avec la triade de la Bande Verte, en partie fondée par Chen Qimei, jouit rapidement du soutien aussi des autorités légationnaires de la concession internationale de Shanghai que Chiang Kai-shek parvient à convaincre. Avec le soutien des services de renseignements nationalistes, les autorités concessionnaires parviennent ainsi à arrêter le couple Jakob Rudnik (en)- Tatiana Moissenko qui servaient d'agents de liaison du Comintern pour le PCC[23]. À la tête du service de renseignement de la Clique CC, Chen Lifu recrute un ex-communiste, Ding Mocun. L'objectif central de cette agence est de renforcer le pouvoir politique de Chiang Kai-shek, encore instable face à ses adversaires internes au parti. Ainsi, par exemple, alors que Wang Jingwei, l'un des principaux opposants internes de Chiang, subit une tentative d'assassinat en novembre 1935 et que le Généralissime est accusé par la femme de ce dernier, Chen Bijun, d'avoir fomenté le meurtre de Wang. Une enquête est diligentée par Chen Lifu et Dai Li, qui permet de dissiper des accusations qui auraient pû jeter l'opprobre sur Chiang[25].
Chen sert aussi les intérêts de Chiang dans son développement d'une politique internationale d'ouverture pour faire face à l'impérialisme japonais. Après de premières ouvertures envers l'URSS en 1932, Chiang finit par envoyer une discrète délégation menée par Chen Lifu en décembre 1935[26] pour rouvrir des canaux de discussions à l'orée de la déclaration soviétique de soutien à la constitution de fronts unis antifascistes[27]. L'URSS de Joseph Staline, intéressée par le renforcement de la Chine face au Japon, se montre ouverte à la reprise des relations. Chen est ainsi chargé de négocier un pacte de non-agression sino-soviétique avec l'ambassadeur Dmitry Bogomolov (ru)[28]. À la suite du voyage de Chen à Moscou, Zhou Enlai écrit aux frères Chen une lettre, datée du , enjoignant le début de négociations entre le KMT et le PCC pour organiser un front uni antijaponais[29]. Une rencontre secrète a lieu à Shanghai en mai 1936 entre Zhou Enlai, Pan Hannian (en) pour les communistes et Chen Lifu et Zhang Qun pour les nationalistes. Cette conférence, sans produire de résultats concrets, ouvre le dialogue entre les deux partis, en guerre depuis 1927[30]. Les deux partis entrent dans une « valse » d'ouvertures et de durcissements[28] pendant la fin d'année 1936. En août, Chiang déclare que si le Japon forçait la Chine à reconnaitre les états sélectionnistes de Chine du Nord (Mandchoukouo, Mengjiang, Hebei oriental (en)), « le moment du sacrifice final serait arrivé »[28], une déclaration qui provoque une nouvelle rencontre entre Chen Lifu et Pan Hannian à Nanjing. Ce dernier a des instructions directes de Mao Zedong, qui considère que la politique de résistance au Japon et de lutte contre Chiang est intenable et qu'il faut dorénavant pour les communistes convaincre définitivement Chiang à résister à Tokyo[28]. En novembre, une nouvelle réunion houleuse entre Chen et Pan voit le chef de la Clique CC réclamer une quasi reddition des communistes, incluant l'abolition du nom de l'Armée rouge, l'intégration de l'armée communiste dans l'Armée nationale révolutionnaire, la fin de la confiscation et de la collectivisation des terres[31]. Après délibération, Zhou Enlai et Pan Hannian reviennent à Nanjing pour accepter la plupart des mesures mais pour négocier les termes quant à la taille des forces communistes. Chen Lifu note dans ses mémoires que les deux parties étaient en accord sur « pratiquement tous les sujets »[32]. Chen n'est cependant pas entièrement en faveur de ce rapprochement. Quelques jours avant le 10 octobre (en) 1936, il parle à Chiang Kai-shek d'envoyer l'idéologue du KMT, le nippophile Dai Jitao (en), au Japon pour négocier avec Tokyo et convaincre le gouvernement de Kōki Hirota qu'une guerre sino-japonaise ne se ferait qu'à l'avantage de l'URSS[33]. Le refus de Chiang enterre cependant le projet.

