Château de Pregny
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Pavillon de Pregny (ancien nom)
| Château de Pregny | |||
Le château vu depuis le Léman. | |||
| Nom local | Château Rothschild Pavillon de Pregny (ancien nom) |
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| Période ou style | néo-Louis XVI | ||
| Type | Maison de maître de style château | ||
| Architecte | George Henry Stokes & Joseph Paxton | ||
| Début construction | 1858 | ||
| Fin construction | |||
| Propriétaire initial | Adolph Carl von Rothschild | ||
| Destination initiale | Habitation | ||
| Propriétaire actuel | République et canton de Genève Ariane de Rothschild (usufruit) |
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| Destination actuelle | Habitation | ||
| Protection |
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| Coordonnées | 46° 14′ 07″ nord, 6° 08′ 30″ est | ||
| Pays | |||
| Canton | |||
| localité | Pregny (Pregny - village) | ||
| Commune | Pregny-Chambésy | ||
| Géolocalisation sur la carte : Suisse
Géolocalisation sur la carte : canton de Genève
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Le château de Pregny, également connu sous le nom de château Rothschild, est un château situé dans la commune de Pregny-Chambésy, dans le canton de Genève, en Suisse.

Le château se dresse plus précisément dans la localité de Pregny, au sein du sous-secteur de Pregny - village, au lieu-dit Pregny. On y accède par trois entrées : l’une face à la Place de Pregny, une autre en face de l’église Sainte-Pétronille et une dernière par le Chemin des Cornillons.
Le domaine s’étend sur une superficie totale de 17,76 ha.
Histoire
« Pavillon de Pregny »
Le , Auguste Saladin-de Lubières acquiert auprès de Marc-François Vuaillet une partie du domaine appelé Le Clos du Parc, situé à Pregny. Cette propriété comprend une maison de maître, quatre corps de bâtiments ainsi que diverses dépendances. Dans le même élan, Saladin fait également l'achat, auprès de Joseph Collart, d'une maison d'habitation avec jardin, jusqu'alors enclavée dans le terrain de Vuaillet[1]. L’ensemble de son domaine s’étend alors sur une superficie d’environ 12,153 ha[2].
Saladin fait démolir la maison de maître de Vuaillet afin d’y ériger, entre et , sa propre résidence, qu’il nomme « Pavillon de Pregny ». Conçue par l’architecte Luigi Bagutti dans un style néo-grec classique, elle s’impose comme l’une des maisons de campagne les plus remarquables de la région[1].
« La construction fut commencée en 1822 et achevée en 1825. L'architecte qui en fit les plans et qui surveilla la construction fut Louis Bagutti de Milan. Cette maison est construite en style grec. Sur la face du côté du lac, se détache un péristyle à quatre colonnes d'ordre ionique, de neuf pieds de circonférence. Les autres faces ont des colonnes du même ordre à trois pied de saillie. Les salons du rez-de-chaussé sont ornés de fort belles peintures à fresque sur mortier. Les peintres qui ont concouru à cette œuvre sont Louis Vacca, élève d'Appiani, qui a exécuté les sujets suivants : au plafond du grand salon, les Dieux de l'Olympe recevant Psyché et l'Amour [...]. Au plafond de la salle à manger, l'Aurore d'après le Guide; à celui du salon du midi, Ganymède, Silène, Faunes et Bacchantes. Berra a peint les reliefs; les plus remarquables sont ceux qui entourent le tableau central de l'Olympe; ils retracent toute l'histoire de Psyché. Velzi, peintre milanais, a fait aussi plusieurs fresques. Les salons contiennent quelques bustes; le plus remarquable est celui de l'ancien syndic Saladin-de Budé, exécuté par Pradier. On y voit aussi un groupe allégorique en bronze, de l'an 1600, provenant d'un couvent en Allemagne. Les appartements sont décorés de tableaux de l'école genevoise : Guillibaud, Huber, de la Rive, Agasse, Tœpffer, Massot, Diday, etc. Le vestibule est orné de forts beaux vitraux de couleur peints par Müller de Berne; ils représentent des armories de famille. »
— Jean-Jacques Rigaud, syndic de Genève entre 1825 et 1841.
