Dang Guo
système de parti unique utilisé par le Kuomintang de 1924 à 1987
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Le Dang Guo (chinois traditionnel : 黨國 ; pinyin : ; litt. « Parti-État ») est le système politique adopté par la république de Chine en Chine puis à Taïwan sous l'égide du Kuomintang (KMT), de 1924 à 1987. Il est d'abord instauré par Sun Yat-sen en s'inspirant du système politique de la jeune Union soviétique, notamment de ses méthodes autoritaires ; toutefois, dans la pratique, le système emprunte également au fascisme. Chiang Kai-shek utilise plus tard, entre 1927 et 1975, les structures du KMT pour contrôler et diriger le gouvernement nationaliste et l'Armée nationale révolutionnaire. Toutes les grandes orientations politiques de l'administration sont élaborées par le KMT, conférant au parti un pouvoir suprême sur l'ensemble du pays, ainsi qu'une domination idéologique en Chine, et lui permettant de dominer la scène politique chinoise légale jusqu'à la prise de pouvoir du Parti communiste chinois en 1949.
Selon la théorie et les principes de Sun Yat-sen, le Dang Guo aurait dû laisser la place à une phase de gouvernance constitutionnelle et démocratique une fois la victoire militaire du KMT assurée et l'élimination des seigneurs de la guerre par l'Armée nationale révolutionnaire. Cependant, après la prise de Nanjing en 1927 et l'établissement du gouvernement nationaliste en Chine, Chiang Kai-shek retarde l'adoption d'une constitution, arguant de la situation précaire du régime, tiraillé entre les seigneurs de guerre résiduels, la guerre civile provoquée contre les communistes après le massacre de Shanghai, ainsi que la menace expansionniste japonaise.
Le Dang Guo est maintenu durant la Décennie de Nankin, malgré des critiques croissantes et l'organisation, dans un premier temps, d'une opposition organisée à Chiang Kai-shek[1]. Il est cependant renforcé pendant la guerre contre le Japon. Son existence se traduit notamment par la création et le développement de structures de propagande et de renseignement comme le Bureau central de l'Investigation et des Statistiques (en) (Zhongtong) ou comme le Service central de radiodiffusion, des émanations du KMT contrôlées par la faction de la Clique CC des frères Chen Lifu et Chen Guofu[2]. Le Dang Guo est codifié pendant cette période par un acte dit de "tutelle du peuple", adopté en 1931, confiant tout les pouvoirs au KMT.

Sous la pression des États-Unis et des intellectuels, le KMT doit se pencher sur la fin du Dang Guo à la fin de la guerre. Le parti nationaliste sort effectivement du conflit affaibli. L'élimination des intellectuels réformistes Li Gongpu et Wen Yiduo, en 1946, par les hommes de la police secrète du Juntong (Bureau de l'Investigation et des Statistiques) (en) dirigé par Dai Li[3] (là aussi une émanation du KMT) alarme Washington qui somme Chiang Kai-shek d'acter la métamorphose constitutionnelle du pays[4].
Dans le sillage de la mission Marshall pour garantir la paix entre le KMT et le PCC après-guerre, Chiang Kai-shek lance un effort constitutionnel, mené par le juriste John Ching Hsiung Wu (en)[5],[6]. L'assemblée constituante finit par arrêter un texte en , qui est adoptée le à Nanjing et promulguée le . La constitution est cependant boycottée par le PCC et la reprise des hostilités handicape l'application du texte[7]. La Ligue Démocratique chinoise, parti libéral et démocratique formé par des intellectuels, est interdit rapidement. Le gouverneur Chen Yi de Taïwan annonce le que le texte ne s'appliquera pas à la province, encore sous le régime de l'occupation militaire[8]. En somme, malgré la tenue d'élections législatives (largement remportées par le KMT et boycottées par le PCC), la Constitution est finalement suspendue à la faveur des Dispositions temporaires applicables pendant la période de rébellion communiste, un texte ratifié le , qui sert d'addendum et qui rétablit virtuellement le Dang Guo[9]. Malgré tout, le KMT procède à la "nationalisation" de plusieurs institutions comme le service radiophonique[10] ou encore l'armée qui devient l'Armée de la république de Chine[11].