Le rapprochement finit par s'accélérer avec le déclenchement de l'affaire de Xi'an. Chiang Kai-shek, qui poursuit malgré tout la campagne de réduction des communistes, affaiblis depuis la Longue Marche et repliés sur leur base de Yan'an, est kidnappé par ses commandants, les seigneurs de la guerre Zhang Xueliang et Yang Hucheng. Les deux généraux ne sont pas au courant des négociations et souhaitent imposer un accord entre les deux partis au généralissime nationaliste. L'enlèvement provoque une large crise au sein du KMT et les opinions quant au règlement de la crise différent rapidement. Song Meiling tente de négocier avec Zhang et Yan, en passant notamment par le seigneur de la guerre Yan Xishan sur conseils du général He Yingqin[34]. He, de son côté, renforce le dispositif militaire autour de Xi'an, menaçant de mener une opération contre les seigneurs de la guerre et le PCC[34]. De plus, des rumeurs faisant fait de l'existence d'un complot ourdi par Chen Bijun pour mettre son mari Wang Jingwei au pouvoir (alors en Italie), deviennent persistantes. Face à ces incertitudes, Chen Lifu, qui a emprunté les codes secrets de Pan Hannian, écrit un télégramme furieux au Komintern pour les prévenir que si quoique ce soit arrivait à Chiang, la Chine se retrouverait « sans chef pour se battre contre le Japon, quelque chose qui ne sera d'aucun bénéfice à l'Union soviétique »[35]. Face à la mobilisation militaire nationaliste, et après la protestation de Chen Lifu, Staline finit par ordonner au PCC de négocier avec Chiang et de le libérer. L'accord produit durant l'incident de Xi'an donne finalement lieu à la formation d'un deuxième front uni chinois face au Japon. L'accord garantit aussi le retour de Chiang Ching-kuo, le fils de Chiang, qui avait été en URSS pour ses études, où il était devenu trotskiste et avait dénoncé son père. Chen Lifu intervient auprès du jeune Chiang pour aider le père et le fils à se réconcilier, conseillant à Ching-kuo d'envoyer une lettre d'excuses à son père avant de le rencontrer[36]. Chen Lifu aurait proposé, dès le retour de Chiang, de mener une expédition pour écraser définitivement les communistes, ce qui aurait été refusé par le Généralissime[37].
La guerre contre le Japon
La guerre entre le Japon et la Chine se déclenche après un énième incident de frontière au niveau du pont Marco Polo, au nord de Beiping. Chen Lifu suit le gouvernement dans son exil hors de Nanjing face à l'invasion japonaise. Le KMT bat en retraite sur Wuhan et la Clique CC est chargée par Chiang de noyauter la ville avant le déménagement nationaliste, afin d'éviter un soulèvement qui pourrait le déstabiliser[38]. Devenu ministre de l'Éducation, il organise le déménagement des principales universités chinoises, en particulier Tsinghua (en), Beida et Nankai. Déplacées à Changsha au Hunan puis à Mengzi et Kunming au Yunnan, les trois plus grandes universités fusionnent au sein de l'université nationale associée du Sud-Ouest. Chen orchestre aussi les déplacements de plus petites universités comme Chiao Tung, le MIT chinois. Il impose aussi l'étude de l'histoire de Chine comme cours obligatoire de tous les étudiants de première année d'université dans une logique de mobilisation nationale et patriotique[39]. Il établit aussi un système d'emprunt national boursier qui profite à de nombreux jeunes étudiants, comme les futurs prix Nobels de physique Chen Ning Yang et Tsung-Dao Lee. Toujours influencé par son confucianisme, Chen Lifu instaure en 1939 le jour des professeurs, célébré le jour de la naissance de Confucius, le 28 septembre[40].
Chen Lifu, cependant, apparaît comme une voix dissonante dans l'entourage du Généralissime. Comme Wang Jingwei et H.H. Kung, il défend la position de « résistance d'un côté, négociations de l'autre ». Sans défendre la reddition totale au Japon, Chen reconnaît la force des armées impériales et défend une position conciliatrice et anticommuniste envers Tokyo[41] afin d'organiser une alliance antisoviétique sino-japonaise[42]. La décision de Wang Jingwei de fuir la Chine Libre pour l'Indochine Française en fin d'année 1938 puis sa décision de collaborer avec le Japon en créant le Gouvernement réorganisé provoque l'effondrement de cette position. Chen se rattache à Chiang, qui renforce de manière centralisatrice son pouvoir au sein du KMT[41].