En , le baron Adolph Carl von Rothschild, alors établi à Naples, acquiert le domaine pour en faire sa résidence d’été. Après la révolution de 1858 et la chute du royaume des Deux-Siciles, il s’y installe définitivement avec son épouse et cousine, Julie de Rothschild[3]. Passionnée par l’art des grands jardins, Julie de Rothschild entreprend dès 1858 d’importants travaux de terrassement sur le domaine du « Pavillon de Pregny » et démolit les dépendances existantes. La même année, le « Pavillon de Pregny » est démoli pour laisser place à la construction d’une nouvelle demeure. En attendant l’achèvement des travaux, le couple Rothschild s’installe temporairement dans un petit chalet au bord du Léman acheté le [3].
Château de Pregny
Le château, construit entre et selon les plans de George Henry Stokes et probablement de Joseph Paxton, occupe une emprise au sol de 1 126 m2. Il se distingue par une composition monumentale tripartite de style néo-Louis XVI, marquée par des avant-corps sur les deux façades, agrémentées de balcons à balustrade et d’un décor sculpté riche en feuillages et en vases. La façade principale, offrant une vue directe sur le Léman, présente un avant-corps central en saillie de forme circulaire baroque et un vaste jeu d’escaliers de part et d’autre de l’esplanade. Le château ne possède pas de toit, mais est coiffé d’une terrasse à l’italienne. Cette demeure est principalement conçue pour abriter la collection de peintures et d'objets d'art rassemblée par Adolph, notamment des pièces en cristal de roche, ayant appartenu au grand-duc de Bade, et en pierres semi-précieuses. L'aménagement intérieur est confié à Eugène Viollet-le-Duc. Le château abrite, parmi ses décorations, des meubles du XVIIIe siècle ainsi que des toiles de Francisco de Goya, Rembrandt, Jean-Honoré Fragonard, Hubert Robert, Greco et François Boucher[4].
« On pénètre dans un vestibule décoré de quatre grands panneaux d'Hubert Robert. Le palier de l'escalier monumental est encore orné de deux tapisseries de vieux Gobelins, dont l'une représente de château de Versailles, l'autre celui du Louvre; il y a aussi de grandes tapisseries et des tentures figurant des scènes champêtres ou allégoriques; [...]. De là on passe successivement dans un salon Louis XVI, un boudoir Régence, une salle à manger Louis XIV revêtu de marbres divers et, enfin, un fumoir Renaissance. Le mobilier et las décoration sont à l'unisson; de très beaux tableau sont mis en valeur dans trois salons en enfilade ainsi que dans la salle à manger. [...] Le château compte une quarantaine de pièces. »
— Guillaume Fatio, Pregny, commune genevoise et coteau des altesses, p. 259.
- La façade sud regardant le lac.
En , une volière de style paxtonien est érigée à l'ouest du domaine. De l'autre côté de la Route de Pregny, Julie de Rothschild fait bâtir plusieurs serres. Elle y aménage également des espaces destinés à la culture du raisin, des pêches, des figues, ainsi qu’à l’ornementation d’orchidées, de plantes tropicales et de palmiers[5].
En , Adolph lègue le château de Pregny ainsi que son domaine à son épouse Julie de Rothschild, ne conservant pour lui-même que le terrain situé en bordure du lac, où la villa « Port Rouge » y a été érigée en [3]. Devenue propriétaire de l'ensemble du domaine, Julie de Rothschild lance de nombreux travaux. En , elle charge l'architecte Francis Gindroz d'ajouter des combles mansardés avec des œils-de-bœuf, dans un style Napoléon III, sur le toit du château, afin de créer des chambres destinées au personnel[6]. En , elle fait édifier des écuries de style néo-Renaissance française, ornées des armes des Rothschild, conçues par l'architecte John Camoletti selon un plan à deux ailes retournées. L'année suivante, le même architecte est mandaté pour construire un manège, une structure circulaire élégante, dotée d'une armature métallique et d'une coupole plate reposant sur un socle en pierre de Meillerie[5].