Le gouvernement nationaliste, battu par le PCC, finit par fuir la Chine continentale pour Taïwan en 1949. L'île, tenue loin de toute gestion démocratique ou constitutionnelle depuis la fin de la colonisation japonaise en 1945, a connu les effets de la guerre civile avec l'Incident 228 en 1947, puis avec la déclaration de loi martiale par le gouverneur Chen Cheng en 1949. Le KMT, dominant la scène politique, poursuit le développement du Dang Guo et maintient son emprise sur les scènes économiques, sociales et du renseignement. Si d'autres partis existent comme le Parti Jeune Chine (en) et le Parti chinois social-démocratique (en), ils représentent une opposition contrôlée. Le KMT met aussi en pause les réformes de "nationalisation" de plusieurs institutions, notamment l'armée, qui est de nouveau noyautée par le parti avec l'avènement des commissaires politiques[12].
La loi martiale finit par être levée en 1987 par le Président Chiang Ching-kuo. En parallèle, il permet la légalisation d'autres partis politiques tels que le Parti démocrate progressiste, mettant fin, de fait au Dang Guo. Les derniers restes du système sont éliminés par la suppression des Dispositions Temporaires par le Président Lee Teng-hui le [13] et par l'adoption d'une loi contre les "biens mal-acquis" en 2016 par un parlement taïwanais dominé par le Parti démocrate progressiste[14].
Origines
Dang Guo était l'abréviation de Yi Dang Zhi Guo (以黨治國), qui signifie littéralement « utiliser le parti politique pour gouverner l'État ». En 1920, Sun Yat-sen, père fondateur de la république de Chine, théorise les phases de la « Reconstruction Nationale » et fait du Dang Guo la politique nationale officielle de la république de Chine pendant les deux premières phases, celles du régime militaire et de la tutelle du peuple. Il est à ce moment influencé par l'idéologie léniniste, qui a conduit la Révolution d'Octobre en Russie. Sun voit dans le système de parti-État la clé au morcellement de la Chine et à l'échec des tentatives de stabilisation de la république. Il défend l'idée d'un Kuomintang à la tête de la bureaucratie de l'État, avec ses propres organes.
En pratique
Sun Yat-sen et son successeur Chiang Kai-shek font du Dang Guo un élément central de leur conduite politique. Le KMT dirige les agences qui devraient revenir à l'État comme les services de renseignement, de radiodiffusion, de propagande, le gouvernement et même l'Armée nationale révolutionnaire, qui est fréquemment appelée « l'Armée du Parti » (黨軍). Le parti fonde notamment l'Académie militaire de Huangpu, où une formation politique est dispensée aux élèves officiers, pour contrôler les affaires militaires.
La bureaucratie de la république de Chine était ainsi devenue l'instrument du Kuomintang, au sein duquel sont élaborées toutes les grandes politiques nationales, plaçant les instances dirigeantes du parti à la tête du processus décisionnel du pays.
Le concept de Dang Guo découle du concept de « tutelle politique » de Sun Yat-sen, selon lequel le Kuomintang doit diriger l'État tout en expliquant au peuple le fonctionnement du système démocratique afin de préparer la transition vers la pleine démocratie.
Sous le Dang Guo, les militaires et les fonctionnaires de la république de Chine doivent prêter allégeance au Kuomintang avant l'État, une politique reflétée par des expressions telles que « Service au Parti et à la Nation » (功在黨國) et dans l'hymne national, qui fait explicitement référence à « Notre Parti ». De même, l'emblème du KMT est utilisé comme emblème de l'État, et son drapeau sert encore aujourd'hui de pavillon de marine.

Après la levée de la loi martiale en 1987, la création de partis politiques est de nouveau légalisée et la république de Chine entame une transition démocratique. Le Président Lee Teng-hui mène de front plusieurs réformes politiques qui aboutissent à l'élection au suffrage universel du président de la république de Chine par le peuple taïwanais dès l'élection présidentielle taïwanaise de 1996 (en). En 2000, Chen Shui-bian, du Parti démocrate progressiste, devient le premier président issu d'un autre parti que le KMT depuis 1927, suivi en 2016 par Tsai Ing-wen et en 2024 par Lai Ching-te.