La guerre revigore la rivalité entre les services de renseignements des frères Chen et de Dai Li. En 1935, Chiang Kai-shek avait créé le Michazu (密查組), un organe joint de collaboration entre les deux groupes[43]. Les relations entre Dai et Chen Lifu sont médiocres et ce dernier méprise ouvertement le premier. Là où Chen recrute d'anciens communistes et des gens ayant une formation de renseignement, le service de Dai Li se traîne une réputation de brutalité[43]. Les relations mauvaises entre les deux hommes et la volonté de Chiang Kai-shek de maintenir une compartimentalisation avancée provoquent de nombreux troubles. Le Zhongtong de Chen Lifu se charge des questions civiles et sociétales tandis que le Juntong doit se charger des affaires militaires. En période de mobilisation totale, les deux services se retrouvent donc à souvent travailler sur les mêmes affaires, sans collaboration effective. Chen Lifu parle de « deux hommes qui tâtonnent dans le noir et se heurtent »[44]. Pour organiser l'effort de guerre, le 29 mars 1938, de plus, Chiang Kai-shek officialise les deux organismes devant le congrès du KMT alors que les deux organes opéraient dans l'ombre, selon des règles floues jusque-là[45]. Les deux services se combattent particulièrement sur le sujet des communications et des interceptions de codes et de télégraphes, un domaine dans lequel Chen Lifu excellait habituellement. Le Troisième département, chargé de ce travail, dirigé par Ding Mocun, un proche de Chen, finit par être dissolu en 1938 à l'insistance de Dai Li. Ding rejoint les collaborateurs pro japonais avec lesquels il fonde le 76 Jessfield, le service de renseignement collaborationniste[44].

La mainmise de Chen Lifu sur le cinéma se poursuit, malgré les déménagements que la guerre impose au Studio Central de Cinéma. Le studio produit des films dits de « défense nationale » ( 國防電影)[17]. Chen rejoint ainsi les associations culturelles patriotiques qui se forment à l'époque comme l'Association nationale de résistance des écrivains et artistes (en) et l'Association nationale du cinéma de résistance antijaponaise (中華全國電影界抗敵協會). À Wuhan, le Studio Central réalise de petits films d'animations et des courts-métrages patriotiques, notamment sur les « 800 Héros (en) » de l'entrepôt de Sihang[15]. L'objectif de cette offensive culturelle est, pour Chen Lifu, d'empêcher le contrôle communiste ou collaborationniste sur une méthode de propagande qu'il juge centrale et très efficace. C'est dans cet objectif que Chen se consacre aussi à la constitution d'un Studio chinois du film éducationnel, créé en 1942, qui doit participer à l'éducation des jeunes chinois, et en particulier, inculquer des notions de patriotisme et de nationalisme[15]. Les studios manquent cependant de moyens et de matériels de tournage et de diffusion. Malgré tout, des films éducatifs et de propagande comme Chongqing au centre de la Guerre de Résistance, le Fabi (en) ou Le nouveau Xikang[15]sont produits et diffusés dans les écoles.
Malgré cela, Chen Lifu et Chen Guofu perdent graduellement en puissance dans la première moitié des années 1940, à la faveur de Dai Li, de Chiang Ching-kuo ou de Chen Cheng. Ils n'en restent pas moins encore des figures importantes du régime, comme en témoigne leur présence sur une liste de personnalités à purger rédigée par un groupe d'officiers putschistes arrêtés en 1943 avant le départ de Chiang Kai-shek pour la conférence du Caire[46].
La guerre civile et la disgrâce
À la fin de la guerre contre le Japon, le KMT et le PCC entrent directement en compétition pour récupérer les territoires occupés. Chen Lifu, qui a des contacts avec certains collaborateurs, comme Ding Mocun, est en première ligne de cette opération. Il envoie ainsi un message à Ding, après le bombardement atomique d'Hiroshima, l'intimant, « maintenant que la guerre est finie », d'empêcher aux communistes l'entrée dans les villes de Shanghai, Nankin et Hangzhou et de mobiliser les troupes fantoches pour contrôler les voies de chemins de fer et les villes de la côte[47]. Le Zhongtong et le Juntong entrent aussi en compétition à ce moment en essayant d'arrêter chacun le plus de hanjian possibles[48].