Depuis sa création, le domaine ne comprend alors que la partie supérieure du coteau de Pregny. En dessous se trouvent des parcelles de vignes appartenant à une vingtaine de propriétaires. Julie de Rothschild acquiert l'ensemble de ce vignoble en dans le but d’y aménager un jardin pittoresque. Pendant trois années, des centaines d’ouvriers, travaillant jour et nuit en équipes, sculptent le terrain pour rompre la monotonie de l’ancien coteau descendant jusqu'à la ligne de chemin de fer. Pour unifier ce nouvel espace avec l’ancien parc du domaine, on abaisse en pente douce la pelouse devant le château. Afin de terminer les travaux de terrassement avant la fin de l’hiver et pouvoir procéder aux plantations dès le printemps suivant, le terrain est fréquemment creusé à la dynamite pour faire sauter les couches de molasse[3]. Entre et , plus de 1 500 arbres sont importés des pépinières et forêts du canton. Julie en profite pour réaménager le parc, y faisant construire des chalets, des grottes, des pavillons, ainsi que des sculptures réemployées. Un étang, un ruisseau, une cascade artificielle et même un véritable jardin zoologique viennent compléter l’aménagement[7]. Un jardin pittoresque alpin y est imaginé par Jules Allemand[5].
En , à la mort de Julie, le château est rétrocédé à son neveu issu de la branche française de la famille Maurice de Rothschild. Initialement, le domaine ne l'intéresse pas, et le château sert principalement à entreposer les collections d’œuvres d'art et autres objets précieux de la famille. Cependant, en , à la suite du décret du , Maurice de Rothschild se voit déchu de sa nationalité française par le régime de Vichy. La famille est alors contrainte de s'exiler au château de Pregny, abandonnant le château de Boulogne-Billancourt, qui a été saccagé pendant l'occupation allemande[5].

En , à la suite du décès de Maurice de Rothschild, celui-ci lègue son domaine à l'État de Genève tout en conservant un droit d'usufruit pour la famille Rothschild[8]. Le château est ensuite occupé par son fils, Edmond de Rothschild, et son épouse, Nadine. De à , le château est habité par Benjamin de Rothschild et son épouse Ariane, puis, après son décès, uniquement par cette dernière.
L’avenir du château et de son domaine demeure incertain. Nadine de Rothschild souhaite transformer l’édifice en musée destiné à accueillir la collection d’art de la famille, tandis que sa belle-fille Ariane envisage de le conserver comme résidence privée pour elle et ses filles. Ce différend fait actuellement l’objet de procédures judiciaires. Bien que propriétaire du domaine, l’État de Genève reste à l’écart de ce conflit familial, dans la mesure où les frais d’entretien et de rénovation sont entièrement pris en charge par la famille Rothschild[9].
Liste des propriétaires successifs
Propriétaires
- ? - : Marc-François Vuaillet et Joseph Collart (1810-1894)[5] ;
- - : Auguste Saladin-de Lubières (1785-1857)[5] ;
- - : Adolph Carl von Rothschild (1823-1900) & Julie de Rothschild (1830-1907)[5] ;
- - : Julie de Rothschild (1830-1907)[5] ;
- - : Maurice de Rothschild (1881-1957)[5].
- Depuis le : République et canton de Genève.
Bénéficiaires de l'usufruit de 1957
Le , Maurice de Rothschild lègue par testament le domaine et le château à la République et Canton de Genève, tout en conservant un usufruit pour la famille Rothschild[10].