Malgré cette influence, les rapports entre Chiang Kai-shek et les frères Chen se sont distendus pendant la guerre. Si Chen Lifu reste un allié proche du Généralissime, ce dernier se méfie d'une trop grand influence de la CC. D'un côté, des huiles de la Clique CC comme le géologue Zhu Jiahua, qui avait nominalement été à la tête du Zhongtong, s'étaient éloignés des frères Chen. Devenu président de l'Academia sinica, ce dernier animait sa propre clique de politiciens et de chercheurs[49]. Les rangs de la Clique CC abritait aussi un courant, le Mouvement Gexin (en), un regroupement de jeunes membres du KMT appelant à une réforme du parti et des institutions. Leur insistance sur la libéralisation du pays et la lutte contre la corruption devait résonner particulièrement avec les troubles internes majeurs auxquels le KMT faisait face. Le désastre politico-militaire de l'offensive japonaise Ichi-Go en 1944 offre à Chiang les moyens de museler un temps ce groupement, notamment en nommant Zhu Jiahua au ministère de l'Éducation à la place de Chen, mais la fin de la guerre offre aux membres du Gexin une tribune pour attaquer des éléments du régime comme H. H. Kung ou T. V. Soong[50]. Chen Lifu se fait aussi le relais des critiques anti-corruption auprès de Chiang, aux côtés de Chiang Ching-kuo, Zhang Qun et Chen Cheng[51]. La guerre a favorisé les comportements corruptifs au sein du parti et à l'exception de quelques provinces et quelques préfectures bien gérées (comme Gannan, où Chiang Ching-kuo a organisé un véritable New Deal pendant la guerre, le Gannan Xinzheng; 贛南新政)[52], le phénomène s'est généralisé. A l'appel de ces quatre personnalités considérés comme non corrompues, intervenu à peine deux mois après la libération du pays, Chiang Kai-shek convoque les fonctionnaires des villes de Nanjing, Beiping, Tianjin et Shanghai pour leur ordonner de rétablir la discipline dans les rangs du KMT[51].

Chen s'enquiert aussi du sort de Taïwan, l'île étant transférée du Japon à la Chine après la guerre. Conscient du passif colonial, et donc de l'imaginaire collectif et de la construction nationale différenciée de l'île, Chen défend l'idée qu'une intégration directe serait inefficace et nécessite un processus et un statut ad hoc. Dès 1944, il soutient l'idée, favorisée par Chiang, d'installer au Fujian un « collège national de la frontière maritime » pour former des fonctionnaires du KMT aux réalités géopolitiques et sociales de Taïwan pour mieux gouverner l'île et pour lui donner un statut de « zone frontière maritime orientale »[53]. Cherchant à étendre leur influence sur l'île, les frères Chen se trouvent opposés au gouverneur provincial, l'autoritaire Chen Yi, et décident de cultiver des relations avec des militants taïwanais autonomistes ou des membres taïwanais du KMT proches de l'ancien Parti du peuple taïwanais (en), un parti de l'époque coloniale japonaise. La Clique CC parraine ainsi la création d'une Association du peuple taïwanais (台灣民眾協會), animée par des hommes comme Lien Chen-tung (en) et Hsieh Tung-min (en), qui compte jusqu'à plusieurs dizaines de milliers de personnes[54]. En général, la Clique CC s'intéresse aux questions de marges et des zones frontières. Le général Wu Zhongxin, par exemple, président de la commission des affaires mongoles et tibétaines, qui avait participé notamment à la cérémonie d'intronisation du 14e Dalaï-Lama, Tenzin Gyatso, était un membre de la Clique CC[55]. De même, l'autonomiste et ethno-populiste Ouïghour Masud Sabri (en), premier gouverneur natif du Xinjiang et un détracteur pro-actif de l'impérialisme chinois dans la région[56] et son successeur, le Tatar Burhan Shahidi (en), étaient liés à l'organisation des frères Chen[55].
L'arrivée du général américain George Marshall en Chine dans l'objectif de négocier un accord entre les communistes et les nationalistes provoque de nouvelles critiques de la part de Chen Lifu. Le chef de la Clique CC considère que le chef militaire américain est trop important: il n'acceptera donc pas l'échec et cherchera à imposer une solution, aussi mauvaise soit-elle[57]. Il conseille ainsi ouvertement à Chiang de repousser l'offre de médiation américaine, ajoutant que si les négociations échouent, les États-Unis en feraient peser la responsabilité non pas sur les communistes mais sur le gouvernement national[58]. L'importance de l'aide américaine et la nécessité de forcer un retrait soviétique hors de la Mandchourie envahie en 1945 convainquent cependant Chiang d'accepter l'initiative. Marshall ne fait d'ailleurs pas bonne impression à Chen dès son arrivée. Lifu apprécie mal un discours que le général donne le 22 décembre 1945, à son banquet de bienvenue, « sur le ton d'un gouverneur colonial »[59]. L'opposition de Chen Lifu à cette mission lui vaut une piètre réputation. C'est ainsi qu'il se retrouve accusé par Marshall « d'attaques terroristes »[60], en l'occurrence les assassinats des intellectuels libéraux Li Gongpu (en) et de Wen Yiduo, en réalité orchestrés par Dai Li[61]. Pour redorer son image, le magazine Times, contrôlé par le magnat Henry Luce, proche des nationalistes, le choisit en une et lui consacre un article laudatif le 26 mars 1947 dans lequel il est décrit comme le premier des « Confucéens-en-politique », un homme incorruptible, philosophe, loin du monde politique et irréprochable, qui partage de longues promenades en robes de lettrés avec le Généralissime[62]. Loin de cette image d'Épinal du lettré confucéen (si ce n'est que Chen n'est effectivement pas corrompu comme beaucoup de ses collègues), il fait tout pour mettre fin à la tentative de médiation américaine, Marshall ayant proposé un gouvernement de coalition KMT-PCC, soit une idée intolérable pour les frères Chen. L'effondrement du fragile équilibre en Mandchourie et la reprise des hostilités en 1947 vont dans son sens.
L'opposition qu'il nourrit à l'égard de T.V. Soong va aussi croissant, surtout après la soudaine hausse du prix de l'or et du taux d'échange avec le dollar américain, qui provoquent de nouvelles difficultés pour le fabi républicain, la monnaie nationale, déjà déstabilisée par l'hyperinflation[63]. Chen défend une réforme générale du KMT pour éliminer la corruption et les éléments les moins disciplinés et les plus libéraux[64]. Mais Chiang, qui s'inquiète de l'impact que produirait le licenciement de plusieurs milliers de fonctionnaires corrompus décide de temporiser au moins jusqu'à la fin de la guerre civile et nomme Chen à la tête des efforts d'organisation des élections générales prévues pour 1948 par la Constitution en phase d'écriture.
Chen se retrouve face à une problématique épineuse: celle d'organiser les premières élections un temps soit peu démocratiques du pays, alors même que la moitié du territoire est en zone de guerre. Il doit, de plus, sélectionner les 2 908 candidats KMT pour chacun des sièges de l'Assemblée nationale[64]. Le KMT étant quasiment seul dans l'élection (Seuls le Parti de la Jeune Chine (en) et le Parti chinois social-démocratique (en) participent tandis que la Ligue démocratique de Chine et le PCC la boycottent), la plupart des candidats nationalistes sont élus d'office, parfois sans oppositions (en particulier en zones rurales). Pour les zones où la tenue d'élections n'était pas possibles car contrôlées par le PCC, Chen Lifu choisit lui-même les députés, au nombre de 120[65].