- - : Edmond de Rothschild (1926-1997)[5] ;
- - : Edmond de Rothschild (1926-1997) & Nadine de Rothschild (1932- ) ;
- - : Nadine de Rothschild et Benjamin de Rothschild (1963-2021) ;
- - : Nadine de Rothschild, Benjamin de Rothschild (1963-2021) et Ariane de Rothschild (1965- )[9] ;
- - : Nadine de Rothschild & Ariane de Rothschild[9] ;
- Depuis le : Ariane de Rothschild, Noémie de Rothschild (1995- ), Alice de Rothschild (1999- ), Ève de Rothschild (2001- ) et Olivia de Rothschild (2002- )[9].
Domaine
Aménagé dans sa totalité entre et , le domaine est l'un des plus remarquables du canton. Dans son ouvrage Pregny, commune genevoise et coteau des altesses, Guillaume Fatio en fait une description du domaine tel qu'il se présente vers :
« En pénétrant par la grande grille de fer forgé qui donne sur la route, on trouvait la loge du concierge en forme de pavillon Louis XVI. Il semblait que l'on fut dans un parc de conte de fées. De cette entrée, la vue du lac était masquée par des arbres mais, à un détour, apparaissait soudain la haute silhouette du Mont-Blanc, qui profilait ses neiges éternelles sur l'azur du ciel. L'attention était attirée par les pelouses de gazon impeccable. Les bordures, les plates-bandes et les corbeilles étaient admirables, aucune fleur n'était autorisée à se faner ou à mourir. Une armée de jardinier les surveillaient et les épiaient pour leur appliquer les soins nécessaires. Les allées étaient recouvertes d'un sable fin et continuellement balayées; elles étaient douces sous les pas. Il y avait aussi, encadré d'arbres superbes, un jardin à la française, décoré de vases et de statues en marbre. On côtoyait un étang qui, primitivement, n'était autre qu'une carpière que l'on voit figurer sur une gravure représentant l'ancienne maisons Saladin. Cette carpière devint le domaine des canards exotiques, de cygnes à col noir et d'un pélican [...]. Un aquarium avait été installé, ainsi qu'une faisanderie; des volières étaient peuplées d'oiseaux rares, de perroquets, d'ibis, de pintades vulturines, etc. entourés de la flore des forêts de leurs pays d'origine. On créa même le long du Chemin des Chèvres, un véritable jardin zoologique avec des lièvres de Patagonie, des porcs-épics, de petit kangourous. Il y avait aussi des enclos pour les daims et les antilopes naines que la baronne aimait é nourrir assise au milieu de ces gracieuses bêtes. Quant au baron de Rothschild, il avait installé un tir aux pigeons à Chambésy. »
— Guillaume Fatio, Pregny, commune genevoise et coteau des altesses, pp. 259-260.
Écuries
L'un des bâtiments les plus imposants du domaine est constitué des écuries, situées le long de la Route de Pregny et séparées de celle-ci par un mur. Conçues en par John Camoletti, elles sont de style néo-Renaissance française et arborent les armes de la famille Rothschild. Le bâtiment présente un plan à deux ailes retournées, utilisant des matériaux polychromes tels que la pierre de Meillerie, les briques, la roche blanche et l'ardoise. L'ensemble est couronné par un clocheton[6].
Initialement utilisé comme écurie pour les chevaux, le bâtiment abrite ensuite les voitures de collection de Benjamin de Rothschild, jusqu'à ce qu'il fasse construire un garage souterrain de 3 598 m2 sur un terrain voisin[11].
- Entrée des écuries.
- Vue des écuries.
- Vue des écuries.
- Détail de l'entrée.
Volière
La volière paxtonienne, datant de , se trouve à l’ouest du domaine, longeant la Route de Pregny. Elle est considérée comme un chef-d’œuvre de l’architecture en verre et en métal[6].
- La volière paxtonienne vue depuis la Route de Pregny.
- Détail de la tour.
Manège
Le manège, construit en également par John Camoletti, adopte une forme circulaire avec une structure métallique et une coupole plate reposant sur un socle en pierre de Meillerie. Il est actuellement utilisé comme salle de conférences et de réceptions[6].
Loges
Les loges des gardiens sont au nombre de deux. Celle située à l'entrée sud, de style néo-Louis XVI, date de . Elle est placée entre les écuries et le portail d'entrée en ferronnerie. La loge nord, située à l'entrée ouest, présente un style différent et date des années [6].
- La loge sud et les écuries.
- La loge nord et le portail principal.
- Le portail principal en hiver.
Serres

Séparées du domaine par la Route de Pregny, les serres du château s'étendent sur 10 523 m2. La plus ancienne, datant des années , prend la forme d’un long couloir, adouci par les arcs des supports. Elle est équipée d’un sol chauffé et dallé de panneaux de fonte ajourés, ornés de rosaces d’inspiration orientale[12].
L'ensemble du complexe est formé à partir des années 1880. L’exécution peut être en partie attribuée à l’architecte anglais, spécialisé dans la construction de serres, Robert Halliday. Outre sa vocation agricole, ce complexe est aussi conçu comme un lieu d’agrément, où la famille et ses invités de marque aiment venir se promener. Les serres se composent de panneaux en verre insérés dans une structure en métal ou en bois et dont l’aménagement varie en fonction des spécificités des plantes qui y sont cultivées[12].
De nos jours, ces serres appartiennent à la République et canton de Genève et sont utilisées par les Conservatoire et Jardin botaniques de la ville de Genève[12].
Autres
Le domaine comprend également plusieurs maisons de logement et d'entretien, une piscine avec pavillon, des petites serres, un potager, un étang et un stand de tir enterré de 150 mètres de long[9].
Au nord du domaine se trouvent les tombes familiales[N 1].
Protections
Le château et ses dépendances sont classés comme « bien culturel d'importance nationale » par l'Office fédéral de la protection de la population[13].
Les serres sont également classées comme « bien culturel d'importance nationale » ainsi que « bien culturel d'importance régionale » par l'Office fédéral de la protection de la population[14].
Depuis le , le château et tous les bâtiments du parc sont inscrits à l’inventaire des objets protégés par le Département des Travaux Publics du canton de Genève[15].
Depuis le , le domaine est inscrit à l'inventaire de la section nationale suisse du Conseil international des monuments et des sites (ICOMOS), répertoriant les parcs et jardins historiques de Suisse[16].
Depuis le , les serres sont inscrites à l'inventaire de la section nationale suisse du Conseil international des monuments et des sites (ICOMOS), répertoriant les parcs et jardins historiques de Suisse[16].
Anecdotes

- En , à la demande d’Adolph Carl von Rothschild, le pépiniériste et créateur de roses français Jean-Baptiste Guillot (père) crée un hybride de rosier Bourbon, qu’il baptise Pavillon de Pregny en hommage à l’ancienne maison de maître autrefois située à l’emplacement de l’actuel château.
- En , Adolph Carl von Rothschild introduit des vignes anglaises dans ses serres à raisin. Cependant, celles-ci sont infectées par le phylloxéra[17]. Entre et , l’insecte se propage dans les communes de Pregny, Grand-Saconnex, Petit-Saconnex et Genthod. Face à cette menace, les autorités procèdent à l’expropriation temporaire des vignobles de ces quatre communes et ordonnent leur destruction. Malgré ces mesures, l’infestation s’étend à l’ensemble de la rive droite du canton. En , les viticulteurs genevois, voyant leurs vignes disparaître à un rythme alarmant, adressent plusieurs pétitions au Département fédéral de l’agriculture. Ils demandent l’abandon des mesures de lutte et l’autorisation de planter des vignes américaines, plus résistantes au phylloxéra. Le Conseil fédéral accepte leur requête et divise le canton en deux zones : dans l’une, la lutte contre l’insecte doit se poursuivre ; dans l’autre, la plantation de vignes américaines est permise. Le , le Conseil fédéral met définitivement fin à la lutte contre le phylloxéra et autorise la plantation de vignes américaines dans tout le canton. L’examen des souches se poursuit encore quelques années dans les communes de Meyrin, Vernier, Grand-Saconnex, Petit-Saconnex et Pregny. Au total, Pregny recense 100 hectares de vignes infectées, dont 2 hectares irrémédiablement perdus. La technique de remplacement des vignes européennes par des vignes américaines s’avère si efficace qu’elle inspire l’ensemble de l’Europe, contribuant ainsi à la sauvegarde du vignoble du continent[18],[19].