Malgré tout, l'influence de la Clique CC était en berne. Chiang reprochait à Chen ses appels à la réforme et ses intrigues politiques. La maladie de son frère, atteint de la tuberculose et le rapprochement que les frères Chen opèrent avec He Yingqing sur le sujet de la réforme agraire, nécessaire à leurs yeux[66], participent à l'éloignement entre Chiang et Chen. Alors que les relations se dégradent entre la Chine nationaliste et les États-Unis, Chen Lifu est aussi envoyé en mission pour soutenir le candidat républicain Thomas E. Dewey, détracteur de la politique asiatique du président sortant Harry Truman. La réélection de Truman prive la Chine d'un soutien décisif et Chen d'une prise diplomatique[67]. De surcroît, et ce malgré l'élimination de Dai Li, tué dans un accident d'avion en 1946, le Zhongtong est débordé et incapable de s'imposer sur le terrain du renseignement face aux services de renseignements communistes qui parviennent à implanter des taupes comme Xiong Xianghui, infiltré aux côtés du général Hu Zongnan, ou le général d'état-major Wu Shih[68]. Enfin, l'élection présidentielle et vice présidentielle de 1948 ne se déroule pas comme prévu pour Chen. Selon la Constitution, le président et le vice-président doivent être élus par un l'Assemblée nationale, sans obligation de tickets. Chiang est ainsi élu sans grande opposition mais son candidat vice présidentiel préféré, Sun Fo, est éliminé à la faveur de Li Zongren, un rival de longue date. Chiang, qui accuse Chen d'avoir échoué à préparer convenablement l'élection, lui demande de quitter le département d'organisation du KMT et le nomme vice-président du Yuan législatif, une rétrogradation à peine voilée[69].
Le retrait politique de Chiang Kai-shek en fin d'année 1948, après une série d'échecs militaires, voit le vice-président Li Zongren assumer le pouvoir en Chine et ouvrir des négociations avec les communistes chinois. Chen Lifu, qui n'est plus informé des plans du Généralissime, décide de suivre Sun Fo et He Yingqin, qui travaillent avec Li[70]et soutiennent ses ouvertures de paix[71]. Alors que Chiang Kai-shek prépare son repli à Taïwan, Chen Lifu s'enterre dans des conflits de factions et des tentatives désespérées d'obtenir une paix introuvable. Son nom est cité dans une liste de « criminels de guerre », aux côtés de ceux de Chiang et de son frère, Chen Guofu, que le PCC veut juger, condition sine qua non à tout accord de paix[70]. L'échec de ces négociations, puis le déclenchement de l'offensive communiste sur le Fleuve Yangtsé (en) signent la fin du gouvernement nationaliste. Chen Lifu, dernière grande personnalité politique nationaliste à rester en Chine alors que la plupart des cadres du KMT fuient soit vers Taïwan, soit vers les États-Unis. Rabattu sur Chongqing, Chen prie Chiang de le rejoindre et d'organiser un glacis de résistance sur les provinces du Sichuan, du Guizhou, du Yunnan et du Xikang[72]. La trahison du gouverneur du Yunnan Lu Han met fin à ces espoirs et Chen finit par quitter la Chine à la suite de Chiang Kai-shek.
Arrivé à Taïwan, Chen Lifu est largement affaibli: Son frère est convalescent, réduisant d'autant l'influence de la Clique CC tandis que Chiang Kai-shek ne lui fait plus confiance[73]. Chiang critique vertement le comportement de nombreux membres du KMT, dont les frères Chen, qu'il accuse d'avoir provoqué la fin prématurée du système de tutelle du peuple par leurs appels à la réforme[74]. Lors d'une rencontre au Lac du Soleil et de la Lune, Chen souligne que les raisons de l'échec du KMT en Chine sont liées essentiellement à la corruption et au refus collectif d'organiser une purge ciblée contre les éléments corrompus et corrupteurs[75]. À la formation de la Commission de réforme du parti, un comité chargé de retravailler de fond en comble le parti, organisé par Chiang Ching-kuo, cependant, Chen Lifu, ni aucun membre de la Clique CC n'étaient appelés à siéger[73]. Outre l'effondrement des relations entre Chen et Chiang, les frères sont soumis à l'influence renforcée du gouverneur de Taïwan, Chen Cheng, un rival déterminé de la Clique CC depuis l'époque des Chemises Bleues.
Le mouvement de renaissance de la culture chinoise et la retraite politique

La purge que lancent Chiang Ching-kuo et Chen Cheng au sein des institutions nationalistes n'épargne pas la Clique CC. Menacé, Chen Lifu prend le prétexte de la tenue d'une conférence aux États-Unis pour s'enfuir avec sa famille. Il s'installe en Pennsylvanie, où il débute une exploitation de volailles pour subvenir à ses besoins. Chiang Kai-shek, qui décide de soutenir la faction de Chen Cheng, assure Chen Lifu de ses bons sentiments mais lui intime de ne pas revenir à Taïwan. Les alliés de Chen Lifu continuent d'être actifs dans les chambres législatives du pouvoir nationaliste mais restent minoritaires. Leur pouvoir de nuisance reste cependant suffisant pour perturber la nomination de Chen Cheng en tant que chef du gouvernement et l'élection de Liu Chien-chun (en) à la tête du Yuan législatif[76],[77]. Ils s'opposent aussi à des lois restreignant la liberté de la presse et la liberté d'opinion[78]. La mort de Chen Guofu, le 25 août 1951 affaiblit cependant largement la clique et Chen Lifu est invité à rester aux États-Unis pour les funérailles.
Chen consacre sa vie aux États-Unis à l'élevage, à la cuisine de zongzi qu'il vend au Chinatown de Pennsylvanie et à l'étude des classiques confucéens. Il revient cependant au devant de la scène en 1965 lorsque Jennie Chen Jieru (en), l'ancienne compagne de Chiang Kai-shek, entre en discussions avec l'éditeur américain Doubleday afin d'écrire ses mémoires, garanties comme riches en détails sur la vie romantique et sexuelle du Généralissime. Avec Chiang Ching-kuo, Song Meiling et Soong Ai-ling, Chen Lifu participe à une campagne de pression organisée pour empêcher la publication du livre[79].
La disparition de Chen Cheng, mort d'un cancer en 1965, permet à Chen Lifu de revenir à Taïwan, où il reçoit un accueil chaleureux après un exil de près de 17 années. De retour sur l'île, il s'engage assez rapidement dans des questions politico-culturelles. Effectivement, de l'autre côté du Détroit, la Chine est en pleine révolution culturelle. Un comité composé par Chen, Sun Fo, Kong Decheng (en) et d'autres intellectuels, s'organise et envoie une lettre au Yuan exécutif, l'appelant à instaurer une journée de la Renaissance culturelle chinoise (en) au 12 novembre de chaque année[80]. Il cofonde l'année suivante les Comités de promotion du mouvement de renaissance culturelle chinois (zh), le 24 août 1967. Le mouvement profite de l'ouverture toute récente du nouveau Musée national du Palais et organise des expositions tournantes, notamment avec le Musée national d'histoire de Taipei, vers l'étranger, pour défendre la position de Taïwan comme « épicentre de la culture chinoise ». Le développement de la vie culturelle de Taïwan reste notable à cette période, même si la campagne politique de Chen Lifu et de ses alliés ne dépasse pas vraiment les frontières de l'île.
En mars 1969, alors que Chiang Kai-shek renforce encore la présidentialisation du régime, l'Assemblée nationale accepte de créer un Présidium du Comité central de conseil, répondant directement au chef de l'État. 11 personnes, considérées comme des vétérans de la lutte nationaliste, sont nommés et reçoivent un titre honorifique et un poste de conseiller présidentiel. Chen Lifu, Song Meiling, He Yingqin, Zhang Qun et Sun Fo, parmi d'autres, reçoivent cette fonction[81].

Grand défenseur de la médecine traditionnelle chinoise, Chen Lifu avait lutté, avec Hu Hanmin, dans les années 1930 contre des factions du KMT, menées par Wang Jingwei et Fu Ssu-nien (en), qui souhaitaient faire interdire la pratique, jugée rétrograde. Il est ainsi nommé président du conseil du Collège chinois de médecine, installé à Taichung[82].
Chen Lifu poursuit son rôle socio-politique dans les années 1970 et 1980, après la mort de Chiang Kai-shek et pendant les présidences de Yen Chia-kan et Chiang Ching-kuo. À la mort de ce dernier, ayant acquis la posture d'un doyen, Chen Lifu conseille l'élection d'un président taïwanais à la tête de la République afin de stabiliser le régime. Il soutient ainsi la candidature de Lee Teng-hui, pourtant vilipendé par les factions conservatrices du parti[83]. Il reste conseiller présidentiel jusqu'à l'organisation des premières élections au suffrage universel, en 1996.
Atteint d'une infection au myocarde, il est hospitalisé en 2000 à l'Hôpital médical universitaire chinois (zh), le CHU rattaché au Collège chinois de médecine. Il s'éteint, centenaire, le 8 février 2001[82].
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