- Le , l’impératrice Élisabeth d’Autriche, familièrement appelée Sissi par sa famille, se rend à Pregny pour déjeuner chez la baronne Julie de Rothschild. Lorsque cette dernière lui propose de mettre son bateau à sa disposition pour son retour à Territet le lendemain, l’impératrice décline l’offre. Voyageant incognito sous un pseudonyme, elle préfère embarquer à bord d’un vapeur de la compagnie de navigation. Ce choix lui est fatal. Le lendemain, alors qu’elle quitte l’hôtel Beau-Rivage à Genève pour rejoindre le bateau, elle est attaquée sur le quai par l’anarchiste Luigi Lucheni, qui la poignarde en plein cœur. L’impératrice parvient à monter à bord du Genève, mais s’effondre peu après et succombe à ses blessures[20].
- Le château a toujours constitué un haut lieu mondain animé par la famille Rothschild. Dès l’époque de Julie de Rothschild, des personnalités telles que Hassan ben Mohammed, Guy de Maupassant ou encore Napoléon III y furent reçues[21]. Dans les années et , Edmond et Nadine de Rothschild perpétuèrent cette tradition en organisant de grandes soirées qui réunissaient parfois plus de cinq cents invités. Parmi les convives figuraient notamment Romy Schneider, Audrey Hepburn, Ted Kennedy ou encore Yul Brynner[9].
- Lors du legs de , l’État de Genève s’était engagé à préserver le domaine comme parc public à perpétuité, après le décès d’Edmond de Rothschild. Ce projet n’a toutefois jamais été concrétisé. En , le parc fut exceptionnellement ouvert au public à l’occasion des Journées du patrimoine, mais l’affluence, particulièrement importante, provoqua des bousculades. Depuis lors, le site demeure fermé au public[9].
- Le château apparaît dans la bande dessinée Bellevue, à la croisée des temps, publiée en à l’occasion du centenaire des armoiries communales de Bellevue[21].
- À la naissance des deux premières filles de Benjamin et Ariane de Rothschild, Nadine choisit de leur laisser la jouissance du château familial, tandis qu’elle s’installe dans les anciennes écuries du domaine. En , la détérioration de ses relations avec sa belle-fille ainsi que l’aggravation de son état de santé la conduisent à quitter le domaine pour résider à Vandœuvres[9]. Au décès de Benjamin, la question du partage de la fortune familiale, estimée à environ cinq milliards d’euros, oppose son épouse Ariane, qui agit également au nom de leurs quatre filles, à sa mère, Nadine. Ariane reprend alors la direction de la banque familiale, ce qui incite Nadine à retirer l’intégralité de ses avoirs de l’établissement pour les transférer chez un concurrent direct, la banque Pictet[9]. Souhaitant reprendre possession du château et de la collection d’art qui y était conservée, Nadine projette de transformer l’édifice en musée et crée à cet effet la « Fondation Edmond et Nadine de Rothschild ». Ce projet se heurte à l’opposition ferme d’Ariane et de ses filles. Après plusieurs procédures judiciaires, la Cour de justice de Genève refuse à Nadine tout droit d’usage ou d’usufruit sur le château. Parallèlement, Nadine engage une nouvelle action afin de revendiquer la propriété des œuvres d’art conservées sur place. Ariane, de son côté, riposte en contestant juridiquement l’usage du nom d’Edmond par la fondation de Nadine, estimant cet emploi illicite[9].
- L'entretien du château et de son parc coûte plus de 3,2 millions de francs suisses par année[9].